04/03/2008

Bois sec Bois vert, de Charles-Albert Cingria

Par Alain Bagnoud

medium_CINGRIA5_kuffer_v1_.3.jpgMais il faut absolument, me suis-je dit après avoir lu un certain nombre de ses citations dans le blog de Jean-Louis Kuffer chez qui on trouvera de nombreux articles sur cet auteur (voir ici)
, il faut absolument, donc, se replonger dans Cingria. (Jean-Louis Kuffer à qui j’emprunte aussi l’illustration pour ce billet, un dessin de Dubuffet caricaturant Cingria.)

Par exemple Bois sec Bois vert, qui devait être le premier volume de ses œuvres complètes (1948), paru chez Gallimard et republié dans la collection L’Imaginaire.

En fait, ce sont les éditions de l’Age d’Homme qui les publieront, ses œuvres complètes, bien plus tard, en onze volumes, à quoi il en faut rajouter cinq de correspondance. Mais c’est une autre histoire.

Charles-Albert Cingria mérite une brève présentation, pour ceux qui ne le connaîtraient pas.

C’est un écrivain suisse. Genève 10 février 1883 – Genève premier août 1954. Mort le jour de la fête nationale, donc. D’une cirrhose du foie.

Le reste de sa vie est moins patriotique. Sa famille paternelle était d’origine croate (Raguse, en Dalmatie) et vivait à Constantinople jusqu’à ce que son père, Albert, gagne Genève et devienne co-directeur de Patek Philippe. Sa mère, elle, était franco-polonaise.

Toute sa vie, Cingria a vagabondé. Suisse, France, Italie, Allemagne, Espagne, Turquie. D’abord en usant la fortune paternelle, puis, ruiné après la première guerre mondiale, très pauvre, à vélo. Il s’arrêtait dans les cafés des villages, dit la légende, commençait à raconter, et il parlait si bien qu’on l’abreuvait jusqu’à plus soif, ce qui était onéreux car Charles-Albert avait la gorge très sèche.

Spécialiste du Moyen-Age, il a publié des ouvrages érudits. La Civilisation de Saint-Gall, Pétrarque, La Reine Berthe… Durant toute son existence, il a livré de multiples chroniques dans des revues, des journaux, il a fait des conférences. Des textes libres, curieux.

Bois sec bois vert en comprend dix. Digressifs, de genres divers, impossibles à résumer, pleins de fantaisie. Mais unis et portés par une langue magnifique, savante et souple, érudite, sensuelle, impulsive et sophistiquée. L’un parle d’un poète lyrique provençal. L’autre d’une jeune fille balte qui finit par trouver un diamant après bien des pérégrinations. Certains évoquent des voyages ou des vagabondages, parlent de la Loire ou de Rome…

Il suffit de se laisser porter. Et alors, quel bonheur !

(Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud.)

Commentaires

L’histoire conventionnelle tournée d’une enveloppe narrative est bien me passion. Ce croquis semblant être accompli sur les marges ne fait que parfaire l’impression générale.

Écrit par : Gabriel - Cheap Cigarettes | 13/05/2009

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