28/12/2012

Testament d'une race V

par Stanislas Kowalski

 

5. La bataille de l’aven

«  Très bien, on maintient le plan prévu. La moitié des hommes autour de l’aven. Un groupe prêt à attaquer au fond. Les autres sur les remparts pour donner le change.

- Mais ils vont attaquer les remparts, protesta une sentinelle.

- Je sais ce que je fais. »

De fait, comme je l’avais prévu, les soldats devant les remparts attendirent impatiemment le signal venu de la force d’infiltration.

Ceux-ci passèrent sans encombres et, de mon poste d’observation, j’attendais le moment opportun pour ordonner le massacre. Ils avançaient en rangs serrés et peu avant de sortir ils éteignirent leurs torches. Ils sortirent leurs épées et commencèrent à s’engager dans l’aven. Mais alors que la moitié restaient dans la grotte, je sentis comme un flottement parcourir leur unité. L’officier donna un ordre et aussitôt ils se mirent en position défensive. Ils avaient vu les pieux et avaient senti le danger. Il fallait attaquer. Maintenant tout le succès de la bataille reposait sur Borfier et sur ses hommes. Ils seraient obligés de se battre dans le souterrain. Les Locustes qui étaient à découvert furent vite massacrés. Quant aux autres, Borfier allait-il pouvoir les repousser dans l’aven ou fallait-il que nous descendions pour les engager nous aussi dans la grotte ? J’hésitais. Dans la grotte nous perdions l’avantage de la position et les ennemis allaient se battre jusqu’à la mort. Mais si je n’intervenais pas nous risquions de perdre nos meilleurs hommes avec Borfier.

Heureusement, Borfier eut un de ces traits de génie fulgurants et providentiels. Ayant tué un ennemi, pendant que ses hommes continuaient de combattre, il lui coupa la tête et en lacéra les joues. Puis il lança cette horreur de toutes ses forces au milieu des soldats ennemis en poussant un cri effrayant. Le cri résonna dans toute la caverne et je dois dire qu’à la sortie, il avait encore quelque chose qui vous glaçait le cœur. Je te laisse imaginer ce que ressentirent les pauvres gars qui reçurent la tête mutilée de leur camarade, dans la pénombre et l’angoisse. Ce fut la déroute. Ils se précipitèrent en désordre vers la sortie la plus proche, où ils furent massacrés. Borfier n’apparut pas tout de suite sur leurs talons. Il m’expliqua : « Il y a beaucoup de types piétinés à l’intérieur. Il fallait bien s’assurer qu’ils étaient finis ! »

La journée, elle ne l’était pas. Il restait encore une phase à notre plan.

J’ordonnai tout d’abord à mes hommes de prendre une collation. Lorsque le soleil fut haut, j’allai voir les sentinelles sur les remparts. J’observais les unités ennemies. Avaient-elles bougé depuis ce matin ? Non, elles étaient restées l’arme au pied en attendant un signal de plus en plus improbable. Les soldats locustes, jeunes ou vieux, étaient manifestement fatigués et exaspérés. Pendant que l’essentiel de mes hommes prenaient leurs positions défensives, je demandai aux soldats les plus endurcis une préparation macabre. Ils tranchèrent les têtes des ennemis vaincus et les plantèrent sur des piques très longues, puis ils démembrèrent quelques corps. Cela fait, je fis placer les piques sur les remparts et jeter les corps de l’autre côté. Quant aux membres découpés nous les lançâmes au loin, avec des frondes et d’autres engins. Un frisson d’horreur parcourut l’armée ennemie. Nous leur prodiguâmes l’insulte.

L’horreur se changea en furie. Plusieurs compagnies lancèrent spontanément l’assaut, comme je l’avais prévu. Leur attaque mal coordonnée se brisa naturellement sur nos fortifications et nous en fîmes un grand massacre. La colère ne compense pas longtemps la fatigue et se transforme vite en épuisement. De ceux qui avaient chargé, bien peu parvinrent ensuite à s’enfuir.

 

 

 

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