26/09/2008

Robert Brasillach et Les sept couleurs

Par Alain Bagnoud

Brasillach03.jpgUne réputation, bonne ou mauvaise, est toujours un atout. C'est à cause de la sienne, exécrable, que j'ai lu du Robert Brasillach.

Cet écrivain né en 1909 a été fusillé après la guerre. Surtout parce qu'il a dirigé l'hebdomadaire Je suis partout pendant les années d'occupation, y prônant la haine des Juifs, la destruction des communistes et y montrant son admiration pour le IIIème Reich. Il n'était pourtant pas satisfait de la collaboration avec les nazis. Ce qu'il voulait, lui, c'était un fascisme à la française, personnel, et pas une sujétion à l'Allemagne.

Après sa condamnation à mort, une pétition d'intellectuels n'a pas décidé le général de Gaulle à le grâcier. Peut-être, a-t-on suggéré, à cause des « préférence sexuelles » de Brasillach, qui était homosexuel. Plus sûrement parce que le général devait donner des gages aux communistes, et que Brasillach était considéré comme responsable de la mort de beaucoup d'entre eux.

Bref: réputation plus que sulfureuse. Et donc, mon intérêt pour sa prose et son style, dont on dit grand bien.

Mon ami Antonin Moeri prétendait à une certaine époque que tous les grands stylistes étaient de droite. Il citait Céline, Chardonne, je crois, et je ne sais plus qui. J'ai parlé ailleurs de Paul Morand et j'ai beaucoup fréquenté Drieu La Rochelle à une époque. Tous ont du style, certes, mais encore faudrait-il s'entendre sur ce mot et ce qu'il désigne. Parce que Céline et Morand, par exemple, ce n'est pas exactement le même genre d'écriture.

Il me semble, subjectivement, que le mot style connote quelque chose de retenu, de hautain, de contrôlé. Ce qui veut dire que Proust n'en aurait pas? Et Céline, donc?

On ne s'en sortira pas. Mais c'est peut-être une question de vocabulaire pour désigner les bons écrivains et indiquer leur tendance politique. Dans ce cas, on dira de ceux qui se sont situés à droite qu'ils ont du style et des autres qu'ils ont une écriture. Et que le talent est indépendant de l'opinion politique.

Ou alors, Antonin, peux-tu m'éclairer?

Les sept couleurs, donc, du sulfureux Brasillac, a un style éblouissant et un contenu vaguement gênant.

Brasillach en tout cas est un virtuose. Dans Les sept couleurs, il varie à volonté et systématiquement les formes. Il commence par un roman traditionnel, passe à l'épistolaire, puis au journal intime, puis aux réflexions, au théâtre, aux documents et enfin au monologue. Toutes choses qu'il maîtrise à la perfection.

Peu d'écrivains peuvent jouer parfaitement de tant de registres, en connaître les règles et les faire oublier en utilisant une langue si fluide.

Quant au contenu, c'est autre chose.

Une très belle histoire d'amour commence au début du livre, entre deux jeunes gens qui visitent Paris comme s'ils étaient en vacances. Puis ils se perdent sans jamais s'oublier et c'est alors que tout se gâte un peu.

Patrice, le garçon, passe du Manifeste du surréalisme à l'admiration du fascisme italien qu'il découvre comme précepteur à Florence. Il s'engage dans la Légion étrangère dont il jouit des rudesses viriles, puis il dirige une chambre de commerce en Allemagne ce qui lui permet d'assister au Congrès de Nuremberg et de s'extasier sur l'esthétique nazie, son endoctrinement de la jeunesse, son culte de la force et de la joie.

Catherine de son côté épouse un homme qui, croyant la perdre parce qu'elle a revu Patrice, s'engage dans la guerre d'Espagne aux côtés de Franco, bien entendu, ce qui est prétexte à des reportages enthousiastes.

Tout ceci permet à Brasillach de comparer les différents fascismes et leurs adaptations locales. Afin, probablement de définir ce fascisme français national qu'il appelait de tous ses voeux.

Bien évidemment, cette position idéologique sonne de manière assez déplaisante aux lecteurs actuels. Mais il n'y a pas que ça.

Brasillach a tendance à voir ses personnages comme des types. La jeune fille allemande (avec ses tresses blondes). La femme française (une petite brune). L'homme léger qui s'oppose à l'homme lourd. Le garçon nazi. Le vieux guerrier allemand.

Et ces clichés affaiblissent considérablement l'histoire d'amour du livre et la crédibilité de son roman.

 

Robert Brasillach, Les sept couleurs, Le livre de poche

(Publié également, en deux fois, sur Le blog d'Alain Bagnoud.) 

18:14 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |  Imprimer | | |

Commentaires

Cher Alain, J’éprouve une agréable sensation lorsqu’on m’interpelle. Je frissonne dès que mon nom est prononcé. Oui, en lisant une phrase, j’entends celle ou celui qui l’articule. Et l’envie me prend souvent de répondre à la sollicitation. Ici, le sujet est délicat. Il est vrai que j’ai traversé une phase où dominait le besoin d’affirmation. Je prétendais alors, et tu as raison de le rappeler, que les grands stylistes étaient plutôt situés à droite sur l’échiquier politique. Nous parlions évidemment de l’entre-deux-guerres en France. Je lisais avec enthousiasme les livres de Sachs, ceux de Céline, de Rebatet et quelques-uns de Drieu, puisque Velan avait trouvé dans mon « Journal-Fiction » une tonalité qui pouvait rappeler celle de « Gilles ». Je pensais que les écrivains de gauche avaient moins le souci du style car, étant du bon côté de la barrière, ils trouvaient plus rapidement satisfaction en écrivant. Un auteur honni, rejeté, traîné dans la boue, menacé de mort s’y reprenait plusieurs fois avant de fixer une phrase sur le papier. Je comprends très bien pourquoi j’ai adopté cette posture. Rien ne pouvait autant m’énerver que la bonne conscience de gauche. Une ou deux affirmations péremptoires de ce bord provoquaient sur mon corps une explosion de boutons. Je voyais telle syndicaliste sourire au tout venant, positiver à mort, se complaire dans les platitudes les plus ahurissantes. Toute cette bonne humeur que donnent les réunions syndicales, toutes ces idées suggérées qu’on a tendance à croire spontanées me faisaient songer à la bouillie humaniste qui inondait le monde et l’inonde encore, puisque le libéralisme triomphant va de pair avec une pensée dite progressiste. Comme tu le sais, les donneurs de leçons m’indisposent. Je fuis leur présence pour mieux ronger mon frein. Mais à l’époque de nos discussions sur Céline et Rebatet, je me demandais si une pensée de droite (quelle horreur mimi !) ne pouvait pas nourrir le scepticisme et entraîner une vraie rupture. Je dois t’avouer que je n’ai toujours pas trouvé une réponse à cette question qui provoquera quelques étincelles lors de notre prochain repas.

Écrit par : Antonin | 26/09/2008

En fait si le Général n'a pas gracié Brasillach, c'est qu'on lui a montré une photo sur laquelle on voit Brasillach visiter le charnier de Katyn, on ne voit que ses grosses lunettes rondes à la Marcel Achar ... dès lors le Grand Charles entouré de communistes en février 1945 ne pouvait se soustraire pour accorder sa grâce.
D'ailleurs, les cocos avaient aussi tenté de faire passer Céline comme un autre visteur français à Katyn. Heureusement, personne ne s'est laissé prendre.
Enfin, comme nous le savons maintenant, Katyn fut un massacre soviétique d'une partie de l'élite polonaise. Alors que Brasillach avait encore toute sa vie devant lui pour écrire, il a été sacrifié pour des raisons bassement politiques et manifestement fausses. Dommage ! Malgré ses idées, il aurait pu écrire des chef d'oeuvres à l'instar de Céline avec ses Chateaux.

Écrit par : Philippe Jordan | 26/09/2008

Hugo écrivait-il mieux quand il était de droite ou quand il était de gauche, c'est une question que se sont longtemps et souvent posée les Jésuites. Le respect excessif de la tradition, en matière de style, passe pour être du bon style, mais le résultat peut être plutôt lourd. Cela ne veut rien dire. Le vrai bon style est celui qui est adapté à son sujet, en fait. Le bon style dans l'abstrait, c'est une lubie de l'Académie française. Un peu comme l'orthographe. En tout cas, c'est mon avis. Charles Duits était de gauche, et j'aime infiniment son style.

Écrit par : R.M. | 26/09/2008

je suis stupéfaite, je pensais être la dernière des vivantes a avoir lu les sept couleurs et a en avoir apprécié le l'écriture. J'avoue ne pas m'en vanter car comme femme de gauche il me semblait délicat d'annoncer cela haut et fort. Je profite donc de mon anonymat (relatif .-)) pour confirmer ce que vous écrivez et dire qu'il n'est jamais inutile de rencontrer une plume de cette qualité aussi facho ait pu être l'auteur. Je profite de ces quelques lignes pour dire aussi à quel point les écrits de Drieu La Rochelle, autre facho, sont un régal pour l'esprit. La transgression etant la marque de l'adolescence c'est en douce dans mon lit sous ma couverture que j'ai lu et adoré "l'Enfant de la haute mer"... mes communistes de parents n'auraient pas aimé ça :-0)

Écrit par : Rita Cadillac | 27/09/2008

Les termes sont trompeurs. Style, écriture, sont des vocables qui autorisent des lectures plurielles. A mon sens, le mot « talent » est tout aussi subjectif mais il est un peu moins équivoque. En ce sens, un quidam dépourvu de talent aurait pu écrire en un langage parfaitement correct: « La tour Eiffel garde les voitures bruyantes qui passent sur les ponts comme si elle exerçait une fonction de bergère ». Le talent consiste à dire avec Apollinaire : « Bergère ô tour Eiffel, le troupeau des ponts bêle ce matin ».

Écrit par : Jacques Herman | 27/09/2008

Oui, c'est plus vivant. Mais je ne sais pas qui de la gauche ou de la droite aurait en principe trouvé plutôt bizarre de rendre assez vivante cette image pour qu'on la prenne quasiment au premier degré et qu'on se mette à rêver sur l'âme de bergère de la tour Eiffel : qui sait, peut-être un écho à sainte Geneviève, chantée par Péguy ? La gauche pourrait se plaindre qu'on ait une attitude trop psychologiquement participative, début d'une forme de religiosité, et la droite, que la tour Eiffel ne le mérite pas, que ce n'est pas assez conforme à la tradition religieuse. Mais en fait, pour la tour Eiffel, tout le patriotisme français admet qu'on peut la chanter : c'est national, pour la droite, et moderne, pour la gauche. C'est donc très relatif. Si on avait dit "Berger, ô Jet d'eau, le troupeau de la rade meugle ce matin", l'unanimité eût peut-être été moins grande (à Paris, s'entend).

Écrit par : R.M. | 28/09/2008

slt

Écrit par : mouh | 20/03/2010

salut
une question:
avce le 7ème art;brasillach a complet son ouverture sur le monde de l'imaginaire que l'on retrouve dans son style d'écrit.en 5 pages aidez moi svp a rédiger un commentaire sur cette appréhension des genres dans les divers productions de l'écrit de de l'écrivain français
j'éspèèère que je vais trouver des réponses et merciiiiiiiiiiiiiiiiii d'avance cordialemen

Écrit par : pearl | 23/04/2010

salut a tous
une question:
avce le 7ème art;brasillach a complet son ouverture sur le monde de l'imaginaire que l'on retrouve dans son style d'écrit.en 5 pages aidez moi svp a rédiger un commentaire sur cette appréhension des genres dans les divers productions de l'écrit de de l'écrivain français
moi ce que je vous demande a m'aider c'est seulement à faire 5 lignes et je vais les développer toute seule
j'éspèèère que je vais trouver des réponses et merciiiiiiiiiiiiiiiiii d'avance cordialement

Écrit par : amina | 13/05/2010

salut a tous
une question:
avce le 7ème art;brasillach a complet son ouverture sur le monde de l'imaginaire que l'on retrouve dans son style d'écrit.en 5 pages aidez moi svp a rédiger un commentaire sur cette appréhension des genres dans les divers productions de l'écrit de de l'écrivain français
moi ce que je vous demande a m'aider c'est seulement à faire 5 lignes et je vais les développer toute seule
j'éspèèère que je vais trouver des réponses et merciiiiiiiiiiiiiiiiii d'avance cordialement

Écrit par : noha | 13/05/2010

JE ME SOUVIENS. En 1967, étudiant, j'habitais dans un hôtel minable de la rue de l'Arbalète. Derrière la porte contigüe à la mienne, vivait en sa cachant, ne sortant que le soir aux heures où le monde est rentré chez lui, une femme vieillissante à la chevelure d'un blond fané, grande et apeurée. C'était la soeur de Brasillach. Mais elle se faisait appeler différemment. Un jour, qu'elle rentrait chez elle, j'eus le temps d'apercevoir, le temps d'un rapide mouvement de porte, accrochés au dessus de ce qui semblait un divan poussiéreux, côte à côte deux grands portraits de couleur sépia : Robert Brasillach et le Maréchal Pétain.
Elle doit être morte aujourd'hui. Son visage me hante encore comme un fantôme comme m'accompagnent encore d'autres spectres qui ne sont jamais revenus habiter ma nouvelle rue.

Il faut oublier le malheur, mais ne jamais céder à l'injustice et penser toujours à la tyrannie qui guette...

Écrit par : Isaac Bascher | 04/03/2011

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