13/06/2008

Pierre de scandale, le Calvin de Nicolas Buri

Par Alain Bagnoud

 

 

pierre_de_scandale_120x170.gifIl y a quelque chose de paradoxal et de provocateur à choisir Jean Calvin comme sujet, pour un romancier, alors que la période dans laquelle nous vivons traîne ses principes dans la boue. Il n’aurait pas beaucoup aimé le foot et ses transes collectives, une chose à rappeler en ces jours où l’Euro envahit Genève. Il interdisait la danse et la musique (à part les psaumes), réprouvait la mode et codifiait les parures, couvrait ses fidèles de noir, réglementait la sexualité, fustigeait l’amusement, la fête et la joie sociale.

 

Il est vrai que dans l’économie, c’est autre chose, puisque les principes de Calvin ont créé le capitalisme, si on en croit Max Weber, et permis le libéralisme qui sévit aujourd’hui. Triomphe de Calvin dans ce domaine.

 

Bref, Nicolas Buri a choisi de raconter la vie de ce personnage magistral, de son enfance à sa fin. Nicolas Buri, scénariste. 

 

On se doit de rappeler sa profession, tant le roman Pierre de scandale bénéficie des qualités que Buri a acquises dans l’exercice de ce métier. Le texte est très bien construit, composé de scènes courtes, imagées. Il cherche à donner « une vision panoramique de la vie du personnage en saisissant des instants saillants » (postface).  Et ça marche. Les moments historiques, qui alternent avec les scènes plus intimes où on voit Calvin avec ses proches, établissent une image globale et pas si monolithique que ça du grand théologien.

 

Roman historique, donc, mais composition romanesque. Une figure d’inquisiteur est inventée, des scènes supposées, par exemple des rencontres avec Luther, ou avec Servet à Paris, dans la jeunesse de Calvin… Le résultat est passionnant, même si, parfois, il manque un peu de chair à l’écriture. Comme si le personnage principal avait glacé parfois la plume de Buri.

 

Malgré tout, il est difficile de lâcher ce livre quand on l’a commencé. Ceux qui ne connaissent pas Calvin y apprendront des choses qui les pousseront à voir plus loin, et les autres continueront à se poser des questions.

 

Par exemple pourquoi cet homme, qui a commencé sa protestation dans l’esprit de la Renaissance (Nicolas Buri le fait rencontrer plusieurs fois Rabelais), finit sa vie (dans le livre de Buri) en imposant à ses ennemis la torture et le bûcher médiévaux…

 

 

 

Pierre de scandale, Nicolas Buri, Editions d’autre part

 

(Publié aussi dans Le blog d’Alain Bagnoud.)

 

 

09:32 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : calvin, littérature |  Facebook |  Imprimer | | |

Commentaires

Salut Nicolas, j'ai lu ton roman historique ''Pierre de scandales'', c'est excellent, Bravo!

L'histoire de Calvin (Cauvin) , les détails croustillants que tu as apporté, la Genève du 16ème en font un livre passionnant.
La trame du récit nous tient en haleine de bout en bout, ça ce lit d'un trait.

Chapeau bas Monsieur Nicolas, vivement le deuxième.

Meilleures salutations.

Écrit par : David Delajoux | 06/08/2008

je siuis surprise qu'il n'y ait pas plus de commentaires à votre billlet ! ;)

Écrit par : pierre | 04/12/2008

Nicolas!Nicolas!
Quel plaisir de te retrouver apres tant d annees a tarvers la sortie de ton nouveau livre.
Felicitation!!!...Et Bisous de NY
Marie Toboso (College de Stael)

Écrit par : Marie Toboso | 07/03/2009

Contrairement à M.Bagnoud, j'ai trouvé ce roman très décevant. L'écriture y est faible: on dirait plutôt un scénario pour film, voire même une idée de film qui aurait été reprise pour écrire un roman. Or les procédés de ces deux arts diffèrent. Si bien que ce roman est ennuyeux, tant l'écriture en est bâclée. Le sujet aurait pu être intéressant. Mais l'usage de la première personne n'est absolument pas rendue crédible: on ne croit pas un instant à ce personnage qui se raconte. En outre, le roman est conçu sous forme de séquences (plus adaptées au cinéma d'ailleurs) qui survole les grands moments de l'histoire de la Réforme. Mais cet effet est également raté car les liens entre les séquences sont inexistants ou artificiels.
En bref, j'ai du mal à saisir ce qui a poussé le comité du Roman des Romands à le sélectionner!

Écrit par : isabelle | 18/07/2009

Les commentaires sont fermés.