30/03/2012

Le Siegmaringen de Céline

par Alain Bagnoud

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C'est grâce à une hallucination due à la fière que, dans le début D'un château l'autre, reviennent à Céline les souvenirs de Siegmaringen. Comme s'il fallait un état tout à fait exceptionnel pour faire revivre un moment si exceptionnel.

La mise en scène est habile. Céline se décrit sur son lit, en train de se tourner et de se retourner, et les scènes arrivent l'une après l'autre, font partie de ce délire, ont un côté hallucinatoire. Tout est vrai, sans doute, mais la fièvre donne une portée outrancière aux événements.

La description des toilettes, par exemple: Ferdinand et Lili ont une chambre à l'hôtel Löwen, en face des wc. Un peuple immense en proie à la diarrhée (mauvaise alimentation) et gorgé de bière vient s'y soulager, ça forme des ruisseaux énormes qui suivent le corridor et envahissent la chambre du docteur.

Autres scènes insensée : les descriptions de la gare surpeuplée, la promenade de Pétain et de ses ministres, à la queue-leu-leu selon la hiérarchie, et le demi-tour impeccable après qu'un fou qui s'est proclamé amiral les arrête devant le Danube pour éviter les sous-marins ennemis...

A ces scènes à la Bosch s'opposent les lieux. Une petite ville de conte de fée, son château jadis habité par les Hohenzollern, les bois autour. Et au-dessus, la RAF et les déluges de feu!434658.jpg

Il y a une inflexion dans D'un Château l'autre, un changement de ton, quand on passe des rencontres personnalisées du château aux scènes collectives de Siegmaringen. Les foules, les soldats du Reich en transit dans la gare qui chantent sur trois tons, les monceaux de femmes enceintes, les Français de la milice, les malades, les fous, les foules, avec comme attributs, la pisse, le foutre et la diarrhée.

Chez les individus, ce ne sont plus les matières qui sortent du corps, mais les sons, des sons faux. Des dialogues irrésistiblement drôles et de mauvaise foi.

Commentaires

excellent texte incitatif, c'est un livre qu'il faut relire chaque année, on y trouve également une description de la chienne Bessy mourante museau sur la pierre, c'est une des pages les plus renversantes de la littérature française

Écrit par : tonio | 30/03/2012

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