01/09/2009

Témoin auriculaire

Par Antonin Moeri

 



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Après m’être longuement entretenu avec Katia Arnth-Jensen, propriétaire d’une galerie de photos (Rue des Bains), jeune femme aux yeux magnifiques, qui a obtenu un doctorat en histoire de l’art dans une prestigieuse université de Londres, vêtue ce jour-là d’une robe à la fois stylée et traditionnelle (le must), après avoir manifesté ma mauvaise humeur au cher libraire qui n’avait toujours pas reçu l’essai sur Cheever commandé avant les vacances et que je dois lire impérativement, j’ai acheté Le Figaro. Mon intention était de lire dans le calme le supplément littéraire dont les articles sont souvent bien rédigés. Pour réaliser ce projet, je déniche une table libre Place du Molard. A peine avais-je pris place sous le parasol Sprite que deux septuagénaires s’installèrent à la table voisine. Impossible de concentrer mon attention sur le papier de Grainville, l’une des deux dames parlant d’une voix forte et alignant les syllabes avec l’assurance d’un sergent-major.
- Tu sais, Lisa, faut pas t’en faire. Tu peux discuter des heures avec lui, le prendre dans tes bras, l’embrasser. Je suis sûre que sa présence te fera le plus grand bien. L’amour que tu éprouves pour lui, c’est la seule chose qui compte. Regarde Pétula, elle a acheté la moins chère de toutes et l’a mise sur l’étagère. Elle m’a plusieurs fois dit que ça lui faisait tellement plaisir d’être avec lui, le matin quand elle boit son thé, le soir quand elle regarde la télé.
J’avais imaginé tout plein de choses en entendant les propos du sergent-major. J’ai bientôt compris de quoi il s’agissait. Le mari de Lisa venait de mourir. Les deux dames avaient assisté à son enterrement. L’une conseillait à sa chère amie d’acheter une urne (pour y conserver les cendres du défunt) et de ne plus s’en séparer.


Je signale à mes lecteurs la parution en livre de poche de
mon livre de nouvelles PARADISE NOW.
Vous le trouvez actuellement sur l'étal des librairies.

Antonin Moeri: PARADISE NOW, Campoche, 2009

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