31/03/2015

Comment on a sacrifié les classes populaires

 

par antonin moeri

 

 

 

En lisant les journaux et en regardant la télévision ces derniers jours, le spectateur était surpris de voir la place qu’ont prise Marine le Pen et ses lieutenants dans le paysage médiatique... Pour mieux comprendre ce phénomène, le géographe Christophe Guilluy (auteur d’un essai remarquable «Fractures françaises») donne quelques pistes qui peuvent retenir l’attention dans son dernier livre «La France périphérique».

Les catégories gauche/droite, urbain/rural, «classes moyennes» ne sont plus opérantes pour saisir la réalité socio-économique française actuelle. Tout le monde fréquente les mêmes grandes surfaces... Tout le monde regarde le même journal télévisé... Que ce soit Hollande ou Sarkozy, ces messieurs poursuivent la même adaptation aux normes européennes et mondiales... 

Si les classes moyennes ont implosé depuis longtemps (celles qui formaient la base électorale du PS), on peut désormais diviser la société française en deux blocs: ceux qui profitent de la mondialisation, les cadres et professions intellectuelles supérieures qui investissent le parc des logements des grandes villes, ceux qui sont pour le libre-échange, l’ouverture des frontières, la mobilité des capitaux et des hommes, ceux qui participent à l’essentiel de la création des richesses..., et puis il y a ceux qui ne profitent pas des bienfaits de la mondialisation, ceux qui ne font plus partie du projet économique des classes dirigeantes..., des gens marginalisés culturellement, mis à l’écart géographiquement (ouvriers, employés, jeunes, actifs occupés, chômeurs...), tous ceux qui subissent les licenciements, les plans sociaux, tous ceux qui subissent ce qu’il est convenu d’appeler «la crise» depuis les années 1970.

Le clivage ne cesse de s’accentuer entre la France qui gagne (les partisans de la mobilité sans fin) et les nouvelles classes populaires, «les tenants d’un modèle économique alternatif, basé sur le protectionnisme, la relocalisation et le maintien d’un Etat fort»... Or la colère de ces nouvelles classes populaires qu’on a sacrifiées depuis plusieurs décennies, qui forment 60% de la population française, qui ont conscience de partager le destin peu enviable des perdants de la mondialisation, cette colère n’a pas encore de débouché politique concret... Elle incite la moitié des Français à ne pas aller voter pour des «guignols» qui agissent principalement en fonction de leurs intérêts personnels... Et dans la moité des Français qui se rendent aux urnes, elle pousse un Français sur quatre à adhérer aux idées du Front National, donc à voter pour les candidats du Rassemblement Bleu Marine...

Cette colère d’une France invisible et oubliée (majorité de la population) explique sans doute les rodomontades d’un hystérique premier ministre très satisfait de ses prouesses verbales sur les estrades..., sous les ors de l’Assemblée Nationale et devant les micros fébrilement tendus par les journalistes aux ordres..., un premier ministre qui s’écoute et se regarde hurler contre la bête immonde...

 

Christophe Guilluy: La France périphérique, Flammarion 2014

 

 

 

 

27/03/2015

CEVA hors loi

 

Par Pierre Béguin

 

 

 

Il était temps! Depuis une année que les forages du CEVA — en dehors de toute loi, en dépit de tout règlement, malgré de multiples doléances aux autorités, aux services cantonaux responsables, à la police, malgré une plainte déposée devant les juges — depuis une année donc que les forages du CEVA ont commencé à perturber le sommeil de tout un quartier, enfants compris, un quotidien genevois daigne enfin consacrer un article à ce qui restera une scandaleuse transgression de droits démocratiques élémentaires (cf. Des riverains du CEVA traduisent Berne en justice).

 

Merci donc à La Tribune de Genève, et à son journaliste Antoine Grosjean, pour avoir démontré en ce jeudi 26 mars 2015 que les soupçons d’omerta médiatique concernant le CEVA n’étaient pas forcément fondés. Sincèrement, après une année de silence, on aurait vraiment pu le croire. L’honneur de la presse n’est pas sauf pour autant, mais celui de la Julie, si! L’article dit l’essentiel, et il le dit, comme il se doit, sur un ton mesuré.

 

Rappelons tout de même que l'autorisation délivrée par l’Office Fédéral des transports au CEVA, le 8 mai 2008, imposait l’application de l’article 6 de l’ordonnance sur la protection contre le bruit du 15 décembre 1987, émanant de l’Office Fédéral de l’Environnement (OFEV). Il y est précisé très clairement une «limitation de durée de 7 heures par jour ou moins pour les travaux de construction très bruyants (08h00 – 12h00 et 14h – 17h00)». Depuis l’entrée en action des foreuses en mars 2014, les responsables du CEVA bafouent ostensiblement la directive, s’asseyent allègrement sur les lois et les règlements en poursuivant les travaux les plus bruyants 24 heures sur 24. Avec, bien entendu, le consentement des services de l’Etat en charge du dossier, dont on imagine qu’ils ont reçu des directives en ce sens de Monsieur Luc Barthassat.

 

Soutenus par l’Etat et les milieux politiques, avec une suffisance et une mauvaise foi sidérante, les responsables du CEVA, par la voix de leur chargée de désinformation, prétendent que cette directive n’implique pas les bruits solidiens (qui se propagent par le sol). Comme si, quand on mesure avec des sonomètres jusqu’à 65 décibels dans une chambre à coucher, ce n’était pas des bruits de surface! En vérité, on comprend bien que la poursuite en toute illégalité des forages nocturnes répond à des nécessités financières: le budget du CEVA ayant été consciemment sous-évalué pour faire passer le projet en votation, il faut à tout prix serrer les dépenses, quitte à se payer sur le sommeil de quelques centaines de personnes qui, en la circonstance, ont perdu leur statut de citoyen. Personnellement, je me réjouis d’observer la suite des opérations, au moment où les forages commenceront vraiment au tunnel de Champel. Ça devrait chauffer!

 

Encore que… et c’est peut-être là le plus inacceptable. De l’aveu même de M. Calderara, directeur adjoint du projet CEVA — et comme le précise Antoine Grosjean dans son article — la mesure dite «confort» serait mise en place à Champel pour éradiquer toute nuisance des futurs trains. A Champel mais pas à la Chapelle, bien que le tunnel de Champel soit enterré à 40 mètres de profondeurs et celui de Pinchat, sous la Chapelle, en moyenne à une douzaine de mètres. En raison d’une plus grande densité d’habitants, explique sans vergogne M. Calderara. En vérité, tout le monde traduira qu’en République genevoise il y a plusieurs catégories de citoyens… et que le principe de densité, s’il fonctionne à Champel, ne fonctionnerait sûrement pas à Meyrin.

 

Rappelons aussi aux autorités que les habitants de la Chapelle, qui ne sont a priori ni des incultes ni des imbéciles,  connaissent l’existencede l'article 8, alinéa 1 de la Constitution fédérale assurant le sacro-saint principe de l'égalité de traitement: ce principe est violé lorsque l'Etat accorde un privilège ou une prestation à une personne, mais les refuse à une autre personne dans une situation comparable. Autrement dit, il y a inégalité de traitement lorsque ce qui est semblable n'est pas traité de manière identique et lorsque ce qui est dissemblable ne l'est pas de manière différente. Les mesures acoustiques différenciées entre les tunnels de Pinchat et de Champel, où la situation est semblable (la seule différence, la profondeur du tunnel, en l’occurrence joue en faveur de la Chapelle), tombent sous le coup de ce principe essentiel à toute démocratie et judicieusement ancré dans la Constitution elle-même. A moins que nos autorités et les responsables du CEVA, une fois de plus, s’asseyent sur les lois. Rien d’impossible, après tout! A Genève, on s’attend au pire, on est encore surpris… 

 

Précisons tout de même que si la droite et son lobby immobilier a réussi à faire annuler la loi Longchamp modifiant la LGZD (Loi Générale sur les Zones de Développement) en s'appuyant précisément sur cet alinéa de la Constitution, il serait incroyable qu’il ne s’applique pas aux mesures différenciées prévues entre les deux tunnels. Du moins ne vois-je aucun tribunal digne de ce nom admettre un tel distinguo ailleurs qu’en République bananière…

 

Quoi qu’il en soit, le constat est désolant. Les habitants de la Chapelle, dans l’ensemble favorables au CEVA, n’ont pour la plupart fait aucune opposition au projet, contrairement aux habitants de Champel. Ils se retrouvent méprisés, bafoués dans leurs droits élémentaires, contrairement à ceux de Champel. Moralité? Quand vous avez à traiter avec des personnes malhonnêtes, irrespectueuses et de mauvaise foi, faire opposition est le seul moyen d’obliger l’autre à respecter ses droits. C’est la leçon que retiendront les citoyens de la Chapelle dont la plupart regrettent leurs bonnes dispositions initiales à l’égard de responsables qui les méprisent depuis une année.

 

On dit qu’à Genève les oppositions systématiques paralysent tout projet. Dans le cas du CEVA, il faudrait plutôt dire que l’attitude scandaleuse des autorités politiques et des responsables du projet donne crédit à toute forme d’opposition citoyenne. Si j’ai un conseil à donner à la suite de l’expérience CEVA, c’est justement, n’en déplaise à certains, de faire systématiquement opposition à tout projet, surtout si vous avez l’Etat en face de vous. C’est le seul moyen de conserver quelques droits contre le monstre qui n’attend que votre complaisance — ou votre naïveté — pour vous dévorer…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

26/03/2015

Une Liaison dangereuse (Marie Céhère-Roland Jaccard)

images-4.jpegFaut-il répondre aux inconnus qui vous écrivent — surtout si ces inconnus sont des femmes ? Pourquoi répondre ? Et quelle attente, quel désir, quel espoir, s'empare alors des deux correspondants ?

Tout commence par un échange de messages sur Facebook : Marie Céhère, jeune étudiante en philo, écrit à Roland Jaccard, nihiliste japonisant, pour lui dire simplement qu'elle apprécie les vidéos qu'il poste sur YouTube. C'est Marie, dans ce livre, qui lance la première flèche (ou la première bouteille à la mer). Le dandy lui répond, un peu désabusé. Commence alors une liaison virtuelle, haletante et poignante, que le lecteur découvre en live, si j'ose dire. Les courriels s'échangent à la vitesse de la lumière. On dirait une de ces parties de ping-pong dans lesquelles l'écrivain lausannois excelle. Ça va vite. Tous les coups sont permis (et même de dire la vérité). Chacun sert à son tour et tente de remporter le point.

images-3.jpegOn assiste, en direct, à la naissance de quelque chose qui pourrait être l'amour, ou l'amitié, ou la tendresse. Une liaison dangereuse, quoi. Qui sait ce qu'il y a au bout des mots ? Au fur et à mesure du livre, les mails s'échangent de plus en plus vite, à toute heure du jour ou de la nuit, la fièvre gagne les deux épistoliers. Le philosophe américain John Searle dirait que le langage, ici, devient performatif, puisque les mots se réalisent (ils font ce qu'ils disent).

Étrange expérience, aussi, pour le lecteur fasciné par cet échange fiévreux et qui se demande sans cesse ce qui va advenir aux amants-amis. Le suspense, dans ce livre, est presque insoutenable ! Il dure jusqu'au moment de la rencontre : une soirée mémorable dans un restaurant japonais avec un prof d'université, une étudiante lausannoise et lesbienne, Marie et Roland, qui se demandent ce qu'ils font là. On se sépare (ou pas) dans la rue. On se retrouve rue Oudinot. Ce qui arrive ensuite est leur affaire…

Ces échanges passionnés occupent l'essentiel de ce bref et intense roman. Ils sont encadrés par des textes écrits au singulier par chacun des deux protagonistes. Marie se glisse dans la peau de Cécile de Volanges (en attendant d'être un jour Madame de Merteuil !) et Jaccard dans celle de Valmont. Et la liaison qui naît sous nos yeux porte tous les dangers : c'est le risque que courent les amants qui s'écrivent.

* Marie Céhère et Roland Jaccard, Une Liaison dangereuse, L'Éditeur, 2015.

22/03/2015

Meurseult contre enquête

Par Pierre Béguin

 

Quel écrivain ne fut pas une fois au moins tenté par le détournement – ou la continuation – d’une œuvre canonique de la littérature? D’imaginer le destin de la fille d’Emma Bovary par exemple, ou de suivre Etienne Lantier un matin de printemps, aube symbolique des temps nouveaux, au moment où il laisse derrière lui les corons de Montsou pour mener vers Paris de nouvelles luttes? Ou encore de donner une identité, une histoire, un frère et une mère à l’Arabe anonyme tué par Meurseult de cinq coups de feu, un dimanche après-midi dans la banlieue d’Alger, au cours d’une promenade sur la plage? Vous savez, cet Arabe sans état civil, fantomatique et involontaire incarnation du colonisé, dont l’assassinat ne compte même pas dans l’acte d’accusation énoncé contre son désormais célèbre assassin français.

 

Depuis 1942, cet Arabe attendait au cœur du roman de Camus qu’un écrivain lui (re)donnât vie. Réparation est faite depuis l’année dernière. Kamel Daoud, journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, lui consacre son premier roman. Désormais, l’Arabe s’appelle Moussa (en écho à Meurseult) : «Tu peux retourner cette histoire dans tous les sens, elle ne tient pas la route. C’est l’histoire d’un crime, mais l’Arabe n’y est même pas tué – enfin il l’est à peine, il l’est du bout des doigts. C’est lui le deuxième personnage le plus important, mais il n’a ni nom, ni visage, ni parole». C’est à son (petit) frère Haroun qu’incombe la charge de lui restituer une identité, une histoire, et surtout de raconter les conséquences que ce meurtre aura sur la destinée familiale, celles du narrateur lui-même et de sa M’ma (en référence à la défunte mère de Meurseult).

 

Une destinée qui, elle aussi, fait écho à celle du personnage camusien. Retour en arrière: nous sommes en 1962, à la fin de la guerre d’indépendance. Le narrateur, Haroun, dont «le frère est mort dans un livre» a alors 27 ans (il en avait donc 7 au moment du crime, il est au crépuscule de sa vie au moment de l’énonciation), vit à Hadjout – anciennement Marengo, là même où Meurseult enterre sa mère – avec sa M’ma dans «un bien vacant», la misérable dépendance d’une maison coloniale abandonnée par ses occupants français. Dans les premiers jours de l’Indépendance, Haroun tue un colon, un certain Joseph (!) Larquais venu se réfugier dans la maison. Vengeance? Renversement surtout. Car si le roman avait commencé dans la colère contre Meurseult, il se poursuit sur le mode de l’identification: Haroun n’est plus victime, il est meurtrier et désormais sosie du meurtrier de son frère, confronté lui aussi à l’absurdité du monde, à l’impossibilité de l’amour et à un crime sans objet.

 

Bien entendu, les allusions et références au texte de Camus foisonnent. Le prof que je fus imagine sans peine le filon pédagogique que constitue «ce jeu de piste» et que nombre d’enseignants ne manqueront pas d’exploiter: Meurseult s’ennuie le dimanche, Haroun le vendredi; Salamano passe toute la journée à hurler contre son chien, le voisin de Haroun récite le Coran à tue-tête pendant la nuit; Les Algériens de Camus regardent les Français en silence, les Roumi de Daoud reviennent en Algérie, errant silencieusement à la recherche d’une rue, d’une maison, d’un lieu de souvenir; arrêté, Meurseult doit faire face à un procureur qui lui demande s’il croit en Dieu et lui reproche de ne pas avoir pleuré à l’enterrement de sa mère, Haroun se retrouve devant un colonel de l’AFN qui lui demande s’il croit en la Révolution et lui reproche de ne pas avoir pris les armes pour libérer le pays: «Le français, il fallait le tuer avec nous pendant la guerre, pas cette semaine!» L’absurde, ici, se situe dans une simple question de dates: entre un acte héroïque de guerre et un crime crapuleux, c’est affaire de jours…

 

Si le roman de Daoud, comme L’Etranger, comprend deux parties sensiblement différentes dans leur ton et leur contenu, sa forme narrative s’identifie clairement à un autre roman de Camus, La Chute. Le bar Mexico-City d’Amsterdam, où le narrateur de La Chute raconte son histoire à un interlocuteur invisible, devient le Djebel Zendel, anciennement le Titanic (!), où il est encore possible de boire de l’alcool et où Haroun se confie à un universitaire camusien venu en Algérie sur les traces du célèbre prix Nobel. Mais la chute, c’est surtout celle figurée par les images d’un demi-siècle d’histoire algérienne qui défilent dans la longue confession du narrateur et qui débouchent sur les innombrables interdits de la pieuse Algérie d’aujourd’hui. La suprême ironie du roman réside alors dans sa langue même, une langue «étrangère» dont l’auteur s’empare pour s’opposer à «la langue de bois» officielle d’un régime plus oppresseur encore que celui de l’ancien colonisateur. Le français, la langue impérialiste devenu «butin de guerre» après la libération, est ici, à l’image de la demeure coloniale que Haroun et sa M’ma viennent occuper, «un bien vacant» réquisitionné par l’écrivain, à sa manière étranger lui aussi, pour s’émanciper du joug religieux et rêver d’une autre vie…

 

Kamel Daoud, Meurseult contre enquête, Actes Sud, 2014.

 

 

 

 

20/03/2015

Mélanie Chappuis, L'empreinte amoureuse

 

Par Alain Bagnoud

Il y a un curieux sentiment de flottement qui m'a pris en lisant le dernier roman de Mélanie Chappuis, L'empreinte amoureuse. Le même, si on veut, toutes proportions gardées, que celui qui fait fluctuer le lecteur de Proust lorsqu'il lit les pages que celui-ci consacre à Albertine. On se demande obligatoirement qui est Albertine, qui ce personnage recouvre et désigne. Un homme ? Une femme ? Et ces vices qu'elle a, d'aimer les femmes, qui rendent le narrateur si jaloux, est-ce que c'est parce que le modèle d'Albertine, dont chaque lecteur sait qu'il était un homme, aimait les femmes ou parce que, au contraire, cet aimé s'échappait de chez Marcel pour rechercher des hommes ?

Le livre de Mélanie Chappuis fait ressentir ce même type de questions sur les identifications. Il parle d'un homme qui fait le bilan amoureux de sa vie, mais une vacillation brouille souvent le sexe des personnages, et il m'est arrivé d'imaginer souvent, sous ce narrateur, l'auteure elle-même, et sous les amours racontées des transpositions. Ce qui est d'ailleurs un charme du livre.

Toute cette interprétation, me dira-t-on, est subjective, et d'autant plus impossible à élucider que je ne connais pas grand chose de la vie de Mélanie Chappuis. Dans ses courtes bios, on apprend seulement qu'elle a vécu son enfance en Afrique et en Amérique du Sud – comme son personnage.

Le roman, donc. Bruno Richard a quarante ans et apprend qu'il développe un cancer du foie. Sa première décision est de ne pas se faire soigner et de contacter toutes les femmes avec qui il a entretenu une relation amoureuse. Il s'agit de faire le bilan de sa vie et de comprendre comment il en est arrivé là où il est, c'est-à-dire à la maladie. Après cette exploration, il se réconcilie avec lui-même et avec sa dernière compagne, et décide d'avoir finalement recours à la médecine.

Le livre est un catalogue, donc, dont un des intérêts, comme je l'ai dit, est de voir transparaître le visage de l'auteure entre ses personnages. Une auteure qui aime bien se glisser dans la vie de substituts. Les lecteurs du Temps connaissent aussi les chroniques, pour lesquelles elle s'est mise dans la peau d'hommes ou de femmes célèbres, les faisant monologuer.

L'Age d'Homme publie d'ailleurs en même temps que L'empreinte amoureuse le deuxième recueil de ces articles, sous le titre Dans la tête de...Tome II/ chroniques, préface de Daniel de Roulet. On y retrouve Alain Delon, Valérie Trierweiler, Louis Pasteur ou Roger Federer... : un peu tout ce qui a fait l'actualité entre octobre 2013 et novembre 2014.

 

Mélanie Chappuis, L'empreinte amoureuse, L'Age d'homme

Mélanie Chappuis, Dans la tête de...Tome II/ chroniques, L'Age d'homme

19/03/2015

Un Prix bien laborieux (Antoinette Rychner)

images.jpegPar Jean-Michel Olivier

Dans le premier roman d'Antoinette Rychner (née en 1979), Le Prix*, tout tourne autour du nombril — comme souvent dans la littérature romande. Tout tourne autour de Moi, sculpteur d'étranges créatures, les Ropfs, à mi-chemin de l'organique et de l'artisanal, Moi en proie aux affres de la création et  en butte aux exigences de sa femme, qui s'appelle S, et de son fils, joliment prénommé Mouflet. Moi aspire à être reconnu. Il espère donc recevoir un Prix prestigieux, qui assoirait son statut d'artiste et apaiserait sa soif de gloire. Hélas, on lui préfère un autre candidat — son rival. Et bientôt son épouse se trouve enceinte d'un second mouflet, logiquement prénommé Remouflet…

On le pressent : l'essentiel, dans ce gros livre, n'est pas l'intrigue (inexistante), ni les personnages (sans chair, ni consistance), ni même les situations, comme dirait Sartre, qui sont banales et sans surprise. Non : il faut chercher ailleurs les qualités du Prix : images-2.jpegdans une langue originale, ciselée, parfois drôle, parfois verbeuse (on pourrait couper une centaine de pages au roman) et parfois alourdie par des préciosités typographiques (le renvoi à la ligne après une virgule). Il n'empêche que l'écriture d'Antoinette Rychner fait montre d'un certain souffle, qu'on pourrait situer entre les litanies de Thomas Bernhard (au mieux) et les romans hors-sol de Noëlle Revaz (au pire). Le Prix comporte plusieurs morceaux de bravoure (en particulier les scènes « chaudes ») qui prouvent la patte d'un écrivain.

* Antoinette Rychner, Le Prix, roman, Buchet-Chastel, 2015.

15/03/2015

le dernier Chessex

par antonin moeri

 

 

 

A part le «Sade vivant» de Pauvert et le «Sade» de Maurice Lever, dans lesquels ces auteurs nous proposent une minutieuse exploration remarquable et passionnante de la vie du «divin marquis», exploration basée sur des traces écrites: courriers amoureux, mémoires, rapports de police, notes de tribunaux, manuscrits de romans, lettres aux avocats, rapports de geôliers, correspondances croisées de ses proches, relevés de compte etc., exploration à laquelle Pauvert et Lever ont consacré une grande partie de leur vie et qui dénote une fascination pour «le vieux fou condamné à l’enfer», à part ces forts volumes (1200 et 900 pages) dont je conseille la lecture à tout individu intéressé par l’auteur de «Justine», beaucoup de livres ont été écrits, dans lesquels les auteurs donnent libre cours à leur fertile imagination et à leurs singuliers fantasmes, dans lesquels «les auteurs substituent leur propre problématique à celle de Sade» (Annie Le Brun). C’est le cas de l’ultime livre rédigé par Chessex, intitulé «Le dernier crâne de M.de Sade».

Autant le dire illico, ce petit montage romanesque sent le chiqué. La seconde partie distille un ennui colossal. Le narrateur y énumère les dates et les lieux où l’on aurait découvert un possible crâne de Sade. Par contre, si la première moitié de ce «roman» retient l’attention, c’est parce que l’auteur vaudois choisit d’y mettre en scène (avec d’incomparables bonheurs d’écriture: «des vallonnements où la lune jette des rails pareils à des linges phosphorescents», «vallées suspendues au vol des rapaces sous le bleu de la foudre»), c’est parce que ce poète choisit d’y mettre en scène les trois derniers mois de Donatien Alphonse François enfermé à Charenton... Portrait d’un vieillard aux joues flasques, «corps écailleux, gonflé de goutte, d’ulcères» et qui présente une particularité aux médecins chargés de l’ausculter...

L’homme offre à la scrupuleuse attention de ces docteurs un anus béant, couleur de braise, gravement blessé. C’est que l’impérieuse et féroce libido de cet ennemi de Dieu n’aurait pas dit son dernier mot. Une apprentie repasseuse vient régulièrement, pour quelques sous, se soumettre aux caprices du monstre colérique. Fille maigre et pâle aux fesses plates, elle a douze ans quand elle commence ses visites au prisonnier. On entend alors (dans le «roman») des cris, des injures, des hurlements, des glapissements, des blasphèmes qui en disent long sur les écarts du salisseur d’hosties, lequel aimait par-dessus tout, comme chacun le sait, les pratiques de sodomie active et, surtout, passive. Raison pour laquelle l’apprentie repasseuse devait, après avoir subi les assauts du faune en délire, se munir d’un redoutable godemiché pour assouvir les violents désirs de l’infâme citoyen...

Je ne sais pas si Donatien Alphonse François, à 74 ans, connaissait encore «l’explosion du désir», «l’insatiable soif de jouir» que lui prête l’auteur vaudois, mais ces noces du sperme et de la merde sont mises en scène avec une étrange volupté, celle d’un auteur qui éteindra bientôt sa lampe, presque à l’âge où Donatien éteignit la sienne... On pourrait lire cette première moitié du livre comme un exercice d’admiration pour un irréductible dont la conduite et les écrits subversifs lui ont valu d’être emprisonné pendant trente ans par le pouvoir royal puis impérial, un écrivain qui fascina Baudelaire, Flaubert, Maupassant, Apollinaire, Bataille, Blanchot, Barthes, Lacan et tant d’autres... Peut-être pourrait-on la lire comme un rêve de projection sur un haut génie de la langue française, «l’esprit le plus aigu et le plus libre de son siècle».

 

 

Jacques Chessex: Le dernier crâne de M.de Sade, Grasset, 2009

13/03/2015

Martin Amis, Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre

 

Par Alain Bagnoud

Dans Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre, Le féroce Martin Amis s'attaque au Royaume-Uni, plus particulièrement aux classes défavorisées, à la presse, aux célébrités... Tout explose sous sa plume satirique. La charge est énorme : personnages outranciers, situations extrêmes, humour ravageur. C'est jouissif. En même temps, c'est presque un peu... comment dire ? Un peu trop ?

Lionel Asbo, par exemple. La vingtaine, né dans une banlieue emblématique, petit délinquant dans toute sa splendeur exagérée : bière, surgelés et Kentucky Fried Chicken pour régime alimentaire, deux pitbulls qu'il excite au Tabasco... Il passe la moitié de son temps en prison, gagne sa vie dans le recouvrement de dettes par tous les moyens, même légaux.

Pour éduquer son jeune neveu Desmond, il tente de lui transmettre ses valeurs : porno, violence, faux témoignage, pas de cafardage. Ça ne marche pas. Desmond, métis, orphelin sentimental et doux, aime l'école, son oncle et sa grand-mère. Celle-là particulièrement, il l'aime beaucoup. Au point de coucher avec elle.

D'abord, dans sa banlieue, explique-t-il, ce genre de choses n'est pas si mal vu. Ensuite, la différence d'âge n'est pas extrême. Il a quinze ans, elle trente-neuf puisqu'elle a été enceinte à 12 ans de la mère de Desmond qui a accouché de lui à 12 ans. Le problème, c'est Lionel, qui ne supporte pas que sa mère rencontre des hommes et peut devenir très violent. Heureusement, l'affaire se résout par elle-même. Bientôt, la mamie lâche Desmond pour un plus jeune...

Comme on voit, Amis ne fait pas dans la dentelle. Ce qui suit est encore plus énorme. Lionel, alors qu'il est en prison, gagne à la loterie. 140 millions de livres sterling. Bien sûr, pas question de partager avec son neveu qui a rempli les cases, ni avec quiconque, par exemple avec ses frères qui vont d'expulsion en faillite. Ils s'appellent comme les idoles de leur maman, John, Paul, George, Ringo et Stuart (Stuart Stutcliffe a été le cinquième Beatles entre 1960 et 1961).

Du coup, voilà Lionel traqué par les paparazzi et propulsé parmi les héros de l'Angleterre, avec les footballeurs, les stars de la téléréalité, les chanteurs de rock. Il est tout à fait taillé pour ce milieu, et après quelques bévues, se met comme tout le monde à exposer dans les journaux une story avec une Bimbo refaite, qui se pique de poésie.

Mais, suspense, Lionel le violent, Lionel qui a rapté et vendu comme objet sexuel le plus jeune amant de sa mère, Lionel va-t-il découvrir que sa maman a couché avec son neveu ?

Comme on le voit, la description par Amis d'une société à la dérive est féroce. Tous ses éléments si exagérés passent, tant qu'ils sont portés par un humour noir irrésistible et par l'agilité de l'auteur à se mouvoir entre différents niveaux de langue et à les faire résonner.

En même temps, cette critique est assez convenue et située socialement.

C'est, tout compte fait, un riche cultivé qui se moque des pauvres...



Martin Amis, Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre, Gallimard

08/03/2015

LUDWIG HOHL et MAX FRISCH

Le dernier numéro de la REVUE EUROPE est consacré à Frisch et à Ludwig HOHL

(dont Antonin Moeri a traduit trois livres parus aux Editions ZOE et Le Passeur; il a également écrit l'article sur le jeune Hohl dans le dit numéro qui vient de sortir)

 

 

 

Ludwig Hohl (1904-1980) a longtemps passé pour « un écrivain pour écrivains », mais aussi pour l’enfant terrible de la littérature helvétique. Sa vie fut entourée d’une aura de légende. Dans les années soixante, un culte du génie méconnu naquit autour de cet auteur et de son existence d’artiste marquée par les privations et la précarité. Le culte qui se développa alors autour de la personne de Hohl eut pour effet de reléguer au second plan l’oeuvre protéiforme de l’écrivain. Ses célèbres fiches suspendues à des cordes à linge, dans la cave genevoise où il vécut, firent l’objet de nombreuses photos et de divers récits de contemporains. Ce n’est que plus tard que le véritable intérêt pour leur contenu se manifesta. De nos jours, la notoriété de l’auteur de Chemin de nuit, d’Ascension ou de Nuances et détails grandit sans cesse. Les Notes ou De la réconciliation non-prématurée, volume de plus de mille pages, sont considérées comme un chef-d’oeuvre de ce penseur excentrique, de cet écrivain rare et exigeant qui fut admiré par des auteurs de l’envergure de Max Frisch, Elias Canetti, Friedrich Dürrenmatt ou encore Peter Handke.

 

Ariane Lüthi, Hugo Sarbach, Ludwig Hohl, Antonin Moeri, Anna Stüssi, Barbara Lafond-Kettlitz, Sabine Haubt, Martin Raaflaub, Magnus Wieland, Max Frisch, Friedrich Dürrenmatt.

 

Né à Zurich où il exerça d’abord comme architecte, Max Frisch (1911-1991) est l’une des figures majeures de la littérature allemande de l’après-guerre. Ses romans, ses pièces de théâtre et son journal ont été traduits dans le monde entier. Marquée à ses débuts par Brecht et l’existentialisme, son oeuvre explore des thèmes liés à la crise des sociétés modernes et à la difficulté des êtres à comprendre le monde et l’existence. Observateur aigu de son temps, habité par une exigence éthique d’équité qui le conduisit à tenter de secouer sans relâche la conscience de ses contemporains, Max Frisch est un écrivain dont les mots ont le pouvoir d’être infiniment tangibles et palpables. Il n’est pas jusqu’à son ironie qui ne soit une façon de tenir l’esprit en alerte. « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles », avait-il écrit dans Monsieur Bonhomme et les incendiaires. Sans optimisme niais, Max Frisch nous redonne confiance dans les vertus de la pensée, du doute et du questionnement. Il nous redit l’exigence de la responsabilité humaine et la puissance des devenirs à inventer, en toute liberté et lucidité.

 

Régine Battiston, Rolf Niederhauser, Marianne Frisch-Oellers, Richard Dindo, Katja Snozzi, Walter Lesch, Margit Unser, Olivier Mannoni, Max Frisch, François Rancillac, Jean-Marie Paul, Daniel Annen, Thomas Strässle, Christine Weder, Peter Bichsel.


05/03/2015

Le Jardin des muets (Trieste)

par Jean-Michel Olivier

images.jpegIl y a, près du port, un parc public appelé le Jardin des Muets.

En partant de la ville, on descend vers la mer. On tourne à droite après la Poissonnerie, puis on remonte en direction de l’église San Giusto. Mais on ne va pas jusque-là. On entre dans un parc immense et silencieux que peu de gens connaissent. Il y a des frênes aux belles fleurs écarlates et des arbres de Judée.

Mais ce qui fait le charme de ce jardin secret, c’est le silence qui y règne. Un silence de lecture ou de mort. C’est là que je venais lire ou écrire, loin des bruits de la ville, quand j’étais au lycée. On n’est jamais seul quand on lit un bon livre. On converse en silence avec les ombres. On voyage dans le temps et l’espace du rêve. On vit des aventures qui vous emportent au bout du monde ou vous font visiter votre ville, comme si elle était étrangère.

Je voulais vous montrer ce jardin, Romano, c’est le jardin de mon enfance, mon refuge et ma joie.

Un jour, était-ce fin avril ou début mai, je ne sais plus, nous quittons de bonne heure la librairie et nous longeons le Grand Canal. Un peu partout, les acacias en fleur sont déjà couverts d’hirondelles.

Trieste est une ville de l’été et l’été, ici, commence au début mai et finit en octobre.

Je cueille une branche de mimosa, je vous la donne et vous la respirez longuement, les yeux fermés, comme si vous récitiez une prière. Vous avez toujours été sensible aux fragrances, et celle-ci vous transporte.

images-3.jpegOn croise alors Umberto Saba, son béret sur la tête et la pipe à la bouche. Il est appuyé sur une canne.

Vous êtes impressionné, Romano, face au poète silencieux qui vous regarde avec ses yeux de bronze.

Plus loin, il y a Italo Svevo, sa grosse moustache et son nœud papillon, qui semble regarder ailleurs, toujours, vers l’horizon brumeux. Un mauvais plaisantin a aspergé son buste images-4.jpegde peinture rouge. Alors on jurerait qu’il a reçu un coup de hache ou de marteau sur la tête.

Vous cherchez Ezra Pound, le poète maudit. Il est caché derrière un cèdre noir, tout au bout de l’allée, dos au cimetière. Regard fou, cheveux en broussaille, moustache et barbichette mal taillées. Le Paradis, voilà ce que j’ai tenté d’écrire. Mais le Paradis du poète s’est brisé quelque part entre Venise et Trieste, la prison et l’asile psychiatrique. images-5.jpegLui qui considérait le sexe comme un sacrement et n’acceptait pas que l’Église touche l’argent destiné aux artistes et aux philosophes, il a fait vœu de silence depuis qu’on l’a accusé de trahison…

Au détour d’une allée, je vous montre le buste d’un illustre anonyme. Ses cheveux noirs sont coiffés en arrière et collés sur son crâne avec de la brillantine. Il a une partition de piano sous le bras. Sa petite moustache lui donne un air joyeux. Détaché des réalités du monde. C’est mon grand-père Heinrich. Heinrich Peter Buchacher. Musicien amateur et photographe du Duce. Je lui lance un baiser de la main.

Je vois que vous cherchez quelqu’un, Romano, dans cette crypte à ciel ouvert. Mais vous ne l’avez pas trouvé…

« Et Trieste ! Ah Trieste a mangé mon foie ! »

La nuit tombe déjà. Les portes du jardin vont bientôt se fermer. Il faut quitter le colloque des bustes.

Mais vous n’écoutez pas et vous m’entraînez par la main.

images-6.jpegDerrière une allée de cyprès, au milieu d’une pelouse, face à la mer qu’on entend murmurer, il y a un homme debout, son chapeau de guingois sur la tête, un bandeau de pirate sur l’œil gauche, une petite moustache, appuyé sur une frêle canne en jonc.

« Ah ! Le voilà… »

Vous approchez du poète irlandais qui a vécu et écrit ses plus belles pages dans cette ville, celui qui a réinventé l’odyssée quotidienne d’un petit juif de Dublin à la table des cafés de Trieste, entre deux leçons particulières d’anglais et ses cours de l’école Berlitz.

« James Joyce ! »

Il semble cligner de l’œil, nous inviter à boire avec lui un verre de pur malt et sourire de cette farce qui fait de lui un écrivain académique, coulé dans le bronze, lui qui n’a cessé de bouger, comme vous, Romano, l’exilé, l’étranger constamment au début de son histoire…

Dans la vie, vos héros sont des artistes !

J’entends des pas dans l’allée. Je vous prends par le bras, mais vous ne voulez pas partir.

Vous êtes un étranger, Romano, arrivé clandestinement en Italie avec de faux papiers ! Vous risquez d’être arrêté, jeté en prison, refoulé dans votre pays…

Deux carabiniers, en grande conversation sportive, débouchent de l’allée. Ils ne nous ont pas vus. J’empoigne votre bras et nous disparaissons sous les branches du cèdre. Je colle ma main sur votre bouche.

Les pandores poursuivent leur ronde. Ils ne regardent pas autour d’eux. Ils continuent à s’engueuler. Qui va gagner le match de dimanche entre la Triestina et l’Inter de Milan qui occupe la tête du championnat d’Italie ? Est-ce que l’Inter va jouer avec Bruno Masta et Fulvio Nesti ? Dans ce cas, les Triestins n’ont pas l’ombre d’une chance…

Je sens que vous avez envie d’ajouter votre grain de sel.

Heureusement que les carabiniers sont loin !

Leurs voix se perdent dans l’air du soir.

Vous embrassez ma main et je vous laisse faire. Vous embrassez mon bras, mon cou, mes seins. Je ne fais rien pour arrêter votre fougue. Nous nous laissons glisser sur la pelouse, dans la nuit parfumée. Nos baisers n’ont pas de fin. Notre désir non plus.

Joyce nous regarde en clignant des paupières. 

01/03/2015

nouvelles de Moeri à la radio

Du lundi 2 mars au vendredi 6 mars, sur ESPACE 2, de 16 h à 16.30, seront lues par Anne Schwaller, remarquable comédienne qui a joué souvent sous la direction de Gisèle Sallin, des nouvelles de votre serviteur tirées de Tam-Tam d'Eden et Encore chéri!


Imaginaire

Claude Dalcher
du lundi au vendredi de 16h00 à 16h30

Lundi 2 Mars 2015

 
 
Antonin Moeri: Nouvelles (1/5)
Couverture du recueil "Encore chéri !". [éd. Bernard Campiche]
 

Couverture du recueil "Encore chéri !". [éd. Bernard Campiche]

Né à Berne, Antonin Moeri est parfaitement bilingue. Mais c’est en français qu’il transcrit son imaginaire sur la page. Maître de la brièveté littéraire, il s’amuse avec la langue, variant les thèmes, les lexiques et les musiques.

Les nouvelles choisies sont extraites de ses deux derniers recueils "Tam-tam d'Éden" & "Encore chéri !" parus chez Bernard Campiche Éditeur.


"Le figurant"

Interprète: Anne Schwaller
Réalisation: Claude Dalcher