30/10/2009

Eric Masserey, Une si belle ignorance (généalogies) et autres histoires

Par Alain Bagnoud

une_si_belle_ingnorance_poche_grand.jpgLes rentrées littéraires ont ceci de plaisant qu'elles nous offrent toutes sortes de productions d'amis dont il est agréable de parler. Vous vous en êtes aperçu, d'ailleurs, si vous lisez régulièrement ce blog.

Aujourd'hui, Eric Masserey. Bernard Campiche, qui sait faire bien les choses, republie en édition de poche un de ses livres paru primitivement aux Edition d'Autre Part, à quoi il adjoint des récits de voyage dont certains, si je ne m'abuse, avaient été pris par la revue Ecriture.

Le premier récit, Une si belle ignorance (généalogies), est tout ce qu'il y a de bouleversant. Adressé à un fils qui n'a pas survécu, il fait le lien entre les morts d'une famille, unit les générations dans cette mémoire qui reste d'eux. Dense, lacunaire, juste, riche, le court texte vaut une autobiographie complète et pose l'auteur au bord de l'indicible, comme sur un cap avancé, apaisé face aux ténèbres et à la tempête.

Les autres textes sont le résultat de vingt ans d'écriture, de voyages et d'expériences. Là aussi, écriture très maîtrisée, sensibilité à fleur de peau... Médecin (on l'entend beaucoup ces temps-ci dans la presse à propos du virus H1N1: il est le porte-parole du canton de Vaud sur le sujet), Eric Masserey a été chargé de mandats pour des organisations internationales. Il était par hasard à Beyrouth en guerre, à Mogadiscio, en Asie centrale, à Madagascar. Il a recueilli des documents familiaux sur l'immigration en Amérique du Sud. Et d'ailleurs, une bouteille de vin le fait autant voyager qu'un Boeing 747...

Qu'on ne s'attende pas à des reportages. Le livre est fait d'éclats. Ces moments où la sensibilité se ramasse autour d'une scène, d'un spectacle, d'une vue. Ces instants où le passé se noue avec le présent et donne le vertige.

Je vous vois venir. Vous pensez peut-être, à lire tous ces compliments, que j'enjolive, que l'amitié m'emporte? Mais attendez un peu: je publierai ici un de cet textes. Vous verrez, alors, si j'exagère.

Eric Masserey, Une si belle ignorance (généalogies) et autres histoires, Campoche

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29/10/2009

Les extrêmes

 

par Pascal RebetezGeneveSiegRolexBroRou.jpg

 

 

J’aime marcher dans la ville pour aller à mon travail. Ce matin, je passe sur le trottoir au milieu de la Cour des Miracles devant le Service des tutelles. Il y a là une faune interlope de gens attendant leur pension quotidienne ou hebdomadaire, je ne sais pas trop, je n’ose pas vraiment leur demander ; chacun de ces requérants semblant enfermé dans son propre monde, emballé par sa misère et sa précarité. Même entre eux, ils ne parlent pas. Alors je passe. Au retour du travail, sur le trottoir d’en face, je verrai les jeunes banquiers et autres traders arroser leurs bénéfices dans ces nouveaux « lounges » et bars à vin dans lesquels je n’entre pas davantage, les riches protégeant leur bonne fortune par des prix prohibitifs et des attitudes rédhibitoires pour le simple pékin.

Mais ce matin, une dame n’ayant pas pu toucher son pactole, me demande 2 ou 3 francs pour des cigarettes. Je ne fume plus, je peux bien lui payer un paquet. Nuage de fumée de la compassion. Je tousse un peu. Ça tombe bien, je passe par la rue de l’Ecole-de-Médecine. Stupeur ! Il y a une autre perspective : les arbres au bord de l’Arve ont été coupés et laissent voir tout au fond de la rue… l’immeuble Rolex, dont la fondation offre à la Ville l’opulence architecturale d’une nouvelle passerelle en construction. En échange, vue du siège en verre depuis la plaine de Plainpalais !

Je regarde ma montre à 200 francs et accélère pour couper court à d’autres rêveries. Je suis un homme de la classe moyenne dans une Ville qui déroule les extrêmes. Qui s’ignorent et ainsi se tolèrent.

27/10/2009

Le guide

Par Antonin Moeri

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Elle est curieusement coiffée. On pourrait dire “à la diable”. Ce qui serait inexact, car cette coiffure, travaillée, offre l’apparence du désordre. Elle n’est pas coiffée n’importe comment. Mais le client a le sentiment qu’elle sort du lit. Dans sa démarche, ses gestes, ses paroles à la fois précises et lyriques, il y a je ne sais quoi de relâché, de négligé. Les mèches, longues devant, tombent le long des joues. A l’arrière du crâne, ce ne sont pas des mèches, mais des cheveux coupés court. Cette impression de laisser-aller se retrouve dans la tenue apparemment débraillée. Mais attention, à y regarder de plus près, on voit que la mise est étudiée. Les trous dans le jean, c’est voulu. On m’a dit que ce genre de pantalon valait une fortune dans les boutiques du centre-ville. Elle y a mis une partie de son salaire, cette vendeuse que j’aimerais appeler Corinne. Je me verrais bien skier avec elle dans les Alpes, quelque part là-haut, quand il y a beaucoup de neige et que le soleil vous lèche les joues. Mais pour quelle raison allais-tu dans ce commerce, joyeux drôle? Ah oui! J’oubliais! Je venais là pour acheter un guide. Un guide de Florence plus précisément. Corinne m’en a présenté une vingtaine, du meilleur marché au plus cher, du plus succinct au plus complet. Elle vantait les mérites de tel ou tel. Tout dépend de ce que vous cherchez. Pour les restaurants, je vous conseille celui-ci. Pour le shopping celui-ci. Pour la vie nocturne et les hôtels celui-là. Si vous voulez approfondir le sujet, y rester plus longtemps, n’hésitez pas une seconde, c’est celui-ci qu’il vous faut, on le garde ensuite dans sa bibliothèque, regardez comme il est classe. Les bras m’en tombaient. Qu’allais-je faire exactement à Florence? J’ai opté pour le guide des restaurants, car j’aime la cuisine italienne. Il contient une mise en garde. Le touriste n’est pas à l’abri des pickpockets, y compris dans les cafés et les restaurants. Après quoi sont vantés: la soupe de haricots, la panade à la tomate, les paupiettes en cocotte et les tripes à la toscane. Il est conseillé de consulter la liste des prix avant de commander.

23/10/2009

La Mort du prince bleu, de Reynald Freudiger

Par Alain Bagnoud

image_miniUn premier roman. Reynald Freudiger, La mort du prince bleu.

Reynald Freudiger, jeune auteur né en 1979, je l'ai rencontré. C'est lui qui animait le débat sur les journaux intimes (voyez ici et ici), au Palais de Rumine (une Aire de liberté). Comme il a bien géré l'affaire et qu'on sentait dans la présentation et ses questions un homme sérieux, littéraire, avec cette étoffe riche que donne un rapport indispensable aux textes, j'ai lu son livre.

Il est en trois parties. La première est dense, intéressante. On se trouve dans une petite ville d'Urugay, plus précisément dans un quartier de prostitution. Le héros, appelé Le Gringo parce que né d'un Européen totalement inconnu par ailleurs, et pourvu de cheveux blonds grâce à son ascendance paternelle, noue une histoire d'amour avec une photographe de bonne famille qui shoote les graffitis. Elle s'installe avec lui. Dans ce quartier, ce n'est pas facile: la bourgeoise ne maîtrise pas les codes et passe pour la voleuse du jeune Esteban, chouchou des putains, sur qui une d'entre elles mettrait bien le grappin.

Deuxième partie: on se retrouve en Suisse. La narration change. Il s'agit ici de lettres, mails. De nouveaux personnages apparaissent. La réceptionniste du journal. Une journaliste qui se ballade en Amérique du Sud et publie des chroniques dont un jeune homme devient avide.

Autant le dire tout de suite: j'ai moins aimé cette partie. Il y a là-dedans un côté un peu exercice de style, et l'intrigue se fait filandreuse.

Mais tout se renoue par la suite. Troisième partie. De nouveau un bon moment. Les personnages se rencontrent, il y a une surprise finale, Reynald Freudiger attache ses pousses comme une gerbe et se paie le luxe d'unifier sa narration dans un effet final. Impeccable construction. Bravo.

Vous découvrirez tout ça. Car je vous conseille le roman. La mort du prince bleu. N'hésitez pas. Il est toujours passionnant de lire un jeune auteur qui promet.

 

Reynald Freudiger, La mort du prince bleu, L'Aire

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18/10/2009

Trois journaux

Par Alain Bagnoud

Les trois journaux publiés par les Editions de L'Aire cet automne, il est d'usage de les traiter ensemble, si on en croit la presse, ou l'intéressant débat qui a été mené par Reynald Feudiger le jeudi 8 octobre au Palais de Rumine, à l'occasion du vernissage de l'exposition Une Aire de liberté (voir ici).
Qui sommes-nous pour déroger à un usage désormais si établi? Donc, obéissons à la coutume. Petit répertoire.
Des trois, celui de Raphaël Aubert a été le plus violemment attaqué, notamment dans une pseudo émission culturelle donc l'incurie n'a pas fini de faire du bruit (voir par exemple ici, ici et ici - particulièrement les volées de bois vert assénés à son animateur dans les commentaires).
Peut-être parce que Chronique des treize lunes est ce qui se rapproche le plus du journal traditionnel. Il y a une entrée pour chaque jour, dans un travail constant de discipline et d'expression. « Je voulais savoir où passe la vie », a dit AubePierre Aubert, bois gravért dans le débat dont je parlais ci-dessus.
Cette démarche quotidienne produit toutes sortes de textes dont la variété ou l'abondance laissent bien sûr des latitudes à la critique. Il est possible par exemple de dire de l'auteur ce que disait Léon Bloy de Huysmans: « Il ne se hait point. » On peut avec la plus mauvaise foi du monde recenser quelques maniérismes dans le projet. Je citerai cette manie de décrire chaque jour le temps qu'il fait. (Raphaël Aubert s'en est d'ailleurs expliqué: il s'agit d'une référence personnelle au journal de son père, qui faisait de même sur un agenda.)
Mais il serait tout à fait injuste de réduire son livre à quelques aspects finalement mineurs. Chronique des treize lunes n'est d'abord pas un journal psychologique. Raphaël Aubert y décrit plus son emploi du temps et ses réflexions qu'il n'analyse son moi.
Outre le compte-rendu des événements politiques de l'année 2008, qui nous semble déjà, à la lecture, étonnement lointaine (c'est l'année d'investitude américaine, les luttes entre Hillary Clinton et Obama, la désignation par MacCain de sa colistière Sarah Palin...), une grande part de ce journal est consacrée à l'art.
Raphaël Aubert est le fils de l'artiste Pierre Aubert (1910 – 1987), dont on voit un bois gravé en illustration de cet article.
Ses réflexions sur la peinture, l'art contemporain, la création sont tout à fait intéressantes. Il défend avec ardeur ses admirations littéraires (BHL, Houellebecq...) Son journal a en plus une singularité: il est le miroir du très bon roman publié en même temps que lui: La Terrasse des éléphants, dont on reparlera bientôt ici. Aubert y consigne l'avancée de son travail et ses inflexions. De la matière, donc, à se mettre sous la dent...
Quant au reproche de nombrilisme... Bien évidemment, quand on laisse publier un journal intime, on court le risque d'en être accusé. Le genre veut qu'on parle de soi. On s'affiche en public et il faut évidemment s'attendre à des réactions. Une telle publication affirme en effet l'importance que l'auteur prête à sa vie (que celui qui n'a jamais péché lui jette la pierre). Il prétend que celle-ci peut intéresser, à cause de la singularité des actes ou des, pensées ou de la sensibilité, ou à cause de l'importance de l'œuvre. C'est le cas des journaux d'écrivains, que l'usage est en général de rendre public quelques années après la mort de l'auteur.
Si on n'aime pas ce genre, il vaut mieux éviter l'irritation qu'un tel étalage de moi peut provoquer. Personnellement, je suis amateur, et je me rappelle avec le plaisir d'un gastronome qui évoque un repas savoureux aux plats variés les journaux des Goncourt, de Benjamin Constant, Jules Renard, Gide, Léautaud, Ramuz, Kafka...
Le Journal de Michel Moret, lui, évite les écueils dont nous parlions.
Danser dans l'air et la lumière est plus précisément une suite. En 2006, Moret avait publié Beau comme un vol de canards, ou cent jours dans la vie d'un éditeur à un moment charnière, quand il se demandait s'il allait poursuivre son activité professionnelle. Le succès de ce premier opus (édition rapidement épuisée, nombreuses lettres de lecteur...) l'a encouragé à reprendre la plume et c'est tant mieux.
Journal en grande partie professionnel, Danser dans l'air et la lumière tourne autour de l'édition et fourmille de notes passionnantes sur la réalité du métier d'éditeur. Ce n'est pas son seul intérêt. On y découvre un homme serein face à l'avancée de l'âge et de la mort qui approche, irénique, généreux, doué d'un grand appétit de la vie, passionné par le livre, l'édition. Un être recommandable en tous points et un écrivain juste et ensoleillé.
Quant au dernier journal dont on va parler ici, il s'agit d'un ouvrage de Gérard Delaloye, Le Voyageur (presque) immobile. Ce livre contient les notes de lectures prises entre 1998 et 2008. Et c'est passionnant! Impossible de lâcher le bouquin avant de l'avoir terminé.
Intéressé par les journaux intimes qu'il lit à grand flux, Gérard Delaloye montre à quel point ils peuvent dire une situation historique, l'éclairer de l'intérieur (la condition des juifs en Allemagne pendant la guerre, des Roumains sous Ceaucescu...) mieux que les études historiques. Intéressé surtout par les diaristes  Gérard Delaloye Image © Sabine Papilloud liés aux événements de la vie publique, Delaloye y trouve un terreau pour l'historien qu'il est. Il nous parle de ses auteurs fondamentaux, Ernest Jünger, Günter Grass, André Malraux, Robert Walser surtout, avec un goût et une saveur qui nous donnent précisément envie de nous ruer sur leurs œuvres. Tout ceci servi par une grande culture historique et littéraire, des mises en relation avec les époques... Palpitant, on vous dit.

Raphaël Aubert, Chronique des treizes lunes, L'Aire, 2009
Michel Moret, Danser dans l'air et la lumière, Journal d'un éditeur romand, L'Aire 2009
Gérard Delaloye, Le Voyageur (presque) immobile, L'Aire 2009

 

15/10/2009

Jean-Christophe Aeschlimann à La Compagnie des mots

user_2439835.jpgDimanche 18 octobre, 17 h Jean-Christophe Aeschlimann présentera Ce présent qui revient, (récits, L’Aire, 2007) à La Compagnie des mots, arcade « Au bonheur des mots », 33, rue Vautier, 1227 Carouge. Une bonne occasion de rencontrer cet écrivain, qui est également rédacteur en chef de la revue Coopération.

13/10/2009

Pierre est mort. Jacques aussi.

 

par PASCAL REBETEZ

Une bise froide nettoie le ciel genevois. Je roule à bicyclette à travers le bois de la Bâtie, revenant de la cérémonie funéraire de Pierre Lometto, mort d’un cancer et d’un trop-plein de vie. Je l’ai connu dans une salle des maîtres il y a trente ans puis retrouvé en voisin de quartier, une jambe en moins, une fausse jambe en plus. Autrefois, il avait publié, à compte d’auteur je crois, quelques petits livres de nouvelles dont je me rappelle l’étrangeté et la sensibilité. On pourrait dire ainsi : un écrivain est mort et personne n’en a parlé et n’en parlera jamais.

Sauf que Jacques Chessex est mort le même jour et qu’on en parle beaucoup, énormément même. Hier soir, en sixième édition, le TJ ressortait des films de classe avec témoignages d’anciens élèves, on attend les numéros spéciaux des hebdomadaires… Jamais la littérature de ce pays n’avait connu une telle couverture médiatique ! Il y a eu il y a quelques semaines le phénomène Metin Arditi, interrogé lui aussi en tant que frère d’arme de Chessex ( !?)… et je me demande en regardant le paon de la Bâtie se pavaner dans son jardin si on n’assiste pas à une sorte de gigantesque méprise, ou plutôt à un cirage généralisé de pompes funèbres… Une consoeur journaliste et écrivaine stipule sans barguigner que ne pas aimer Chessex, c’est prouver qu’on est un mauvais écrivain ! Mais puisque c’est écrit dans Le Matin, c’est que ça doit être vrai ! Et les autres, non je ne citerai pas tout le monde, d’autant que chacun aime à être le plus proche possible du défunt dont le génie définitif rejaillit forcément sur ses thuriféraires.

Chessex, je l’ai lu un peu. Comme tout le monde. J’en ai surtout entendu parler. Provocateur l’artiste ? Certes, mais surtout préoccupé principalement par l’édification de la statue de Saint Soi-Même. Et pour cette édification, Chessex était un battant, et mieux encore : un winner ! Je l’ai reçu à la télévision, je pense même qu’il s’agit de sa dernière interview télévisée. Il parle de Dieu en lequel il sera bientôt et, hors caméra, insiste à réitérées reprises pour qu’on lui rembourse sa course en taxi. C’est aussi le seul invité qui n’a eu de cesse de regarder l’image de lui-même dans la boîte à souvenir. Génial, certes, mais aussi vaniteux, un peu mesquin et finalement tellement humain dans son inlassable besoin de consolation.

Je vais tenter ce soir de retrouver le petit bouquin de Lometto.

Femme sous influence

Par ANTONIN MOERI

 

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J’aime les récits conduits par un personnage féminin. Décrire l’engloutissement du point de vue d’une femme est particulièrement excitant pour l’imagination d’un écrivain. Il ne pourra alors raconter que ce qui peut être saisi par la conscience de la narratrice. Cette restriction du champ des perceptions ouvre les plus réjouissantes perspectives. Dans “Tant d’eau si près de la maison” de Carver, c’est Claire qui prend en charge la narration.
Stuart, son mari, mastique des aliments dans la cuisine, le regard vide. Tout à coup, il se fâche. Il parle d’une fille morte. Le nom de Stuart s’étale sur la première page des journaux. Claire fait volontairement tomber toute la vaisselle par terre. Voici ce que Stuart lui avait raconté, juste après lui avoir fait l’amour avec ses mains épaisses et ses jambes poilues. Le vendredi précédent, il est allé pêcher avec trois copains. Avant d’installer leur camp, ils ont vu le cadavre d’une fille dans la rivière. Ils n’annoncèrent cette découverte à la police que deux jours plus tard.
Claire propose à Stuart d’aller faire un tour pour détendre l’atmosphère. Ils traversent la ville et s’arrêtent près d’un ruisseau. Elle parle d’un crime horrible perpétré par les frères Maddox quand elle était gamine. Stuart croit qu’elle le soupçonne du pire. Elle se voit, morte, au milieu du ruisseau. Elle se demande pourquoi son mari est si nerveux. Le lendemain, elle apprend par le journal que le corps de la victime a été identifié et remis à sa famille. Elle se rendra à l’enterrement. Une inconnue lui apprendra que le tueur a été arrêté. Claire ne se sent pas bien. Chez elle, dans la cuisine, elle imagine subitement qu’il est arrivé quelque chose à son fils. Stuart, avec ses gros bras lourds, va lui faire l’amour à la sauvette, sur la table. Vite, vite, dépêchons-nous, avant que Dean ne rentre. Elle n’entend plus rien avec tout ces bruits d’eau dans les oreilles.
Manifestement, Claire n’en peut plus: tête qui tourne, eau menaçante, vision de son propre cadavre dans le ruisseau. Son Stuart est bien gentil avec ses passions: poker, bowling, pêche. C’est un homme comme il faut, père de famille, travailleur honnête et consciencieux. Il est persuadé que faire l’amour à sa chérie suffit à lui calmer les esprits, à lever son angoisse. Il croit savoir ce qu’il lui faut. Son système de pensée ne peut être remis en question, il est légitimé par le groupe, puisque c’est également celui de Gordon, Mel et Vern, ses copains qui sont, eux aussi, des hommes comme il faut.

L’engloutissement de Claire rappelle celui de Mabel, l’inoubliable personnage du film “Une femme sous influence” de John Cassavetes.



R.Carver: “Parlez-moi d’amour”, Livre de poche 2007

11/10/2009

Barbey d'Aurevilly ou l'impossible connaissance du réel

Par Pierre Béguin

 

Mes filles commencent à percevoir, dans le jardin, les mêmes réalités que moi. Elles grandissent. L’année dernière encore, je me plaisais à imaginer tout ce que j’y percevais et dont elles n’avaient pas même conscience. Surtout, cette perception très fragmentaire de la réalité me renvoyait à la mienne: je m’amusais à imaginer tout ce que moi, à leur image et à peine un échelon au-dessus d’elles, je ne voyais pas dans ce jardin pourtant si familier, mais que je n’eusse certainement pas reconnu si ma perception eût pu être plus complète. Dans tout ce que mes sens n’appréhendent pas, dans «le peuple de l’herbe», dans l’infiniment petit, dans les possibles forces occultes qui échappent à ma raison. Nous barbey3[1].jpgsommes tous «des aveugles qui s’ignorent» persuadés pourtant de l’acuité de leur vision. 

Cette dichotomie irréductible – le désir (ou la nécessité) de construire une image cohérente et compréhensible du réel et l’impossibilité d’une telle entreprise – fonde l’univers des six nouvelles qui composent Les Diaboliques (1874) de Jules Barbey d’Aurevilly. D’où le recours à l’imagination pour combler les interstices d’une connaissance forcément fragmentaire ou parcellaire du monde. En ce sens, les nouvelles sont construites comme des énigmes:  la symbolique des personnages, dont l’apparence insaisissable derrière le masque ou les silences fait à tel point douter de leur réalité intérieure qu’elle semble n’ouvrir que sur le vide, le rien, l’abîme, exprime l’opacité du réel, la conscience de son impossible perception (sinon fragmentaire) et, finalement, l’aveu d’ignorance – ou d’impuissance – du narrateur. Faute de comprendre et d’expliquer les événements qu’il vit ou qu’il observe, il substitue à sa logique défaillante la puissance de son imagination en établissant, loin de toute justification rationnelle, des liens entre des éléments ou des signes en apparence disparates. Ainsi en est-il, par exemple dans Les dessous de cartes d’une partie de whist, du rapprochement entre le flacon, la toux et le diamant, duquel le narrateur déduit le lent empoisonnement d’Herminie et la relation diabolique entre sa mère et Karkoël, rapprochement qui se transforme en une certitude absolue que rien, pourtant, ne vient confirmer. Mais l’originalité de Barbey d’Aurevilly est d’avoir construit, à partir de cette vision du réel, une conception esthétique du récit. Le jeu de cartes (la partie de whist) fonctionne comme une métaphore du texte: de même que l’intérêt du jeu de whist réside dans l’ignorance des dessous de cartes, de même celui du récit réside dans son non-dit, ses zones d’ombre, ses hypothèses ou ses déductions. Ce qui doit être imaginé vaut mieux que ce qui est effectivement raconté: «A moitié montré, il (ce récit) fait plus d’impression que si l’on avait retourné toutes les cartes et qu’on eût vu tout ce qu’il y avait dans le jeu». Tout comme les silences font l’expression de la musique, ces nouvelles s’organisent davantage autour de leurs «silences» – leurs non-dits – que de leurs «accords». Des silences qui renvoient aussi aux relations troubles unissant le narrateur et son auditoire, métaphore du couple écrivain lecteur. Les nouvelles mettent en scène un jeu entre un lecteur entretenu dans l’espérance d’une histoire extraordinaire et un récit qui se dérobe à ces espérances par des retards, des silences, des digressions qui génèrent des frustrations et des tensions. En ce sens, le titre Les Diaboliques souligne, davantage que les personnages eux-mêmes, la nature de la relation narrateur lecteur, et surtout la stratégie perverse des narrateurs successifs qui, à chaque nouvelle, affirment leur pouvoir, convoquent leur public pour mieux le tenir dans l’évidence de leur dépendance, l’attirent par la promesse non tenue de l’extraordinaire, jouissent de l’attente et de la demande du public en manipulant son désir. Et l’auditoire (le lecteur) se trouve pris au piège de sa fascination (répulsion) pour le monstrueux, ce qui l’oblige à se demander ce qu’il voulait trouver dans une histoire (ou derrière un titre) qui se présente comme un fruit défendu... auquel il ne goûtera jamais."- Hypocrite lecteur - mon semblable, - mon frère!" disait Baudelaire, un des maîtres de Barbey.

 

 

09/10/2009

Bête que je suis, de Gilbert Pingeon

Par Alain Bagnoud

1401394024.jpg« Plus je connais les hommes, plus j'aime les bêtes. » Gilbert Pingeon pourrait retourner le dicton: « plus j'aime les bêtes, et plus je connais les hommes. »

C'est en parlant de nos amis les animaux qu'il réussit en effet un joli traité de réflexions personnelles sur des sujets tels que le cerveau, la conscience, l'animalité, le goût de l'ordre, le vivant, la reproduction, la communication, la nourriture, la loi, la souffrance...

Je vous entends. Ces thèmes sont un peu vagues, vous trouvez. Un peu bateaux.

Mais justement, le biais trouvé par Pingeon, son angle d'attaque leur donne une approche tout à fait concrète. « Quelle sorte d’animal suis-je? » se demande-t-il avant de s'exhorter: « Les animaux t’offrent le reflet de ta part animale. A toi de la reconnaître ! »En interrogeant leur condition et en la comparant avec la nôtre, l'auteur touche à des points sensibles.

Alors, livre de philosophie que ce Bête que je suis? Gilbert Pingeon n'est pas métaphysicien et il le sait. Il avoue avoir fait de nombreuses lectures, avoir hésité longtemps avant d'empoigner le sujet, se demandant s'il était capable de le traiter.

Bête que je suis est en fait surtout un livre d'écrivain, qui use de toutes les ressources de son art, mêle prose, poèmes, dialogues théâtraux entre le narrateur et la grenouille, l’éléphant, le chien, l’âne… La vivacité et le ressort de ces derniers est particulièrement à relever. Mais l'ensemble du texte, tenu par une interrogation lancinante, intéresse à cause de la sincérité de l'auteur, de la cohérence de la démarche, de la tenue des réflexions, de la variété des procédés et de la qualité du style.

 

Gilbert Pingeon, Bête que je suis, Editions de L'Aire

Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud

 

06/10/2009

La puanteur des écrivains

 

Par ANTONIN MOERI

 

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Avec “Une rencontre”, Milan Kundera nous offre quelques exercices d’admiration. L’un d’eux a retenu mon attention: “La mort et le tralala”. Il y est question d’un des plus beaux passages du premier roman de la trilogie allemande de Louis-Ferdinand Céline: “D’un château l’autre”. J’ai aussitôt été alerté, car un écrivain moins connu que Kundera m’avait avoué l’émotion particulière que ce passage suscitait en lui à chaque nouvelle lecture. Céline y met en scène l’agonie d’une chienne qui avait partagé sa vie au Danemark, où il fut reclus pour les raisons que l’on sait. Les mots les plus simples pour suggérer ce que pouvait ressentir cet animal qui voudrait retourner dans les bois où il fuguait, à Korsör, là-haut...
Rien d’héroïque dans cette mort, pas la moindre emphase dans son évocation. Mais pour atteindre à cette perfection littéraire, nous dit Kundera, il fallait se trouver “parmi les condamnés et les méprisés, dans la poubelle de l’Histoire, coupable parmi les coupables”. Impossible de l’atteindre, cette perfection cristalline, cette justesse de ton, cette incomparable musique du murmure, si l’on était du côté “des futurs vainqueurs”, du côté de la gloire, du côté "de l'auto-satisfaction qui veut se faire voir". Il m’est difficile de l’expliquer ce soir mais, à ces propos de Kundera, je donne mon adhésion sans réticence. Ce qui pourrait provoquer quelques réactions sur ce blog de scribes.

Poursuivant sa salutaire démonstration, Kundera parle plus loin du destin de Brecht dans une hyper-démocratie qu'il qualifie très joliment d'"Epoque des procureurs". En effet, pour les procureurs, les génies incontournables du XXe siècle se nomment Coco Chanel, Yves Saint Laurent ou encore Bill Gates. Des romanciers, dramaturges, philosophes ou essayistes comme Cioran, Ionesco, Heidegger, Hemingway ou Brecht, il sera préférable de garder à l'esprit leur puanteur, leur compromission avec "le mal du siècle, sa perversité, ses crimes".

Exemple: dans sa monographie consacrée à Brecht, un professeur de littérature comparée à l'université du Maryland s'efforce de démontrer en détail la bassesse d'âme de l'auteur de Baal:"homosexualité dissimulée, érotomanie, exploitation des maîtresses qui étaient les vrais auteurs de ses pièces, sympathie prohitlérienne, antisémitisme, sympathie prostalinienne, penchant pour le mensonge, froideur du coeur". Ce professeur de littérature comparée s'en prend notamment au CORPS de Brecht, à sa mauvaise odeur. A qui en douterait, le professeur de littérature comparée rétorque péremptoirement qu'il tient cette info de la photographe du Berliner Ensemble qui lui en a parlé le 5 juin 1985.

C'est effectivement ce que retiendront les siècles à venir de "ces coryphées culturels compromis avec le mal du siècle": leur très mauvaise odeur. Je pense que le lecteur comprendra mieux pourquoi je lui conseille vivement la lecture de "Une rencontre" de Milan Kundera.

04/10/2009

Polanski ou selon que vous serez génie ou financier...

Par Pierre Béguin

 

Dans son Voyage au Congo, André Gide condamne violemment le colonialisme. Dans le même temps, il exerce, en Algérie surtout, un colonialisme intime qui n’a rien à envier en laideur à celui qu’il condamne à raison. Le plus surprenant, c’est qu’à aucun moment il ne semble prendre conscience de cette contradiction: «Pour le bien de l’humanité, j’ai fait mon œuvre, j’ai vécu» dit-il, par la bouche de Thésée, lorsque la mort approche, justifiant ainsi ses actes par leurs effets fécondateurs sur son œuvre, et son œuvre par son apport à l’humanité. Le tour est joué: un écrivain, un artiste, pour autant qu’il accède au statut de génie, est un cas à part qui bénéficie d’une rédemption de ses actes, même les plus vils, parce que son génie, dût-il se nourrir de chair d’enfant, apporte davantage à l’humanité que ses actes les plus atroces pourraient soustraire aux principes de justice et d’égalité. Simple question de contrepoids, de balance. Au fond, Victor Hugo ne dit pas autre chose, même s’il se limite au pur constat. Relisons la fin de Le Poète (in Les Contemplations) portrait du génie et rêverie sur la création artistique et littéraire: «Sinistre, ayant aux mains des lambeaux d’âme humaine,/ De la chair d’Othello, des restes de Mac Beth,/ Dans son œuvre, du drame effrayant alphabet, / Il se repose; ainsi le noir lion des jongles/ S’endort dans l’antre immense avec du sang aux ongles.» La création, lorsqu’elle est le fait du génie, est une lutte titanesque, un combat sanglant aux conséquences parfois monstrueuses. Et le génie, comme le Shakespeare emblématique de Victor Hugo, a parfois, dans la main même qui guide sa plume, du sang aux ongles, rançon nécessaire de son statut. Il faut bien nourrir l’œuvre! Certes, de préférence, comme Prométhée, avec son propre foie et non avec la chair des petites filles, mais…

Ces considérations pourraient-elles expliquer (et non justifier) le concert d’opinions parfois ahurissantes qui ont accompagné l’arrestation par la police suisse du cinéaste Roman Polanski? Si, en l’occurrence, les trompettes de la renommée furent particulièrement mal embouchées, on peut s’étonner de ceux qui crient au scandale contre une action visant à montrer que «le crime pédérastique, aujourd’hui ne paie plus». Ainsi d’Ursula Meier: «Pourquoi un artiste?» Oui, tiens, c’est vrai au fond, pourquoi un artiste même s’il a sodomisé une mineure de 13 ans? Ou de Lionel Baier, cinéaste, qui semble répondre à Ursula: «Ce qu’il y a derrière, c’est une méconnaissance, voire un mépris des milieux culturels de ce pays. Roman Polanski laisse une trace réelle dans l’histoire de ce siècle… » Sous-entendu, une trace qui mérite bien la primauté de son œuvre sur ses actes les plus odieux. Mais la palme revient à Jacques Chessex: «Nous avons trahi Roman Polanski, nous qui sommes une terre d’asile» Je ne sais par pour vous, mais moi, sans tomber dans une morale d’épicier, je reste stupéfait d’apprendre qu’une terre d’asile s’ouvre aussi aux responsables d’actes pédophiles. Et notre auteur de poursuivre: «Je ne dis pas que le génie justifie tout, mais un personnage de qualité universelle et la dignité esthétique de son œuvre sont un contrepoids à une affaire minime.» (sic!) Dans la même logique que Gide et Hugo, nos artistes et écrivains romands (et je ne parle pas des Ministres français) affirment au fond, avec assurance et sans vergogne, l’immunité du génie, la primauté de son œuvre sur ses actes, sa rédemption finale et l’assurance de la grâce divine. Tous ou presque lui délivrent spontanément un brevet d’innocence ou, du moins, des circonstances si atténuantes qu’elles le placent de facto au-dessus de la justice des hommes. Imaginons une seconde ce qu’aurait été la réaction de ces mêmes milieux artistiques si, à la place du célèbre metteur en scène, ce fut un financier venu chercher à la Paradeplatz le prix du plus gros bonus (bon, d’accord, je provoque un peu). Se seraient-ils scandalisés du traquenard tendu? Se seraient-ils indignés de l’incarcération d’une personnalité venue en Suisse pour y être honorée? Auraient-ils été consternés par l’image désastreuse  que cette arrestation aurait donnée de leur pays? Auraient-ils déclaré l’exception financière? Ou auraient-ils agité les grands principes républicains d’égalité devant la justice? Selon que vous serez génie ou financier… Bon, disons que Dieu reconnaîtra les siens… pour autant qu’Il s’y retrouve dans certains paradoxes. Comme celui de notre inénarrable Oskar Freysinger qui, à la surprise de tous sauf à celle de sa modeste personne, s’est joint au concert des créatifs bien-pensants en oubliant allègrement que son parti a milité pour l’imprescriptibilité des actes pédophiles. Le monde artistique et politique comme il va

Quant aux circonstances ignobles de l’arrestation et l’odieuse domesticité des autorités suisses qui se muent en paillasson de la politique financière américaine pour préserver quelques œuvres prédatrices de nos banques et leur sacro-saint secret, pourtant inéluctablement condamné, là je rejoins entièrement certains écrivains, et notamment Jacques Chessex. Mais c’est une autre histoire. Comme celle de l’enfance de Polanski, celle de son juge au comportement pathologique ou celle de sa victime qui a pardonné. Dans l’indignation et la stupeur, ne confondons pas tout! Et surtout, évitons de nous asservir à Saint Polanski comme le fait Berne à un aigle américain qui, lui, confortablement installé dans l’axe du bien, se nourrit abondamment du foie des autres…

02/10/2009

Tard pour bar: édifiant et lamentable

Par Alain Bagnoud

tsr_tard-pour-bar_logo.jpgTard pour Bar. Programme culturel de la TSR. 24 septembre (voir ici).

Il faut voir l'émission. Elle est édifiante. Le spectacle lamentable qu'y donne un animateur arrogant, inculte et paresseux démontre à ceux qui en douteraient encore que la télévision n'est pas compatible avec la littérature.

Un éditeur romand y est censé présenter sa rentrée littéraire. Mais de rentrée littéraire, il n'est pas question. L'animateur, Michel Zendali, embraye sur les journaux intimes. Il se trouve que Michel Moret, l'éditeur, en a sorti trois cette année, le sien, celui de Gérard Delaloye et celui de Raphaël Aubert.

L'animateur passe vite sur les deux premiers, qui tournent l'un autour de l'activité d'éditeur, l'autre autour de la littérature. C'est le dernier qui va faire l'essentiel de l'émission.

Il apparaît que Zendali ne l'a pas aimé, l'a trouvé narcissique et satisfait. Les attaques fusent. Qui est-ce que ça intéresse? Combien l'éditeur a-t-il touché de subvention pour publier ça? Zendali coupe la parole, cite des passages. Puis, finalement, il avoue qu'il n'a pas lu le livre!

A posteriori, tout est clair. Faute de faire son travail, M. Zendali connaît ses clichés. La littérature romande, lui a-t-on dit, est nombrilique, narcissique. Alors, pour préparer son émission, M. Zendali a feuilleté un peu quelques bouquins jusqu'à ce qu'il soit tombé sur un ou deux passages qui ont conforté ses poncifs.

Quant à la rentrée littéraire annoncée...

- Je vais arrêter de vous étriller, maintenant, je vais vous laisser juste une minute pour dire parmi les livres que vous avez sortis, il y en a beaucoup... Dites votre coup de cœur. Un coup de cœur que vous voulez absolument défendre.

- Eh bien, j'en ai deux.

Le grand inquisiteur:

- Je vous donne qu'un!

De quoi dresser un large panorama, non?