11/12/2009

Efina, de Noëlle Revaz

 

1599870143.jpgPar Alain Bagnoud

Un roman qui a fait parler de lui. Noëlle Revaz est l'écrivain le plus en vue ces temps-ci en Suisse romande, et ce n'est pas tout à fait injustifié. Il y a l'effet Gallimard, bien sûr, il y a son talent aussi, qui lui a permis, dans deux livres publiés, d'aborder des formes romanesques tout à fait différentes.

Efina, paru en 2009, raconte une relation entre l'héroïne éponyme et T, un grand acteur. Il ne se passe pas grand chose de palpitant, en fait, s'il s'agit de résumer l'intrigue. Les personnages s'écrivent, couchent ensemble, se séparent, se retrouvent, vivent ensemble, se séparent... Mais chacun reste en ligne de fond, motif obsédant dans la vie de l'autre.

Le début est intéressant. Ils échangent des lettres, c'est un jeu un peu dixhuitiémiste, de chat et de souris, de cruautés, de sincérités et de stratégie. Puis j'ai éprouvé une fatigue vers le milieu de l'ouvrage: ces histoires de chiens, Igor, Olaf... Si ça continue comme ça j'arrête, me disais-je dans une de ces formules définitives qui me viennent spontanément.

Les pages se tournaient quand même. Ça tient grâce à l'écriture. Ça n'aurait pas tenu jusqu'à la fin, mais le texte se densifie de nouveau dans la deuxième partie, où le point de vue n'est plus sur Efina, mais sur T, bête de scène vieillissante, abandonnant le théâtre dans la plénitude de ses moyens, s'étiolant, mourant.

Ça tient grâce à l'écriture, donc, mais aussi grâce à une sorte d'expérimentation scientifique. Un peu comme Stendhal dans Le Rouge et le Noir, il semble que Noëlle Revaz s'amuse à mettre ses personnages en contact, physique ou épistolaire, pour voir ce qui va se passer. Pour faire des expériences. Bien sûr ça crépite. Efina et T sont construits pour ça.

Ils ne sont pas à proprement parler des personnages romanesques, en tout cas dans l'acception traditionnelle. Ils n'ont pas cette psychologie, cette épaisseur introspective qu'on trouve généralement dans le roman français. Ils constituent plutôt des fonctions, et les épisodes divers pourraient très bien être vécus par des êtres différents. Il y a en eux du creux, du vide, ce sont les événements de leur vie qui les agissent, les édifient.

De sorte qu'évidemment, en fin de compte, T, tout articulé autour du Théâtre laisse une trace beaucoup plus forte que l'ordinaire Efina. Ce vide en lui est un appel aux fantasmes, fantasmes d'Efina (le Grand Comédien séducteur, génial sur scène mais qui dans la vie a des cheveux un peu gras, qui se laisse aller, s'épaissit, qu'on peut materner...), fantasmes du lecteur aussi (on pense à plusieurs bêtes de scène, et la malicieuse manière de le nommer par une initiale contribue à ces identifications).

Mais pour le titre, évidemment, il valait mieux ce joli prénom féminin.

 

Noëlle Revaz, Efina, Gallimard

Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud

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