19/03/2010

Entrée des fantômes, de Jean-Jacques Schuhl

Par Alain Bagnoud

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Ceux qui ont aimé Ingrid Caven, Prix Goncourt 2000, ne seront pas trop dépaysés par Entrée des fantômes. Ils y retrouveront notamment Charles, le double de l'auteur, ainsi qu'un mélange de factuel et de romanesque.

Le roman est composé de deux parties en miroir. La première met en scène un mannequin cocaïné genre Kate Moss. Dans une ambiance mystérieuse, fantastique, le personnage suit un jeu de piste étrange qui ne se termine pas.

Un stylo qui se déboîte et à travers lequel on voit des scènes lie ce texte à la deuxième partie. Le narrateur, dandy boiteux et oisif, y mange dans un restaurant chinois où Raoul Ruiz lui a proposé plus d'une année plus tôt le rôle du chirurgien dans un remake du film Les Mains d'Orlac. Puis notre homme reprend un trajet nocturne qu'il a effectué avec Jim Jarmusch dans le but de réaliser un interview un peu décalé pour Libération.

Tout ça est prétexte à des souvenirs, à des hommages aux disparus jadis aimés: Jean-Pierre Rassam, inversé en Mazar, le producteur de films agité, ou Jean Eustache, fantômes revenus.

Entrée des fantômes est baroque. Non pas à cause d'une des surcharges qu'on lie à ce genre, mais à cause des contrastes, des combinaisons. Les styles se mélangent, le procédé de composition s'apparente au collage. Le réel et l'imaginaire se fondent, comme le futile et le magistral, le mondain et le tragique, le snobisme et l'essentiel.

Livre à lire. Il y a de la littérature, là.

Jean-Jacques Schuhl, Entrée des fantômes, Gallimard

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