24/06/2008

Bouffée d'élan

Si_tu_venais_grand.jpgPAR ANTONIN MOERI



« Si tu venais » est un titre magnifique. Il évoque exactement l’atmosphère dans laquelle nous entraîne Jean-Dominique Humbert, qui met en scène un narrateur attentif aux présences des êtres humains, aux bruits du monde, aux parfums. Ce peut être une narratrice. Elle ou il attend. Car l’attente est une promesse de bonheur, une musique douce. « J’attendais. On est bien parfois sans rien dire. Il suffit d’être là simplement dans la patience heureuse. Comme cela, sans plus, à écouter le soir qui monte ».
Les femmes qui passent, dans un train, sur un trottoir ou un quai de gare, sont  « saisies » avec délicatesse. Les phrases du livre sont comme des caresses. Un narrateur imagine celle qu’il emmènerait un jour dans un restaurant dont le nom fait rêver. C’est une blonde qui passe à vélo ou celle en blue-jeans qui lit, dans un compartiment, « un gros livre aux pages jaunies ».
Le mot mélancolie me vient à l’esprit en lisant le dernier livre de Jean-Dominique Humbert. Cette musique douce dont je parlais plus haut pourrait rappeler celle de Schubert. Or cette mélodie entraînante ne saurait soustraire le lecteur au désert du réel, aux fêlures d’un monde qui se veut bien ordonné. Voyez par exemple ce couple : Il porte une chemise blanche, semble calme mais fume beaucoup ; elle présente un œil au beurre noir qui laisse présager une situation dramatique.
Mais la noirceur d’un monde odieux ne sera ni décrite ni sondée. Celui qui écrit ici se veut poète avant tout. Le chuintement d’un ruisseau, le son d’une cloche au loin, le chant d’un merle, le bruissement d’une feuille, un brin d’herbe qui pousse au bord d’un chemin constituent pour lui un chiffre dont la clé n’est pas perdue, qu’on pourrait retrouver dans la minute heureuse, cette volupté que vous éprouvez quand, les coudes sur la table en bois, vous écoutez le soir qui monte sur la ville.

Editions Bernard Campiche

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