17/02/2012

Les carrefours sentimentaux de Georges Ottino

Par Alain Bagnoud

On se demande parfois à quoi servent les rencontres d’écrivains. Eh bien, justement, à rencontrer des écrivains. C’est ainsi qu’il y a déjà quelques jours, le 31 janvier exactement, lors de l’inauguration de la nouvelle MRL (Maison de Rousseau et de la Littérature), on m’a présenté pour la première fois à Georges Ottino dont j’avais déjà lu quelques textes et dont l’agréable conversation m’a donné envie d’ouvrir le dernier en date de ses ouvrages parus.

Né en 1925 à Genève, ancien professeur apprécié, Ottino est en effet l’auteur de 11 livres publiés en deux salves. Les trois premiers ont paru chez Gallimard entre 1955 et 1958. Les huit autres sont à L’Age d’Homme et s’échelonnent entre 1991 et aujourd’hui.

Son dernier recueil de nouvelles, Carrefours sentimentaux, date de 2010. Une définition tirée du Petit Robert et mise en exergue explicite ce titre: « Carrefour: Endroit où se croisent plusieurs voies ».

Souvent construites sur des monologues intérieurs qui permettent les analepses du souvenir, ces nouvelles tenues et légèrement ironiques parlent effectivement de croisements affectifs, à l’exception d’Opus 4, qui contient une dénonciation un peu convenue de certaines supercheries de l’art contemporain. Des nouvelles avec parfois des références délicieusement obsolètes. Les allusions à l’homosexualité à travers Gide et Rimbaud, par exemple, laisseraient pantois des personnages non lettrés.

C’est que le monde de Georges Ottino est un monde de culture: peinture, littérature, musique. Un bon exemple en est la nouvelle, Un virtuose, la plus longue du recueil, qui raconte une aventure amoureuse entre une amatrice de musique et un pianiste professionnel. Une histoire qui se finit mal.

C’est le cas en général dans ce recueil, quand les rencontres n’échouent pas tout simplement, par la faute des circonstances ou par la volonté délibérée d’un des partenaires. Une prise de contact sensuelle dans le train se conclut piteusement, un admirateur platonique provoque un drame involontaire, un musée fermé empêche un jeune garçon de retrouver sa surprenante amoureuse...

Ottino explore avec élégance ces moments où quelque chose peut se passer, changer notre vie, et s’interroge sur les circonstances de ces moments que nous ne maîtrisons pas. Pas de réponse définitive, bien sûr. Mais, comme le dit la dernière phrase du livre: L’enquête continue.

Georges Ottino, Carrefours sentimentaux, Nouvelles, Contemporains, L’Age d’Homme, 2010

 



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