Blogres, le blog d'écrivains

  • Un petit décodage sémiologique

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    Par Pierre Béguin

    Un ami en promenade dans la vallée de Joux tombe sur ce panneau que les autorités viennent de fixer tout autour du lac, dans les endroits dangereux ou au pied des drapeaux indiquant si la marche ou le patinage sont autorisés sur les eaux gelées.

    panneau1.jpg

    Vous ne remarquez rien? Un petit décodage sémiologique s’impose…

    De haut en bas:

    Sur la première ligne, une personne se noie bêtement dans les eaux glaciales: un  homme, bien entendu.

    Sur la deuxième ligne, un patineur complètement idiot patine du mauvais côté: encore un homme, bien entendu. Alors que, du bon côté, une personne a bien compris où il faut patiner: une femme, bien entendu.

    Sur la troisième ligne, un patineur encore plus idiot brave l’interdiction du drapeau rouge: toujours un homme, bien entendu. Alors que, lorsque le drapeau est au vert, une personne a compris qu’elle pouvait patiner en toute sécurité: une femme, bien entendu.

    Sur la quatrième ligne, un imbécile inconscient jette des pierres sur la glace. Ah, le con! Un homme, bien entendu. Pire, une personne est blessée à cause des jets de pierre du gros connard inconscient: encore une femme victime, bien entendu…

    Que les féministes veuillent éradiquer les stéréotypes dont elles sont victimes, je souscris. Mais ne seraient-elles pas en train de nous fabriquer en retour des usines de clichés anti-mâles auxquels ces derniers devraient se soumettre en signe de repentance? Car ce panneau – un exemple parmi beaucoup d’autres – est radicalement et ostensiblement sexiste, nul(le) ne peut le contester. Et pourtant, je parie que personne ne s’en offusquera.

    Imaginez un instant que l’on inverse les figures: le tollé chez les Gorgones! Ce panneau inonderait les réseaux sociaux du monde occidental, et les autorités de la vallée de Joux n’achèteraient pas leur rédemption, même en parcourant Le Pont – Saint Jacques de Compostelle sur les genoux, même en se flagellant, même en payant leurs indulgences en taxes CO2, même avec leur photo en couverture de L'illustré.

    Dans le même temps, un petit mirliton de politicien "mâle" qui a qualifié une journaliste d’adolescente écervelée voit tomber sur lui les foudres des commissaires du peuple et de tout le politburo écolo-féministe prêts à émasculer ce sale macho sexiste ayant osé reproduire les pires stéréotypes anti-femmes. Z’avez dit deux poids deux mesures?

    Pour le moins, ce panneau fixé autour du lac de Joux, outre les précautions d’usage, nous rappelle une vérité que les hystéries ambiantes tentent d’occulter: les hommes n’ont pas le monopole du sexisme, pour reprendre une formule célèbre.

    Messieurs, ne serait-il pas grand temps de réagir au lieu de se laisser passivement manger les stéréotypes sur le dos? Et les autres aussi, les opportunistes et les sincères qui hurlent avec les louves, les "journaleux" et le politburo des verts prompts au prêchi-prêcha ou aux anathèmes, ceux qui ont peur du bâton et celles toujours prêtes à brandir l’étendard victimaire… J’aimerais bien vous entendre sur ce sujet.

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  • Rhinocérite

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    Par Pierre Béguin

     «Rien n’est aussi dangereux que la certitude d’avoir raison»

                         (François Jacob, médecin et biologiste français)

    Le bon sens commun et la raison subissent depuis quelques années une période d’hystéries galopantes qui, à l’image de l’inquisition, multiplie les chasses aux sorcières, les anathèmes, les bûchers, allant, par exemple, jusqu’à remettre au goût du jour les indulgences en incitant le citoyen qui veut se donner bonne conscience à payer volontairement une taxe CO2 pour acheter sa rédemption en termes de bilan soi-disant écologiquement neutre.

    Comment des dizaines de millions de personnes prétendument saines d’esprit peuvent-elles alimenter de tels délires?

    rhinocérite.jpgCette question lancinante me renvoie sans cesse à cette pièce d’Eugène Ionesco, Rhinocéros (1960), qui décrit la transformation inéluctable de toute une société composée d’individus libres en une masse grégaire, instinctive et brutale, passant de la diversité humaine à l’uniformité animale.

    Ainsi le premier acte montre-t-il des personnages occupés à parler et à échanger des signes innombrables. La parole humaine domine alors sous toutes ses formes: conversations amicales, disputes, démonstrations logiques, débats contradictoires, cris, langage affectif…

    L’apparition des rhinocéros entraîne la disparition progressive de cette diversité au profit d’une pauvreté langagière réduite, à la fin de la pièce, au monologue de Bérenger – l’unique résistant ayant gardé forme humaine – et aux barrissements hégémoniques des monstres, dans ce qui n’est même plus un dialogue de sourds.

    Parmi tous les symptômes de rhinocérite qui annoncent la transformation d’un personnage en pachyderme bicornu, s’il est d’Afrique – la pièce identifie cette gigantesque métamorphose à une forme d’épidémie (La Peste de Camus fut publiée 13 ans plus tôt) – figure en première ligne les attaques personnelles: le discours totalitaire n’argumente pas, il dévalue l’autre dans sa personne pour mieux déprécier ses arguments, n’en ayant en réalité aucun de fiable à lui opposer. Ainsi l’unique résistant Bérenger, le dérangé, se voit-il systématiquement renvoyé à sa tendance marquée à l’alcoolisme chaque fois qu’il essaye d’argumenter.

    Visionnaire Ionesco! Près de soixante ans plus tard, son allégorie s’incarne dans des rôles bien déterminés. Aujourd’hui, il ne fait pas bon être un mâle blanc, hétéro, de surcroît climato-sceptique. Si encore on pouvait faire admettre l’idée qu’on peut être très préoccupé d’environnement tout en doutant du bien-fondé des théories réchauffistes, cela sans se voir traité de sale négationniste à la solde d’Exxon Mobile… Mais quand une vague idéologique est parvenue à faire croire, sous couvert de science, que le passage dans l’atmosphère de 3 à 4 particules de CO2 sur 10’000* depuis le début de l’ère industriel était de nature à modifier radicalement le climat, toute nuance relève d’une mission impossible – Il est vrai que cette «idéologie» permet, de manière très pragmatique, de lever des taxes CO2 visant à compenser les cadeaux fiscaux accordés aux entreprises, ceci expliquant cela. De même, peut-on encore souligner les visées hégémoniques de certains dogmes qui nient radicalement les réalités les plus élémentaires sans se voir taxer de facto de vieux macho réactionnaire aigri à haut potentiel de prédation…

    Restent-ils dans cette effervescence de croyances délirantes des penseurs, des scientifiques, des politiciens, des journalistes, des professeurs prêts à élever les digues de la raison et du bon sens contre ce raz-de-marée idéologique? Ou n’existe-t-il plus que des hordes de rhinocéros illustrant à la perfection, et sans même en avoir conscience, la loi de Brandolini*?

    Certes, à l’image de n’importe quelle mode, ces délires vont rapidement s’étioler, et celles et ceux qui les auront activement alimentés ne se souviendront même plus d’y avoir adhéré. A l’image de l’hystérie «Balance ton porc» qui s’est essoufflée depuis que ses têtes (non) pensantes ont été prises en flagrant délit de tartuferie. Il n’empêche, tout cyclone laisse sur son passage des stigmates, pour certains indélébiles. En attendant le prochain cyclone…

    Bérenger, mon ami, mon frère! Moi qui, pourtant, ne bois pratiquement pas une goutte d’alcool, je te comprends si bien…

    La pire des bêtises est toujours celle des moutons… ou des rhinocéros.

     

    * «Le CO2 est un gaz présent dans l’atmosphère à l’état de traces, en quantité minuscule. Durant les 150 dernières années, sa concentration est passée de 3 molécules pour dix-mille molécules d’air à 4 molécules pour dix-mille molécules d’air, soit une molécule de CO2 de plus pour 10’000 molécules d’air, une sur dix-mille (François Gervais, professeur émérite de physique et de science des matériaux à l'Université de Tours, médaillé du CNRS en thermodynamique)

     

    * Du programmeur italien Alberto Brandolini, la loi de Brandolini est un aphorisme soutenant l’idée de l’asymétrie du bullshit: «la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter du bullshit est un degré de magnitude plus grande que celle nécessaire pour le produire».

    Autrement dit, affirmez n’importe quoi sur les réseaux sociaux et sa répétition se métamorphosera en vérité difficile à contester, à plus forte raison si les médias et les politiques s’en font l’écho... et si des adolescents la répercutent en hurlant qu’on leur a volé leur jeunesse.

    De la rhinocérite, je vous dis!

     

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  • Eloge des fantômes

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    Par Pierre Béguin

     

    Mon cher Jean-Michel,

    JMO.jpgJe viens de terminer avec ravissement la lecture de ton dernier livre, ces treize histoires de fantômes – portraits de personnes rencontrées et aimées – dont tu prétends à juste titre qu’il ne faut pas les trahir car «ce sont les seuls à savoir qui nous sommes». Avec ravissement, oui, car ces fantômes que tu ressuscites, d’une certaine manière, ce sont aussi les miens.

    Quand, à la faculté des Lettres, Roger Dragonetti, le dos courbé, pénétrait dans la salle, «qu’il s’installait sans un mot, sortait de sa serviette une liasse de notes qu’il déployait en éventail devant lui», j’y étais. Ce moment crucial, «ce suspens qui précédait sa parole», quand «il semblait chercher son souffle, comme un plongeur en eaux profondes», «ce brusque appel d’air, ce sentiment de vide, cette sorte de vertige» je l’ai ressenti comme toi. Et sa parole qui, souvent, retournait au silence «pour s’y abreuver», cette parole qui «trébuchait» parfois – souviens-toi des incontournables «comment dirais-je? comment dirais-je?» ou de son expression favorite «encore toujours» – me fascinait autant qu’elle t’a fasciné.

    Et que dire de Michel Butor? Ce séminaire qu’il tenait sur Raymond Roussel et que ta petite bande de Brigades rouges en herbe – le groupe Argo, je crois – avait perturbé, j’y étais aussi. Mais – te l’avouerais-je 40 ans plus tard? – je n’éprouvais alors qu’un mépris condescendant pour ce commando un brin grotesque qui me semblait animer par une sotte vanité (existe-t-il des vanités intelligentes?) et, surtout, par une manière ridicule d’impressionner les étudiantes en prenant un professeur et son cours en otage. Car ce que tu ne mentionnes pas dans ton portrait de Butor, et pour cause, c’est que vous aviez perturbé d’autres séminaires (je me souviens notamment d’un séminaire sur Les Champs magnétiques et l’écriture automatique). Peu importe. La distance et l’ironie que tu portes maintenant sur l’étudiant que tu étais alors font tout le sel de ce portrait de Michel Butor et la jouissance que le lecteur peut éprouver à son évocation.

    N’oublions pas Jacques Derrida. L’effervescence un peu infantile que suscitait chez certain(e)s étudiant(e)s la venue à l’Université de Genève du grand gourou des 60’s et 70’s, «ce Richard Gere en plus méditerranéen». Ces virées avec Derrida au Bagdad parmi les buveurs solitaires et les prostituées, je n’y étais pas (je hantais alors le dancing universitaire et le Bar à whisky) mais, à te lire, je le regrette, tant l’évocation d’un Derrida noceur le montre sous une face aussi truculente qu’inattendue. Il me revient néanmoins en mémoire les mots d’un de tes camarades «Argo» qui se vantait à la ronde d’avoir, en tant que conducteur, frôlé un accident qui aurait pu se révéler fatal pour le grand gourou qu’il transportait sur la banquette arrière. On avait les gloires qu’on pouvait…

    Que dire encore de Louis Aragon que, contrairement à toi, je n’ai pas eu la chance de rencontrer, mais qui reste un de mes proches fantômes (curieusement je le lisais dans le métro de Londres, tout comme toi, durant la période de mes études anglaise)? Et des autres que tu ressuscites, dont les trajectoires n’ont jamais croisé la mienne et qui me semblent pourtant familières?

    Mais le portrait le plus évocateur, le plus émouvant, celui qui m’a le plus remué, est celui d’une personne – si j’en supposais logiquement l’existence – dont j’ignorais tout jusqu’au prénom: ton père.

    Tel que tu le décris, il semble finalement si semblable au mien. Les silences, la difficulté à communiquer, les punitions même, le redoutable martinet. Comme toi, j’ai connu tout cela. Ce passage – mais n’importe lequel aurait fait l’affaire – j’aurais pu l’écrire, avec cette nuance que j’étais moins bavard que toi: « Le dimanche, autour du poulet rituel, j’endosse à nouveau le costume du singe savant. Je parle de mes lectures, de mes rencontres. Je cite des noms que personne ne connaît. J’ai l’impression de parler une langue étrangère. Entre deux silences, je recherche un terrain d’entente. La politique? Trop périlleux. Le football? Plus d’actualité. La pluie et le beau temps? On peut enfin partager quelque chose».

    Je comprends bien, à lire ce portrait de ton père, que ce qui peut nous rapprocher, davantage encore que nos fantômes universitaires communs, c’est la perception de nos figures parentales. Notre véritable patrie, ce sont nos parents.

    Puissent de nombreux lecteurs se reconnaître, comme je me suis reconnu, dans l’évocation de tes fantômes!

    Amicalement.

    Pierre.

     

    Jean-Michel Olivier, Eloge des fantômes, éd. L’Age d’Homme, 2019.

     

     

     

     

     

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  • Eric Neuhoff, Prix Renaudot essai 2019

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown.jpegLe cinéma a toujours été un plaisir solitaire, mais un plaisir solitaire collectif. On y allait le samedi soir en famille ou dans l'après-midi avec son amoureuse. Les salles étaient pleines. Elles rassemblaient une communauté de solitaires (et de silencieux). Elles ne sentaient pas le pop-corn. On ne vous assignait pas une place numérotée…

    Et chaque semaine, il y avait un nouveau chef-d'œuvre. Un spasme d'émotion.

    Le nouveau Fellini. Le nouveau Truffaut. Le nouveau Woody Allen. Le nouveau Sautet ! Le nouveau Godard ! Le nouveau Kubrick ! Quelle époque !

    Oui, mais ça c'était autrefois, quand le cinéma (français) était encore vivant.

    Aujourd'hui, à l'époque des Ch'tis et des Tuche 3, qu'en est-il des jeunes réalisateurs ? « Cette génération a une fâcheuse tendance à insister sur le côté emmerdant. Quelque chose a été détruit au royaume du 7ème art. Comme ces réalisateurs sont compassés, hésitants, maladroits ! Ce sont des cérébraux. Ils se tiennent le front entre les mains. Comme ils souffrent ! On ne se doute pas du mal qu'ils se donnent. Évidemment : ils ne sont pas faits pour ça. »

    Dans son dernier pamphlet, (Très) cher cinéma français*, le journaliste et écrivain Éric Neuhoff n'y va pas avec le dos de la cuillère. Et il a bien raison.

    shopping.jpeg« Leur but devrait être de mettre le cinéma à feu et à sang. Mais non, ils rêvent d'avoir la couvertures des Inrocks. Ce sont de grands sensibles, des écorchés vifs. Il ne faut pas compter sur eux pour nous dévoiler de grands pans mystérieux d'un monde inconnu. Tout cela ne semble pas fait pour durer. Sous nos yeux, l'art déguerpit des écrans sans demander son reste. Nous assistons, impuissants, à cette désertion. Grosses comédies, drames psychologiques raplapla, polars verbeux, voilà le programme. »

    Où sont passés les Trintignant, les Maurice Ronet, les Belmondo ? Et, du côté des dames, Johanna Shimkus, Jeanne Moreau, BB ? Il nous reste, c'est vrai, Catherine Deneuve et Isabelle Huppert (Neuhoff lui taille un costard de première!). Mais où sont les garces irrésistibles et fêlées d'autrefois (Garbo, Dietrich, Betty Davis, Marilyn) ?  

    Pour Éric Neuhoff, le cinéma, c'était bien mieux avant. On peut difficilement le contredire. Qui se souvient du nom d'un réalisateur français d'aujourd'hui ? Personne. Les acteurs, comme les réalisateurs, sont devenus interchangeables.

    « De profundis le cinéma français. On ne peut même pas lui accoler le doux, le beau nom de divertissement. Il était un art forain, il s'est transformé en cours du soir. On y bâille ferme. La distraction est bannie. Rigolos, s'abstenir. » 

    On le voit : Neuhoff est drôle, excessif, injuste. Son livre est un régal de cruauté. Aucun jeune cinéaste ne trouve grâce à ses yeux.

    Aucun ? Non. Il reste Arnaud Desplechin, le génial réalisateur de Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), ou encore Rois et Reine, ou encore Conte d'hiver. Unknown-1.jpegOu, dernièrement, Roubaix, une lumière, un des plus grands films que j'ai vus cette année. Neuhoff sauve Desplechin du carnage. Et il a bien raison. Avec lui, le cinéma retrouve ses lettres de noblesse, surprend, bouleverse. (Photo : Arnaud Deplechin avec les deux héroïnes de son film, Léa Seydoux et Sara Forestier)

    Bref, il faut lire ce livre décapant et bienvenu, qui dresse une état des lieux assez sombre du cinéma français, le cinéma le plus subventionné au monde, envahi, désormais, par les « faits de société », les modes vite démodées, les scénarios faciles et les dialogues débiles. 

    Il est important de savoir que cela n'a pas toujours été comme ça!

    * Éric Neuhoff, (Très) cher cinéma français, Albin Michel, 2019.

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  • Nuits hantées (Frédéric Lamoth)

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown-1.jpegAprès plusieurs romans, tous parus chez Bernard Campiche, Frédéric Lamoth (né en 1975 à Vevey) nous donne Le Cristal de nos nuits*, un recueil de nouvelles qui tournent toutes autour du thème de la mémoire (c'est d'ailleurs le sous-titre du livre). Le titre, bien sûr, fait référence à la terrible Nuit de cristal (du 9 au 10 novembre 1938), pendant laquelle éclatèrent, en Allemagne comme en Autriche, les pogroms anti-juifs. 

    C'est sur cet arrière-fond guerrier que se déploient les nouvelles de Lamoth. On ne se situe pas en Allemagne, ici, ni en Autriche, mais en Suisse, pays miraculeusement épargné par la guerre. Des Allemands s'y sont réfugiés, comme des soldats américains obligés d'atterrir en urgence. Lamoth esquisse leur histoire, suggère leurs rêves, ressuscite leurs fantômes. Il y a, dans ces textes superbement écrits, un parfum entêtant de nostalgie — de mauvaise conscience aussi : alors que l'Europe entière est à feu et à sang, la vie en Suisse paraît bien paisible, et presque fade.

    « Il me semble aujourd'hui encore que cette partie de ma mémoire est comme une grande maison hantée. Une pension de fantômes qui ne trouvent pas le sommeil. Ceux qui peut-être n'ont jamais existé ou qui, du moins, n'auront laissé aucune preuve de leur existence. »

    Unknown.jpegDe longueur variable, ces nouvelles, qui semblent reliées entre elles par le mystère du rêve ou de l'insomnie, célèbrent chacune une disparition, une mort violente (et gardée secrète), un suicide ou un exil. Elles donnent la parole à des êtres anonymes. Elles tournent autour d'un drame silencieux.

    La plus aboutie est la plus longue, et la dernière, me semble-t-il, qui raconte le destin d'un trio amoureux de la musique de Schubert. L'évocation de leur complicité, faite de connivence et de pudeur, est très réussie, comme l'évocation des grands Kappelmeister Furtwängler ou Karajan. La nostalgie y est aussi présente que dans les chansons du Voyage d'hiver. Les personnages sont attachants et bien cernés. Lamoth a besoin d'espace et de longueur pour déployer tout son talent.

    Une réussite, donc, que ce Cristal de nos nuit, même si le tout me semble un peu décousu, et quelquefois trop empreint de mauvaise conscience.

    * Frédéric Lamoth, Le Cristal de nos nuits, mémoires, Bernard Campiche éditeur, 2019.

    Lien permanent Catégories : Lettres romandes 0 commentaire
  • Transition climatique vs transition numérique

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    Par Pierre Béguin

    Transition climatique versus transition numérique… ou les aberrations de DIP. Jugez-en!

    Transition climatique: le DIP s’achète une bonne conscience. Terminés les échanges linguistiques et autres voyages d’études ou de maturité en vol low cost. Dorénavant, tout pour le train! Personnellement, je cautionne, ne prenant l’avion que le plus rarement possible et sous l’unique contrainte de la distance.

    Transition numérique: le DIP, par la voix de sa cheffe Anne Emery Torracinta, demande au Grand Conseil l’acceptation de deux projets de loi de 10 millions* chacun pour équiper les écoles primaires de tablettes numériques, renouvelables dans 4 ans. Comme si les heures que nos enfants passent sur leur portable ou leur tablette sitôt sortis de l’école n’était pas déjà en soi un problème! Comme si la baisse du niveau de lecture et de compréhension de la langue maternelle n’était pas aussi un possible dommage collatéral de l’excès d’internet! Mais bon, pour accrocher le train de la modernité, quelle connerie le DIP ne se permettrait pas?

    Quel lien entre ces deux informations, me direz-vous ?

    Ce lien, c’est un professeur honoraire de l’EPFL, Joseph Tarradellas, qui nous le donne dans un article paru ce vendredi 11 octobre dans Le Temps. Je cite les passages qui nous intéressent plus particulièrement:

    «Selon le think tank The Shift Project, internet représente aujourd’hui 4% des émissions mondiales de CO2, contre 2,8% pour le transport aérien. Or, d’après le cabinet Sandvine, en 2020 le streaming et les jeux en ligne devraient représenter 80% du trafic internet, c’est-à-dire 3,2% des émissions mondiales de CO2, soit 14% de plus que le trafic aérien. Ce qui risque bien d’augmenter à l’avenir car la croissance du streaming et des jeux en ligne est de 9% par an contre 6% pour le trafic aérien

    Et notre professeur d’ajouter qu’en 2018 le streaming vidéo a été responsable d’autant d’émissions de CO2 qu’un pays comme l’Espagne, précisant qu’une personne «ayant écouté de la musique en streaming à raison d’une heure par jour aurait engendré, au bout d’une année, une pollution équivalente à celle attribuée à un passager ayant effectué sept tours du monde en avion».

    Incroyable! Ma fille cadette, à fin décembre, aura donc engendré, en dépit d'une féroce opposition parentale, l'équivalence énergétique de quatorze tour du monde en avion en 2019...

    Conclusion?

    1. La suppression des voyages en avion dans le cadre scolaire, c’est bien. Mais elle n’est qu’une opération «vitrine» sinon vaine, du moins dérisoire lorsque, en parallèle, on équipe nos élèves, sous prétexte de transition numérique nécessaire, d’appareils bien plus gourmands en énergie et en métaux rares – métaux dont l’extraction produit des ravages tant écologique qu’humain, en Chine tout particulièrement (cf. l’ouvrage de Guillaume Pitron: La Guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique, LLL, 2018).
    2. Nos politiques – et leurs professions de foi avant les élections du 20 octobre en est une parfaite illustration – suivent, par opportunisme ou par bêtise, une pensée unique qui balaie tout point de vue critique, les conduisant à faire tout de travers lors même qu’ils proclament suivre la voie du bien.
    3. En conséquence, on fait politiquement et économiquement tout et n’importe quoi, polluant ici sous prétexte de protéger là, sanctifiant l’électricité sans se demander comment on va faire face à une demande de plus en plus boulimique – que le renouvelable, on le sait, n’arrivera pas à satisfaire –, augmentant le prix de l’essence tout en faisant exploser le numérique vorace en terres rares et en énergie.
    4. Le pourquoi de cette cacophonie? La précipitation irréfléchie dans le sens d’un vent (d’un ouragan) dominant; la défense opportuniste d’une idéologie en lieu et place de la réflexion exigeante; la caution béate d’une véritable Inquisition scientifico-médiatique quand il faudrait défendre la discussion démocratique et la pensée critique.
    5. Dans nos écoles, justement, nos élèves n’apprennent plus à penser mais ce qu’il faut penser – si tant est que la bien-pensance soit une pensée – subissant parfois, dans certains cours – j’en ai eu la preuve avec mes filles –, ce qu’on pourrait appeler un lavage de cerveau à la sauce Greta. Et là encore, au lieu de dénoncer l’exploitation éhontée de la jeune autiste par des activistes et une startup «désintéressés», notre inclusif «Département de la jeunesse» félicite cette GretherJugend qui sèche les cours pour défiler dans les rues.
    6. Quant à émettre le moindre doute – à la suite de nombreux scientifiques liquidés au nom du dogme – sur le grand méchant CO2 responsable de tous les maux, c’est se voir immédiatement taxé d’ignoble capitaliste conservateur à la solde de BP ou d’Exxonmobil.

    On vit décidément en Occident, depuis quelques années, une des périodes les plus délirantes – et les plus inquiétantes – depuis la montée du nazisme et la dernière guerre…

    Mais je m’arrêterai là. Pousser plus en avant la réflexion nous emmènerait trop loin. Les sottises du DIP suffiront largement pour aujourd’hui.

     

    Un premier crédit d'investissement de 10'282'000 francs, destiné à équiper les établissements de l'enseignement primaire et spécialisé de 16'900 tablettes ou équipements mobiles équivalents pour les élèves. Un second crédit d'investissement de 10'642'000 francs, destiné à équiper les établissements de l'enseignement secondaire I et II d'un réseau sans fil et de lots de tablettes ou d'équipements mobiles équivalents

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  • Jacques Chessex (1934-2009) : dix ans déjà

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown-1.jpegIl y a dix ans, le 9 octobre 2009, disparaissait Jacques Chessex (né en 1934 à Payerne), le plus grand écrivains suisse romand depuis Ramuz. C'était un ami, un sage, un fou, ombrageux, généreux, injuste, bavard, unique. Je lui rends hommage dans mon dernier livre, Éloge des fantômes (L'Âge d'Homme, 2019) en racontant vingt ans d'amitié profonde et tumultueuse. En voici un extrait.

    « Aujourd'hui, nous nous tenons devant ta bibliothèque.

    Rayonnages blancs immaculés qui courent dans toutes les pièces de la maison. Rien ne dépasse. Rien ne viole l'alphabet silencieux. Tu aimes sentir autour de toi ces remparts de cuir et de papier. Ces livres inachevés, inaudibles, imparfaits. Tu tends l'oreille au murmure des fantômes.

    Tant de vies ! Tant de bonnes intentions ! Une Babel de prières adressées au Ciel vide…

    « Nous vivons dans la compagnie des fantômes. Ils sont partout. Bien plus nombreux que les vivants. Ils nous surveillent. Ils nous guettent… »

    Tu prends un livre au hasard. Georges Borgeaud. Nous sommes dans le domaine romand — un peuple de fantômes que tu connais bien, avec lequel tu entretiens des « ressemblances de fibre et d'âme », et pour qui tu as écrit Les Saintes Écritures (tu aimes écrire sur les autres, à une époque où les écrivains sont surtout préoccupés d'eux-mêmes). Tu feuillettes le livre que tu as dans les mains.

    « Comme moi, Borgeaud habite en face d'un cimetière. Lui, c'est le cimetière Montparnasse. Un immense cimetière. Des tombes blanches à perte de vue. Il croit qu'après la mort, nous nous retrouverons tous ensemble dans un jardin enchanté en train de psalmodier des cantiques venus de l'enfance. La vie, chez lui, nie la mort. Pour moi, c'est le contraire. La mort est extinction, grincement, pourriture, prison perpétuelle. Impossible de se réjouir, ni d'y échapper. »

    images.jpegCe jour-là, nous sommes seuls dans la grande maison, seul avec les fantômes. Tu es en veine de confidences. Ce n'est plus Jacques le Fou, mais Jacques le Sage qui est en face de moi. Est-ce un masque ? Toi qui es un Vaudois pure laine (de Montreux par ton père ; de Vallorbe par ta mère), attaché à ta terre, aux pâturages, aux sapins noirs des forêts du Jorat, tu aurais pu vivre à Paris, y faire fortune et y tenir boutique. Tu connais le milieu littéraire comme nul autre en Suisse romande. Ses intrigues. Ses rancunes. Ses ambitions. Et tu te vantes d'avoir été l'ami de tel écrivain millionnaire pendant un jour !

    « Toute une journée ! Tu te rends compte ? Hélas, le soir j'ai ouvert l'un de ses livres… »

    On te reproche souvent d'adopter une posture : celle du grand écrivain. Ou plutôt du grantécrivain, comme l'écrit Dominique Noguez. Et c'est vrai que tu aimes à jouer les ermites sentencieux. Les donneurs de leçons. Par exemple, tu ne souris jamais sur les photographies (et tu ordonnes aux photographes de détruire les images où, par accident, tu esquisses un sourire). Avec le temps, tu as sculpté patiemment ta statue : le morse de Ropraz, comme disait un journaliste impertinent. J'ai l'impression souvent que tu prends une pose étudiée, que tu te transformes en fantôme immobile et muet ou en statue de marbre.

    Larvatus prodeo, disait Descartes.

    Un écrivain s'avance toujours masqué.

    Tu as passé ta vie à arracher les masques, les tiens et les masques des autres, à dénoncer les imposteurs.

    Mais sous le masque, le visage est voilé. Et les traits ne sont jamais purs. Il faut creuser la chair jusqu'à l'os. « Tout lui est bon pour arracher son semblable à ses langages de bois, écrit Pierre-Olivier Walzer, à ses traces errantes et à sa pesanteur mortelle. »

    © photo : Patrick Gilliéron Lopreno

    © dessin : Étienne Délessert

    * Jean-Michel Olivier, Éloge des fantômes, portraits, L'Âge d'homme, 2019.

  • Hommage à Marie Gaulis (1965-2019)

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown.jpegC'est avec stupeur et tristesse que je viens d'apprendre la disparition de Marie Gaulis, née en 1965 à Thonon, et décédée à La Chaux-de-Fonds le 19 septembre. C'était une femme vive et talentueuse, grande spécialiste de la Grèce, auteur de plusieurs livres brillants, publiés par les éditions Zoé. Fille de Louis Gaulis, grand voyageur et auteur de théâtre, elle a marqué la littérature romande de sa poésie et de son ironie douce. Elle nous manquera beaucoup.

    Je reproduis un article que j'avais consacré au premier livre de Marie Gaulis, Ligne imaginaire, publiée par Métropolis en 1999.


    Unknown-1.jpegQuand un nouveau talent surgit en Suisse romande, on a tendance à l'étouffer sous les références prestigieuses ou les rameaux d'un héritage lourd à porter (un père aventurier, écrivain et homme de théâtre ; une mère artiste-peintre). Pourtant Marie Gaulis, dont le talent éclate dans Ligne imaginaire*, un premier recueil de récits poétiques, ne doit rien à personne…
    Après une enfance itinérante, Marie Gaulis (née en 1965 à Thonon) entreprend des études de Lettres à Genève, se passionne pour le grec ancien, puis se lance, avec succès, dans une thèse qu'elle achèvera quelques années plus tard. Parallèlement à ses études « classiques », elle ne cesse d'écrire : des poèmes (publiés à l'Aire en 1993 sous le titre Le Fil d'Ariane), des textes courts et même une pièce de théâtre (qui devrait intéresser les metteurs en scène, car elle est excellente).
    Pour entrer dans Ligne imaginaire, il faut s'abandonner à la musique de la langue, laisser agir un charme à la fois singulier et très puissant qui vous mène au cœur du secret, là où l'on touche peut-être « au plus silencieux de soi, au plus innommable ». C'est ainsi que commence le beau livre de Marie Gaulis : par une invitation à la sieste, ce moment rare de la journée où affleurent, dans un demi-sommeil, les visages oubliés, les paysages lointains, les rencontres furtives (peut-être simplement rêvées), les cris, les peurs, les jardins de l'enfance. Autant d'images, saisies au seuil de la conscience, qui se révèlent riches en expériences, en sensations, en moments de grâce pure.
    Ainsi l'étrange cérémonial du thé qui marque une pause au cœur du temps et réunit, en un instant fugace, mais précieux, les membres d'une famille dispersée. Sous l'écorce des mots, Marie Gaulis nous restitue avec bonheur ces moments de partage et d'angoisse, d'amour et d'espérance, qui portent en eux, déjà, le germe de la séparation, « insoutenable, mais nécessaire ».
    Unknown-2.jpegAu fil du livre, les visages défilent, tantôt comme des fantômes, tantôt comme des masques, toujours comme des énigmes. C'est à la fin seulement qu'apparaît, comme un mystère central, le visage du père adoré, indissociable des autres membres de la famille, mais « saisi dans le fier et tendre bastion de sa solitude ». C'est la force de cette Ligne imaginaire que de sonder ainsi les visages les plus proches (les plus apparemment familiers) pour déchiffrer sans cesse sa propre énigme.

    * Marie Gaulis, Ligne imaginaire, éditions Métropolis, 1999.

  • Julien Sansonnens, Prix Rod 2019

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    Le samedi 14 septembre, à 11 heures, à la Fondation de l'Estrée, à Ropraz, on fêtera les vingt-trois ans du Prix Édouard-Rod. Ce Prix littéraire — un des rares et des plus importants en Suisse romande — a été fondé en 1996 par Jacques Chessex. Il vise à promouvoir le travail d’écrivains de qualité. Il peut récompenser soit une écriture neuve et inventive, à travers une première œuvre forte, soit une œuvre déjà confirmée, mais de haute exigence.

    images-1.jpegCette année, le Prix Rod récompense un roman de Julien Sansonnens (né en 1979), L'Enfant aux étoiles (éditions de l'Aire). Inspiré par le tristement célèbre massacre de l'Ordre du Temple Solaire, ce roman est une enquête minutieuse et sans compromis sur cet épisode toujours énigmatique de notre histoire. Avec finesse et précision, Sansonnens sonde l'âme des victimes de cette sombre affaire (en particulier « l'enfant cosmique », fille de Jo di Mambro, assassinée à Salvan) qui défraya la chronique en 1994 et 1995 (voir ici l'émission Zone d'ombre de la RTS consacrée à l'OTS).

    A l'Estrée, à Ropraz VD), les festivités commenceront à 11 heures.

    L'entrée est libre.

    Venez nombreux !

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  • Yann Moix, mendiant ou imposteur ?

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    par Jean-Michel Olivier

    En France, c'est l'heure de la rentrée, qui est surtout littéraire. Pour s'extraire des 450 nouveaux romans à paraître — un véritable tsunami — il faut lancer une polémique. À ce jeu-là, les Parisiens sont les plus forts. On oublie vite les livres pour se focaliser sur celle ou celui ou qui l'a écrit.

    Après Amélie Nothomb, qui se prend pour le Christ, dans un roman aussi vite lu qu'oublié, Soif*, il y a donc l'ancien trublion d'On n'est pas couché, Yann Moix, ami des puissants et habitué des plateaux télé. Il règle ses comptes, dans son dernier « roman », Orléans**, avec sa famille et l'institution scolaire, qu'il exècre. C 'est violent, rageur, emphatique, bouffi de prétention. Il décrit avec force détail les divers épisodes d'une enfance maltraitée — et ce n'est pas beau à voir. Son père le battait, sa mère pratiquait sur lui toute sorte de tortures plus ou moins raffinées, ses institutrices le harcelaient et ne le comprenaient pas. C'est une enfance martyre que décrit Yann Moix. Et l'on ne peut éprouver que de la révolte et de la compassion pour cet enfant victime de tant de sévices.

    Unknown.pngMais, bien sûr, c'est un roman. Autrement dit, pas une confession ou un document qui se veut réaliste, mais une mise en scène d'un moment particulier de la vie du narrateur. Lequel distribue avec talent (et une belle dose de cynisme) les rôles à jouer : le père violent, la mère tortionnaire, l'institutrice insensible au génie de son jeune élève, etc. Et, au centre de cette tragi-comédie, l'enfant maltraité et incompris, qui prend les coups, mais tient le plus beau rôle : celui du martyr — autrement dit, du Christ. C'est le Christ outragé, humilié, torturé, qui parle ici pour dire la violence et la haine qui l'habitent. 

    Encore un effort, Yann ! La crucifixion n'est pas loin…

    Cette posture victimaire, Moix la maîtrise à la perfection. Il l'a encore jouée samedi dernier dans On n'est pas couché. Invité par son ami Laurent Ruquier, il a joué la contrition, l'émotion au bord des larmes, le mea culpa, l'autoflagellation. Unknown-1.jpegIl faut dire qu'il devait répondre de quelques dessins abjects parus il y a vingt ans. Pour une pauvre victime de maltraitante, ça fait beaucoup…

    Qu'à cela ne tienne ! Moix, qui connaît les ficelles du métier, a su retourner la situation à son avantage : s'il a été antisémite, s'il a baigné dans les eaux glauques de Faurisson et consorts, ce n'est pas de sa faute, c'est à cause de son enfance maltraitée !

    L'enfant martyr est d'abord victime de ses parents : c'est pourquoi il a cédé aux sirènes de l'extrême-droite en ricanant sur la Shoah (Ushoahia !)…

    Une fois encore, Moix se donne le meilleur rôle. Comme dans ses livres. Il est d'ailleurs pardonné par une des Grandes Têtes Molles de l'époque : sa majesté Bernard-Henri Lévy, autorité, comme chacun sait, en matière de morale ! Bien sûr, personne n'est dupe. Ces gesticulations relèvent du petit cirque parisien. Le même qui accompagne chaque rentrée littéraire…

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  • Délicieuses morsures (Luc Jorand)

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown-1 12.23.31.jpegLuc Jorand est un grand voyageur. De ses séjours en Chine, en Russie, en Bretagne, à Genève, il a ramené une douzaine de nouvelles, qui sont autant de joyaux, et qu'il a eu la bonne idée de rassembler sous le titre Morsures*, car le style de Luc Jorand est à la fois érudit et mordant. Un vrai bonheur de lecture.

    Tout commence, comme chez Jean de la Fontaine, par une fable animalière où un vieux hibou rencontre une ratte, puis une paonne, puis un putois, puis une truie, etc. Nous sommes ici dans une basse-cour qui ressemble à la ferme des animaux d'Orwell, et Jorand, en ironiste voltairien, en tire une leçon exemplaire…

    IMG_6524.jpgDe Genève, où il a longtemps vécu (il vit désormais à Besançon), Luc Jorand a tiré cinq nouvelles, parfois de brèves satires mondaines (une inauguration, un barbecue, un sapin de Noël servent de prétextes à de savoureux tableaux sociaux), et parfois une longue nouvelle policière. On se laisse prendre sans résistance par ce « Meurtre aux Délices » qui conte l'assassinat, dans le jardin de l'Institut Voltaire, d'un ancien professeur d'Université, grand collectionneur de manuscrits de Voltaire et Rousseau. Sous des noms à peine cryptés, on reconnaît plusieurs personnalités genevoises et quelques grands noms de la bibliophilie internationale (dont le fameux Gérard Lhéritier, fondateur de la société Aristophil). L'enquête est palpitante, l'intrigue bien menée et le dénouement aussi surprenant que possible.

    Avec la section « Fausses nouvelles », Jorand change de ton et aborde des thèmes sans doute plus intimes, ou personnels, comme la mort de son père, ou son séjour en Chine. Mais c'est dans un texte plus long, encore une fois, intitulé « Fausse route », que Jorand déploie toute l'étendue de son talent. Il s'agit d'une longue errance en voiture, dans la campagne française, où les souvenirs, heureux et malheureux, déferlent sur le narrateur, comme la pluie s'abat sur le pare-brise de sa voiture. On pense à Proust, pour la somptuosité de ces phrases en lacets, ou à Quignard qui évoquait lui aussi, dans les dédales de la mémoire, l'afflux des souvenirs perdus. « Il revit ce jeune garçon déambuler avec son père, près de la salle des fêtes, de retour d'une soirée électorale. Il se vit lui-même, tel qu'il n'aurait pas voulu se voir, tel qu'il était tous les matins, chaque jour. Il s'en voulait parfois de sa niaiserie, de son manque d'à-propos. Il avait toujours manqué les moments essentiels. » Dans ce texte qui épouse parfaitement tous les méandres de l'écriture, Jorand retarde l'échéance finale, fatale. Le narrateur évoque ici avec tendresse (et désarroi) la femme qu'il a épousée, qu'il ne comprendra jamais et qui l'attend chez lui, tout au bout du chemin.

    Dans cette même veine, les deux dernières nouvelles de Morsures évoquent des amours perdues, sitôt qu'entrevues. Le style de Jorand s'y déploie avec bonheur. Voltaire s'efface devant Rousseau, et Candide devant Les Confessions ou les Rêveries du Promeneur solitaire. Mais le plaisir de lecture est le même. Il faut se laisser mordre par ces Morsures !

    * Luc Jorand, Morsures, éditions de La Ligne d'Ombre, 2019.

  • Prévisions 2050

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    Par Pierre Béguin

    Vu sur internet:

    Des climatologues prévoient pour l'été 2050 des températures pouvant atteindre les 50 degrés dans certaines capitales européennes. On ne sait pas sur quel modèle se base cette prévision.

    En revanche, pour ce même été 2050, on connaît déjà avec certitude trois des demi-finalistes de Wimbledon:

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  • Z'avez dit sexiste?

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    Par Pierre Béguin

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    Je suis resté songeur face à cette publicité des CFF aperçue sur un quai de gare. Non pas que le sexisme affiché contre le fameux mâle blanc occidental hétérosexuel cinquantenaire ne me froisse. Ce sexisme-là s’inscrit dans l’air du temps - en certaines circonstances, il permet même aux hystéroféministes de communier dans la haine de l'oppresseur absolu. C’est d’ailleurs l'unique forme de sexisme qui ne suscite aucune réaction et pour lequel la généralisation est admise. En ce sens, je perçois parfaitement la dérision qui participe de cette publicité, et cette dérision est même de nature à me faire sourire.

    Non! Ce qui me laisse songeur, c’est que cette fameuse dérision – que les CFF feront passer comme du second degré – est totalement licite dans un sens alors qu’elle deviendrait totalement scandaleuse dans l’autre. Imaginons que la publicité des CFF soit orientée ainsi:

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    Je ne donne pas une minute à cette affiche pour déclencher son lynchage immédiat par la police de la pensée, aux CFF pour devenir la cible de tous ces tribunaux populaires que sont devenus les réseaux sociaux, aux instances juridiques pour infliger à la régie nationale une lourde amende au nom des lois anti sexistes, à la Suisse pour être montrée du doigts par tous les bien-pensants de l’univers qui se multiplient à une vitesse impressionnante dans l’immunité de leur anonymat. Invoquer la dérision, le second degré, ne serait alors d’aucun secours. Au contraire. On ne manquerait pas de démontrer la possibilité d’un dangereux continuum entre un tel slogan lourd dingue et le pire des violeurs.

    Oui, ce qui me laisse songeur, c’est bien cette logique parfaitement admise par le politiquement correct de deux poids deux mesures, de cette division binaire du monde entre victimes et bourreaux, dominés et dominants, où la perversité n’affecte qu’une moitié de l’humanité, celle du mâle blanc hétérosexuel – le cis-genre, comme la novlangue le désigne dorénavant -, justifiant ainsi des concepts aussi absurdes que la discrimination positive ou le victim blaming. Tant est devenu discriminatoire le simple constat de cette norme majoritaire.

    Je ne m’égare pas. Notre publicité, vue sous un certain angle, peut devenir exemplaire des dérives actuelles. Que l’on songe - comme je l'ai fait en la découvrant - à la chasse systématique aux comportements, aux expressions, aux publicités qui ne respectent pas l’idéologie ambiante! Je ne peux m’empêcher de citer dans cette optique un passage du dernier livre de Natasha Polony et Jean-Michel Quatrepoint Délivrez-nous du bien!, dont je recommande vivement la lecture:

    «Chaque année, l’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) publie une charte déontologique, listant les termes et concepts prohibés. Ainsi, il y avait une pub de Calgon montrant une femme à genoux devant sa machine à laver, visiblement peu satisfaite du résultat: Ah! si elle avait connu Calgon, clame derrière elle un homme en blouse blanche. Ce type de pub est désormais interdit. Il ne faut pas montrer une femme dans une position où le sachant lui apparaît comme lui étant supérieur (...) McDo cherche à élever le niveau de ses pubs: l’une d’entre elles met en scène une femme qui joue de la harpe dans un de ses restaurants. Protestation du CSA qui affirme sans rire qu’une joueuse de harpe est passive et que la mettre en scène revient à maltraiter l’image de la femme».

    Ainsi donc mettre en scène une femme jouant de la harpe dans un McDo est dégradant pour l’image des femmes. Mais représenter le mari comme l’imbécile de service est pure dérision innocente.

    Tout est dit!

    Même si j’aimerais bien entendre les arguments – je dis bien les arguments – de celles (et même de ceux) qui ne voient rien d’irritant ou d’anormal dans cette discrimination à sens unique. Car de deux choses l’une: soit on interdit tout uniformément, soit on tolère tout dans un certain cadre défini. Personnellement, j’ai choisi. Je ne supporte plus cette dictature de la bien-pensance prête à envoyer toute déviance dans des camps de rééducation sous le regard pétrifiant de quelques Gorgones de service. Je veux un monde où la connerie des uns ne tenterait pas à tout prix de judiciariser celle des autres, où l'on aurait le droit, à l'occasion, d’être lourd, où la publicité (puisqu’elle existe) se permettrait de brocarder les hommes comme les femmes...

    C’est cela la tolérance… et l’égalité!

     Délivrez-nous du bien!  Natasha Polony, Jean-Michel Quatrepoint, Ed. de l’Observatoire, 2018

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  • Ombres et lumières de l'amour absolu (Daniel Odier)

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown-1.jpegJ'avais (un peu) perdu la trace de Daniel Odier (né à Genève en 1945), écrivain protéiforme, romancier à succès, mais aussi spécialistes des mystiques orientales (l'amour tantrique). Il revient, pour notre grand bonheur, avec un roman singulier, Fédor & Miss Bliss*, qui est une fantaisie inspirée de L'Idiot de Dostoievski.

    Daniel Odier, rappelons-le, c'est à la fois le scénariste de Les Années-lumière (1981), peut-être le meilleur film d'Alain Tanner, et l'auteur de polars, sous le nom de Delacorda, dont le plus célèbre fut bien sûr Diva, adapté au cinéma par Jean-Jacques Beineix. Unknown-3.jpegC'est aussi l'auteur de plusieurs romans importants et d'ouvrages de référence sur les mystiques orientales et la pensée zen.

    Nous sommes à Vevey, non loin de la maison dans laquelle Dostoievski écrivit, vers 1868, quelques chapitres de L'Idiot. Ce patronage est essentiel, puisque ce roman va servir de toile de fond à Fédor & Miss Bliss. Très vite, l'héroïne, Miss Bliss (autrement dit : Mademoiselle Bonheur, ou Félicité, ou Extase) va se trouver entraînée dans un scénario directement inspiré de Dostoievski. Comme dans le roman russe, elle va tomber sous le charme de Nastassia, fascinante créature d'amour et de mort, elle-même promise à Luigi, un mafieux très épris de sa fiancée, et courtisée, comme il se doit, par Aglaia, un amoureux transi et malheureux. Le scénario dostoievskien, implacable et tortueux, va être parfaitement respecté, d'un bout à l'autre d'un roman qui mêle à merveille le réel et l'imaginaire, ou plutôt son hallucination.

    Pas trace, ici, de roman réaliste : l'imagination a définitivement pris le pouvoir ! Et c'est tant mieux.

    images-3.jpegDans cette fantaisie singulière, Odier développe les thèmes qui lui sont chers : la pureté, l'innocence (incarnées par la délicieuse Miss Bliss), la passion dévorante, la jalousie, etc. Mais au centre du livre, à la fois comme question et comme affirmation, il y a l'amour absolu. Qu'est-ce qu'aimer ? Comment aimer ? Et, bien sûr, quelles sont les conséquences de cet amour absolu ? 

    Je ne dévoilerai pas l'épilogue de ce roman où « tout est magnifié dans un espace-temps où s'expriment les pulsions les plus lumineuses et les plus sombres. » Odier nous montre que le réel n'existe pas — ou plutôt qu'il n'est qu'une hallucination de nos désirs secrets. Après avoir longtemps vécu aux États-Unis, puis à Paris, Genève, Barcelone, cet ami de William Burroughs et d'Anaïs Nin s'est installé sur la Riviera vaudoise, à Vevey, où vécurent Rousseau, Courbet et Dostoievski qui lui a inspiré un roman vif et profond. 

    Une réussite !

    * Daniel Odier, Fédor & Miss Bliss, roman, éditions de l'Aire, 2019.

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  • La voix de son maître

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    Par Pierre Béguin

    Tribune de Genève, vendredi 24 mai :

    Genève à la pointe de la lutte contre le dumping salarial! Un dispositif paritaire unique en Suisse qui met à mal la sous-enchère! On croit rêver! Manchettes, gros titres, première page et deux autres pages pleines, tout le toutim! En matière de communication, le Conseil d’Etat a sorti la grosse artillerie. Pourquoi ce ramdam autour d’un tel sujet, tout à coup? Fallait-il qu’il eût quelque chose à justifier pour convoquer l’arsenal médiatique? «Avec le conseiller d’Etat Mauro Poggia en maître de cérémonie de la présentation» précise le journaliste. 

    Bon! Vous me direz: c’est sûrement vrai puisque c’est le Conseil d’Etat lui-même qui l’affirme. Rien de mieux que l’autocongratulation, à plus forte raison que, ces derniers mois, nos politiciens ne peuvent pas vraiment compter sur les autres pour leur tresser des louanges. Et pour une fois que Genève ne serait pas à la traîne helvétique, autant le clamer haut et fort. Cela dit, la Suisse étant, en matière de dumping salarial, classée parmi les cancres, être le meilleur des cancres ne signifie pas qu’on ait obtenu une bonne note. (On se demande bien d'ailleurs où sont les premiers de classe dans cette histoire.)

    Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, que Genève soit à l’avant-garde de la lutte contre le dumping salarial, je n’avais rien remarqué. Mais alors là, absolument rien! Et à voir tous les témoignages et récits prouvant le contraire qu’on m’a envoyés après mon post sur le scandale des tours des CFF (cf. Gotham City), je peux vous assurer que les principaux concernés, autant les syndicats ouvriers que patronaux, eux non plus n’ont rien remarqué.

    Ce qu’ils ont remarqué, en revanche, c’est le profond silence des instances idoines pourtant dûment interpellées à plusieurs reprises: silence de la fameuse Ocirt (Office cantonal de l’inspection et des relations du travail) dont l’efficacité est pourtant vantée dans l’article de la Julie, silence des commissions paritaires, silence des députés, silence des conseillers d’Etat eux-mêmes. Il est vrai que les milieux professionnels pourraient considérer le plaidoyer pro domo du Conseil d’Etat dans la presse comme une réponse aux doléances qui leur ont été adressées. Une sorte de réponse officielle comme les annonces au tambour d’autrefois sur la place publique, en quelque sorte. Oyez braves gens! Sauf que ce n’est pas cette réponse que les braves gens attendaient…

    Ce que je remarque, de mon côté, c’est la crainte de tous les chefs d’entreprises prétérités par le dumping salarial de s’avancer à visage découvert, autant dans les témoignages reçus après Gotham City que dans les nombreux commentaires qui ont suivi ce post. La raison en est simple: tous craignent – à tort je pense – de perdre des adjudications et de se voir exclus des mandats publics nécessaires à la bonne marche de leur entreprise. Dans tous les cas, on est loin de l’état des lieux idyllique dressé par le conseil d’Etat.

    Cela dit, n’étant personnellement ni entrepreneur ni employé – même si je reste outré en tant que citoyen que ces pratiques se passent chez moi –, je ne suis pas directement concerné et je ne vais pas en faire mon combat. Je laisserai cette mission aux personnes impliquées. Mais je ne peux m’empêcher de relever, une fois de plus, qu’en la circonstance la Tribune de Genève a parfaitement rempli son rôle de paillasson approbateur de la politique genevoise: faire passer la parole divine en utilisant tous les amplificateurs possibles et sans la moindre distance critique. Rappelons cette évidence trop souvent oubliée: que la presse doit exercer, dans une démocratie bien pensée, la fonction essentielle du troisième pouvoir pour autant qu’elle soit au service des gouvernés et non des gouvernants. En son temps, le Washington Post était cité en exemple pour avoir appliqué ce principe au risque même de son existence.

    D’accord! La Julie n’est pas exactement le Washington Post et elle ne le sera jamais. Ce vendredi, elle semblait même plus proche de La Pravda que du célèbre quotidien américain. Et quand la presse devient la voix de son maître, quand elle ne peut plus se permettre financièrement aucun travail d’investigation, quand la parole d’Etat peut se faire entendre sans la moindre distance critique, quand les principaux lésés rampent devant l’autorité, quand tout le monde s’en fout, on peut se demander où vont se terrer les principes de base d’une démocratie.

    Qu’un gouvernement s'octroie trois pages dans un quotidien pour louer les mérites de sa politique en matière de lutte contre le dumping salarial, c’est surtout utile… en vue des prochaines élections. Mais c’est l’économie locale qu’il faudrait sauver, pas nos élus! Dans cette perspective, secouer l’inertie des instances administratives chargées de ces questions semblerait plus pertinent que de vouloir dresser l’opinion publique en sa faveur. Il y a encore tant de failles dans le beau dispositif genevois unique en Suisse, etc. etc. (rhubarb! rhubarb! diraient les Anglais.)

    Pour commencer, il serait temps d’appliquer, voire de renforcer, l’article 5 de la loi fédérale sur les travailleurs[1] qui permet de faire remonter la responsabilité juridique au maître d’ouvrage ou à toute entreprise qui mandaterait une sous-traitance. Malheureusement, cette loi n’est visiblement pas appliquée, ou très peu. Et aussi longtemps que ce sera le cas, le merveilleux dispositif genevois censé mettre à mal le dumping salarial n’atteindra jamais le niveau d’efficacité souhaitable et souhaité ailleurs que dans les colonnes de la Tribune. L’affaire des tours des CFF aux Acacias racontée dans Gotham City en est une parfaite illustration: ni Implenia, ni les CFF, ni la Confédération, censés pourtant, selon l’article 5, «répondre civilement du non-respect par les sous-traitants des salaires minimaux nets et des conditions de travail», n’ont été mis en cause une seconde. Comme le faisait remarquer un commentaire: ailleurs qu'en Suisse, les CFF seraient dans un sacré pétrin!

    Les dizaines de témoignages analogues qu’on m’a fait parvenir depuis, dont les plus édifiants mériteraient de figurer prochainement dans Blogres, ne font que s’ajouter au malaise. Oyez, braves gens!

    Affaire à suivre?

    [1] Si des travaux sont exécutés dans les secteurs de la construction, du génie civil et du second-œuvre par des sous-traitants, l'entrepreneur contractant (entrepreneur total, général ou principal) répond civilement du non-respect par les sous-traitants des salaires minimaux nets et des conditions de travail.

    L'entrepreneur contractant répond solidairement de tous les sous-traitants lui succédant dans la chaîne contractuelle.

    (…)

     

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  • Feria del libro, Bogota

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    Los imperdibles de la FILBo 2019 según Laterales Magazine

    Felipe Sánchez Hincapié 
    29 / 04 / 2019

    Joselito carnaval, por Pierre Béguin

    Joselito1.jpgImagínese esta escena: mientras Barranquilla es un mar de color, baile, ron y frenesí por cuenta del carnaval; en la morgue de una prestante universidad se despierta un indigente rodeado de cadáveres. Su llegada fue conducida a través de engaños, e incluso sobrevive al intento de asesinato perpetrado por los guardas de seguridad, quienes pretendían traficar con sus órganos y su cadáver para estudios de anatomía. La historia, aunque espeluznante y delirante, fue real. Y si bien su protagonista se salvó de milagro, otros colegas recicladores, o “cartoneros” como los llamaban con desdén, no corrieron con la misma suerte. Tras conocerse su testimonio, empezó a revelarse una intriga que involucró a altas personalidades de la política, pero que el aparato judicial se encargó de ocultar, quedando primero relegada al escándalo momentáneo y luego al eterno olvido. El escritor suizo Pierre Béguin narra un capítulo de nuestra historia de infamias que a los ojos del presente resulta difícil de concebir, pero que no es más que la constatación de esa eterna violencia que, entre el carnaval y el martirio, nos sigue como la sombra.

    Pierre Béguin, Joselito Carnaval, Sílaba Editores, 2019

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  • Des fleurs pour Michel Tournier (Serge Koster)

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown-3.jpegSi tous les écrivains ne rêvent pas d'écrire des best-sellers, tous, en revanche, rêvent d'avoir de bons lecteurs. Michel Tournier a eu cette chance : il a non seulement rencontré le succès avec ses livres (Le Roi des Aulnes, Prix Goncourt 1970), un succès mérité, mais il a eu la chance de trouver un excellent lecteur, subtil et acharné, en la personne de Serge Koster, critique littéraire, romancier, professeur de lettres féru de figures de style. images.jpegOn ne compte plus les textes que Koster a consacrés à l'auteur de Vendredi ou les Limbes du Pacifique, dont il fut un intime : en particulier, le magistral Michel Tournier, paru en 1986 chez Henri Veyrier, et réédité plusieurs fois depuis.

    Quand Koster apprend la mort de Tournier, en janvier 2016, c'est le choc : les deux amis ne s'étaient pas revus, ni parlés depuis longtemps. Et Tournier, mort à 91 ans, ignorait tout de la maladie pernicieuse qui rongeait Koster — la même qui a touché François Nourissier et tant d'autres écrivains : la maladie de Parkinson, baptisée Miss P.

    Depuis plusieurs années, Koster n'écrit plus. Son combat contre la maladie l'épuise. Il va reprendre la plume à la mort de Tournier, à la fois pour lui rendre hommage (quelques fleurs de rhétorique en guise de couronne) et pour lui dire, aussi, peut-être, tout ce qu'il a tu pendant si longtemps, ses cauchemars, le mal qui ronge ses nuits et bientôt ses journées.

    Unknown-4.jpegCela donne un extraordinaire petit livre, Tournier parti*, un livre bifide, à deux faces, presque à deux voix : le récit d'une amitié profonde et fidèle avec l'ermite de Choisel (c'est le côté solaire) et l'avancée subreptice de la maladie, qui provoque des visions terrifiantes et des hallucinations (c'est le côté nocturne). 

    Pour évoquer ainsi le jour et la nuit, l'amitié solaire et les démons nocturnes, Koster retrouve le ton de ses romans « autofictifs ». Lui qui n'arrive qu'« à parler de lui », creuse encore la blessure qui le déchire : le silence, voire le sentiment d'abandon après une amitié de 30 ans avec l'écrivain des Météores et cette lente descente aux abîmes qu'il a l'impression de vivre chaque jour — et surtout chaque nuit — depuis qu'on lui a annoncé sa maladie, en 2011. 

    Une fois de plus, ce grand amateur de littérature (il a écrit sur Racine, sur Ponge), obsédé par le style, trouve dans l'écriture une consolation ardente aux maux qui le dévorent. « La salope lâchée par mon organisme pompe mon énergie mentale et physique, elle m'obsède au point de m'empêcher d'écrire, elle ne me permet d'écrire qu'à partir d'elle obsédante, impossible d'échapper au piège. » Pourtant, l'étau se desserre le soir, vers 11 heures, quand il se glisse entre les draps, « s'allonge contre le flanc de la reine de ses années, savoure la paix de tout son souffle, sur la vague de l'accalmie qui l'accueille, l'enveloppe, le sauve. »

    images-2.jpegS'il a, parfois, des accents d'oraison funèbre (on y croise tout un peuple de fantômes), le livre de Koster est aussi une célébration de l'amitié et de la littérature, à travers cette recherche sans fin du style (Koster apprécie Léautaud, Chateaubriand, Racine, tous les grands stylistes) — qui était un sujet de controverse entre les deux amis. Pour Koster, Tournier était sans doute une figure de l'amitié, par son goût pour la métaphore et l'allégorie, mais aussi par sa générosité et sa simplicité. 

    En grand amateur de tropes, dans son petit livre éclairant, Serge Koster lui rend admirablement justice.

    * Serge Koster, Tournier parti, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2019.

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  • Les Carnets de Corah (Épisode 86)

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    Épisode 86 : Marc JURT en rêvant : L’Observateur

    MARC JURT L'OBSERVATEUR.pngTiens ! D’où nous observes-tu, l’artiste ? De ton fantasque atelier balinais suspendu dans les airs, de ce vaisseau ivre que tu ouvres spécialement à notre regard ?

    Nous y découvrons l’intérieur de la nacelle en bambous qui se balance aux vents comme une drôle de machine à vapeur. C’est ton poste d’observation. Il produit cette nébuleuse qui n’est peut-être qu’un trompe-l’œil, un lieu commun ou un rêve hippie alliant chemise à fleurs, palmiers et invitations au voyage.

    Tu t’inscris dans la vague de brume, tu te mets dans l’abîme. Je vois mieux la pupille dilatée de tes yeux clairement dessinée à travers une paire de jumelles créant ainsi une distance entre nous, une sorte d’écran comme si tu te cachais, espiègle, derrière un masque. Espères-tu voir sans être vu ?

    Où porte ton regard ? vers un avenir qui se dessine dans la nébuleuse du temps ? C’est ici, aujourd’hui, que j’aime te retrouver. Et peut-être nos regards se sont-ils rencontrés.   

    Marc Jurt. L’Observateur, 1981. Eau-forte et aquatinte en noir et bleu ; 27,9 x 19,8. Catalogue raisonné, n93.

    Note de Marc JURT à propos de L’Observateur  : « Autour des différentes maisons dans lesquelles j’ai gravé ». Catalogue raisonné, p. 50.

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