31/10/2007

Cachez ce sein...

proposée par Pascal Rebetez

Je ne garde rien par-devers moi quand j’écris, je joue ma vie dans l’aventure, proclame l’écrivain, et c’est pourquoi je suis tout entier dans mes livres. Et non parce que je jouis là d’un point de vue sans équivalent sur le corsage entrebâillé de l’innocente lectrice.

Eric Chevillard

30/10/2007

Tous au Terrier

Par Alain Bagnoud

Le Terrier lance un appel que je suis content de relayer.

Ce petit théâtre indépendant a créé depuis 1999 trente-huit spectacles de lectures. Des mises en scène intéressantes, avec d’excellents comédiens, des textes originaux, un réseau d’échange et de liens. L’association fait le bilan :

« Un acquis précieux, assorti d’un désir d’aller plus loin encore, tant au niveau des textes à faire entendre que du public à élargir – et pour cela, nous avons besoin, bien sûr, de votre soutien. »

On peut donc devenir membre (50 francs par an et deux invitations offertes), membre abonné (100.-  et une invitation à l’année) ou membre donateur, « c’est-à-dire obtenir la possibilité, pour toutes les lectures de la saison, de passer devant le « chapeau » sans rien y déposer – et avoir la conscience absolument tranquille… ainsi que la satisfaction encore plus forte de soutenir une entreprise artistique hors du commun – sans compter notre reconnaissance éternelle). »

Leur reconnaissance éternelle ? Ah, n’hésitons pas !

Voici l’adresse : Association Le Terrier, 71 bd de la Cluse, 1205 Genève. Et le mail : leterrier@bluewin.ch. Pour s’inscrire ou demander à être informé sur les spectacles.
Et pour vous appâter, le programme de l’année. Rien que des pointures :

Alexandre Vialatte                        par Jean Bruno
H. Guibert et Zouc                       par M.-A.Borsinger
Primo Lévi                                   par Philippe Lüscher
Adrien Pasquali                            par Nicolas Rinuy
Italo Svevo                                  par Louis Martinet
Sade                                          par André Neury
 
(Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud)

29/10/2007

Noir désir

 

Proposée par Pierre Béguin

 

"Il y a deux tragédies dans l'existence: posséder ce qu'on désire et ne pas posséder ce qu'on désire."

                                                                                         Oscar Wilde

28/10/2007

La Cour des petits aux Marionnettes de Genève

 

Par Olivier Chiacchiari

 

Mardi 30 octobre aura lieu la première de ma pièce La Cour des petits aux Marionnettes de Genève, créée l'an dernier par Guy Jutard.
Le succès fut tel que le spectacle se jouera à nouveau jusqu'au 11 novembre (les 2 et 3 au Théâtre du Pommier à Neuchâtel).

 

Il s'agit d'une farce féroce sur le milieu culturel d'un hypothétique Petit Pays, pour laquelle j'ai reçu le Prix de la Société Genevoise des Ecrivains en 1998.
Guy Jutard en a fait un spectacle de marionnettes pour adultes, une guignolade contemporaine drôle et provocatrice.

Donc, si vous appréciez les monologues intérieurs de plus de deux heures rédigés au passé simple... abstenez-vous! En revanche, si vous aimez le théâtre qui fait rire et qui décape, n'hésitez pas!

 

http://www.marionnettes.ch/Spectacles.php?page=Fiche&...

26/10/2007

Le silence des agneaux

Par Pierre Béguin


 

Dans la Tribune du 15 octobre, Marc Bretton, dans son éditorial sur l’affaire du salaire du Président des SIG, soulignait l’étonnante discrétion du monde politique, et tout spécialement des partis de droite qui tenaient là une occasion rêvée d’écorner le PS et Robert Cramer avant les élections. Et d’expliquer pertinemment les raisons de cette discrétion par la sur représentation généralisée des politiciens dans des conseils d’administration particulièrement bien rétribués qui rendent difficile la promiscuité des dénonciations.
Comment expliquer alors le silence politique le plus étonnant qui n’ait jamais enveloppé notre chère République, un silence qui recouvre le plus grand scandale de l’histoire genevoise qui n’en a pourtant pas manqué: le scandale de la BCG. Il y a quelques semaines, toujours dans la Tribune, un article annonçait comme une victoire une dette finalement inférieure aux trois milliards attendus. Et c’est tout! Pas de commentaires, silence radio! Plus d’1/7 de la dette du canton contractée par quelques individus en quelques années, et puis rien! Alors que la République se met dans tous ses états pour mille francs d’amendes indélicatement annulées par un magistrat, qu’elle est au bord de la Révolution pour quelques millions scandaleusement dilapidés à la Rue du Stand, elle reste de marbre pour plus de deux milliards évaporés dans sa Banque cantonale. Décidément, la politique genevoise n’a pas le sens des proportions.
Bien sûr, avant de se transformer miraculeusement en agneaux silencieux, certains loups ont hurlé. A commencer par A gauche toute ou SolidaritéS (il n’y a qu’eux qui parviennent à se reconnaître). Quelques hurlements, babines retroussées et dents acérées, et puis plus rien! Vint ensuite le MCG (Mouvement Citoyens Genevois) qui donnait l’impression de considérer la dénonciation de ce scandale comme un acte fondateur du parti. Quelques hurlements, babines retroussées et dents acérées, et puis plus rien! Et la justice bien entendu, volontaire, décidée à empoigner le dossier et à commettre quelques actions d’éclat sur la voie publique, babines retroussées et dents acérées, et puis plus rien! Comment expliquer ce silence? Marc Bretton, répondez-moi! Dans le canton de Vaud, pour le même scandale, on avance lentement, sans se presser, gentiment, mais on avance. On publie même des livres à succès sur le scandale de la BCV. A Genève, dans l’indifférence générale, tout ce beau monde est de retour aux affaires, à supposer qu’il ne les ait un jour quittées. Et pourtant, Marc Roger aura au moins servi à faire la preuve de la ténacité et de l’efficience de la justice genevoise, quand elle le veut.

Je me souviens des rumeurs d’Orléans, comme dit Romain Gary, qui entouraient l’élection du Procureur Zappelli. On prétendait alors, au Café du Commerce, que cette élection visait avant tout à couvrir les petits copains, politiciens ou autres, dans l’affaire de la BCG. Rumeurs infondées, honteuses, indignes de notre belle République, et contre lesquelles je m’insurge avec véhémence. Il serait tout de même regrettable, si d’aventure la justice venait à proclamer que cette affaire tombait sous le coup d’une prescription, de donner fondement à ces rumeurs mesquines. D’autant plus que Genève aurait alors des airs de République bananière, ce qui ne manquerait pas, encore une fois, de faire le lit de l’UDC.
Le silence des agneaux n’aurait-il rien d’innocent?

Sur le silence des écrivains face à l’UDC

Par Silvia Ricci Lempen, écrivaine
(Article paru dans Le Temps  le 25 octobre 2007)

Dans un texte paru dans Le Temps du 19 octobre, où il s’interroge sur les raisons du silence presque général des écrivains suisses face à l’UDC, le dramaturge alémanique Lukas Bärfuss relève à juste titre que «l’écrivain (…) n’a aucune influence sur les opprimés, les sans-papiers, les demandeurs d’asile. Il ne les connaît pas, ils ne lisent pas ses livres et ils n’en écrivent pas non plus». Mais regardons la situation en face. A défaut de pouvoir toucher ces catégories de la population particulièrement exposées au racisme et à l’exploitation, «l’écrivain suisse» contemporain dispose-t-il au moins d’une quelconque autorité morale sur l’ensemble de la société, qui donnerait du sens à ses éventuelles prises de position publiques ? Il est permis d’en douter.

Lukas Bärfuss analyse, pour autant que je puisse en juger avec une certaine pertinence, le statut et l’attitude des écrivains suisses de langue allemande. J’aimerais pour ma part livrer quelques considérations désenchantées sur la situation en Suisse romande.

En tant que vice-présidente de l’AdS (Autrices et Auteurs de Suisse) jusqu’à il y a quelques mois, j’ai participé activement à l’organisation de plusieurs rencontres destinées à rassembler les écrivaines et écrivains romands autour de thèmes de discussion divers, pas nécessairement politiques. Si elles ont occasionnellement permis de nouer quelques relations amicales, ces rencontres, peu fréquentées, n’ont jamais réussi à faire émerger le sentiment d’une identité commune, l’envie de débattre sérieusement ensemble de l’actuelle évolution du paysage culturel et politique et de réagir à cette évolution par des démarches structurées. Par ailleurs, les prises de position personnelles, qu’il s’agisse de politique culturelle ou de politique tout court, sont rarissimes. Tout cela donne l’impression que les acteurs et actrices de la littérature romande n’ont rien à dire sur l’état du monde et préfèrent, soit jouir en solo de leur popularité (car des écrivains populaires romands, heureusement, il en existe !), soit  tenter de résoudre, chacun dans son coin, les problèmes auxquels ils sont confrontés : difficulté croissante à publier du fait de la fragilisation des maisons d’édition, difficulté croissante, sauf rares exceptions, à obtenir des  critiques dans les médias, difficulté à vendre face au rouleau compresseur des ouvrages français. 

Or, cette impression d’individualisme n’est que partiellement exacte. Pour décider de s’exprimer publiquement, en tant qu’écrivain, sur un sujet d’ordre général, il ne suffit pas d’avoir quelque chose à dire, il faut aussi se sentir légitimé à le dire. Il faut que la société ait un minimum d’attentes à l’égard de la parole publique de l’écrivain, attentes qui ne peuvent se manifester que dans le contexte d’une relation organique entre la société et la littérature. Cette relation, aujourd’hui, en Suisse romande, est pratiquement rompue ; en se taisant sur les affaires publiques, les écrivaines et les écrivains romands ne font que prendre acte de cette rupture.

Les gens de lettres ont toujours été guettés par la prolétarisation matérielle, mais ce à quoi l’on assiste aujourd’hui, particulièrement en Suisse romande, c’est un phénomène que l’on pourrait définir comme la prolétarisation symbolique de la littérature elle-même. Certains écrivains romands touchent un large public et même des droits d’auteur, la plupart rament à la poursuite d’un petit peu de reconnaissance, mais toutes et tous se meuvent dans un climat où, foncièrement, ce qu’ils ont à dire en plus de ce qu’ils disent dans leurs œuvres n’intéresse personne. Ce constat s’applique aux artistes en général, à preuve la totale inefficacité du manifeste contre le durcissement des lois sur les étrangers et sur l’asile signé en 2006 par des centaines de créatrices et créateurs de toutes les disciplines, dont certains célèbres. S’agissant des écrivains,  la perte de prestige actuelle de l’écrit, concomitante à sa marchandisation, leur a enlevé collectivement le dernier reste de l’aura dont certains d’entre eux se servaient autrefois pour s’ériger en « consciences du pays ». On peut s’en accommoder ou même s’en féliciter, la disparition des maîtres à penser étant plutôt une bonne nouvelle. Mais dans ces conditions, s’étonner de leur silence en matière politique est une pure hypocrisie.

 

25/10/2007

Etourneaux

 Pascal REBETEZ

 

 

Un vol d'étourneaux

sur les vignes gelées

et ma poitrine gonfle

dans l'ivresse de ton cru.

Au revers des saisons,

des ailes et de la sève

enflent mes poumons

qui soulèvent les labours.

J'ai ton goût dans le bec,

ô ma buse assoupie,

et les serres plantées

à ta folle envergure.

23/10/2007

Le silence des intellectuels

Par Alain Bagnoud

 Affiche de l'UDC, reprise par le parti néonazi allemand NPD29 % pour l’UDC. Le Schweizerisches Volkspartei. Presque un Suisse sur trois a voté pour le parti nationaliste qui organise le culte du chef, qui prône la haine de l’étranger, qui utilise toutes les ficelles du populisme. Qui fait des amalgames douteux, qui simplifie à outrance, qui, caché derrière sa propagande xénophobe, défend les puissances économiques. Il a dépensé 20 fois plus pour sa dernière campagne que son adversaire direct, le parti socialiste, deuxième en importance. De l’argent dont on ne connaît pas la source !

En face, des partis en déliquescence, sonnés parce qu’ils ne reconnaissent plus les règles du jeu. Leur ancien partenaire les a modifiées en cours de partie sans qu’ils s’en aperçoivent. Ils protestent :

- C’est faux ! On ne doit pas ! Ce sont des méthodes de voyous !

Ils s’indignent. Ils ont raison. Ça ne change rien.

Et puis il y a nous. Les intellectuels. Empruntés, embêtés. Au-dessus de la mêlée. La bouche en cul de poule :

- Oui, bien sûr, nous n’aimons pas ces idées et ces gens. Mais leur parti est en définitive démocratique. Il respecte les institutions.

- On ne peut pas aller contre le peuple. Il faut admettre ses choix.

- Toutes les opinions sont bonnes à dire, ça donne de l’ardeur au jeu politique.

- Ne simplifions pas, la situation est complexe.

Ou, encore plus lâche (je l’ai entendu il y a trois jours) :

- Je n’arrive plus à me définir, je ne vote pas, il n’y a plus d’idéologie. (Sic !)

Mais quand on nous interroge sur ce que nous aurions fait dans les années trente en Allemagne ou en Italie, il n’y a aucun doute. La main sur le cœur ! Nous aurions résisté ! Nous nous serions fait entendre ! Grâce à nous, le fascisme n’aurait pas passé !

Tout serait donc une question de conditionnel passé ? Et si on replaçait les choses au présent ? Si on se remettait à expliquer, à parler ? A prendre position ? A avoir un peu de courage ?

Parce que, décidément, il y a urgence !

  

(Voir aussi Le blog d'Alain Bagnoud)

21/10/2007

Du danger de l'écriture

Par Pierre Béguin

 

Dans le journal de Jules Renard, ou dans celui des Goncourt, combien de romanciers, de poètes et d’auteurs dramatiques depuis longtemps oubliés et qui bombaient alors le torse devant le génie qu’ils se reconnaissaient ou que leur concédaient parfois leurs contemporains? Combien de noms inconnus autrefois encensés, combien d’anonymes en quête d’une gloire, immédiate ou posthume, qu’ils n’ont jamais obtenue?
Auraient-ils sacrifié tant de temps, de plaisirs, de rencontres – bref de vie – à l’écriture s’ils avaient su qu’ils resteraient, ou qu’ils retomberaient, dans la fosse commune de l’oubli? Auraient-ils seulement écrit?
Ecriture, vaine marotte, vaine quête!
Un auteur mesure-t-il ce qu’il perd de vie à lui sacrifier la sienne?

1023238423.jpgDans un roman inachevé Paris au XXe siècle, écrit en 1863 mais publié en 1994, Jules Verne fait tenir à Michel, le héros de l’histoire, et à son oncle, dans la bibliothèque de ce dernier, le dialogue suivant :
« - Eh bien ! A quoi penses-tu, lui demandait [l’oncle], quand il l’apercevait immobile et rêveur?
- Je pense que cette petite chambre renferme de quoi rendre un homme heureux pour toute sa vie !
- S’il sait lire!
- Je l’entends bien ainsi, dit Michel.
- Oui, reprit l‘oncle, mais à une condition.
- Laquelle
- C’est qu’il ne sache pas écrire!
- Et pourquoi cela mon oncle.
- Parce qu’alors, mon enfant, il serait peut-être tenté de marcher sur les traces de ces grands écrivains!
- Où serait le mal, répondit le jeune homme avec enthousiasme.
- Il serait perdu. »
L’oncle, solennellement, fait alors promettre à son neveu de marcher sur cette Terre promise sans jamais vouloir en défricher le sol ingrat – en réalité recommandation déguisée d’un père à son fils : celui de Jules Verne se prénomme aussi  Michel, né deux ans plus tôt en 1861. C’est que, dans ce Paris des années 1960, l’écrivain imagine les plus illustres de ses prédécesseurs et contemporains retombés dans l’oubli complet. La dernière édition des œuvres de Corneille date de 1873, à peine plus récente que celles de Racine, Pascal, Molière ou La Fontaine. De Chateaubriand, «que ses Mémoires d’outre-tombe n’ont pu sauver de l’oubli» – bien qu’il ait employé 40 ans de son existence et noirci des milliers de pages pour nous parler de sa modestie – en passant par Lamartine et Musset, et jusqu’à Victor Hugo en personne, «oublié comme les autres [parce qu]’il n’a pas tué assez de monde pour que l’on se souvienne de lui», autant de chefs-d’œuvre croupissant dans quelques bibliothèques poussiéreuses de collectionneurs marginaux, «dans un monde qui n’est plus qu’un marché, une immense foire» où l’Art n’intéresse plus personne. «Car c’est la profession de foi du siècle, on a dit : que sais-je, sous Montaigne, peut-être avec Rabelais, qu’est-ce que cela me fait, au XIXe siècle. On dit maintenant : qu’est-ce que cela me rapporte ?» Dans cette logique, Paul serait «banquier et Virginie épouserait le fils d’un fabricant de ressorts pour locomotives» – une hypothèse que Villiers de l’Isle-Adam formulera lui aussi quelques années plus tard, en 1883, dans son pastiche Virginie et Paul, où Virginie s’apprête à épouser le futur avocat Paul parce qu’«un avocat souvent gagne beaucoup d’argent». Et l’oncle de conclure : «La littérature est morte, mon enfant ; vois ces salles désertes, et ces livres ensevelis dans leur poussière ; je suis ici gardien de ce cimetière, et l’exhumation est interdite.»
 Bien sûr, il serait aisé de démontrer, chiffres à l’appui, que Jules Verne s’est totalement fourvoyé dans cette vision pessimiste du destin littéraire au XXe siècle. Que l’Art est florissant, que «le livre se porte bien» – comme on nous le ressasse après chaque Salon du Livre – et que, loin d’être «perdu», un écrivain peut devenir de nos jours, en quelques romans, plus riche que la Reine d’Angleterre, ou même servir de caution à la sphère économique, comme Paulo Coelho lors du dernier forum de Davos.
Il serait tout aussi aisé de démontrer le contraire. Laissons ce débat!
Intentionnellement ou non, Jules Verne se contente surtout de traduire par la fiction sa conscience exacerbée de l’impasse dans laquelle l’artiste, l’écrivain, se place immanquablement face à l’incompréhension, à l’indifférence surtout, de l’opinion publique. Et cette conscience ne peut se traduire que sur le mode le plus radicalement pessimiste. A moins de tricher, d’être un «faux-monnayeur» comme le dit André Gide, l’authentique artiste (il se mesure à l’échelle de sa sincérité) aura le plus souvent tendance, au crépuscule de sa vie, à considérer l’avenir de son art comme soumis à un déclin inéluctable, voire à confondre son propre déclin avec celui de son art. Comme le prétend Paul Valery dans son discours sur Bergson : «(…) l’un des derniers hommes qui auront exclusivement, profondément, et supérieurement pensé, dans une époque du monde où le monde va pensant et méditant de moins en moins, où la civilisation semble, de jour en jour, se réduire au souvenir et aux vestiges que nous gardons de sa richesse multiforme et de sa production intellectuelle libre et surabondante…». Ainsi, le taux de suicides n’a jamais été aussi important que chez ceux qui ont placé l’Art au centre de leur vie, de la vie. Voyez les surréalistes!  En ce sens, l’oncle a raison : cette Terre promise est dangereuse, jonchée de drames et d’amertume. Il faudrait y regarder à plusieurs fois avant de lui sacrifier la moindre parcelle de son existence. A moins que l’écriture soit une absolue nécessité, à moins qu’un auteur, non pas accouche d’un livre, mais que son livre accouche de lui, qu’il en devienne l’enfant, rien dans cette activité  – cette marotte disait Flaubert –, ne justifie qu’on lui cède la plus petite seconde de son précieux temps.
Tout se résume finalement à ces deux questions : Combien de livres nécessaires ont paru cette année? Et combien sont le pur produit de la vanité ou de l’intérêt?

20/10/2007

Jacques Prévert était-il heureux?

Réponses aux substantifs androgynes
(m) = masculin (f) = féminin
(exception) = masculin singulier et féminin pluriel
Abîme (m) - Aérogare (f) - Alluvion (f) - Amalgame (m) - Amarre (f) - Amiante (m) - Amorti (m) Amour (exception: m sing-f plur) - Antidote (m) - Aparté (m) - Apogée (m) - Apostrophe (f) - Argile (f) - Armistice (m) - Astérisque (m) - Augure (m) - Chasuble (f) - Délice (exception: m sing-f plur) - Dithyrambe (m) - Dividende (m) - Echappatoire (f) - Echauffourée (f) - Ecritoire (f) - Edelweiss (m) - Effluve (m) - Electrode (f) - Eliminatoire (f) - Eloge (m) - Enzyme (f) - Ephéméride (f) - Epice (f) - Epitaphe (f) - Epître (f) - Equinoxe (m) - Equivoque (f) - Escrime (f) - Estime (f) -
Evangile (m) - Exergue (m) - Granule (m) - Haltère (m) - Hémisphère (m) -
Hémistiche (m) - Interface (f) - Intervalle (m) - Interview (f) - Métastase (f) -
Météore (m) - Météorite (m ou f) - Minuit (m) - Moufle (f) - Oasis (f) - Opprobre (m) - Orgue (exception: m sing-f plur) - Orque (f) - Pétale (m) - Planisphère (m) - Recel (m) - Sémaphore (m) - Sitcom (f) - Tentacule (m)

 

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La pensée de la semaine proposée par Olivier Chiacchiari

 


 

 

    Il faudrait s'efforcer d'être heureux,

    ne serait-ce que pour donner l'exemple.

    Jacques Prévert

 

 

 


J'aime bien cet aphorisme qui - au-delà de son ironie noire - évoque le bonheur comme une ambition déterminée, indissociable de la notion d'effort, par opposition à la béatitude passive et illusoire à laquelle certains aspirent.

19/10/2007

La Preuve du contraire à Romans

 

Par Olivier Chiacchiari

 Mardi soir. J'arrive à Romans (petite ville à quelques kilomètres de Valence) pour assister à la première de ma pièce La Preuve du contraire au Théâtre de la Presle.
C'est toujours une grande émotion pour un dramaturge de vivre cet instant, mélange de bonheur, de curiosité et d'appréhension. Ce soir j'avoue ressentir quelques palpitations au moment d'entrer dans le théâtre, je n'ai assisté à aucune répétition et je ne sais absolument pas ce qui m'attend. Mais quand faut y aller, faut y aller !

Les quelques 150 places se remplissent rapidement, première victoire. Satisfaction entre toutes: plus de la moitié du public est constituée de jeunes lycéens. Non que je sois gérontophobe, mais j'ai toujours pensé que si la jeunesse appréciait mon travail, mon travail aurait peut-être une chance de me survivre. Ça ne vaut pas l'immortalité, mais c'est déjà pas mal.
Le spectacle débute, on rit de bon cœur dans les gradins, deuxième victoire. Lorsqu'on écrit des tragédies, le silence du public peut être interprété comme une concentration intense, mais lorsqu'on écrit des comédies, comme moi, le silence du public n'appelle qu'une seule interprétation possible... rien de tout cela ici, tout se passe à merveille, la nave va !
La dernière réplique tombe, le noir se fait, les applaudissements crépitent. Chapeau et merci à la Compagnie de l'Oeil nu ! Un couple m'accoste: «On a pris beaucoup de plaisir !» troisième et dernière victoire. «Ça tombe bien, j'adore en donner !»

Le spectacle sera en tournée au Théâtre Astrée à Villeurbanne les 23 et 24 octobre, et au Théâtre du Passage à Neuchâtel les 26, 27, 28 octobre.
http://www.ville-romans.com/article.php3?id_article=354

18/10/2007

Doubs

 

Par Pascal Rebetez

 

Les monts nous attendaient comme attendent les forêts

 

le fleuve avait mis sa robe du dimanche

 

et nous chassions des proies qui nous ressemblaient

 

et détroussions d'un coup de rire hardi la fausse contenance

 

des calcaires réunit et des feuilles mortes comme des canards

 

se suicidaient au plus fort de l'été dans la chute des corps

 

c'était déjà l'automne et toujours le printemps

 

quand nous croisions nos flux

 

qui sont comme des peaux rouges

 

sur le Doubs impassible.


Voilà pour un hommage aux rivières, à l'amour et, why not?, à Rimbaud. Et pour ceux que les textes lus intéressent, je leur signale l'émission Méridienne sur Espace 2 de la RSR du lundi 22 au vendredi 26 octobre à 11 h 30. J'y lis des textes que le producteur Claude Dalcher m'a commandés et qui ont été magnifiquement mis en ondes (oui il y a beaucoup d'eaux dans ces missives) par Jean-Michel Meyer.

 

 

 


17/10/2007

Féminisme

Proposée par Pierre Béguin

Phrase entendue dans un séminaire:

 

"Le vagin devient l'image analogique inversée du phallus se donnant comme une représentation épiphanique de la puissance masculine."

 

Des commentaires?

Quel pilote dans l'avion?

Par Pierre Béguin


 

Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais il arrive parfois que le citoyen qui sommeille en moi ressente comme un léger soupçon, une espèce de sensation ténue qui impose à mon entendement une hypothèse désagréable : est-ce que, par hasard, on ne se foutrait pas de nous?
Tenez, pas plus tard qu’hier! Je reçois de mon assurance maladie, comme vous j’imagine, le détail des primes 2008. Avec diminution, est-il inscrit en caractère gras. Chouette! que je me dis aussitôt. 40 centimes par mois, la diminution! 1 fr 20 par trimestre! 4 fr 80 par année! Pas même un paquet de cigarettes! De toute façon, je ne fume plus. J’ai pris ma calculette pour estimer exactement mon gain : 0,12% ! Bon! On annonçait une baisse de plus de 3% mais tout de même, je suis rassuré, Couchepin et les assurances n’ont pas menti : pas d’augmentation pour 2008, c’est déjà ça, comme dit l’autre.
Alors pourquoi ce léger soupçon, cette sensation ténue qui se réveille et qui m’impose sa litanie? Une sensation qui en cache une autre, plus obsédante et angoissante celle-ci : qui dirige vraiment ce pays?
Au fait, comment appelle-ton un régime où ceux qui dirigent n’ont pas été élu par le peuple?

15/10/2007

Philippe de Champaigne au musée Rath


Par Alain Bagnoud

Entre politique et dévotion. C’est le titre explicite de cette exposition du musée Rath, à Genève. Une rétrospective importante, qui montre les différents aspects de ce peintre né en Belgique en 1602, qui a fait toute sa carrière en France, parce qu’il s’y est arrêté pendant son voyage pour Rome. Une sorte d’obligation artistique, à cette époque, le voyage à Rome !

Installé à Paris, donc, Philippe de Champaigne a incarné le Grand Siècle dans ses aspects les plus solennels. Il a été le peintre officiel de Marie de Médicis et d’Anne d’Autriche. Il a glorifié Louis XIII et Richelieu (onze portraits). Des tableaux de propagande très réussis, imposants, qui lient le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Quelque chose dans le même genre que les portraits de Kim-Il-Sung, Grand leader et Président éternel, par les artistes officiels de Corée du nord.

De Champaigne est aussi le peintre des congrégations. Son nom reste surtout lié aux jansénistes de Port-Royal (sa fille y a guéri miraculeusement) mais il n’était pas sectaire. Il s’est attaché à donner une image pieuse à d’autres mouvements et à décorer toutes sortes d’églises ou de cathédrales.

Cet univers champaignien (champaignesque ? champaignacien ?) semble un peu étroit, et agaçante cette célébration des puissances. Heureusement, il y a le langage de Philippe de Champaigne.

Compositions précises et relation des masses. Monumentalité, ordre, solennité. Ce qu’on appelle le classicisme. D’un effet certain. Avec parfois un peu de mièvrerie.

Mais une recherche de la perfection, un équilibre fixé, arrêté sur le fil du rasoir. Des couleurs éclatantes et maîtrisées, une recherche de la profondeur, et des paysages magnifiques en arrière-fond de ses scènes.

(Musée Rath, Place Neuve, de 10 à 17 heures, fermé le lundi, jusqu'au 13 janvier)

Voir aussi Le blog d’Alain Bagnoud

Si ce n'est moi...

par Pascal Rebetez

 Pour un coup de maître, c'est un coup de double-mètre! premier papier dans Blogres et déjà une fatale erreur: j'ai confondu Marc et Jean-Claude, les réunissant en une même et seule personne, le manager sportif et le patron des montres. Dont acte. Mea culpa. Ce qui n'enlève d'ailleurs rien à l'impression de surmédiatisation dudit Jean-Claude, dont l'ubiquité nous interroge et parfois nous induit en erreur.

Quatre écrivains en quête d'internautes

 

Olivier Chiacchiari, Alain Bagnoud, Pierre Béguin et Pascal Rebetez.

CEVA et droit démocratique

Par Pierre Béguin


 

Une source particulièrement bien placée m’informe que les CFF obtiendront, au mois de décembre, l’autorisation de mettre en œuvre le fameux projet CEVA, ce projet centenaire de liaison ferroviaire  Cornavin – Praille – Eaux-vives – Annemasse. Le plus étonnant dans cette affaire n’est pas tant le projet lui-même que l’incroyable silence politique qui accompagne sa mise en œuvre et sa future réalisation. Alors que les précédentes entreprises d’envergure sur le territoire genevois (autoroute de contournement, Stade de Genève, traversée de la Rade) ont fait l’objet de nombreux débats citoyens, pour le CEVA, rien à voir, circulez! De toute évidence, l’échec en votation de la traversée de la Rade a échaudé nos politiciens qui, retenant la leçon, veulent cette fois passer en force et en silence, contre tout respect démocratique. Même l’initiative alternative au CEVA, déposée dans les règles ce printemps, a nécessité cinq mois d’examen pour en valider les signatures, et pourrait être considérée comme non recevable sous prétexte qu’elle intervient bien après une information au public et aux intéressés, paraît-il, largement diffusée. Bel exemple de mauvaise foi crasse! Posez la question autour de vous et vous constaterez qu’une bonne moitié des genevois ignore totalement de quoi il retourne et qu’un bon nombre de l’autre moitié croit qu’il s’agit d’un projet des TPG. Soyons clair! Le CEVA est un projet des CFF dont la fonction première n’est pas de soulager le trafic genevois mais d’établir une liaison entre les réseaux ferroviaires nord et sud au niveau de Genève. Donc, à ce titre, il serait plus juste de dire que ce n’est pas Berne qui finance un projet genevois à hauteur de 60% de ses coûts mais que c’est Genève qui finance un projet de la Confédération à hauteur de 40%. Quel que soit, par ailleurs, le profit supposé que Genève tire de cette réalisation. Après tout, que je sache, ni les Bernois ni les Valaisans n’ont participé spécifiquement au financement du Loetschberg, même s’ils en sont les premiers bénéficiaires.

Certes, mon opinion est anecdotique, elle n’a guère plus de valeur qu’une autre, et réciproquement d’ailleurs. L’important est que toutes ces opinions trouvent leur plate forme pour s’exprimer et qu’une véritable information ait lieu. Sinon, ce projet, qui engage le canton  dans ses choix financiers et stratégiques en matière de transport public pour des dizaines d’années, restera confisqué par les idéologies partisanes, le lobby de la construction, dont on a déjà par le passé mesuré l’énorme pouvoir et ses conséquences catastrophiques, les syndicats intéressés, voire les CFF qui, outre tous les avantages qu’ils retirent de cette opération, verront comme par hasard leurs terrains de la Praille bénéficier d’une plus value inespérée.
Oui, mon opinion est anecdotique, mais j’ai heureusement le droit, n’en déplaise à certains, de m’interroger et d’attendre des réponses à mes questions de la part de nos élus, M. Cramer en tête. Par exemple :
-         Pouvez-vous m’expliquer comment vous pouvez, logiquement, prétendre que la liaison CEVA est vitale à la mobilité genevoise et, dans le même temps, prévoir le déficit de son exploitation et vous engager – disons plutôt engager les citoyens sans les avoir consultés – à combler annuellement ledit déficit? Nouveau cadeau aux CFF certes, mais n’est-ce pas avant tout une manière de reconnaître à l’avance l’insuffisance du projet, pour ne pas dire son inutilité?
-         Pouvez-vous m’expliquer pourquoi, alors que la droite recommence à taper du pied et à frétiller de tous ses membres pour une traversée de la Rade – et qu’on sent bien qu’elle va nous faire une crise si elle n’obtient pas satisfaction – vous ne leur donnez pas raison en conjuguant liaison Cornavin – Eaux-vives avec traversée autoroutière de la Rade (en tunnel, svp!)? Enfin un projet fédérateur! (Mais c’est une spécialité de la politique genevoise de ne jamais fédérer le bon sens commun sur un projet et de revendiquer le droit de commettre sa propre erreur sous prétexte que l’autre a pu faire la sienne : «On vous a laissé le CEVA, donnez-nous la Rade!») Il n’est nul besoin de carte du canton, ni même d’être un spécialiste, pour comprendre que, s’il doit y avoir liaison Cornavin – Eaux-vives, la plus logique doit se faire par le tracé direct. Quitte à repousser le seul projet véritablement censé : un métro de ceinture.
- Pouvez-vous m’expliquer pourquoi, alors que les politiques et les responsables CFF jurent leur grand Dieu qu’aucun train de marchandises n’empruntera le tunnel Praille – Eaux-Vives, la construction dudit tunnel est prévue aux normes du transport de marchandises?  N’est-ce pas une manière d’admettre ce que tout le monde sait : que, très vite, des trains de marchandises, dont on a déjà souligné, à propos de la proximité du Stade de Genève, le danger de certains chargements, passeront à foison en tunnel sous la ville. Plus qu’une idiotie, n’est-ce pas de l’inconscience?
-         Beaucoup d’autres questions me taraudent l’esprit mais toutes se cristallisent dans cette interrogation ultime : pourquoi refusez-vous la plus élémentaire honnêteté qui consiste à admettre le débat public et à prendre le risque d’une votation pour légitimer un projet d’une telle envergure? Il en va de l’idée même de démocratie dans une République qui se glorifie pourtant de ses fondements démocratiques. Et cette défense-là vaut bien celle, plus symbolique, d’un 1e août au Grütli.


Oui, je sais, le peuple avait en son temps refusé le passage des 40 tonnes en Suisse : ce qui n’empêche pas ces derniers de sillonner les routes nationales jusqu’au col des Mosses : Et les cantons, via les impôts, de dépenser des centaines de millions à seule fin de renforcer leurs ponts et sécuriser leur tunnels pour permettre à des camions, que le peuple suisse avait démocratiquement jugés indésirables, de circuler librement… Quand une petite et stupide partie du peuple confisque la démocratie, des politiciens, à juste titre, s’indignent. Mais quand des politiciens et groupes de pression, toutes tendances confondues, confisquent la démocratie, le peuple se tait ou pense à autre chose. Et Genève prend des airs de République bananière…