15/10/2007

Philippe de Champaigne au musée Rath


Par Alain Bagnoud

Entre politique et dévotion. C’est le titre explicite de cette exposition du musée Rath, à Genève. Une rétrospective importante, qui montre les différents aspects de ce peintre né en Belgique en 1602, qui a fait toute sa carrière en France, parce qu’il s’y est arrêté pendant son voyage pour Rome. Une sorte d’obligation artistique, à cette époque, le voyage à Rome !

Installé à Paris, donc, Philippe de Champaigne a incarné le Grand Siècle dans ses aspects les plus solennels. Il a été le peintre officiel de Marie de Médicis et d’Anne d’Autriche. Il a glorifié Louis XIII et Richelieu (onze portraits). Des tableaux de propagande très réussis, imposants, qui lient le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Quelque chose dans le même genre que les portraits de Kim-Il-Sung, Grand leader et Président éternel, par les artistes officiels de Corée du nord.

De Champaigne est aussi le peintre des congrégations. Son nom reste surtout lié aux jansénistes de Port-Royal (sa fille y a guéri miraculeusement) mais il n’était pas sectaire. Il s’est attaché à donner une image pieuse à d’autres mouvements et à décorer toutes sortes d’églises ou de cathédrales.

Cet univers champaignien (champaignesque ? champaignacien ?) semble un peu étroit, et agaçante cette célébration des puissances. Heureusement, il y a le langage de Philippe de Champaigne.

Compositions précises et relation des masses. Monumentalité, ordre, solennité. Ce qu’on appelle le classicisme. D’un effet certain. Avec parfois un peu de mièvrerie.

Mais une recherche de la perfection, un équilibre fixé, arrêté sur le fil du rasoir. Des couleurs éclatantes et maîtrisées, une recherche de la profondeur, et des paysages magnifiques en arrière-fond de ses scènes.

(Musée Rath, Place Neuve, de 10 à 17 heures, fermé le lundi, jusqu'au 13 janvier)

Voir aussi Le blog d’Alain Bagnoud

Commentaires

Le Jansénisme? Au-delà des tendances et des partis religieux, c'était peut-être pour Champaigne la seule liberté qu'il avait, en tant qu'artiste, d'échapper aux souhaits de ses puissants commanditaires et de peindre ceux qu'il admirait vraiment. Le visage d'Arnauld d'Andilly, dans un portrait de 1650, possède une expression inquiète, vivante, tandis que, dans l'un des portraits de Richelieu, beaucoup plus ancien, la pourpre envahit l'ensemble du tableau. Il ne reste du personnage qu'une petite tête pâle sur fond noir. Sans les habits luxueux et le décor du palais en toile de fond, il semblerait terne et insignifiant. Tout le contraire d'Arnauld, qui apparaît simplement vêtu, comme s'il n'avait besoin d'aucun signe de richesse ou de pouvoir pour exister. Ce n'est qu'une impression, mais les Augustiniens ou Jansénistes ont, jusqu'à la destruction de Port-Royal, vécu la situation paradoxale d'être à la fois très lointains et très proches du roi et de la cour. Ils ont prôné l'austérité et la solitude tout en restant des honnêtes gens, importants et respectés au milieu d'une cour frivole qui n'aimait que les apparences chatoyantes. L'attachement à Port-Royal et à ses valeurs restait parfois dans l'ombre, comme une affaire presque privée. C'est le cas de Philippe de Champaigne, mais aussi de Pascal.

Écrit par : inma | 16/10/2007

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