06/04/2008

Selon que vous serez puissant ou misérable...

Par Pierre Béguin

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Il en va des slogans comme de l’habillement ou du maquillage: ils servent autant – si ce n’est davantage – à cacher les défauts qu’à souligner les qualités. Certains petits impertinents qui font les esprits forts, s’appuyant sur ce postulat, prétendent que les slogans qui scandent la campagne de Daniel Zappelli pour l’élection au poste de Procureur de la République en sont la preuve évidente. Ces mirmidons vont même jusqu’à affirmer que la fameuse maxime de Figaro sur la justice, prononcée le jour de son mariage, eût mieux convenu pour décrire l’action du Procureur durant son premier mandat: «Indulgente aux grands, dure aux petits…» Que pour les petits délinquants, là, on a vu ce qu’on a vu! Pour les squats, du grand art! Mais pour le crime en col blanc et les gros bonnets, on attend toujours. Et pour le dossier de la BCG (2,3 milliards! Il est vrai qu’on ne se lasse pas de le rappeler) on attendra encore longtemps…

Critiques faciles qui soulignent la sottise de ces vers de terre médisants. Les thuriféraires savent que la stratégie est pourtant simple. En épargnant momentanément les gros bonnets, le Procureur, en réalité, les met sous pression. Quand les foudres de la Justice vont-elles s’abattre sur eux? Ils en tremblent d’incertitude dans leur col blanc, les gros bonnets! Croyez-moi, cette attente est déjà, en elle-même, une véritable torture qui vaut bien la prison. Et en plus ça ne coûte rien aux contribuables. Parce qu’une fois, à Genève, souvenez-vous, on en a même attrapé un par le col blanc, de gros bonnet, – bon, d’accord, c’était un Russe – et ça nous a coûté des centaines de milliers de francs en dommages et intérêts. Alors vaut mieux être prudent comme Zappelli. C’est pas de la bonne justice, ça! Après tout, les sceptiques n’ont qu’à lire son site (Pourzap.ch. – On en a rêvé, Zappelli l’a fait!): dans ses engagements, concernant notamment la BCG, le Procureur l’écrit en toutes lettres: «Il veut un jugement rapide. Voilà des années que les Juges d’instruction ont le dossier en main…» Alors là, que ses détracteurs, s’il en reste, se lèvent et rendent leur Danette, qu’ils se taisent à jamais ou versent dans la palinodie! Car Zappelli le dit haut et fort: il en a vraiment marre que les Juges d’instruction fassent de la rétention de dossier, tout exprès volontairement pour retarder le procès. Six ans que ça dure et qu’il n’arrête pas de leur répéter, aux Juges d’instruction, qu’il veut un jugement rapide, qu’il faut accélérer le dossier parce que les Genevois ont le droit de savoir! C’est vrai, quoi, à la fin! Qu’on lui amène tous ces cols blancs, promoteurs, entrepreneurs, gros bonnets de la finance, politiciens, fussent-ils députés, Conseillers d’Etat ou Conseillère fédérale, et il va vous en faire de la chair à pâtée, le Zappelli. On va l’entendre dans tout le Palais de Justice crier en tapant du poing sur son bureau: Contre les gros bonnets! Le crime en col blanc est aussi un crime! Parce qu’attention! Sur son site, entièrement dédié à sa gloire méritée, on le décrit sans ambages: Daniel Zappelli, c’est le nouvel Attila de la Justice genevoise; sur le territoire où son cheval passe, la délinquance ne repousse pas. Surtout la petite. Mais les gros bonnets à col blanc ne perdent rien pour attendre. C’est pour son deuxième mandat. Il le promet. Et on peut le croire, c’est écrit dans les slogans qui scandent sa campagne. Alors que les petits malins qui se croiraient drôles en créant le site Pourlezapper.ch s’abstiennent d’une telle initiative; car avec Lui comme Procureur, il ne sera jamais dit dans la République que, selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Zappelli vous rendront blanc ou noir….

Commentaires

"""Six ans que ça dure et qu’il n’arrête pas de leur répéter, aux Juges d’instruction, qu’il veut un jugement rapide, qu’il faut accélérer le dossier parce que les Genevois ont le droit de savoir! C’est vrai, quoi, à la fin! Qu’on lui amène tous ces cols blancs, promoteurs, entrepreneurs, gros bonnets de la finance, politiciens, fussent-ils députés, Conseillers d’Etat ou Conseillère fédérale, et il va vous en faire de la chair à pâtée, le Zappelli. """

Pendant combien de temps, les casseroles des 2 banques fusionnées en la BCGE ?
Il faut le temps qu'il faut...mais soyez certains que cela aboutira un jour.
Et nous serons là, pour le voir...ce jour n'est pas loin...il faut savoir que le dossier EST arrivé entre les mains de l'actuel et futur PG, j'ai nommé...Daniel Zappelli...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 06/04/2008

M. Béguin, vous avez raison de souligner les qualités de DZ. Dans son interview par Tout Immo, il a rappelé que tous les délits doivent être punis, petits ou grands. Fussent-ils cols blancs, promoteurs, entrepreneurs, gros bonnets de la finance, politiciens (dputés ou élus exécutifs, anciens ou actuels), DZ veut appliquer le droit non dans le sens du droit du plus fort mais de la justice. Fin psychologue, il sait détecter les mensonges, les omissions, les vrais mérites ou fautes de quelqu'un, etc. Solitaire et solidiaire, il connait la comédie des grimaces et, en bon vivant, il aime le monde (contrairement au précédent ou au candidat subordonné).

Oui, le Russe qui a coûté aux contribuables et qui s'était écrié "Genève, je vous aime!" fait encore rire à Moscou. L'affaire Ramadan en dit long du candidat, socialiste en apparence; ce dernier n'a jamais pris la défense d'un enseignant non nommé, maltraité par les pédagodingues, ex-soixanthuitards attardés et assoiffés de pouvoir, ayant réussi à gravir les échelons par des comportements très douteux et des méthodes pas nécessairement adaptées selon le degré d'enseignement, soutenus par leur hiérarchie complaisante et faisant porter le chapeau au sans-culotte, ce dans l'indifférence générale.

"Qui fait l'ange, fait la bête"? Où est la justice?

Oui, l'attente d'un jugement fait partie de la torture ou de la question: espérons qu'il donne un jugement exemplaire concernant certains politiques sous enquête judiciaire, qu'il soit de droite ou de gauche. Les amendes ne suffiraient pas mais une peine équitable à des orgueuilleux se croyant au-dessus des lois et coulant des jours paisibles aujourd'hui, aux frais du contribuable.

Bravo encore pour votre article!

Avec mes meilleurs messages,

Écrit par : Micheline Pace | 06/04/2008

Je m'interroge sur les commentaires de cet article. Les gens savent-ils lire?

Écrit par : A. Cane | 07/04/2008

Ah! Que proposez-vous comme grille de lecture?
Le sens littéral, eschatologique, métaphorique ou encore historique?
Y a-t-il une touche ironique cachée par l'art du sous-entendu?

Merci de nous renseigner du procédé littéraire
que vous avez trouvé dans ce billet percutant.

Écrit par : Micheline Pace | 08/04/2008

Avez-vous remarqué cette chose étrange, à Genève? Les rares gros bonnets qu'on attrape par leur col blanc ne sont jamais du terroir. Et je ne vous parle pas seulement de la BCG. Tenez, le Servette ou autres clubs de foot juste au-dessous, par exemple. D'abord, le schéma est le même: 1/ Si vous êtes promoteur, entrepreneur ou avocat, vous pouvez être président. 2/ Vous devenez alors un notable de la République. A partir de là, les scénarios diffèrent selon que vous êtes genevois ou non: étranger (ou même bernois), vous pouvez, le cas échéant, faire de la prison; genevois, vous pouvez, le cas échéant, faire de la politique. Etonnant, non?

Écrit par : Edouard | 09/04/2008

"""genevois, vous pouvez, le cas échéant, faire de la politique. Etonnant, non?"""
...oui et même devenir conseiller(e) fédéral(e)...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 09/04/2008

Je ne savais pas que Calmy-Rey avait été Présidente du Servette! Il est vrai que, à l'époque, être Président d'un grand club de football genevois et faire partie du Conseil d'administration ou de la direction de la BCG c'était un peu pareil: les premiers pouvant se servir,le cas échéant,auprès des seconds. Et il s'en trouve encore pour se plaindre que l'Etat de Genève n'aide pas le sport de haut niveau!!! Avez-vous remarqué cette coïncidence: certains clubs ont chuté après la fermeture des robinets de la BCG. Comme avec Marseille et le Crédit Lyonnais, tiens! Etonnant, non?

Écrit par : Edouard | 09/04/2008

Très étrange, en effet... Beaucoup gravissenent même les échelons.

(1) Les appuis dont jouit un conseiller national libéral font qu'il n'est pas même égratigné dans cette joute sportive.

(2) Certains anciens élus politiques sous enquête judiciaire ne sont plus inquiétés depuis bien longtemps, sans résultat. Leur défense est-elle assurée par miracle, le poids des petites coteries endogènes?

(3) D'autres encore, anciens synicalistes de cour, se retrouvent à la tête de l'état (c'est bien connu : dans notre pays, si on veut prendre le pouvoir, c'est un bon moyen) et appliquent des décisions arbitraires (nominations, non-respect de l'esprit et de la lettre de certains règlements causés par la volonté populaire, traitement très obscur de certains dossiers, etc), se croyant ainsi au-dessus des lois.

Décidément, l'état de droit peine à se faire respecter ... mais je ne pense pas non plus que le président du TA soit plus compétent en la matière.

Écrit par : Osiris | 09/04/2008

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