23/11/2009

Commentaire de commentaires

Par Pierre Béguin

 

Une fois n’est pas coutume, qu’on me permette de revenir sur ma dernière note concernant CEVA. Je remercie tous ceux qui ont pris le temps de déposer force commentaires. Certes, un certain nombre confirme ce que je savais déjà depuis plus de deux ans que «blogres» existe: un blog n’est pas un lieu d’échanges mais de confrontations (et parfois même d’insultes), ni un lieu d’argumentation mais de croyance ou de slogans, ni un lieu de lecture attentive mais un lieu d’interprétation furieuse (et parfois aveugle). Il est vrai que l’anonymat (que par ailleurs je suis tout prêt à soutenir tant qu’il ne verse pas dans l’insulte) permet le relâchement. Et à certains de se faire passer pour des spécialistes. Ainsi, justifier complètement le tracé prévu par des impératifs techniques a quelque chose de proprement hallucinant. Cela revient à dire que nos ancêtres, au début du 20e siècle, auraient prévu en surface le seul tracé possible du Bachet aux Eaux-Vives que la géologie genevoise permettrait de construire en tunnel une centaine d’années plus tard. Plus qu’une coïncidence, un miracle! Tout le monde sait que la raison est politique (comme le dit fort justement Quai 13 dans son commentaire) et non technique.

 

Ce qu’il y a d’irritant avec CEVA c’est qu’il suffirait de quelques modifications (ou de quelques degrés pour les spécialistes des questions techniques) pour que le projet devienne bon, alors qu’il est, en l’état, franchement insatisfaisant. Les thuriféraires auront-ils la mémoire suffisante pour s’en souvenir dans une décennie? Contrairement aux thuriféraires du stade de la Praille qu’on n’entend plus lorsqu’il faut trouver une solution pressante. Et ma comparaison s’arrête là.

 

Mais ce qui est encore plus irritant avec CEVA, c’est qu’il s’inscrit dans la méthode de nos politiciens qui veulent passer en force, sans concertation, des projets qui concernent l’avenir du canton. Alors qu’il faut à l’inverse ouvrir la concertation et s’assurer de l’adhésion des citoyens. Comme ce fut le cas à Lausanne pour le métro. CEVA est emblématique de cette épreuve de force quasi systématique de la part de nos autorités et de la mauvaise foi crasse qui l’accompagne. Il y a à peine une année, la plupart des Genevois ne savait même pas ce qu’était CEVA. Et si on vote dans quelques jours, ce n’est pas par souci de consultation…

 

Irritant aussi est cette volonté de manipuler les votes. Ainsi, par exemple, pour justifiée qu’elle puisse être (on attendra encore longtemps la voie Cottier), la fermeture des différents accès à Troinex par la route de la Chapelle ou la route de Drize quelques semaines avant les votations ne doit rien au hasard. On me fera d’autant moins croire le contraire que ce type de manipulation est assez fréquent. Qu’on se souvienne, avant les votations sur la traversée de la Rade dans les années 90, comment travaux et modification des feux avaient provoqué des embouteillages monstres à la rue de Lausanne (qui n’en avait déjà pas besoin) et ailleurs. Le fait avait été alors clairement et ouvertement dénoncé, ce qui avait peut-être pesé sur le verdict des urnes. Rien n’a changé, et Genève reste désespérément Genève…

 

PS. Les remarques concernant la police de caractère de mes notes sont tout à fait fondées. Pour tout dire, cette police s’est imposée d'elle-même au moment où La Tribune a changé le moteur et l’interface de son blog. Et mes tentatives pour revenir à ma propre police se sont révélées vaines. Aussi ai-je renoncé – un peu trop rapidement, j’en conviens, car peu intéressé, et très vite énervé, par ce genre de problèmes. De toute évidence, à le lire, mon compère Pascal Rebetez se trouve dans la même situation. Si quelque blogueur de La Tribune pouvait m’indiquer précisément comment procéder pour changer cet état de fait, je lui en serais reconnaissant. Je précise tout de même (en réponse à certains commentaires) que la solution du copier/coller dans Word, qui fut bien évidemment ma première tentative, ne fonctionne pas.

Commentaires

"la solution du copier/coller dans Word, qui fut bien évidemment ma première tentative, ne fonctionne pas."

Et si vous sauvegardiez d'abord en format txt? Et faire un copier/coller depuis le bloc-note?


"Qu’on se souvienne, avant les votations sur la traversée de la Rade dans les années 90, comment travaux et modification des feux avaient provoqué des embouteillages monstres à la rue de Lausanne (qui n’en avait déjà pas besoin) et ailleurs."

Actuellement les embouteillages monstres partout où a été installé le tram résultent au choix soit de l'incompétence des ingénieurs de la circulation, soit d'une volonté politique. Résultat final: augmentation de la pollution par le ralentissement brutal de toute la circulation automobile. Les politiques n'ont pas le courage de s'attaquer directement au dieu voiture. Ils préfèrent visiblement que l'Etat s'enrichisse par l'augmentation de la consommation d'essence et des taxes prélevées. Et de la pollution. De la santé de la population, ils s'en contrefichent.

Et si on disait qu'un automobiliste ne pouvait passer que 24 heures par mois au volant de sa voiture?
Dernière mesure particulièrement stupide (aux Pays-Bas, je crois): munir les voitures de GPS pour taxer le kilométrage parcouru. Pourquoi le kilométrage et pas le temps passé au volant? Si l'on veut réduire la circulation automobile, il faut s'attaquer aux embouteillages et donc au temps passé au volant et non pas aux kilomètres parcourus.

Écrit par : Johann | 23/11/2009

Pas trop déçu du résultat, Pierre?

Écrit par : rm | 29/11/2009

Au moins le peuple a pu voter. Le contraire eût été inconcevable. Les intérêts des CFF, dont presque personne n’a parlé, ont pesé dans la balance, comme beaucoup d’autres intérêts inavouables. C’est Genève… Comme ce fut le cas pour le Stade de la Praille (mais qui pourrait bénéficier à l’ex Croix de Savoie – j’ignore le nouveau nom de l’équipe), comme c’est aussi le cas pour la tranchée couverte de Vésenaz, comme c’est le cas pour la plupart des projets à Genève, il suffirait de peu de choses pour qu’ils fussent bons. Mais le résultat est toujours décevant. Au final, on dépense beaucoup pour des réalisations peu satisfaisantes qui ne règlent pas les problèmes pour lesquelles elles ont été conçues. Et comme les gens ont la mémoire courte, les mêmes peuvent recommencer avec les mêmes arguments. Tenez! La prochaine étape, c’est la traversée de la Rade. Qu’on va faire passer très loin de Genève, c’est-à-dire loin de Cologny. Pour le plus grand plaisir des Vaudois et des Savoyards. Et dans 20 ans, il nous faudra encore un autre projet pour désengorger Genève… N’est-ce pas de la bonne politique!
Bon! Pour CEVA, je vais me consoler en faisant comme tout le monde. Je vais penser à mes propres intérêts. Et là, rm, avec une gare et un RER proches de mes biens immobiliers, je vous assure que je suis gagnant. Hélàs!

Écrit par : Pierre Béguin | 30/11/2009

Les projets publics peuvent-ils être jamais parfaits? Il ne faut pas trop en attendre, à mon avis. Souvent, un projet est fait quand le sentiment de la nécessité est présent. Tant que cela ne correspond qu'à une vision de l'idéal, personne n'ose s'engager trop avant. C'est peut-être pour cela d'une part que les poètes ne sont jamais partie prenante dans la cité, d'autre part que les projets une fois réalisés n'apparaissent pas comme tellement magnifiques ou révolutionnaires.

Écrit par : rm | 01/12/2009

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