01/03/2015

nouvelles de Moeri à la radio

Du lundi 2 mars au vendredi 6 mars, sur ESPACE 2, de 16 h à 16.30, seront lues par Anne Schwaller, remarquable comédienne qui a joué souvent sous la direction de Gisèle Sallin, des nouvelles de votre serviteur tirées de Tam-Tam d'Eden et Encore chéri!


Imaginaire

Claude Dalcher
du lundi au vendredi de 16h00 à 16h30

Lundi 2 Mars 2015

 
 
Antonin Moeri: Nouvelles (1/5)
Couverture du recueil "Encore chéri !". [éd. Bernard Campiche]
 

Couverture du recueil "Encore chéri !". [éd. Bernard Campiche]

Né à Berne, Antonin Moeri est parfaitement bilingue. Mais c’est en français qu’il transcrit son imaginaire sur la page. Maître de la brièveté littéraire, il s’amuse avec la langue, variant les thèmes, les lexiques et les musiques.

Les nouvelles choisies sont extraites de ses deux derniers recueils "Tam-tam d'Éden" & "Encore chéri !" parus chez Bernard Campiche Éditeur.


"Le figurant"

Interprète: Anne Schwaller
Réalisation: Claude Dalcher

 
 

27/02/2015

Antoinette Rychner, Le Prix

 

Par Alain Bagnoud

Antoinette Rychner n'a pas choisi la facilité avec le personnage principal de son roman Le Prix. C'est un sculpteur dont on suit le monologue intérieur. Sa grande ambition est de recevoir un prix qu'on comprend être prestigieux, et toute son existence, toute son activité tournent autour de cette marque de reconnaissance. Mais ce qui pourrait sembler une histoire réaliste et cruelle devient, grâce à la fantaisie et à l'écriture d'Antoinette Rychner, une fable drolatique. Et faute de se sentir proche du personnage principal, on finit par se moquer de lui comme on se moquerait de nous-même...

Ce n'est, on s'en rend compte assez vite, pas un hasard si le roman commence par la description du nombril du personnage, nombril blessé qui reviendra dans le livre. Antoinette Rychner ne lésine pas sur les symboles. Plus tard, le sculpteur portera l'œuvre qu'il crée sur son ventre comme un bébé en gestation, elle sera soudée à sa chair...

Mais on n'en est pas encore là. Au début du roman, une lettre type vient d'annoncer au sculpteur qu'il n'a pas reçu le Prix. Du coup, il en devient sourd. S'ensuit tout un retranchement sur lui-même. Il refuse de s'occuper de son enfant (Mouflet), mène la vie dure à sa femme... Suivent les affres de la jalousie, la difficulté de créer encore, la naissance d'un deuxième enfant, Remouflet, puis un travail accepté dans une galerie. Mais la vision d'une œuvre de son rival le fait replonger dans la création et reparticiper au prix... Pour le suspense, on s'abstiendra de dire si, en fin de compte, il l'obtiendra.

Bien entendu, ce héros résonnera en tous ceux qui ont des velléités créatrices. Beaucoup se reconnaîtront en lui. Les histoires de jalousie, de narcissisme, les questionnements sur sa propre valeur, le sentiment d'injustice parce que quelqu'un dont on n'estime pas le travail a obtenu une récompense que nous pensions mériter, tout ça fait partie de la vie artistique. De même, l'égocentrisme du personnage est fondé sur quelque chose de noble, la volonté de créer une œuvre qui chante, qui soit une réussite, et son combat pour trouver le temps de créer est celui de beaucoup de gens.

Du coup, le livre de Rychner mettra du baume au cœur de tous les acteurs culturels. S'ils sentiront le ridicule de leurs ambitions et de leurs entreprises, ils riront de leur caricature, se sentiront pénétrés de leur propre générosité, de la grandeur de leurs visées, trouveront peut-être enfin une justification à leur égoïsme... Salutaire livre, qui réhabilite en fait tout un secteur de l'activité humaine !



Antoinette Rychner, Le Prix, Buchet et Chastel

26/02/2015

Mystère Sollers

images-11.jpegIl y a un mystère Sollers, comme il y a un mystère Céline, Dante ou Joyce. Il publie, tous les deux ans, des romans qui n'en sont pas vraiment, et laissent les critiques souvent interdits. La somme de ses essais est impressionnante (La Guerre du goût, Fugues, Défense de l'Infini*) et inépuisable. Cet homme a écrit sur tout : les peintres, les écrivains, la politique, mais aussi les fleurs, Venise (ah ! son Dictionnaire amoureux de Venise** : une merveille !), etc. Depuis toujours, il provoque, il agace, il séduit. Il suit obstinément sa voie, qui n'est pas celle de la « France moisie », qu'il dénonçait il y a quelques années…

images-10.jpegAlors, L'École du mystère***, son dernier livre ? Inclassable, comme d'habitude. Les uns diront qu'il s'agit là d'un roman décousu, sans véritables personnages et sans intrigue. Ils n'ont pas tort. Mais ce n'est pas important. Les autres verront dans ce faux roman (comme les précédents) une sorte de rhapsodie, suite de réflexions sur l'époque, de portraits furtifs, de petites fables, qui tournent autour du titre (qu'ils éclairent) : l'école et le mystère.

Le mystère, tout d'abord, c'est celui de la messe, l'émotion mystérieuse (encore aujourd'hui) à l'écoute d'une messe en latin ou d'un morceau de jazz. Cette émotion, venue on ne sait d'où, nous ouvre les portes d'un monde inconnu où justement le narrateur est initié. Car l'émotion nous ouvre au mystère et le mystère est l'école de la vraie vie. Les grands livres sont à la fois mystérieux, stimulants et riches en enseignements. Pour Sollers, on n'a jamais fini d'apprendre. Seuls les livres qui ne nous apprennent rien sont inutiles.

Nous faut-il donc retourner à l'école ? Non : « L'école du mystère est le contraire de l'institution scolaire en plein naufrage. La Nature est le seul professeur, pas de « bourses », d'habilitations, de passe-droits, de recommandations cléricales. Le cœur répond, ou pas, à la nature universelle, c'est une résonance. (…) J'apprends, voilà tout. J'apprends en étudiant, soit, mais surtout en dormant, en rêvant, en parlant, en nageant, en baisant. Personne ne me dit ce qui est bien ou mal. J'apprends. »

Éloge de la lenteur, de l'apprentissage, de la pensée, de la poésie, le roman de Sollers fait se croiser deux femmes, très différentes l'une de l'autre, qui intrigue le narrateur. Il y a Fanny, « partenaire d'une liaison expérimentale », qui représente la morale (toute-puissante aujourd'hui, hélas), la contradiction, Fanny très occupée par sa vie de famille, « la gestion rentable de son mari », « ses réseaux sociaux », ses amours contrariées, — Fanny qui l'agace et qu'il aime. Et, sur l'autre bord, il y a Manon, la sœur aimante et complice, Manon qui joue avec le feu, l'initiatrice et la consolatrice, résolument du côté du mystère, de l'expérimentation, de l'émotion vécue.

DownloadedFile.jpegDans L'École du mystère, on voit passer bien d'autres personnages, liés souvent à une actualité : Céline, Heidegger (dont on publie les Carnets noirs), Marilyn Yalom (prêtresse américaine des « études genre »), Marguerite Duras (vieille sœur ennemie). Chacun contribue à bâtir cette école du mystère que Sollers appelle de ses vœux, et qui prend forme au fil du livre. Comme autrefois, en 1987, la société secrète du Cœur absolu avait pris forme sous la plume de ce grand amoureux de Venise.

Difficile d'en dire plus sur ce livre inclassable, riche, clair et mystérieux.

Laissons les derniers mots à Philippe Sollers : « Qui connaît la joie du ciel ne craint ni la colère du ciel, ni la critique des hommes, ni l'entrave des choses, ni le reproche des morts. »

* Philippe Sollers, La Guerre du goût, Folio.

— Fugues, Folio.

— Défense de l'Inifin, Folio.

** Dictionnaire amoureux de Venise, Plon.

*** L'École du mystère, roman, Gallimard, 2015.

22/02/2015

velan - cingria


A propos de Charles-Albert Cingria, l'auteur de "Soft Goulag" Yves Velan écrivait dans la Revue Rencontre:

 

 

Cingria détient une pierre philosophale à la place du coeur. Hommes, bêtes, paysages, descendent en lui et se transmuent en proses de longueur variable, mais ordinairement courtes, et réussies à volonté. Je dis de sa poésie: état natif, parce que ses textes le deviennent sans effort, et sans dessein. On ne voit pas que se pose pour lui le problème du sujet. Sans doute il a tort, mais c’est ainsi. Je connais peu d’indépendance plus radicale. Né Dalmate, ou Tamoul, ou Finno-Ougrien, que sais-je, puis Romand une deuxième fois, puis omnivore une troisième, il n’a pas de racines, que des attaches. Au propre, au figuré, dans sa création, l’espace, et le temps, il se promène. Des Romands il a d’abord la culture entièrement digérée et aussi naturelle que sa fantaisie, donc n’agaçant jamais; par elle les choses assouplies consentent à une délicate connivence. Outre le bric-à-brac qu’elle fournit à l’humour, lequel n’est qu’un exorcisme du tragique. Le paradoxe, même sous une apparence inquiétante, apparaît vite, qu’il doit rassurer. Cingria, en bref, est inséparable à mes yeux, d’une trinité: Cingria, Gadda, Chesterton. Ne pas confondre ce plaisir à l’inattendu avec le pittoresque. Romand, il l’est encore, par sa profonde rumination. (Je parle des meilleurs). Toute la Loire, et ses bords, avec fabriques, villages et bétails, est macérée en vingt-deux pages. Mais les cinq sens fonctionnent, plus un entraînement à s’étonner. Enfin du Romand la présence de la terre, mais j’y reviendrai. Pour l’instant, j’admire la précision de cette langue. Comme chez Gilliard, rien qui ne soit vigoureux, fonctionnel, formulé. Voilà, il n’y a pas d’art sans pensée, et énonciation d’une pensée. Encore une fois, «l’ordre est dans l’âme». Or le fond de la nôtre est trouble. Et c’est pourquoi nous aimons tellement la musique et l’Allemagne. Un poète, pensent les gens, c’est un rêveur (outre qu’un oisif et un hurluberlu). Mais non je n’invente rien. D’ailleurs nous partageons le concept avec tant d’autres peuples. Par malheur il ne s’agit pas chez nous que du public. Combien de nos poètes d’âge mûr sont des adolescents prolongés, mêlant tout, l’aspiration avec la poésie. D’où notre souci de la forme. C’est toujours la forme que nous avons prise, de n’importe quelle poétique. C’est elle qui a retardé pendant des décennies, notre naissance, désespérée tentative d’une croûte à la surface de notre nébuleuse. Jusqu’au jour où on s’est aperçu que le poète est celui qui cherche à y voir clair. A dater de cette découverte nous en avons eu quelques-uns.



20/02/2015

Francis Amoos, Du neuf, de l'inconnu, de l'impossible

 



Par Alain Bagnoud

Le recueil de Francis Amoos est une des lectures fortes que j'ai faites récemment. D'abord à cause du parcours de vie bouleversant de son auteur, qu'évoque le livre Ensuite à cause de la sagesse qui s'en dégage. Enfin parce que Du neuf, de l'inconnu, de l'impossible, recueil de poèmes et d'aphorismes, n'est pas simplement un témoignage, mais aussi une œuvre littéraire réussie.

 

Commençons par l'auteur, qui est né en Valais en 1958. Je l'ai fréquenté dans nos années de collège, puis au début de l'université. Ce garçon très intelligent, très cérébral, très brillant, était un lecteur assidu, passionné par les complexités intellectuelles et les enjeux universitaires. Il était un peu destroy aussi. Mais enfin, qui ne l'était pas dans ce groupe d'amis peu sages, volontiers imbibés et enfumés ?

 

J'ai perdu le contact avec Francis quand il a changé d'université et d'études. À Lausanne, il s'est lancé dans la sociologie et est devenu le rédacteur en chef de l'Auditoire, le journal des étudiants. Mais en 1990, ses études terminées, il lui est arrivé un drame. Une moto le shoote, l'accident altère durablement sa motricité et sa parole, le laisse cérébro-lésé. Il se retrouve sur une chaise roulante et mutique, à ne plus comprendre les mots que les autres prononcent, à ne plus arriver à exprimer ceux qui tournent dans son cerveau, incapable de parler et d'écrire. Il est accueilli dans des institutions spécialisées, jusqu'à ce qu'il trouve sa place au Foyer Valais de Coeur à Sierre.

 

Au fil des ans, une lente reconstruction se fait. Le cerveau est inventif. De nouvelles connexions se créent peu à peu. Enfin, arrive le petit miracle que raconte Anne C. Martin dans sa préface au livre.

 

Elle donne un séminaire d'écriture à des personnes handicapées, leur fait une proposition. Quand c'est au tour de Francis Amoos, il y a un grand silence, une longue lutte. « Dans ses yeux, écrit-elle, je lis un effort titanesque, une impatience presque colérique, un désir puissant que les mots coulent, s'écrivent d'eux-mêmes, parce qu'ils sont là. » Puis enfin, après quinze ans de « gel émotionnel et intellectuel », jaillit le mot rien. D'autres efforts font surgir un deuxième mot, puis un autre. Et durant les sept ans que dure le séminaire, une sorte de renaissance se produit, la parole revient et des poèmes trouvent leur forme.

 

Rien.
Un chouca passe
Il vole
silence.
Un silence chaud.

 

Ces beaux poèmes forment la première partie de Du neuf, de l'inconnu, de l'impossible. La deuxième partie, composé d'aphorismes et de réflexions, a été produite d'une autre façon, grâce à une méthode appelée la psychophanie, un moyen alternatif de communication où le praticien soutient la main du partenaire qui peut ainsi, explique Line Short qui l'a pratiquée avec Francis Amoos, pointer des lettres, des mots, ou frapper un clavier d'ordinateur.

 

C'est ainsi qu'ont été créés de courts textes souvent bouleversants, qui parlent du handicap et de ses difficultés, mais aussi d'art, de peinture, de musique... Ces écrits concis, denses, profonds, vont à l'essentiel. Il s'y trouve des raisons de lutter, une quête passionnée du sens, une tentative de dépasser les dualités, une sagesse, enfin, qui touchent profondément.

 

Au total, Du neuf, de l'inconu, de l'impossible est un livre qui ne laisse pas indemne. On peut trouver d'autres renseignements, ou le commander, à l'adresse suivante :
http://www.amoosbluche.ch/commande/

 

 

 

Francis Amoos, Du neuf, de l'inconu, de l'impossible, Editions à la carte

19/02/2015

Opération Tandem à Casablanca

par Bouthaïna Azami

le360_fw_img_31021.jpgDans le cadre des tandems organisés par le Salon du livre de Genève et le Salon de Casablanca, j'ai eu le bonheur de dialoguer, ce dimanche 15 février, avec Jean-Michel Olivier, Prix Interallié 2010. Une plume et un univers dont on a le sentiment de ressortir grandi.

Jean-Michel Olivier est reconnu pour être l’un des plus grands écrivains suisses de sa génération. Né à Nyon, il vit depuis trente ans à Genève où il se partage entre son activité d’enseignant et l’écriture. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, essais, livres autour de la photographie et de l’art contemporain, romans, Jean-Michel Olivier a reçu, en 2010, le Prix Interallié pour son romanL’amour nègre. Un roman qui, me confiera-t-il lors d’une rencontre dans le cadre du Salon du livre de Casablanca, marque un tournant dans sa carrière pour être très différent de ses précédents écrits.

 

De La Dame du Fort-barreau à L’amour nègre

Avec L’Amour nègre,  Jean-Michel Olivier quitte en effet la Suisse et, notamment, sa ville de Genève, son quartier des Grottes qui vous prend par la main et vous mène, dans Notre dame du Fort-barreau, à la rencontre de Jeanne. Jeanne, cette «sublime mendiante», «les cheveux en bataille, les bas mités, le châle qui part en filoche» mais qui a «cette flamme dans (les) yeux». Cette flamme, bouleversante, qui irradie de cette lumière émanant de ces être rares qui ont renoncé au monde sans pour autant cesser d’aimer les hommes. Qui ont renoncé au monde pour mieux aimer les hommes. images-8.jpegEt Jeanne, je l’ai croisée aussi. Nous avons de temps à autre échangé un sourire, quelques mots, dans ce quartier où j’ai vécu durant trente ans, comme Jean-michel Olivier, que j’ai dû certainement croiser aussi, sur cette fameuse rue du Fort-Barreau ou dans les ruelles de ce village des Grottes où tout le monde se retrouve finalement, dans les mêmes lieux, les mêmes cafés... Mais il aura fallu ce Salon du livre de Casablanca pour que la rencontre se fasse vraiment. Et l’univers de l’écrivain m’a d’autant plus touchée que la plume est juste; incisive, certes, mais sans jamais sombrer dans le pathos, car elle trempe dans cette encre dont seuls les Suisses ont le secret: une plume d’un amour et d’une générosité uniques qui se déprend de soi pour se prendre à l’autre, s’éprendre de l’autre. Se prendre à Jeanne qui va les bas troués, livrée à la cinglante bise genevoise; Jeanne sur laquelle d’aucuns se retournent comme sur une miséreuse «folle» et qui,en réalité, est la propriétaire de deux immeubles dans lesquels elle accueille ceux qui n’ont pas de lieu et parfois pas même lieu. Jeanne, qui fera visiter au narrateur,  qui n’est autre que Jean-Michel Olivier lui-même, un appartement dans lequel il s’installera comme dans un sanctuaire, tant la rencontre avec cette «fée» le prendra dans l’âme et la chair. Un sanctuaire, «Un oratoire» gorgé de mémoires à présent absentées qu’il traque, armé de son Nikon, tant elles hantent l’espace, imprègnent les murs. «Un oratoire» car, ces mémoires des lieux, Jeanne vient désormais lui en livrer les secrets, elle qui lui rend à présent visite chaque jour, s’annonçant d’un discret coup asséné à la porte de «la pointe du pied». Ainsi, elle lui racontera qu’un certain Vladimir Illitch –«Lénine, vous voulez dire?»- avait passé là «une soirée mémorable».

 

Jeanne? «Une fée», «une amie». Pour d'autres, enfin pour ceux que ça arrange: «une folle». Comme pour ces épiciers qui la rabrouent, l’humilient en public tandis qu’elle cherche dans son porte-monnaie les pièces pour payer ses courses. Scène, prenante, à laquelle assiste, pétrifié, l’auteur-narrateur: «Pas un mot, pas un geste pour vous, Jeanne, qui m’avez tout donné. J’écoute et je reste impuissant, prisonnier de mon lamentable silence. Je disparais dans ce désert d’hommes et de femmes confondus dans une même lâcheté. La lâcheté des groupes et des troupeaux, des meutes de chiens.»       

Et le narrateur d’entrer alors dans une culpabilité insurmontable, qui l’exilera de lui-même. Serait-il désormais de ces hommes, ces femmes, qui lui soulèvent le cœur? Non, car il a une conscience. Une conscience qui le ronge, à présent, au point de l’acculer au suicide. Tentative avortée par une femme qui le tirera des eaux du fleuve dans lequel il s’était jeté et se fera, après une aveugle nuit d’amour avec le narrateur, une sorte de vertigineuse métaphore de l’acte d’écrire. Un corps-à-corps où l’écrivain se perd, guidé comme malgré lui par une «vérité » qui le consume, dans laquelle il s’annihile comme pour mieux renaître à lui-même. Et ce livre qui vous invite, dès la page de couverture, à vous saisir de la main en heurtoir plantée dans la page bleutée pour frapper, de la pointe des doigts fondus à d’autres doigts, à la porte fermée sur d’édifiants émois.

 

L’Amour nègre

Quittons la Suisse. Pour mieux, finalement, y revenir. Jean-Michel Olivier s’en va, dans ce roman prenant, suivre les périples de Moussa, né «dans un village coincé entre la mer et un volcan éteint», en Afrique; né d’un père qui «avait dix épouses et une kyrielle d’enfants. C’était le seul et meilleur moyen qu’il avait trouvé pour ne pas travailler. Il passait ses journées sous l’aloès. Avec une calebasse remplie de vin de palme. (…) Le soir, il titubait d’une case à l’autre et distribuait des volées de Bambou».  Dès les premières lignes, c’est un couperet qui s‘abat sur le lecteur. Le décor est planté, saisissant de violence.

images-9.jpegBientôt, Moussa, vendu par son père contre un téléviseur à écran plat, sera rebaptisé Adam par sa famille d’adoption. Nouvel homme promis au Paradis? Pas vraiment. Objet pour son père, Adam poursuit son destin de «nègre». Et nous ne sommes pas là dans la «négritude», digne et rebelle, d’un Aimé Césaire. Mais dans les acceptions les plus viles de ce mot «nègre». «Une insulte», dira Jean-Michel Olivier. Bien plus que cela, une violence, une absence dans le déni, un déni originel condamnés à des murs, ou barreaux, assassins, contre lesquels il s'en va se fracasser irrémédiablement se fracasser, aussi "blin-bling" soient-ils.

L’Amour nègre?  L’amour de consommation, de substitution, l’amour-objet avilissant. Le nouvel Adam chutera dans les paradis artificiels d’Hollywood, ceux de Brad Pitt et Angelina Jolie auxquels l'auteur fait allusion. Et Moussa n’y trouvera pas sa place et passera de main en main, de pays en pays, dans un livre subdivisé en chapitres comme autant d’expériences cumulées du démembrement, de la dissolution de soi qui n’aura finalement d’autre alternative que de se faire siens les préjugés qui l’accablent et qu’il trimballe dans sa peau.

Une vertigineuse dénonciation de cette nouvelle ère de la mondialisation négatrice et de la consommation à outrance qui ne fait qu'exacerber, de façon d'autant plus outrancière qu'elle revêt, sournoise, l'habit de l'hôte philanthrope. 

Photo © Copyright : Brahim Taougar-Le360

12/02/2015

En mal de mère (Anne-Frédérique Rochat)

images-7.jpegParticipant, en 2013, à la première édition de Parrains-Poulains (où elle était associée à Amélie Plume, à gauche sur la photo), Anne-Frédérique Rochat (née en 1977 à Vevey) n’en est pas à son coup d’essai. Comédienne de formation, elle a écrit près d’une dizaine de pièces de théâtre dont la plupart ont été jouées sur les scènes romandes. Parallèlement à l’écriture scénique, Anne-Frédérique Rochat construit, livre après livre, sa maison romanesque.

Son premier livre, en 2012, Accident de personne*, invitait le lecteur à découvrir un univers parfaitement singulier, entre rêve et réalité, tout à la fois ancré dans les réalités matérielles et dérivant, à la moindre occasion, vers les contrées sauvages de l’imaginaire. Car les personnages d’Anne-Frédérique Rochat sont tous hantés par un rêve douloureux, le plus souvent ignoré d’eux-mêmes, qui prend la forme d’un souvenir d’enfance ou d’un secret de famille.

Ainsi, dans ce premier roman, l’histoire de Charline, qui perd le goût d’aimer, de vivre et de créer images-11.jpeg(elle est peintre) et croit le retrouver en s’immisçant dans la famille de Viviane, une camarade de classe qui vient de mourir. Ce qu’elle va découvrir, en entrant dans cette nouvelle famille, c’est un souvenir oublié (ou refoulé) : lorsqu'elle était enfant, Charline a perdu sa sœur jumelle, qui s'est jetée du balcon de la maison familiale en croyant qu'elle pourrait s'envoler.

images-10.jpegLe deuxième roman d’Anne-Frédérique Rochat, Le sous-bois**, est encore une histoire de famille — non anormale, mais atypique. Le père et la mère ne songent qu’à s’envoyer en l’air, tandis que la fille aînée, quarante ans et vivant toujours avec eux, semble tenir le gouvernail de la famille d’une main de fer. C’est elle qui va mener son petit monde en vacance dans une maison perdue au milieu de la forêt. Et là, bien sûr, dans ce nouveau décor, à la fois naturel et fantastique, l’abcès familial va crever…

Le dernier roman d’Anne-Frédérique Rochat, À l’abri des regards (2014)***, repose lui aussi sur un secret de famille, mais abordé, ici, par quatre voix différentes, car il s’agit d’un roman polyphonique.

Le premier personnage à prendre la parole, c’est Anäis, mère de deux petites filles, qui décide de quitter, provisoirement, sa famille, parce qu’elle n’en peut plus de « faire semblant », de jouer un rôle, ou même plusieurs rôles (mère, épouse, fille) qui ne lui conviennent plus. Elle est mal dans sa peau et souffre de troubles alimentaires : « j’essaie de me convaincre que ce n’est pas la mer à boire de mettre ces aliments dans ma bouche et de les avaler. » Brusquement étrangère à elle-même, elle regarde son mari et ses deux filles comme des extraterrestres, projetant sur elles ses pensées les plus sombres et les plus intimes : « tu es un gouffre, un puits sans fond, une mer noire, un ventre vide qui aspire et qui engloutit. » Cette crise, Anaïs devra la surmonter en prenant ses distances d’avec les siens, pour mieux respirer, et tenter de comprendre ce qui lui noue la gorge.

C’est sa petite fille, Maëlis, sept ans, qui prend ensuite la parole. La cellule familiale est passée au scanner de son regard aigu. Des détails apparaissent, des images, des obsessions enfantines. images-9.jpegOn perd un peu le fil, non d’Ariane, mais d’Anaïs. Pourquoi cette crise ? Ce mal de mère ? Le secret, évoqué en fin de chapitre, n’est pas encore dévoilé. Il surgit lors d’une conversation entre les grands-parents.

« On devrait lui dire la vérité au sujet de sa mère. »

Ainsi lâchée, cette phrase apparaît comme une bombe à retardement dont Maëlis est la dépositaire involontaire et qu’elle va transporter, avec angoisse, jusqu’à l’explosion du secret.

Dans la troisième partie, c’est Basile, un veuf sexagénaire ne se consolant pas de la mort de sa femme, qui prend la parole. Il partage son appartement avec Anaïs qu’il a recueillie comme un oiseau blessé. Taxidermiste de formation, il aime à s’enfermer dans son atelier pour embaumer ses animaux. C’est ainsi, également, par une jolie métaphore, qu’il va « redonner vie » à sa colocataire. Il lui prépare de bons plats, lui rend le goût de vivre et de manger. « Je suis un peu son sauveur, écrit-il. Une sorte de prince charmant. Il est temps qu’elle se réveille de son sommeil, la belle au bois dormant. » Ces deux « naufragés de la vie » vont insensiblement se rapprocher — un peu, beaucoup, mais sans se brûler les ailes à la flamme d’un amour impossible.

On change de style et de ton, encore une fois, dans la quatrième partie du roman en découvrant les lettres que la mère d’Anaïs lui a écrites, en 1979, quelques semaines après sa naissance.

« Je ne suis pas un monstre, juste une femme fragile, à un moment donné, dépassé par la vie et ses responsabilités. »

En même temps qu’elle apprend que sa mère est vivante (on lui avait toujours dit le contraire), Anaïs apprend que cette mère l’a abandonnée. Pas tout à fait, pourtant, car elle lui écrit encore, de temps en temps, des lettres qui tentent de garder le contact, mais qu’elle n’ose pas lui envoyer.

« S’il te plaît, donne-moi de tes nouvelles. J’ai besoin de savoir ce que tu penses de moi. Si tu m’aimes un peu. Si tu m’as pardonné. »

Le secret de famille, entretenu par la coalition des proches, c’est le mal de mère, thème filé tout au long du roman. Dès la naissance, la mère manque, ou disparaît, laissant une blessure inguérissable : Gilda, abandonne sa fille pour poursuivre ses rêves de comédienne et lui transmet, comme un fardeau maudit, ce mal-être vital, encrypté dans son inconscient.

Les lettres de Gilda, tantôt émouvantes et tantôt pathétiques, essaient de renouer des liens avec sa fille abandonnée. Elles sont écrites sur le ton de la confidence et de la complicité, mais elles sonnent faux, car elles sont adressées à une fille imaginaire, non de chair et de sang, une fille dont la vie a été empoisonnée par l’abandon et le mensonge.

En fin de compte (et de conte), la vérité est révélée, c’est-à-dire rétablie, le secret dévoilé, tout semble rentrer dans l’ordre.

Moment de la catharsis : la vérité agit comme une délivrance, un pas de plus vers la liberté : pour Anaïs, c’est une seconde naissance.

Mais la lumière (et la violence) de cette révélation n’a laissé personne indemne.

* Anne-Frédérique Rochat, Accident de personne, roman, éditions Luce Wilquin, 2012.

** Le sous-bois, roman, éditions Luce Wilquin, 2013.

*** À l’abri des regards, roman, éditions Luce Wilquin, 2014.

06/02/2015

Jérôme Meizoz, Haut Val des loups

 

Par Alain Bagnoud

 

Il y a un drame à la base du livre de Jérôme Meizoz, Haut Val des loups, un drame hautement politique et très symptomatique.

Une nuit de février 1991, le secrétaire du WWF valaisan a subi une violente agression dans son chalet de Vercorin. Trois hommes sont entrés chez lui et l'ont battu systématiquement, lui brisant une jambe et un bras, le laissant couvert d'hématomes, s'acharnant tout en prenant bien garde de ne pas le tuer. Personne n'a revendiqué l'agression, les hommes de main n'ont pas été arrêtés, leurs commanditaires n'ont pas été retrouvés. Et les rumeurs malsaines ont commencé à bruire dans les cafés, pour réduire cette affaire grave à un fait divers personnel, une affaire de mœurs, une simple dispute...

Jérôme Meizoz avait croisé la victime lors de sa jeunesse de militant contestataire, antimilitariste, proche de la nature, plus plein de bonne volonté que d'efficacité. Il a été profondément choqué par le drame. Vingt ans plus tard, il se demande encore comment une telle haine a pu naître. Pour le comprendre, il convoque d'autres époques, d'autres personnages.

On voit ainsi apparaître un poète valaisan dans lequel on reconnaît Maurice Chappaz, qui avait éveillé la jeunesse de l'époque avec, "Les maquereaux des cimes blanches". Mais on y trouve aussi, entre autres, Jean-Marie Le Pen qui avait été accueilli à Sion en 1984... D'autres rappels tentent une explication. L'accueil en Valais des fascistes traqués après la deuxième guerre mondiale... La prédominance longtemps absolue d'un PDC pas à gauche du tout...

Si ces personnages et ces événements sont très clairement reconnaissables, rien n'est pourtant cité dans le livre de Meizoz. Car il ne s'agit pas là d'un pamphlet qui se construit sur des faits, mais de littérature. Dans une écriture poétique, l'auteur revient ainsi également sur sa propre trajectoire, telle qu'elle évolue, et sur son rapport au Valais et à la politique.

Le Haut Val des loups parle ainsi, et peut-être surtout, de la perte des illusions. Mais la certitude qui donne sa force au texte est que si la politique est peut-être décevante, la littérature peut la relayer, agir sur le monde, le comprendre et le changer.

 

Jérôme Meizoz, Haut Val des loups, Zoé

30/01/2015

Aude Seigne, Les Neiges de Damas

 

Par Alain Bagnoud

Les Neiges de Damas se présente comme un livre singulier. Qu'est-ce que c'est ? Un récit de voyage ? Un roman historique ? La relation d'un moment personnel difficile ? Tous ces aspects, le texte les intègre et les unifie autour d'un lieu, Damas, et d'un moment, la période où le personnage principal du livre a fait un séjour dans cette ville

En 2008, Alice a passé un hiver au Musée national de Damas avec son prof genevois de l'unité de Mésopotamie et un doctorant. Ils examinent et classent des tablettes sumériennes, tombent sur la relation de la vente d'un oiseau. Cette plaquette rare les sort des moutons qu'on s'échange à l'époque. Elle servira à l'auteur de point de départ à des rêveries sur ce qui se passait 1770 ans avant Jésus Christ.

Des rêveries qui se révèlent plus vivaces que la réalité. Enfouie dans son sous-sol, l'étudiante ne voit rien de Damas, ou presque rien. Elle est plongée dans une intériorité qui tournera, au retour, en crise psychique, dépression ou burn out, on l'appellera comme on voudra.

Les diverses périodes décrites dans Les Neiges de Damas composent un puzzle : la rencontre du professeur, quelques épisodes de son passé, la vie de l'oiseleur summérien, le travail au musée, l'écriture du livre, six ans après. Les genres se succèdent : confessions à la première personne, récit du séjour à la troisième personne, considérations sur ce qu'est devenue la Syrie depuis le séjour d'Alice, reconstitutions historiques, éclats de thérapie...

Mais ce qui pourrait être complètement discontinu tient bien le coup grâce au talent d'Aude Seigne et à une structure invisible. Celle-ci se construit à travers l'interrogation profonde que l'auteur se pose sur elle-même et sur un thème qui traverse tout le livre et lui donne sa force et sa tension : l'inassouvissement.

 

Aude Seigne, Les Neiges de Damas, Zoé

26/01/2015

"Fils" d'Antonio Hodgers

 

La Compagnie des Mots reçoit Antonio Hodgers le 3 mardi février autour de son livre Fils.

Soirées littéraires Premier mardi du mois de 18h30 à 20h Auberge du Cheval-Blanc Salle Le Box (sous-sol) Carouge - Place de l’Octroi TPG tram 12 : arrêt Place d’Armes

Animation: Pierre Béguin

Entrée libre

25/01/2015

Le millième de Blogres

 

Par Pierre Béguin

 

C’était en septembre 2007, sous l’ombre de la tonnelle, dans mon jardin. Blogres est né. Très vite Olivier Chiacchiari est parti. Serge Bimpage est passé en coup de vent, Pascal Rebetez s’est endormi et l’on attend impatiemment son réveil. Mais Antonin Moeri et Jean-Michel Olivier nous ont rejoints en chemin. Résultat: 1000 articles en 7 ans et demi d’existence! Une belle vie…

Chacun a trouvé naturellement sa voie, sans concertation aucune. Alain Bagnoud, puis Jean-Michel olivier se sont concentrés sur la littérature suisse romande. A eux deux, ils remplissent un rôle que les journaux ont abandonné progressivement: en critiques avertis, ils contribuent à faire connaître une littérature étonnamment vivace malgré l’étroitesse de ses frontières. Certains auteurs ne s’y trompent pas qui nous envoient régulièrement leur dernier livre. Antonin Moeri se dédie à sa spécialité, la nouvelle, dont il parle avec originalité et perspicacité. Quant à moi, je me tiens le plus souvent à l’écart des nouveautés littéraires pour embrasser des problématiques de la littérature française – et parfois étrangère – sur l’axe diachronique, du 17e au 21e siècle, et les relier parfois à l’actualité. Finalement, tout se complète très bien, sans aucune contrainte, en toute liberté. Deux ou trois repas annuels cimentent l’ensemble. Et la nave va! Pour l’instant, pas d’escale prévue. Chacun tient son poste…

Nous profitons de l’occasion pour remercier les presque quinze mille personnes qui nous lisent mensuellement et qui ajoutent des commentaires souvent pertinents à nos articles. Et puisque le mois de janvier permet toujours les voeux, nous profitons de l’occasion pour leur souhaiter des rêves à foison, l’envie furieuse d’en entreprendre certains et la possibilité d’en réaliser quelques-uns. Qu’ils sachent ou qu’ils puissent encore longtemps se souvenir du meilleur et oublier le reste,  résister à l’enlisement, à l’indifférence,  à l’injustice, se réveiller aux cris des enfants et s’endormir un livre à la main…

Bien à vous.

Blogres

 

 

 

23/01/2015

Soumission de Houellebecq

 

Par Alain Bagnoud

Parlons-en, puisque c'est le sujet littéraire de la saison. Moi aussi, j'ai lu Soumission, de Michel Houellebecq. Avec intérêt, il faut dire : même un médiocre Houellebecq est supérieur à la plus grande partie de la production actuelle.

Avec intérêt, donc, mais un peu d'écœurement. Non pas à cause de l'intrigue. Je la rappelle en bref : un président islamiste est élu dans une France du futur, et le narrateur du livre, un universitaire déprimé spécialiste de Huysmans, finit par se convertir.

Bien sûr, on peut voir dans cette histoire, qui est pleine de références littéraires, une fable sur le changement des mœurs. Huysmans s'était converti au catholicisme à cause de la beauté esthétique des cérémonies, de l'art sacré, de la littérature religieuse, de l'architecture et des cathédrales. Ici, le personnage franchit le pas à cause de la possibilité d'obtenir des jeunes épouses, puisqu'un prof d'uni vieillissant peut en avoir trois, et très jeunes : la dernière femme du doyen de l'université a quinze ans.

Ces fantasmes, cette projection, la société qui est décrite, la position politique de l'auteur, tout ça prête à débat. Évidemment, peindre une France régie par un Islam soft, c'est crier au loup qui s'approche. Cette position, semblable à celle des tenants de la droite dure, n'est évidemment pas la mienne. Mais parlons-en, ça fait des discussions de café, on se dispute, on précise sa position, c'est très bien.

Non, ce qui m'a écœuré dans le livre, c'est autre chose, qui tourne autour du personnage principal. Certes, ce n'est pas le premier des héros de Houellebecq qui est veule, conformiste, médiocre, égoïste, ne songeant qu'à son plaisir personnel.

Mais dans les autres romans de notre auteur, la veulerie était épinglée par l'humour, elle était mise à distance, si bien que sa description pouvait passer pour une sorte de dénonciation. Ici, l'humour essaie bien d'être présent, mais il ne fonctionne pas. Et c'est parce que, ai-je eu l'impression, on ressent une sorte d'adéquation entre le personnage et l'auteur. Ce qui fait que cette veulerie devient hélas, si on veut, le message du livre.

 

Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion

22/01/2015

Littérature et salon de thé

par Jean-Michel Olivier

Depuis mercredi, comme tout le monde, je vis dans la sidération. Impossible de penser à autre chose qu'au massacre des artistes géniaux qu'étaient Cabu, Wolinski, Charb, Honoré et Tignous ! Et depuis, à chaque instant, radio, télévision, journaux ravivent la plaie si douloureuse qui ne se refermera pas…

images-7.jpegPour faire diversion, j'écoutais Vertigo, sur La Première, qui recevais ce jour-là Metin Arditi. Je retrouvai le même Arditi, d'ailleurs, lundi dernier au Journal du Matin, invité de Simon Matthey-Doret (ici). Il y parlait de son dernier roman, Juliette au bain.*

D'un coup, d'un seul, on quittait l'abominable tuerie parisienne pour entrer dans un salon de thé de Champel, entre deux douairières aux cheveux bleus et un vieil avocat à la retraite. On était entre gens de bonne compagnie. On mangeait son mille-feuilles sans faire de miettes, en sirotant une tasse de thé à la bergamote. On était loin du monde, loin des larmes et du sang. Personne ne disait du mal de personne. On avait oublié Zemmour, Houellebecq, et même Finkielkraut.

On était à Genève, sur la planète Suisse, et on était bien.

Jamais la littérature (qui est un attachement vital au monde des hommes et des femmes) ne m'a paru si détachée de tout. Si vaine, si dispensable. Et la morale, bordel ? Elle régnait en maîtresse absolue. Bons sentiments, espoir œcuménique, fraternité béate. Dans ce salon cosy, on était loin de tout : du monde, des guerres de religion, des jeunes paumés des banlieue, de la modernité…

Si la littérature existe, elle est en prise directe avec le monde — ou elle n'est pas.

* Metin Arditi, Juliette au bain, Grasset.

20/01/2015

CEVA et citoyenneté, suite

 

Par Pierre Béguin

 

A propos de mon dernier billet CEVA et citoyenneté, je remercie cet habitant de Champel de son commentaire tout à fait édifiant. Interpellé sur les nuisances nocturnes des travaux du CEVA à Champel (qui n’excédaient pas 22 heures et ne reprenaient qu’à 6 heures, alors qu’à la Chapelle elles s’étendent sur toute la nuit), M. Luc Barthassat se fend donc d’une missive ainsi formulée:

 

«Je suis conscient des difficultés que génèrent les chantiers de l'importance du CEVA et des nuisances induites pour les riverains. Je peux vous informer que la convention de délégation du contrôle environnemental du chantier CEVA a été signée entre le Canton et l’OFT. Elle est entrée en vigueur le 9 septembre 2014 et elle permettra à mes services en charge de l'environnement, ainsi que je leur ai demandé, de suivre de près ce chantier en particulier pour le bruit. En ce qui concerne les horaires de travail je transmets votre alerte à la direction de projet CEVA qui vous répondra sur ce point. En effet, je sais que des instructions précises sont données aux entreprises quant aux travaux en période nocturne, cependant il est important que les riverains nous fassent part de leur ressenti afin que le chantier puisse faire les corrections nécessaires quand cela est possible. Je vous remercie donc pour votre alerte et vous prie de recevoir, Cher Monsieur, mes cordiales salutations.»

 

Le commentaire précise que, dès lors, les nuisances nocturnes dues aux travaux ont cessé. Conclusion: à Champel, tout laisse croire que M. Luc Barthassat peut faire quelque chose; à la Chapelle, interpellé sur le même problème, M. Luc Barthassat, selon ses propres paroles, ne peut rien faire. Quelle parfaite illustration de mes propos sur la citoyenneté à deux vitesses! Quelle crédibilité un élu peut-il conserver après cela?

 

M. Luc Barthassat, les habitants de la Chapelle aimeraient comprendre les raisons de cette incroyable disparité de vos pouvoirs selon qu’ils s’exercent d’un côté ou de l’autre de l’Arve. Par la même occasion, ils vous rappellent que tous les citoyens, de Champel ou d’ailleurs, sont à égalité dans les locaux de vote: chacun possède une voix le moment venu…

 

18/01/2015

faire grimper la température

 

par antonin moeri

 

 

 

Ma nièce de Los Angeles m’a offert pour Noël un joli petit livre publié aux coquines Editions La Musardine. Dix-sept textes d’auteurs différents, très divers de ton, de sensibilité et de férocité. Un point commun cependant: soumission ou insoumission à l’instinct de domination du ou de la partenaire. «Le taille-crayon» offre un exemple de ce genre de littérature. Son auteur, Octavie Delvaux, aurait vécu sur tous les continents (selon Wikipédia) à la suite de ses parents. «De cette enfance cosmopolite, elle a gardé le goût des voyages et des langues. Elle a fait de brillantes études littéraires à La Sorbonne, avant de vivre à Londres, Dublin puis Glasgow. Spécialisée dans la recherche de manuscrits médiévaux, elle intervient comme «visiting lecturer» dans plusieurs universités européennes. Son premier roman «Sex in the kitchen» s’est vendu à plus de vingt mille exemplaires».

Quelques années avant ce succès, Octavie Delvaux a écrit, pour un collectif d’auteurs, «Le taille-crayon». Une étudiante en géographie, Lucie Mercier, a besoin d’un travail d’appoint pour pouvoir terminer la rédaction de sa thèse. Le DRH Pierre Lambert peut décider d’engager ou de ne pas engager Lucie, «jeune femme blonde et élancée dont la plastique attire les faveurs des hommes». Le DRH, genre grimpion myso, traite Lucie avec mépris. Un sourire suffirait. C’est fait. Pierre sort du tiroir un taille-crayon. L’objet représente un homme à quatre pattes. «Le crayon se taille dans le fondement».

Tout en taillant son crayon, Pierre «déverse sa litanie d’embauche habituelle». Lucie devra gérer le standard. Pierre prendra Lucie pour cible et ne cessera de l’humilier en public. Devant l’insoumission de Lucie, Pierre fait tout pour la faire craquer. Il la convoque dans son bureau pour qu’elle fasse le ménage. Cette fois, c’en est trop. Lucie se présente «moulée dans une minijupe fendue... bustier très décolleté... bottes à talons aiguilles». Elle lui ordonne de baisser son pantalon et de se mettre à quatre pattes. Elle enfonce un gros crayon à dessin dans le sonore du dirlo. Avec des menottes, elle attache les poignets du porcelet au radiateur. En passant devant l’accueil, Lucie lance: «Lambert vous attend dans son bureau, ses adjoints et toi».

Lecteur attentif de Sade, Casanova, Sacher-Masoch, Apollinaire, Aragon, Bataille, je me demande ce que la dite littérature érotique peut avoir de transgressif aujourd’hui. La toile permet à chacun d’assister aux scènes les plus extrêmes, dans lesquelles la cruauté accompagne (avec ou sans mots sales) la montée de la jouissance. L’individu pourrait ressentir une grande lassitude à voir ces scènes décrites dans une fiction littéraire avec moult détails: «chatte engorgée, clito au garde-à-vous, la queue dans le trou graissé, mes orteils disparaissent dans sa bouche..., je reviens avec un plug, les boules de geisha, ton vibro préféré et du lubrifiant..., je remarque la cyprine sur tes cuisses». Et pourtant, le texte imprimé, quand il n’est pas trop sot, offre un je ne sais quoi que ma nièce de Los Angeles n’aurait pas trouvé sur les sites pornos. Un je ne sais quoi qui s’appelle la distance.

 

 

In/Soumises: contes cruels au féminin, La Musardine 2012

CEVA et citoyenneté

 

Par Pierre Béguin

 

Si nous devions reconnaître à la construction du CEVA un grand mérite, ce serait de souligner à l’évidence ce que tout le monde pense tout bas: il y a deux catégories de citoyens, pour le moins. Et c’est ce que nous allons voir…

Donc on construit deux tunnels. L’un à Pinchat entre le Bachet et Carouge Fontenette, l’autre sous la colline de Champel, sitôt après l’Arve. Le tunnel de Pinchat, à la Chapelle du moins, atteint une profondeur maximum de 18 mètres, celui de Champel d’environ 40 mètres. La fin des forages au tunnel de Pinchat est planifiée pour l’été prochain, les forages au tunnel de Champel accusent deux ans de retard.

Voilà pour l’énoncé. Maintenant posons le problème:

Si l’on devait prévoir davantage de moyens acoustiques et accélérer les forages dans l’un des deux tunnels, lequel devrait-on choisir? «Trop fastoche!  répondrait n’importe quel cancre, le tunnel de Pinchat…» C’est évident, sauf pour nos autorités et les responsables du CEVA qui, en l’occurrence, remportent la palme de la «cancritude».

Car on a retiré des ouvriers du tunnel de Champel pour les mettre dans le tunnel de Pinchat où l’on fore toute la nuit (cf. CEVA de bruit et de fureur), contrairement au tunnel de Champel où l’on épargne le sommeil des habitants. Et alors que le tunnel de Champel est beaucoup plus profond, on a prévu pour l’exploitation du CEVA davantage de protections acoustiques que dans celui de Pinchat où la profondeur moindre laisse entrevoir la possibilité de nuisances.

Que faut-il en conclure? Sottise? A Genève, ce ne serait guère surprenant, mais tout de même… Alors? La rumeur prétend que les habitants de Champel auraient négocié le retrait de leur recours au profit d’une garantie accrue contre le bruit des trains. Mais la rumeur, on le sait, est si malveillante… Peut-on croire que, dans notre République, certains quartiers ou certaines communes sont systématiquement épargnés? Tandis qu’en d’autres lieux, les droits des citoyens sont bafoués? Purs propos de Café du Commerce, bien sûr…

Il n’en reste pas moins que si La Fontaine et Blaise Pascal habitaient Genève, ils auraient pu écrire, le premier nommé: «Selon que vous serez de Champel ou d’ailleurs…», le second: «Bruit en deçà de l’Arve, silence au-delà». Eh oui! Une certitude: pour nos autorités politiques, le citoyen de la Chapelle est beaucoup plus dommageable que celui de Champel. Même en ce qui concerne les centimes additionnels. Qu’il n’ait pas en plus l’outrecuidance de s’en plaindre et de demander une égalité de traitement!  Mais chuuuuut! Il est des choses  qu’on ne peut pas dire, surtout si elles sont vraies. On ne dira donc pas qu’on prévoit, pour le même projet, deux types de tunnel pour deux catégories de citoyens…

A part ça, dans les commentaires sur mon billet précédent CEVA de bruit et de fureur, une personne propose une solution amusante: que celles et ceux de la Chapelle qui ne peuvent dormir à cause du forage incessant se rendent sur le palier ou sous les fenêtres des responsables de projet et des autorités! Le message est donc lancé aux responsables: si vous n’allez pas à la Chapelle, la Chapelle ira à vous. Avec le sonomètre. Mais jusqu’à 60 décibels, donc, pas davantage! Promis?

Cela dit, ces bruits n’auront rien de solidiens. Et dans cas, contrairement à ce qui se passe à la Chapelle, l’intervention de la police sera autorisée. Entre collègues, faut bien s’entraider…

 

 

 

16/01/2015

CEVA de bruit et de fureur

 

Par Pierre Béguin

 

Pouvez-vous imaginer partager vos nuits, pratiquement sans interruption et pendant des mois, avec une machine à roto percussion qui perce votre sous-sol et qui produit, dans votre chambre à coucher, un bruit de marteau piqueur pouvant émettre jusqu’à 60 décibels?  Pour vous aider à vous représenter ce qu’un tel désagrément signifie sur votre sommeil, cliquez sur l'image ci-dessous:



Voilà! Maintenant vous savez. Et bien c’est exactement ce que doivent endurer des habitants de la Chapelle sur Carouge depuis mars 2014, c’est-à-dire depuis que le CEVA a débuté au Bachet le percement du tunnel de Pinchat. Le bruit incriminé, 24 heures sur 24, se propage par les sous-sols, fait vibrer les maisonsqui entrent alors en résonnance, avant de ressortir jusqu’à 200 mètres du lieu d’émission. A raison d’une avancée d’un mètre par jour, faites le calcul!

 Mais voyons! Chez nous, en Suisse, il existe des lois, des règlements, allez-vous rétorquer? Bien sûr! Et même de très sérieuses directives sur les mesures de construction et d’exploitation destinées à limiter le bruit de chantier, selon l’article 6 de l’ordonnance sur la protection contre le bruit du 15 décembre 1987, émanant de l’Office Fédéral de l’Environnement (OFEV). Très clairement, il est précisé une «limitation de durée de 7 heures par jour ou moins pour les travaux de construction très bruyants (08h00 – 12h00 et 14h – 17h00)». L’autorisation délivrée Par l’Office Fédéral des transports au CEVA, le 8 mai 2008, imposait clairement l’application de cette directive. Sauf que les responsables du CEVA bafouent ostensiblement la directive, qu’ils s’asseyent allègrement sur les lois et les règlements en poursuivant les travaux les plus bruyants 24 heures sur 24. Avec, comme de bien entendu, le consentement des services de l’Etat en charge du dossier, dont on imagine qu’ils ont reçu des directives en ce sens. Et que dire des députés eux-mêmes, probablement briefés par le Conseil d’Etat, qui n’ont, comme de bien entendu, pas traité une pétition reçue en juin 2014!En voilà une démocratie qui fonctionne bien! Il paraît, selon tout ce beau monde qui le proclame la bouche en coeur, que la loi ne concerne pas les bruits solidiens, à savoir ceux émis dans le sous-sol, mais seulement les bruits de surface. Comme si, quand on mesure avec des sonomètres jusqu’à 60 décibels dans une chambre à coucher, ce n’était pas des bruits de surface! Poussons le raisonnement jusqu’à l’absurde: dans votre cave, vous pouvezdonc faire le bruit que vous voulez! Enfin… à condition bien sûr que toutes les autorités vous appuient. Dans ce cas, comme les responsables du CEVA, vous pourrez faire preuve d’une mauvaise foi tout simplement hallucinante. Quel autre mot peut-on utiliser lorsque des collaborateurs du CEVA viennent constater un bruit assourdissant chez certains habitants et qu’ils se permettent ensuite de nier toute implication du chantier dans les nuisances même qu’ils ont constatées? Quant aux CFF, principaux bénéficiaires du CEVA, ils ne s’en privent pas! Leur arrogance, leur mépris, est proprement sidérant.

Le conseiller d’Etat Luc Barthassat, chef du département incriminé, est lui aussi venu constater les nuisances sur place. Il a eu ces mots historiques: «Je ne peux rien faire». De deux choses l’une: soit il ne peut vraiment rien faire et alors on se demande bien à quoi il sert s’il ne peut intervenir contre une transgression aussi évidente de la loi, soit il ne «veut» rien faire et il s’assied sur les lois même  qu’il est censé faire respecter. Dans les deux cas, il se montre incapable de s’élever à la hauteur de la fonction pour laquelle il a été démocratiquement élu. Que des gens doivent quitter leur domicile en pleine nuit avec enfants et brosses à dent pour un hôtel salvateur, que des enfants ne dorment pas avec les possibles répercussions sur leur santé et leurs résultats scolaires, que des lois fédérales soient bafouées avec le consentement de son département, le conseiller d’Etat Luc Barthassat, qui par ailleurs dort très bien du sommeil du juste dans un coin du canton épargné par les méfaits du CEVA, le conseiller d’Etat Luc Barthassat donc s’en moque allègrement! Eh oui! Il y a à la Chapelle une nuisance plus assourdissante encore que celle produite par le CEVA, c’est le bruyant silence de Monsieur Luc Barthassat!

Il est un autre silence assourdissant qui ne laisse pas de surprendre: celui de la presse. Si Léman bleu s’est déplacé pour consacrer un reportage à ce qu’il faut bien considérer comme un scandale couvert par les autorités cantonales elles-mêmes , les autres médias, La Tribune de Genève, Le Temps, la Télévision ou les radios, se taisent étrangement, faisant planer quelques soupçons quant à leur implication dans les problèmes régionaux, pour ne pas dire quant à leur autonomie. Au cas où ces instances médiatiques ne seraient pas au courant, puissent-elles trouver dans ces lignes les informations qu’elles devraient être les premières à diffuser…

Pour leur gouverne, une plainte a été déposée par les riverains – dont l’association, précisons-le, est favorable à la construction du CEVA – pour contraindre la direction du CEVA et les entreprises concernées par le chantier à respecter la loi et les directives auxquelles elles sont soumises, à savoir de s’abstenir de tous travaux de forage du tunnel dans le secteur concerné entre 19 heures et 7 heures le matin. Plus conciliants que la loi elle-même, les habitants de la Chapelle! Mais peut-être un peu naïfs… Selon le planning du CEVA, les forages devraient se terminer l’été prochain. Je reste convaincu que la plainte se perdra sous un dossier et qu’elle n’en ressortira pas de sitôt, en tout cas pas avant… disons septembre prochain. On fait le pari? Comptez sur moi pour vous tenir au courant!

A part ça, tout va très bien, citoyens, tout va très bien! Que ceux qui peuvent dormir continuent à dormir! Dans quelques années – mais sûrement pas en 2017 comme prévu, et malgré ce forage continu hors loi – avec un dépassement budgétaire important qui plombe déjà tous les autres investissements – mais sans une Gare pourtant nécessaire à Carouge Fontenette –  vous pourrez vous rendre à Annemasse en douze minutes. Enfin, pour les quelques usagers que cela intéresse…

Ah! Un dernier mot: si des responsables du CEVA ou des élus genevois veulent passer quelques nuits à la Chapelle sur Carouge, ils sont les bienvenues. Des habitants se feront un plaisir de leur laisser leur chambre à coucher. Et si, dans le même temps, ils pouvaient céder la leur, ce serait encore mieux. Qu’ils en soient remerciés d’avance!

P.S.  Ci-dessous un extrait de la brochure de l’Office Fédérale de la Santé Publique, prouvant clairement que le CEVA, avec le soutien du département, transgresse allègrement la loi:

«Le sommeil est perturbé à partir d'un niveau sonore nocturne de 40 à 50 décibels déjà. On se réveille plus souvent, ce qui entraîne de la somnolence ainsi qu'une baisse de l'attention et des performances le lendemain.

La loi sur la protection de l'environnement et l'ordonnance sur la protection contre le bruit (OPB) ont pour but de protéger la population contre le bruit nuisible ou incommodant. A cet effet, la Confédération a défini une méthode d'évaluation et des valeurs limites d'exposition concrètes pour les principaux types de bruit. Celles-ci ont été fixées de manière à ce que les immissions restantes ne dérangent pas de façon notable le bien-être des personnes touchées.

Les valeurs limites d'exposition sont arrêtées dans l'ordonnance sur la protection contre le bruit (OPB) et s'appuient sur la loi sur la protection de l'environnement:

Les valeurs de planification sont appliquées pour la réalisation de nouvelles installations bruyantes et pour la délimitation et l'équipement de zones à bâtir destinées à des bâtiments à usage sensible au bruit (logements).

Les valeurs limites d'immission définissent les seuils à partir desquels le bruit dérange considérablement le bien-être de la population. Elles s'appliquent aux installations bruyantes existantes et aux permis de construire pour des bâtiments à usage sensible au bruit (logements).

  • Les valeurs d'alarme sont un critère utilisé pour définir l'urgence des assainissements et de la pose de fenêtres antibruit.

  • Les valeurs limites d'exposition sont plus strictes pour les zones d'habitation pure que pour celles où des activités artisanales sont également autorisées (degrés de sensibilité dans le tableau). Ces valeurs sont généralement les suivantes:

 

Degré de sensibilité
(DS) 

Valeur de planification (VP)
en dB(A)

Valeur limite d'immission (VLI)
en dB(A)  

Valeur d'alarme (VA)
en dB(A)   

  

Jour

Nuit

Jour

Nuit

Jour

Nuit

Détente 

50

40 

55 

45 

65 

 60

II

Habitation

55 

45 

60 

50 

70 

65 

III 

Habitation/artisanat

60 

50 

65 

55 

70 

65 

IV 

Industrie

65 

55 

70 

60 

75 

70 

 

 

 

 

 

 

 

15/01/2015

Craintes et espoirs après les tueries islamistes