13/03/2015

Martin Amis, Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre

 

Par Alain Bagnoud

Dans Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre, Le féroce Martin Amis s'attaque au Royaume-Uni, plus particulièrement aux classes défavorisées, à la presse, aux célébrités... Tout explose sous sa plume satirique. La charge est énorme : personnages outranciers, situations extrêmes, humour ravageur. C'est jouissif. En même temps, c'est presque un peu... comment dire ? Un peu trop ?

Lionel Asbo, par exemple. La vingtaine, né dans une banlieue emblématique, petit délinquant dans toute sa splendeur exagérée : bière, surgelés et Kentucky Fried Chicken pour régime alimentaire, deux pitbulls qu'il excite au Tabasco... Il passe la moitié de son temps en prison, gagne sa vie dans le recouvrement de dettes par tous les moyens, même légaux.

Pour éduquer son jeune neveu Desmond, il tente de lui transmettre ses valeurs : porno, violence, faux témoignage, pas de cafardage. Ça ne marche pas. Desmond, métis, orphelin sentimental et doux, aime l'école, son oncle et sa grand-mère. Celle-là particulièrement, il l'aime beaucoup. Au point de coucher avec elle.

D'abord, dans sa banlieue, explique-t-il, ce genre de choses n'est pas si mal vu. Ensuite, la différence d'âge n'est pas extrême. Il a quinze ans, elle trente-neuf puisqu'elle a été enceinte à 12 ans de la mère de Desmond qui a accouché de lui à 12 ans. Le problème, c'est Lionel, qui ne supporte pas que sa mère rencontre des hommes et peut devenir très violent. Heureusement, l'affaire se résout par elle-même. Bientôt, la mamie lâche Desmond pour un plus jeune...

Comme on voit, Amis ne fait pas dans la dentelle. Ce qui suit est encore plus énorme. Lionel, alors qu'il est en prison, gagne à la loterie. 140 millions de livres sterling. Bien sûr, pas question de partager avec son neveu qui a rempli les cases, ni avec quiconque, par exemple avec ses frères qui vont d'expulsion en faillite. Ils s'appellent comme les idoles de leur maman, John, Paul, George, Ringo et Stuart (Stuart Stutcliffe a été le cinquième Beatles entre 1960 et 1961).

Du coup, voilà Lionel traqué par les paparazzi et propulsé parmi les héros de l'Angleterre, avec les footballeurs, les stars de la téléréalité, les chanteurs de rock. Il est tout à fait taillé pour ce milieu, et après quelques bévues, se met comme tout le monde à exposer dans les journaux une story avec une Bimbo refaite, qui se pique de poésie.

Mais, suspense, Lionel le violent, Lionel qui a rapté et vendu comme objet sexuel le plus jeune amant de sa mère, Lionel va-t-il découvrir que sa maman a couché avec son neveu ?

Comme on le voit, la description par Amis d'une société à la dérive est féroce. Tous ses éléments si exagérés passent, tant qu'ils sont portés par un humour noir irrésistible et par l'agilité de l'auteur à se mouvoir entre différents niveaux de langue et à les faire résonner.

En même temps, cette critique est assez convenue et située socialement.

C'est, tout compte fait, un riche cultivé qui se moque des pauvres...



Martin Amis, Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre, Gallimard

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