04/09/2015

Vivarium de Thomas Kryzaniac

Par Alain Bagnoud

 

 Vivarium de Thomas Kryzaniac Dans une écriture tenue, Vivarium de Thomas Kryzaniac décrit le séjour dans une île d'un écrivain, de sa compagne, et d'un ancien admirateur venu sur place pour faire un documentaire sur l'auteur. Tout ça pourrait être paradisiaque : l'endroit exotique, le pittoresque, la découverte. Tout ça, au contraire est cauchemardesque.

L'île, les premiers jours, se découvre être une sorte de labyrinthe aux dimensions vagues, noyée dans un mauvais temps déprimant. Le soleil n'améliorera pas les choses, qui imprimera un changement de réalité des images. Joseph Rivière, l'écrivain désabusé, bavard, n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été quand il avait du succès. Sa compagne, elle, se fait attendre.

Léon, le narrateur, venu pour la voir est laissé à lui-même chez un indigène qui, heureusement, possède une collection impressionnante de films, aubaine pour un cinéaste. Mais ce sont exclusivement des films pornographiques - dont la fonction se révélera à la fin du livre.

Quand, enfin, Joseph Rivière raconte à Léon l'histoire de sa compagne, il découvre qu'elle est malade, fragile psychiquement.

Du moins est-ce le point de vue de Rivière. Il décrit une femme décharnée, puante, cadavérique. Mais Léon voit une jeune femme ravissante, dont il tombe amoureux. Il n'y aura pas d'histoire entre les deux, mais un jeu de triangle pervers et tendu.

Rivière et Mathilda se frottent à Léon, l'utilisent comme une « cuvette pour leurs états d'âme. » reflétant le roman qu'écrit Rivière et qui parle de trois personnages. « Une relation étrange prend forme; ils ne sont que trois mais leur combinaison donne naissance à une forme étrangère - comme un triangle avec un quatrième côté. »

Quelque chose dans Vivarium tient du cauchemar. Le décor, les états de la maladie, l'état psychique des personnages donnent  Vivarium de Thomas Kryzaniac l'occasion à Thomas Kryzaniac de puiser dans son répertoire d'images cauchemardesques pour dépeindre une réalité sans espoir. Même la rémission finale semble condamnée à un nouveau cycle d'ombre, de transformation, de terreur.

La langue précise, tenue, minutieuse, propose une construction serrée qui retient le lecteur dans ses filets. Celui-ci attend le dévoilement des différents mystères du roman (les raisons d'agir ainsi du personnage principal, l'apparition de Mathilda, l'explication de son comportement, l'élucidation de ses rapports avec Rivière...), dont la révélation progressive crée une véritable tension romanesque.

 

Thomas Kryzaniac, Vivarium, L'Age d'Homme

 

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