05/06/2008

Adieux à sec

par Pascal Rebetez

 

 

 

Pas de larmes ni de cris. Encore moins de haine. Une accolade quasi amicale et des souhaits pour le voyage. On se serait cru dans un film de Rohmer tant la partition (ce qui sépare et ce qui se joue) fut limpide, sans accroc, acratopège.

 

Ils étaient pourtant unis comme les deux doigts d’une main de scieur, quand il ne lui reste que le majeur et l’annulaire. Le majeur cependant s’est levé comme un vulgaire tifosi atrabilaire, tandis que l’anneau roulait, roulait pour finir (ou continuer sa course en souterrain) dans le premier caniveau venu.

 

Les voisins peuvent témoigner qu’ils ne manquaient pas de passion, souvent amoureuse, parfois nerveuse.

 

Et pourtant, tout s’en est allé en quenouille. Du jour d’avant au lendemain, les liens tissés au fil des mots et des humeurs partagés, cette bonne serpillère du cœur vous lâche sans prévenir, paf ! il n’y a plus que des lambeaux, un livre à renvoyer, des outils à partager.

 

Plus besoin de serpillère d’ailleurs, puisque le ménage est fait.

 

 

 

Ce qui est ennuyeux dans les séparations, c’est de ne plus pouvoir dire à l’autre à quel point on est bien sans lui, sans elle. C’est de ne plus pouvoir dire. C’est de ne plus pouvoir. C’est de ne plus.

Commentaires

Dire qu'on est si bien sans l'autre quand le doigt majeur, scellé par leurre, pour l'heure, enfle aux premiers bourgeons du printemps, quand la sève devient lave, bave, glaive, et quand l'humeur, pubienne, couvre le frisson, le hérissement, le tremblement de terre et la paix revenue, quand tombe le jupon sur le sol refroidi. Le cynique et le chien vont errants, bâton à la main, sous la queue, à l'aveugle. Quand l'un hume le trottoir et l'autre les étoiles!

Écrit par : pascale | 06/06/2008

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