31/03/2008

Musique après lecture

Par Pierre Béguin

 

 

 

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«Assez de mots, assez de phrases! Ô vie réelle, / Sans art et sans métaphores, sois à moi!» Souvent, au cours de mes études, dans mon travail ou simplement dans mes loisirs de lecteur, j’ai pensé à ce poème de Valéry Larbaud (Musique après lecture, in Poésies de A.O. Barnabooth, 1908) où s’exprime avec force une lassitude, un dégoût de la littérature autoréférentielle, présentée comme un assemblage artificiel de mots et de phrases, jeu sec et vain de savantes recherches formelles. Rejet probable du symbolisme et de Mallarmé qu’on croit deviner dans cette description d’une poésie stérile tournant résolument le dos à la vie: «De creuser par veillée une fosse nouvelle / Dans le terrain avare et froid de ma cervelle / Fossoyeur sans pitié pour la stérilité…» (Las de l’amer repos). A l’inverse, Larbaud appelle de ses vœux une poésie de la vie: «Viens dans mon cœur, viens dans mes vers, ma vie!». Il a parcouru l’Europe et les Amériques. Sa vie ressemble à un long voyage, comme dans ce poème où il la compare à une rue du sud («Le sud béni») et où il recourt allégrement aux mots espagnols. S’agit-il de l’Espagne? De l’Amérique latine? Le lieu importe moins que l’atmosphère. Il est avant tout symbole d’ouverture. Le voyage devient acte poétique, le cosmopolitisme envahit la littérature.

Valéry Larbaud n’est ni un Ténébreux ni un Inconsolé. Héritier des eaux Saint-Yorre (ça va fort!), milliardaire, s’il ressent fortement l’appel des profondeurs – il pressent comme tout le monde que la vérité est toujours au fond des Ténèbres (et son œuvre regorge de références aux profondeurs) –, il sait pourtant que son statut social, sa richesse, son éducation, sa culture, sa finesse ne le prédisposent guère aux sacrifices, aux renoncements qu’exigent l’entrée dans le souterrain et la descente dans le gouffre. Partagé, comme le fut Gide, entre l’esprit dilettante et l’esprit métaphysique, il décidera que son absolu ne sera pas le fruit d’une quête verticale mais horizontale: la quête du monde. Il libère la poésie du cadre étroit et livresque dans lequel le symbolisme la maintenait prisonnière, il l’ouvre au monde, lui confère sincérité et authenticité, la pare des prestiges du voyage et la transforme en musique: «Mais, ma vie, c’est toujours cette rue à la veille / Du jour de Saint-Joseph, quand des musiciens / Des guitares sous leurs capes, donnent des sérénades / On entendra, jusqu’au sommeil très doux, le bruit / Plus doux encore que le sommeil, des cordes et du bois, / Si tremblant, si joyeux, si attendrissant et si timide, / Que si seulement je chante / Toutes les Pepitas vont danser dans leurs lits.»

Valéry Larbaud ouvre la voie à Blaise Cendrars. Il a contribué à m’ouvrir les portes du voyage, de l’Amérique latine et de sa littérature. Des portes que je n’ai plus jamais refermées.

27/03/2008

Toxico !

Par Pascal Rebetez

J’ai arrêté. Enfin. Me suis désaccoutumé. Sans patch, sans psy, sans chimie. Oh, pas longtemps, une semaine. Mais quand même, qui aurait pensé que j’y arriverais, alors que le monde entier m’incite à sa consommation ? Mais là, j’ai dit à ma chérie : « On profite de la pause pascale, on prend prétexte d’aller dans cette petite maison en France voisine, et on regarde si on peut faire quelque chose. SANS. Eh bien, ça a marché ! Le plus dur, ce sont les deux premiers soirs, à cause des habitudes, des blogs de Machin et Machine, du site de l’autre et surtout des mails. Et puis finalement, on s’y habitue, on vit quand même. Peut-être même qu’on vit mieux, plus ensemble, davantage amoureux. Bon, on a des réflexes qu’il faut combattre, se remettre à consulter un lourd annuaire téléphonique, un horaire de chemins de fer, même prendre plaisir au contact téléphonique.

Enfin, on a pu vivre toute une semaine sans Internet ni Outlook, sans .ch ni YouTube. On a pu vivre comme il y a moins de cinq ans, quand tout le monde vivait SANS.

Qu’est-ce qui s’est passé entre-temps ? Quelle mouche nous a piqués ? Quel sournois virus s’est-il installé dans notre cerveau d’hominidé pour que la cybernétique nous soit devenue à ce point indispensable, essentielle, existentielle même ?

Il s’est passé un grand bug économico-sociologique, à n’en point douter, une révolution de puces. Mais alors, qui a gagné ? Qui a pris le pouvoir ? Les puces ou les neurones ? Les communicationnistes ou les isolationnistes ?  Les nomades ou les néo-mades ? Pour en savoir davantage, je vais consulter, c’est préférable. Le bon docteur Google est un puits de science sans fonds : quand j’y lance ma petite question, je n’entends jamais l’écho de ma pièce. Et pourtant, la chose vaut des milliards.

  •  
    • Allô docteur, je suis désolé. J’ai rechuté.

Prenez pitié des toxicos.

25/03/2008

Le chemin des écoliers, de Marcel Aymé

Par Alain Bagnoud

Le chemin des écoliers est lié à un mouvement d’idées. Il y a eu un moment, après la guerre, où les écrivains de droite s’opposaient aux idées de Sartre sur l’engagement, la liberté, la responsabilité, et voulaient montrer, eux, que la réalité des choix est plus aléatoire, que des circonstances avaient pu conduire certains dans des voies extrêmes. Je pense par exemple au Petit canard, de Jacques Laurent, où un événement d’ordre sentimental faisait basculer quelqu’un dans la collaboration avec l’armée allemande.

Dans Le chemin des écoliers, Marcel Aymé tourne autour d’une famille sous l'occupation. Le père vit dans les idées et les théories. C’est un être bon, naïf, qui gagne mal sa vie en gérant des immeubles. Il découvre soudain que son deuxième fils  distribue des tracts pour le parti communiste.

Son premier, au contraire, a été introduit dans le marché noir par un ami, le fils d’un caïd de la pègre qui gère un restaurant. A 16 ans, il gagne en une opération plus que deux ans de salaire de son père. Il sort avec une poule de 26 ans dont le mari est prisonnier des Allemands, qui a une petite fille et qui fréquente un ami de son mari, lequel décide d’intégrer l’armée allemande et de combattre sur le front de l’est pour s’opposer aux juifs, aux communistes et aux poètes cubistes. Sic.

L’autre grand personnage du livre est le collègue du père, peu préoccupé par la guerre, lui. Il vit un enfer entre sa femme comédienne ratée qui le méprise, croit être une artiste dont la carrière va reprendre. Ils ont un fils vicieux qui torture les animaux, vit en ménage à trois avec un vieil homosexuel et une putain, se prostitue et finit par tuer la fille et la vendre comme viande au marché noir.

Le tableau s’élargit encore grâce aux notes de bas de page. Les personnages secondaires croisés au hasard y ont droit à leur biographie résumée. Ça donne une foule de destins manipulés, brisés ou favorisés par la guerre.  Un maelström qui prend les être, fait basculer leur destin au hasard, et les expédie dans un camp ou dans l’autre.

Démonstration servie par la clarté, la netteté, la précision de la langue, et cette ironie propre à Marcel Aymé qui relativise toutes les croyances absolues.

 

Marcel Aymé, Le chemin des écoliers, Folio

 

(Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud.)

 

24/03/2008

La part du diable

Par Pierre Béguin

 

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Une des questions incontournables du collégien en herbe lors de ses premières analyses de texte est de savoir si l’auteur «a voulu signifier tout ça». Comme si, en cas de réponse négative, cela justifiait qu’on n’en parlât plus.
«La part du diable» disait André Gide pour désigner ce substrat  inconscient du texte. Et plus cette part  du diable est importante, plus le roman a de chance d’être réussi, précisait-il. Mais il reste, dans cette part involontaire, dans ce substrat inconscient de l’œuvre, ce que l’auteur lui-même peut expliquer a posteriori, et ce qui ne cesse de l’interroger. Du moins, si j’en crois ma modeste expérience en la matière.
Parmi les thèmes qui s’invitent sans carton dans mes romans, a posteriori, je saisis parfaitement les raisons d’une thématique récurrente: l’opposition entre l’intellectuel et l’homme d’action, entre la vertu et la virtú, au sens où l’entendait Machiavel, à savoir la capacité d’action d’un individu par delà le bien et le mal. Dans les couples de personnages qui forment l’action principale de L’Ombre du Narcisse et de Terre de personne, par exemple, on sent bien que celui incarnant la virtú n’est que la projection fantasmée de l’autre, et que la distance qui les sépare représente l’itinéraire initiatique qui doit mener ce dernier de la vertu – l’intellectuel bourgeois ancré dans sa logique et sa morale du bien et du mal, et voué à l’inaction, c’est-à-dire à la perpétuation des injustices qu’il condamne – à la virtú, la plus haute qualité de l’homme. Non pas la plume ou l’épée – Balzac n’était qu’un pâle Napoléon obligé de fuir ses créanciers par une porte dérobée – mais de la plume à l’épée, de la réflexion à l’action, de la sécurité bourgeoise à l’aventure. Dans cette thématique obsédante pour moi, je reconnais distinctement mes frustrations, mes tentatives, mes limites, voire mes échecs.
En revanche, je ne saisis pas un autre motif récurrent de mes romans: le corps martyrisé, torturé, éparpillé, lieu de la souffrance, de l’injustice, de la tragédie, de la honte, incarnation même de la révolte et que les personnages portent comme leur croix, ou comme une vengeance divine, ou comme une sorte d’anathème venu de nulle part. En réalité, cette thématique, pourtant si obsédante sous ma plume, me semble aussi étrangère à moi-même que pourrait l’être le fanatisme religieux ou l’héroïsme militaire. Alors pourquoi vient-elle s’y placer systématiquement lors même que je ne l’ai pas convoquée? Dans quel traumatisme puise-t-elle sa source? Enfant battu? J’ai certes pris, comme beaucoup, quelques gifles mais, tout de même, je ne sors pas d’un roman de Dickens ou de Zola, loin s’en faut. Il faudrait que je me paie le luxe d’une thérapie pour m’expliquer ce mystère. Mais alors quid de l’inspiration?
Un auteur préférera toujours la présence rassurante de ses névroses plutôt que le risque de leur éventuelle guérison. C’est surtout cela la part du diable.

 

21/03/2008

Père et passe, par Jérôme Meizoz

Par Alain Bagnoud

 

L’ambiance du vendredi saint est peut-être appropriée pour parler du dernier beau livre de Jérôme Meizoz. Père et Passe.

Des récits articulés autour de la figure du père.

Il y a 40 textes courts, pudiques, aimants, évocateurs. Des anecdotes, des souvenirs, des explications ou des récits de rêve, pour suggérer le portrait de cet homme du peuple, actif, décidé, minoritaire socialiste dans une région dominée par le parti catholique. Un homme qui vieillit, dont les gestes se ralentissent, pour qui la télévision occupe toujours plus de place, qui finit par fermer à clé la porte de son appartement jadis toujours ouvert.

D’autres personnages entourent cette figure centrale. Le reste de la famille, les enfants, la mère morte jeune encore, ou la grand-tante Christine Ménabé, épouse d’un coiffeur parisien qui coupait les cheveux de Victor Hugo avant d’ouvrir un hôtel dans les Préalpes, et qui, un jour, a recueilli une mèche de cheveux du grand homme dans une enveloppe qu’il a demandé au poète de signer. Une relique que la tante a montrée au jeune garçon de dix ans.

On ne pouvait pas rater cette anecdote un peu cocasse dans l’ensemble des textes à la sonorité sourde, grave, recueillie.

Des textes pour dire l’amour, mais aussi la difficulté de communication : « sa voix, sa conversation ne sont pas à la hauteur du miracle que j’éprouve à le savoir encore parmi nous. »

Des textes pour conjurer le pire. « Il est âgé et il décline. Il a peur. Moi qui ai tant reçu de lui, que puis-je faire maintenant qu’il s’éloigne ? Préparer une chambre de papier pour accompagner sa sortie. Me livrer à une opération de magie blanche. Qu’il soit porté vers sa fin par le drap de mots que je prépare pour lui. »

Jérôme Meizoz, Père et passe, Editions d’en bas & Le temps qu’il fait

 

(Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud)

 

19/03/2008

Ce n'est qu'un au revoir

Par Olivier Chiacchiari

Chers Lecteurnautes,

 

Après cinq mois d'expérience blogosphérique, l'heure est venue pour moi de me recentrer exclusivement sur mon activité principale: l'écriture dramatique. J'entame la rédaction d'une nouvelle pièce qui va m'occuper durant des mois, m'interdisant toute aventure extra-théâtrale. Mon écriture est jalouse, hélas, elle ne supporte aucune forme d'incartade durant la période de passion.
Je souhaite donc bonne plume à mes camarades de toile, avec qui j'ai eu énormément de plaisir à initier et à partager cette aventure. Faites cliqueter les touches de vos claviers, mes amis, je continuerai à vous lire avec grand intérêt!
Et peut-être qu'un jour, lorsque mon emploi du temps aura retrouvé un peu de souplesse, je reviendrais m'exprimer dans cet espace hautement pixellisé... si l'on veut encore de moi.
Pas un adieu, donc, juste un au revoir. En ligne ou dans la vie, dans un théâtre ou un bistrot, car contrairement aux idées reçues, les nouvelles formes de communication ne remplacent pas les anciennes, elles les régénèrent.

 

Bien à vous tous
Olivier Chiacchiari

18/03/2008

L'exclusion comique

Par Antonin Moeri


     
Un commis voyageur se réveille un matin et préfère rester au plumard. Pour attraper le train, il faudrait se dépêcher. Or sa mère s’inquiète. Le père s’énerve. Quand on sonne à la porte d’entrée, le commis se dit qu’il faudrait se lever. L’entreprise qui l’emploie a envoyé quelqu’un. Le commis se laisse alors tomber du lit. Tout le monde se demande pourquoi il n’a pas pris le train comme d’habitude. La soeur se met à pleurer. L’émissaire de l’entreprise tient un discours sur la culture du résultat. On envoie chercher un serrurier mais le commis, malgré son état, parvient à ouvrir la porte. La mère s’effondre. Le commis dit qu’il va s’habiller. Il sait que l’émissaire prendra sa défense auprès du chef. Il aimerait du moins y croire, car le monsieur a pris la fuite. Le père a saisi une canne et un journal qu’il brandit avec véhémence pour repousser le fils dans sa chambre.

Le commis faisait jusque là vivre sa famille. Désormais, le père, la mère et la soeur devront retrouver un travail pour survivre. A partir de ce jour, tout ce que fait le commis est mal interprété. On ne lui adresse plus la parole. Il est considéré comme un monstre. Il concentre sur lui les peurs. Le père retrouve des forces. Il marche en direction de son fils en levant les pieds très haut. Ils font ainsi plusieurs fois le tour de la pièce, le fils fuyant devant le père sévère qui finit par le bombarder de pommes. L’épuisement s’abat sur cette famille exemplaire. On perd l’appétit. On loue une pièce à trois messieurs qui, un soir, prennent leur repas dans la salle commune. La soeur joue du violon, ce qui attire le frère. A la vue de cet être déchu, les locataires battent en retraite. Ils résilient leur location et menacent le père de le traîner devant les tribunaux. C’en est trop, il faut se débarrasser de l’être malfaisant qui a causé notre ruine, affirme la soeur qui avait eu la gentillesse de s’occuper de lui, au début...

L’histoire de ce commis pourrait être celle de notre voisin. Elle pourrait se passer à Onex ou à la Jonction. Combien de gens licenciés, réduits à l’état de détritus, dont on s’est débarrassé pour un rien. Je ne pense pas que l’auteur tchèque ait voulu dénoncer unilatéralement un type de société. Si telle avait été son intention, on ne lirait plus ses nouvelles. Ce qu’il raconte est certes un processus d’exclusion. C’est dans le regard que les autres portent sur la”victime” que le crime est perpétré. Mais ce processus de mise à mort est raconté sur le mode comique. On se dirait dans un film de Buster Keaton. Dans une langue dépouillée à l’extrême (presque aucun adjectif), l’écrivain tchèque a élevé au rang de héros ce pitoyable employé.
       Je ne vous ai pas dit qu’en se réveillant, ce fameux matin, le pitoyable employé était transformé en une énorme vermine. Car vous auriez aussitôt reconnu Gregor Samsa, le héros universellement connu de La Métamorphose.

 

(Antonin Moeri est l'auteur de dix livres, parmi lesquels Le sourire de Mickey (2003) et Juste un jour (2007), parus aux Editions Bernard Campiche.)

17/03/2008

Le silence de la mer

Par Pierre Béguin

 

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J’ai pensé à ces deux caricatures, datant certes de 1993 mais dont la pertinence reste plus que jamais d’actualité, en apprenant que le projet de Charles Beer de nommer 100 directeurs à l’école primaire (plus 100 secrétaires!) allait devenir effectif dès la rentrée de septembre. Cette décision s’inscrit dans la regrettable tradition des mesures essentiellement structurelles plutôt que pédagogiques, plus politiques qu’efficientes, et dont le principal effet, en fin de compte, est d’augmenter la (sur)charge pondérale administrative et d’alimenter la graisse souvent inutile d’une hiérarchie pléthorique croulant sous le travail que, parfois, elle s’invente (l’administration créant ses propres besoins aussi sûrement que n’importe quel réflexe consumériste). Surcharge nourrie également par tous les «déchargés de cours» venant grossir des commissions alibis ou des pseudo groupes de recherche. Autant de calories superflues dont ne souffrent pas les autres cantons. Car il n’est nul besoin d’être expert en la matière pour comprendre que 100 instituteurs (trices) supplémentaires eussent davantage contribué à améliorer l’enseignement primaire en diminuant les effectifs de classe et en soulageant, par là-même, des enseignants qui, eux, croulent sous le travail qu’ils ne s’inventent pas. Mais nos politiciens, par paresse, incompétence, naïveté ou opportunisme, continuent de penser que des réformes structurelles vont, par enchantement, modifier de facto le fond des choses.
Bizarrement (une libérale étant normalement plus prompte à «dégraisser le mammouth», voire à le rendre exsangue, qu’à l’engraisser), c’est à Martine Brunschwick-Graf que nous devons ce gonflement de la hiérarchie en proportion inverse des coupes effectuées sur le terrain (car les restrictions budgétaires impliquent qu’on taille dans les muscles ce qu’on ajoute à la graisse, de préférence dans ceux du Collège, cette «filière de privilégiés»). Mais il s’agissait alors de surmonter le traumatisme des grèves et manifestations, qui avaient émaillé les premières restrictions budgétaires à l’automne 1992 et au printemps 1993, en «domptant les enseignants» (l’expression, politiquement très incorrecte et relayée sur les manchettes des journaux, est de Martine Brunschwick-Graf elle-même) par une armée de généraux aux fouets vifs et acérés, édictant des mesures propres à étouffer toutes velléités revendicatrices (par exemple, encouragement à la retraite anticipée – les jeunes enseignants étant plus soumis car non nommés ou en cours de nomination – systématisation des maîtres voltigeurs pour détruire la culture d’établissement, commissions alibis, etc.). Avec succès, il faut bien l’admettre. Battus, traités de paresseux, voire de parasites honteux par une presse agressive et, alors, entièrement aux mains des annonceurs des milieux immobiliers, les enseignants ont appris à se taire et à cultiver leur jardin pédagogique à la plus grande satisfaction des autorités qui se réjouissent d’une mer calme sans se demander ce qui pourrait gronder dans ses profondeurs (merci à Vercors pour cette métaphore). Que les enseignants et les directions d’établissement se taisent et se contentent de fonctionner! (Il est curieux que ceux-là même qui reprochent aux employés de la fonction publique de seulement «fonctionner» soient les premiers à tout faire pour en instaurer ou en perpétuer les conditions.) La plus grande surdité de Charles Beer est de n’avoir pas entendu – ou d’avoir fait semblant d’entendre – cette demande de dialogue de la part des enseignants. Cette erreur pourrait lui coûter cher lors des élections de l’année prochaine. Quoi qu’il en soit, les dégâts en termes de démission, d’asphyxie ou de grogne furent – et sont encore – énormes. Les départs en retraite anticipée sont de plus en plus nombreux sous l’œil d’une hiérarchie et de politiciens qui semblent se contenter d’observer cet exode massif vers la terre promise, le cas échéant de prendre des mesures pour enrayer le phénomène en supprimant toute aide à la retraite anticipée, sans jamais se poser la seule question intelligente: les raisons de cette subite désaffection.
Une hiérarchie devenue, avec le temps, aussi hautaine qu’autiste et qui, si elle a perdu tout contact avec sa base, n’en pas pour autant perdu ses réflexes autoritaires. Ainsi, à la suite de l’article d’Alain Jaquemoud, publié dans ce blog mercredi dernier, elle s’est très rapidement manifestée en s’interrogeant sur le devoir de réserve, aux contours très flous – et dont on se demande s’il n’est pas qu'une manière élégante d'éviter le mot «censure» –, et les limites d’expression attendues des enseignants. Une intervention suffisante pour semer le doute dans l’esprit des professeurs, auteurs des deux articles parus récemment dans ce blog. En ce sens, réagissant vendredi dernier sur Léman bleu, dans «Genève à chaud», à ces prises de position, Pascal Décaillet expliquait l’absence de Claude Duverney par l’innocente formule «qui n’est pas disponible aujourd’hui». Personne n’est dupe, à commencer par le journaliste qui le fait savoir clairement aujourd’hui dans la Tribune. Cette absence est en réalité motivée par la crainte de transgresser ce fameux devoir de réserve par lequel la parole de l’enseignant est systématiquement confisquée (Alain Jaquemoud, contacté deux jours plus tôt par le même Pascal Décaillet, a lui aussi décliné l’offre pour les mêmes raisons). Et voilà comment Jean Romain, dont la parole, elle, s’autorise de son statut de Président de l’ARLE, est venu à leur place. Il est tout de même regrettable que la voix des hommes de terrain, ceux qui connaissent le mieux les problèmes pour les affronter quotidiennement, ne puisse s’exprimer – toute sensibilité et opinion confondues – qu’au travers des canaux politiques, syndicaux ou associatifs, pour nécessaires qu’ils soient par ailleurs. Regrettable également que leurs velléités «d’insoumission» soient immédiatement récupérées, comme pour mieux y mettre fin, par le traditionnel débat entre Charles Beer et le représentant de l’ARLE. Un débat dont il ne faudra pas attendre grand-chose. A moins que Pascal Décaillet évite de se laisser entraîner dans la géométrie des courbes si chères au chef de l’Instruction Publique, dans la langue de bois, voire dans les platitudes préélectorales, le culte de l’image ou l’étalage des ego.
Pour notre part, persuadé que ce n’est pas la boîte de Pandore que les autorités libéreraient en donnant enfin la parole aux professeurs – et en les écoutant vraiment –, mais les énergies indispensables au bon fonctionnement de l’Institution, nous persistons dans l’idée que le 450ème anniversaire du Collège de Genève, pour qu’il  fasse vraiment sens au-delà des festivités attendues, des plates-formes officielles ou des opportunismes politiques (2009 est année électorale), doit être l’occasion d’un véritable débat citoyen sur l’enseignement. Modestement, ce blog, entre autres intentions, a aussi pour projet d’y contribuer. Cette conclusion tient lieu d’avis…

14/03/2008

Charles Beer sacrifie l’ascenseur social


Dans le prolongement de l'article de M. Alain Jaquemoud, invité par mes soins sur ce blog mercredi dernier, je donne la parole à M. Claude Duverney, Dr en Philosophie et, accessoirement, père d'élèves fréquentant l'école publique
genevoise. Le collège de Genève, qui fêtera en 2009 le 450e anniversaire de sa fondation,  est au cœur d'un débat citoyen qui concerne toute la population.

 

Pierre Béguin

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Collège de Genève:
Charles Beer sacrifie l’ascenseur social 

En 2002, Genève délivre les premiers certificats régis par le nouveau règlement de maturité gymnasiale (ORRM), lequel a été mis en place conformément à la décision fédérale d’uniformiser des réglementations cantonales par trop diversifiées. Après peu de temps déjà, les maîtres des Collèges ressentent une baisse de niveau, une chose que laissait du reste présager la tournure prise par la révision genevoise de l’ORRM. Et les Universités de corroborer bientôt cette observation. C’est ainsi que, lors d’une soirée publique, organisée en 2005 au Collège Calvin par l’Association des Parents des Elèves de l’enseignement Post-Obligatoire (APEPO), des professeurs de biologie et de chimie de l’Université de Genève[1] tirent la sonnette d’alarme: les facultés de science doivent revoir leurs exigences à la baisse, et c’est à l’étranger qu’elles se mettent à chercher des doctorants. Aujourd’hui, la faculté des Sciences Economiques et Sociales doit composer avec la faible maîtrise de la langue française chez ses étudiants. A Genève, qui héberge le CERN et où l’Institut de physique de l’Université se distingue par des recherches de pointe, les études de physique sont désertées[2], au point que, à coup de centaines de milliers de francs, un laboratoire d’exposition et de démonstration se construit pour tenter de repeupler les salles de cours[3]. De façon plus générale, on déplore, quand ce n’est pas une perte des savoirs, à tout le moins une disparition de la discipline de travail chez les étudiants.

Alerté par les Universités et les Ecoles Polytechniques Fédérales, le Département Couchepin réagit et mandate une commission, présidée par le Prof. Schuwey, pour tracer les lignes d’une révision partielle du règlement de maturité fraîchement rénové. Les propositions de la commission, qui se font largement l’écho des doléances émises par l’ensemble des cantons, sont balayées par les instances consultées. M. Couchepin de passer outre ce rejet et d’imposer un minimum de mesures, en particulier une augmentation du pourcentage d’enseignement des sciences – par quoi il admet l’urgence de remédier à un déficit de formation que d’aucuns s’évertuent semble-t-il à nier[4]. Au bout du lac, comme ailleurs en Suisse, on planche sans doute sur des mesures propres à mettre en œuvre la révision minimale imposée de force par Berne. Quoi qu’il en soit, côté gens de terrain et professionnels de l’enseignement, les discussions témoignent de préoccupations accrues touchant la baisse de niveau, la disparition de la discipline de travail chez les élèves et, en particulier, la perte de valeur d’un diplôme de maturité où des disciplines, naguère «principales», sont bradées à la faveur de conditions de certification qui en permettent le sacrifice. Parmi ces disciplines, les mathématiques et le français, où des élèves peuvent allègrement se permettre des notes de 2 ou 2,5 tout en obtenant leur maturité[5]. La question qui préoccupe est cependant de savoir si, parmi les mesures minimales demandées par Berne, Genève va opter pour des contraintes permettant de relever le niveau d’exigence de la maturité. Tout porte à croire que non, si l’on formalise les prises de positions du Chef du Département, M. Charles Beer. Quelle est, ainsi restituée, sa vision des études secondaires?   1)      Elle s’origine dans le fait suivant, adopté comme une situation irrémédiable: des élèves, au sortir du Cycle d’Orientation (CO), ne trouvent plus de place d’apprentissage et sont condamnés à la rue; et rien ne peut être entrepris pour changer le comportement des PME et la dévalorisation très genevoise des CFC. 2)      De là le principe, posé en dogme intangible, duquel tout va découler comme le volet qu’on déroule: l’école secondaire post-obligatoire (PO) doit pallier cette situation inadmissible (soit en faire les frais![6]). 3)      Avec une première conséquence: pour ne laisser personne dans la rue au sortir du CO, il convient d’ouvrir l’accès aux filières post-obligatoires, à savoir au Collège, à l’Ecole du Culture Générale (ECG) et aux maturités professionnelles. 4)      Corollaire: le CO ne régule pas l’entrée dans les filières du PO[7]. 5)      Deuxième conséquence: les élèves qui accèdent ainsi sans sélection aux filières du PO doivent autant que possible connaître la réussite, c’est-à-dire en sortir diplômés. M. Beer ne fixe-t-il pas l’objectif prioritaire d’atteindre 95% de diplômes post-obligatoires dans la population scolaire du canton? 6)      Corollaire: le Collège ne relèvera pas ses exigences, sans quoi, par un phénomène de cascade, il renverrait des élèves dans les autres filières, lesquelles finiraient par en remettre à la rue – ce qui est précisément exclu par le principe (2) posé en dogme.   Que de générosité dans cette vision! Que de cohérence dans cette suite d’inférences! Toutes choses qui ont l’art de séduire en nous dispensant toutefois de réfléchir. Car la vision de l’école secondaire de M. Beer pose de multiples questions et a de quoi inquiéter: sous couvert de cohérence de l’ensemble du parcours de l’élève, c’est une cohésion sociale égalitariste qui est visée. Et celle-ci a un prix: la valeur des formations dispensées et des titres délivrés. Ce que montrent quelques questions:   1)      Si le CO ne régule plus le passage aux filières du PO, quel est le coût global du nombre d’élèves qui échouent en 1ère année du PO[8]: coût financier d’une année de scolarité; coût humain d’un an de travail quand il se solde par un échec et des désillusions – souvent évitables moyennant une véritable orientation au CO; coût intellectuel pour l’ensemble du degré qui voit sa progression ralentie par une inertie accrue? 2)      Comment l’accès aux filières du PO pour davantage d’élèves[9] pourrait-il s’opérer sans une baisse de niveau? Et sans une adaptation conséquente des exigences, faute de quoi une part importante des élèves se verrait abandonnée en cours de route et le taux d’échec s’élèverait notablement – sauf à imaginer que l’intelligence moyenne de la population s’est transcendée au cours des dernières années? 3)      Comment, enfin, ne pas admettre que cette baisse du niveau se traduise à terme par une perte de valeur des certificats et, en particulier, de la maturité gymnasiale, quand l’objectif déclaré est d’augmenter le pourcentage des diplômés du PO? 4)      Ne sombrons-nous pas dans le cadeau illusoire du «Bac pour tous», cadeau empoisonné puisque des «Bac plus x» sont ensuite introduits pour conférer au diplôme une valeur et un niveau qu’il a perdus en se délivrant à tout le monde?[10]

 

  Pour toute justification de ce «programme», une même réponse est martelée: la cohérence de la formation à travers les différents ordres d’enseignement – entendez: la préservation de la cohésion sociale, et donc une formation accessible pour tous, doit l’emporter sur les soucis de qualité et d’exigence des diplômes décernés, c’est-à-dire qu’elle vaut mieux que l’assomption de différences. Ainsi l’ascenseur social qu’était notre école se voit-il sacrifié au nom d’un égalitarisme. Le droit à l’éminence de la formation, pour qui fournit l’effort donnant accès à un sommet, se trouve enseveli sous l’impératif d’une réussite moyenne pour tous au nom de la résorption des inégalités. Une idéologie qu’on peut certes défendre, mais qui ne résiste pas à la courte analyse qui en décèle le caractère tragiquement contre-productif. Car en supprimant l’exigence à l’école pour gommer l’inégalité, celle-ci ressurgit pour s’accuser ailleurs et sous une forme qu’on entendait précisément éradiquer: les parents cultivés pallient le déficit de formation de leurs enfants[11], des cours privés onéreux offrent à certains privilégiés l’accès à des facultés que désormais la maturité ne garantit plus[12]. En visant à neutraliser la formation exigeante, qu’on associe à un pouvoir qu’une élite exercerait sur la masse, on recrée une inégalité, de surcroît à forte tendance économique, dans les degrés d’études supérieures. La vision de M. Beer confond l’égalité des chances de s’édifier, en se mesurant à l’exigence, avec l’égalitarisme d’une certification indifférenciée, mais universellement partagée. Le développement et le progrès requièrent toujours plus de compétences et de formations poussées dans tous ses secteurs, qu’ils soient manuels ou intellectuels[13]. L’école, elle, berce les jeunes d’illusions en promulguant le droit à la même réussite scolaire pour tous, quand elle devrait signifier et instiller à nos enfants l’excellence attendue pour réussir, en veillant bien sûr à ce que des conditions sociales défavorables n’empêchent pas certains d’avoir leur chance. Pour le reste, et avec l’aide des enseignants, c’est aux élèves qui veulent saisir cette chance, et se donner les moyens de réussir, qu’il appartient de fournir l’effort permettant de satisfaire les exigences les plus hautes. A vouloir fonder une société sur des diplômes dévalorisés et indifférenciés, nous allons sacrifier les habiletés et les talents, en disqualifiant les certificats qui poussent à leur expression et saluent leurs réussites. Il est vraiment temps que parents et enseignants fassent front commun pour sauver l’école, faute de quoi nos enfants seront bientôt condamnés à réussir «malgré l’école»!      


[1] Notamment le Prof. Duboule.

[2] C’est le cas semble-t-il des formations scientifiques les plus exigeantes, ce qui témoigne aussi, il est vrai, d’une désaffection des études qui requièrent rigueur et efforts conjugués.

[3] Projet « PhysicsPark » développé conjointement par l’Institut de physique de l’Université et des maîtres au Collège de Genève.

[4] M. Ch. Beer, Président du DIP genevois, se réjouit plutôt de la réussite universitaire des maturistes du bout du lac, une réussite qui serait égale, voire même supérieure, à celle des étudiants d’autres cantons, alors même que la grille horaire du Collège de Genève est l’une des plus faiblement dotées du pays (tous les Genevois seraient-ils des surdoués?). Pourtant, si tout allait si bien, comment expliquer que Berne impose urgemment des mesures en dépit du rejet des propositions de la commission Schuwey? Comment expliquer en outre que nombre de ces propositions de renforcement des exigences correspondent à des demandes genevoises?

[5] Remarquons incidemment que le français va, avec le projet genevois de révision partielle, compter pour 1/14e, contre 1/9e jusqu’ici, pour l’obtention de la maturité. On appréciera la contradiction avec la 3e des fameuses « 13 priorités » édictées par notre Chef du Département, laquelle porte précisément sur l’« intensification de l’apprentissage du français ». Si ces « 13 priorités » avaient déjà le défaut d’être nombreuses, pour des « priorités », l’usage semble montrer qu’elles n’ont aussi de priorité que le nom.

[6] La question est sans doute impertinente, mais pourquoi l’ensemble de la formation devrait-elle faire les frais de cette donnée socio-économique? Ne peut-on pas imaginer des solutions qui ménagent la qualité des filières et évitent de procéder à un nivellement par le bas généralisé (cf. les questions posées infra)? Il semble que le canton du Valais procède exactement à l’inverse, avec, au moment de l’orientation ponctuant le CO, une mise en garde sur les risques d’échec en première année du Collège pour des élèves dont la moyenne est inférieure à 4,5.

[7] Cf. O Chavaz, « Charles Beer veut un Cycle « plus exigeant mais pas plus sélectif » » in: Le Courrier 29 nov. 2007.

[8] 25 % des élèves échouent au terme de la 1ère année du Collège.
[9] De 30% (1ère moitié des années 80) à 38% (seconde moitié des années 80) des élèves du CO entraient au Collège avant l’introduction de la nouvelle maturité, contre 45% à 50% après (Notes d’information du SRED: No 5 mai 2000).

[10] Par où l’on voit encore que la 5e des « 13 priorités » de M. Beer, intitulée « Excellence et démocratisation des études supérieures », sacrifie l’excellence sur l’autel d’une démocratisation entendue comme une égalité à tout prix.

[11] Combien nombreux sont les parents du primaire qui « font l’école à la maison » avec leur enfants, inquiets de la disparition des savoirs construits au profit de sensibilisations ludiques. Qui ne connaît un enseignant de l’école publique qui met ses enfants en école privée s’il peut lui éviter des années de primaire ou de CO à l’école républicaine?

[12] Il n’est que de voir le nombre de maturistes qui doivent se payer des cours privés de physique pour réussir la première année de médecine.
[13] La mise en place de maturités professionnelles répond à ces exigences.

 

 

12/03/2008

L'art du tir à l'arc

 par Pascal Rebetez

Allez vous régaler comme je le fais quotidiennement sur le site http://l-autofictif.over-blog.com/

Eric Chevillard est un vrai bel et libre esprit. Ainsi, ce jour:

Telle est la trajectoire de la flèche : si elle ne se plante pas dans le cœur de l’ennemi, elle retombe et mollement se couche dans son jardin. J’en veux encore pour preuve cet auteur qui,  en 1968, créa les subversives et situationnistes éditions Champ Libre et couvre aujourd’hui sa prose radoteuse du pipi jaunâtre des éditions Grasset.

Quel avenir pour le Collège de Genève?

Jeudi 28 février, une réunion importante concernant l’ensemble du Collège de Genève (qui aura 450 ans en 2009) s’est tenue au CEC André-Chavanne. Un professeur du Collège Calvin, Monsieur Alain Jacquemoud, revient en quelques mots sur cette rencontre. C'est bien volontiers que je l'invite sur ce blog.

Pierre Béguin

 

 

Cette journée, où se sont retrouvés les directeurs de collège, de nombreux doyens et présidents de groupe – rejoints dès 14 heures par MM. Charles Beer, Daniel Pilly, Georges Schürch et les deux vice-recteurs de l'Université, MM.Yves Flückiger et Pierre Spierer – a été mise sur pied à la demande des autorités du DIP et organisée par la direction du Collège de Genève. Elle s'est déroulée selon le programme suivant:

Mise en œuvre de la révision partielle de l'ORRM, le matin

L'avenir du Collège de Genève et de la maturité gymnasiale, l'après-midi

 

Que visait-on en réunissant tout ce monde? Quels étaient les objectifs d'une telle journée? S'agissait-il d'informer les participants de la teneur de cette révision, de leur permettre de délibérer, de les inviter à élaborer un point de vue collectif sur la révision en cours? Entendait-on les impliquer dans ce processus, prendre en compte leurs remarques, leurs propositions, leurs critiques? On ne l'a pas su avant de se rendre au CEC André-Chavanne, on n'en savait pas davantage en le quittant sur le coup des 17 heures.

 

Le matin, les personnes présentes, qui avaient préalablement choisi un thème de discussion parmi cinq, ont été réparties en groupes de discussion. Sous la conduite de Mme Madeleine Rousset, directrice du collège Claparède et de M. Pascal Emery, directeur du CEC Emilie-Gourd, le groupe dont je faisais partie s'est penché trois heures durant avec sérieux et efficacité sur la question du cursus de l'élève et sur celle des conditions d'obtention de la maturité. Ce qui est ressorti de nos délibérations, c'est:

  • l'idée qu'un certain nombre d'élèves se retrouvent au collège sans avoir vraiment les moyens ni la motivation nécessaires pour réussir dans cette formation;
  • que les conditions de réussite de la 4e année, plus aisément remplies que celles de la 3e, induisent chez un nombre non négligeable d'élèves une propension inhabituellement marquée à des calculs d'intérêt ainsi qu'à une certaine passivité;
  • que des moyens existent pour remédier à ce problème – certains ont été avancés, discutés – et qu'il conviendrait de les appliquer si l'on souhaite garder toute sa valeur au certificat délivré et préparer le mieux possible les élèves aux défis qui les attendent.

 

Beaucoup auraient espéré que le fruit de ces discussions, d'autant plus significatif qu'il reflétait les points de vue d'une large majorité des participants, soit réellement pris en compte et fasse l'objet d'une synthèse. Cette synthèse aurait pu être présentée à l'assemblée entière et transmise aux autorités scolaires comme base de réflexion. Bref, ces échanges avaient été si profitables que l'on s'était mis à rêver de leur donner un écho officiel et à imaginer qu'ils soient véritablement entendus et jugés dignes d'infléchir les décisions à venir. Des comptes rendus ont été établis. Seront-ils transmis aux participants? A tous les enseignants? Pèseront-ils dans les décisions futures? Attendons un peu pour le savoir.

 

Questions à Charles Beer

L'après-midi, séance plénière. De l'exposé de M. Beer, de ses déclarations, des réponses qu'il a faites aux questions qui lui ont été posées, il ressort nettement que l'école se définit selon sa conception par sa force d'intégration et sa capacité à faire accéder le plus grand nombre au niveau d'une certification.

Voici quelques-unes des questions posées à M. Beer.

  • Le taux d'échec en 1ère et en 2e du collège étant plus élevé que par le passé, ne conviendrait-il pas de revoir à la hausse, au nom d'un souci d'exigence, les critères d'admission? Réponse: non.
  • Pour garder à la 4e sa valeur d'année terminale et au certificat délivré toute sa substance, ne faudrait-il pas resserrer les exigences dans ce degré? Réponse: non.
  • Compte tenu de votre 3e priorité concernant la langue française (« L'apprentissage du français sera intensifié... »), comment expliquez-vous que le poids du français passe de 1/9 à 1/14 de la note globale dans la nouvelle maturité? Pas de réponse à cette question.

 

Noble dessein, généreux programme que celui de M. Beer! Cela, nous le lui concédons volontiers, mais on voit aussi qu'en regard de ce dessein, la question de l'orientation des élèves, celles de la qualité de leurs choix initiaux, de la cohérence de leur parcours, le souci de la valeur des diplômes décernés – tous critères importants aux yeux de très nombreux enseignants – tout cela passe au second plan et n'est pas suffisamment pris en considération.

 

Ainsi, il semble que M. Beer fasse très bon marché du coût financier (des centaines de milliers de francs investis chaque année pour presque rien), pédagogique (rythmes scolaires ralentis voire perturbés, engagement des enseignants en pure perte dans certains cas) et humain (sentiment de ratage, perte de confiance, démotivation des élèves en grande difficulté) lié aux lourd taux d'échecs en 1ère année. Dans ce degré, le collège n'est d'ailleurs pas le seul concerné, loin s'en faut.

 

Il semble également que la question cruciale du français soit largement sous-estimée. Au fil d'un discours qui ne craint pas d'emprunter son tracé à la géométrie des courbes, M. Beer a beau se dire très conscient du problème et vouloir agir à la source. Ses mesures ne paraissent guère convaincantes. Par ailleurs, le peu de cas qu'il fait des signaux d'alarme donnés ce jour-là au nom de certains de ses collègues universitaires par M. Flückiger – qui déplorait la mauvaise qualité du français dans un grand nombre de copies – a de quoi laisser perplexe.

 

La politique scolaire de M. Beer reflète-t-elle son idéal de socialiste? A ses yeux, sans doute. Il nous apparaît au contraire que, servie par une vision de l'école et des prises de position telles que les siennes, la belle idée de démocratisation des études soit lentement mais sûrement en train d'être dévoyée.

 

Et les remerciements que M. A. Guex nous a adressés en fin de journée ont fait l'effet d'une cerise bien fade sur un gâteau dont personne ne souhaite avoir la recette. (A J)

 

11/03/2008

Une rencontre avec Jean Chauma

Par Alain Bagnoud

Bu un café vendredi passé avec Jean Chauma.

Vous ne connaissez pas Jean Chauma ? L’auteur de Bras cassés, un roman singulier, sortant complètement des moules littéraires, et qui parle du milieu des voyous dans les années 70 (voir ici et ici). Il vient de sortir un dernier livre qu’il m’a donné vendredi. Poèmes et récits de plaine (Antipodes). Je vous en parlerai plus tard.

Quelques reflets, pour l’instant, de cette discussion. Car Chauma a des idées, une vision personnelle des choses et une expérience particulière. Il faut préciser, pour ceux qui ne connaissent pas cet écrivain, que c’est un ancien braqueur de banques et de bijouteries. Il passé une vingtaine d’années en prison, notamment dans des quartiers de haute sécurité.

Chauma parle du respect, par exemple, mot tellement à la mode. Lorsque j’étais un voyou, explique-t-il, j’étais respecté. Quand au contraire on se met à travailler, quand on devient honnête, on ne l’est plus. N’importe quel type que vous méprisez, qui ne vous vaut pas, peut vous abaisser, vous traiter comme un objet, a le droit de vous renvoyer de votre travail sans motifs s’il est votre supérieur hiérarchique.  L’homme honnête est sans cesse humilié et offensé et il a bien du mérite à rester honnête.

Un deuxième thème qui m’a intéressé, c’est celui du langage. Les voyous, explique Chauma, n’ont pas de mots. C’est pour ça qu’ils sont libres d’agir.

Le monde autour d’eux n’existe pas, sinon comme décor. Ceux qui ne sont pas de leur milieu n’existent pas non plus. Quand on braque, explique Chauma, on ne demande aux victimes que de jouer le jeu, et on est très étonné s’ils résistent. Alors, s’ils prennent un coup de crosse ou une balle dans le ventre, c’est de leur faute. Ils n’ont pas fait ce qui était attendu d’eux.

Mais ça cesse, explique Chauma, quand on acquiert du langage. On n’est plus alors dans l’instinct, l’action, mais dans le discours, la réflexion. Et ça rend lâche. Si on commence à comprendre que les autres existent, à deviner ce qu’ils peuvent ressentir, à penser aux conséquences, on n'exécute plus rien.

Par exemple quelqu’un vous agresse. Soit vous réagissez immédiatement, avec les tripes, sans cogiter, et ça peut bien ou mal se passer, peu importe. Soit vous vous dites que l’autre va peut-être vous faire mal, qu’il est peut-être plus fort que vous, et vous ne faites plus rien. Le courage, dit Chauma, c’est l’apanage des brutes.

Je vous résume ça comme je l’ai retenu. Pour voir ces idées incarnées dans les textes de Chauma, vous avez Bras cassés. Ou Poèmes et récits de plaine. Ou, à paraître à la rentrée d’automne, Echappement libre, un roman noir dont l’éditeur dit déjà le plus grand bien. Tous trois aux Editions Antipodes (www.antipodes.ch).

Jean Chauma, Poèmes et récits de Plaine, Editions Antipodes

(Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud)

09/03/2008

Viens voir les crève-la-faim

Par Pierre  Béguin

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Nous sommes en 1689, dans le versant sombre du règne de Louis XIV. Les fastes de Versailles ne cachent pas la réalité: les paysans, qui représentent 90% de la population, sont dans une effroyable misère. Devant cette situation, La Bruyère, indigné, s’adresse aux nobles dans un petit texte construit sur le modèle d’un tableau qui, à bien le contempler, subitement s’animerait (Les Caractères ; De l’homme, 128). La rhétorique classique, ici, n’est plus au service du beau: il s’agit d’émouvoir le destinataire, c’est-à-dire de le mettre en mouvement, de le faire réagir, de toucher son cœur, de réveiller son sens moral, de lui faire voir le scandale de la misère du peuple, réduit à l’animalité et «tout brûlé de soleil» (l’allusion au Roi Soleil est évidente). Que ces riches aristocrates qui vont de Paris à Versailles ou de Versailles à Chantilly – comme les Condé – cessent de jeter quelques coups d’œil las et distraits au travers des vitres de leur carrosse! Qu’ils descendent et qu’ils regardent vraiment le paysage! Alors ils verront «certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible: ils ont comme une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine; et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d’eau et de racines; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé.»

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Nous sommes en 2008, dans un versant sombre des sociétés modernes. Une chaîne d’hôtels annonce son intention d’emmener de très riches clients dans la province de Surin, l’une des régions les plus miséreuses de la Thaïlande, pour voir comment de vrais pauvres vivent et s’occupent de leurs éléphants. Ils s’en retourneront comme ils sont venus, à bord d’un jet privé, pour déguster un repas composé notamment de langoustes, de truffes noires et de glaces au roquefort préparé par trois chefs français totalisant entre eux huit étoiles au guide Michelin. L’objectif avoué? Susciter l’intérêt, peut-être émouvoir, afin que ces milliardaires investissent dans les infrastructures de cette région, ou ailleurs dans le monde des miséreux. Et l’organisateur de préciser: «Si je suis pauvre et si je vois des riches arriver, je me réjouis, car enfin il y a quelqu’un qui vient me voir.»
Humanisme? Pragmatisme? Opportunisme? Affairisme? Cynisme? Voyeurisme?
Au moins, avec La Bruyère, la question ne se posait pas…

06/03/2008

La musique nous emmène

par pascal Rebetez

 

 

J’écoute un trio cubain

 

C’est bon, ça chaloupe, c’est divin

 

Mais, diable, si j’avais ta main

 

Que le tropique serait moins loin !

 

 

 

La voix balance et les mains chantent

 

C’est tout corazon et andante

 

Oh tes lèvres, la vie al dente !

 

 

 

La musique nous prendrait, ma femme

 

Et nous lierait, joli tam-tam

 

Et ces liens seraient délicieux

 

 

 

Une nuit nous vivrons La Havane

 

Jusqu’à ce que l’aube nous fane

 

Un gardenia, juste pour nous deux !

04/03/2008

Bois sec Bois vert, de Charles-Albert Cingria

Par Alain Bagnoud

medium_CINGRIA5_kuffer_v1_.3.jpgMais il faut absolument, me suis-je dit après avoir lu un certain nombre de ses citations dans le blog de Jean-Louis Kuffer chez qui on trouvera de nombreux articles sur cet auteur (voir ici)
, il faut absolument, donc, se replonger dans Cingria. (Jean-Louis Kuffer à qui j’emprunte aussi l’illustration pour ce billet, un dessin de Dubuffet caricaturant Cingria.)

Par exemple Bois sec Bois vert, qui devait être le premier volume de ses œuvres complètes (1948), paru chez Gallimard et republié dans la collection L’Imaginaire.

En fait, ce sont les éditions de l’Age d’Homme qui les publieront, ses œuvres complètes, bien plus tard, en onze volumes, à quoi il en faut rajouter cinq de correspondance. Mais c’est une autre histoire.

Charles-Albert Cingria mérite une brève présentation, pour ceux qui ne le connaîtraient pas.

C’est un écrivain suisse. Genève 10 février 1883 – Genève premier août 1954. Mort le jour de la fête nationale, donc. D’une cirrhose du foie.

Le reste de sa vie est moins patriotique. Sa famille paternelle était d’origine croate (Raguse, en Dalmatie) et vivait à Constantinople jusqu’à ce que son père, Albert, gagne Genève et devienne co-directeur de Patek Philippe. Sa mère, elle, était franco-polonaise.

Toute sa vie, Cingria a vagabondé. Suisse, France, Italie, Allemagne, Espagne, Turquie. D’abord en usant la fortune paternelle, puis, ruiné après la première guerre mondiale, très pauvre, à vélo. Il s’arrêtait dans les cafés des villages, dit la légende, commençait à raconter, et il parlait si bien qu’on l’abreuvait jusqu’à plus soif, ce qui était onéreux car Charles-Albert avait la gorge très sèche.

Spécialiste du Moyen-Age, il a publié des ouvrages érudits. La Civilisation de Saint-Gall, Pétrarque, La Reine Berthe… Durant toute son existence, il a livré de multiples chroniques dans des revues, des journaux, il a fait des conférences. Des textes libres, curieux.

Bois sec bois vert en comprend dix. Digressifs, de genres divers, impossibles à résumer, pleins de fantaisie. Mais unis et portés par une langue magnifique, savante et souple, érudite, sensuelle, impulsive et sophistiquée. L’un parle d’un poète lyrique provençal. L’autre d’une jeune fille balte qui finit par trouver un diamant après bien des pérégrinations. Certains évoquent des voyages ou des vagabondages, parlent de la Loire ou de Rome…

Il suffit de se laisser porter. Et alors, quel bonheur !

(Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud.)

02/03/2008

Don Juan ou les scandales fiscaux

 Par Pierre Béguin

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Dans le Dom Juan de Molière, à la scène 4 de l’Acte IV, Don Louis s’adresse ainsi à son fils libertin: «De quel œil, à votre avis, pensez-vous que je puisse voir cet amas d’actions indignes, dont on a peine, aux yeux du monde, d’adoucir le mauvais visage, cette suite continuelle de méchantes affaires […] Ah! quelle bassesse est la vôtre! Et qu’avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme? Croyez-vous qu’il suffise d’en porter le nom et les armes, et que ce nous soit une gloire d’être sortis d’un sang noble lorsque nous vivons en infâmes? Non, non, la naissance n’est rien où la vertu n’est pas […] Apprenez enfin qu’un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature, que la vertu est le premier titre de noblesse, que je regarde bien moins au nom qu’on signe qu’aux actions qu’on fait, et que je ferais plus d’état du fils d’un crocheteur qui serait honnête homme, que du fils d’un monarque qui vivrait comme vous.»
Cette scène m’est revenue en mémoire à la lecture, dans Le Temps, d’un article consacré au scandale fiscal qui ébranle actuellement l’Allemagne (et les places bancaires) et qui précipite aux enfers – comme la statue du Commandeur le fait de Don Juan – bon nombre de dirigeants appartenant à l’élite (!) économique du pays. Comme Don Louis envers son fils, les politiciens ont des mots très durs (mais la classe politique, en d’autres circonstances, est loin d’être elle-même au-dessus de tout soupçon) pour condamner ceux qui ne respectent pas les contrats sociaux et économiques élémentaires dans un système où leur position privilégiée devrait pourtant leur imposer un rôle de modèle. Ainsi du Ministre des Finances: «Ce sont les élites qui font craquer le système». Du Ministre de l’Intérieur: «Ces gens détruisent tout. Quand les élites ne comprennent plus qu’elles doivent respecter les lois, c’est grave». Et encore du Ministre de l’Economie qui demande aux dirigeants «de se purger de leurs mauvaises habitudes». Enfin, le journal Der Spiegel rappelle qu’«un tiers de la société doit se battre avec les conséquences de la globalisation et des lois sociales toujours plus dures. Mais la couche tout en haut fait davantage parler d’elle par son manque de mesure». Molière, par l’intermédiaire de Don Louis, ne dit pas autre chose des excès et dérives d’une bonne partie de la noblesse sous Louis XIV. A l’image de Don Juan, leurs manquements systématiques aux contrats élémentaires qui fondent la société marquent le surgissement anarchique du moi. En dehors des règles traditionnelles de l’honneur et de la morale, une société s’appuie sur le respect des codes qui assurent le bon fonctionnement des rapports économiques entre les hommes. Le refus d’honorer ces différents contrats entraîne le désordre, voire la déchéance sociale. Loin d’être une simple liberté de pensée – comme le prétend Don Juan – ce refus souligne le cheminement progressif – selon Molière – vers la bassesse morale et la mise en péril de l’ordre social.
Avec Dom Juan, Molière initie un thème qui va traverser toute la littérature du 18e siècle pour trouver son ancrage historique dans la Révolution de 1789, cent vingt-quatre ans plus tard. Je gage qu'il faudra beaucoup moins longtemps pour que la soit disant élite économique actuelle, puisqu'elle commet les mêmes erreurs, subisse le même sort que la noblesse française. Pour quel ordre nouveau? Je ne sais pas pour vous, mais moi je crains le pire...