16/10/2015

Blaise Hofmann, Capucine

Par Alain Bagnoud

  Blaise Hofmann, CapucineIl m'a fallu pas mal de pages du livre de Blaise Hofmann pour comprendre qui est réellement Capucine. Qui elle est réellement pour moi. Après son enfance en province, ses années de mannequin à Paris, la voici à Hollywood où elle joue, explique Hofmann, la femme de l'inspecteur Clouseau dans La Panthère rose.

 

La femme de l'inspecteur Clouseau ? Je connais le film mais impossible de me faire une image précise. Donc, internet, recherche, et en quelques secondes, voici Capucine sur l'écran. Une grande et belle femme froide, qui joue la comédie pas trop mal, n'est pas ridicule du tout.

 

Mais le problème, le sien, c'est que dès que l'écran s'éteint, on l'oublie, contrairement à d'autres actrices froides et belles qui brûlent sur la pellicule et dans les souvenirs (Ingrid Bergman par exemple).

 

C'est un personnage, dirais-je, d'autant plus intéressant à biographer. Il y a non seulement l'ascension, la chute (sans mauvais jeu de mots : elle s'est jetée de son balcon) mais aussi la fabrication. Celle qui fait un mannequin parisien adulé à partir d'une provinciale qui a connu débuts difficiles à Saint-Germain des Prés d'après guerre (les caves à jazz, les photos publicitaires, les boulots de serveuse, de présentatrice de cabaret). Celle d'une ambitieuse qui aborde l'Amérique au culot pour devenir une star de Hollywood, laisse tout derrière elle, et a une chance extraordinaire : John Wayne s'extasie devant cette belle fille, la drague dans un restaurant français de New York, l'invite à sa table et la présente au producteur Charles Feldmann.

 

Il sera son pygmalion. Assez âgé pour être son père, il la pousse à Holllywood, l'habille, lui fait prendre des cours, l'héberge chez lui, est son amant, lui fait un gosse et lui ordonne d'avorter. Il « dépense une fortune pour sa formation » et arrange des films autour d'elle, explique Dirk Bogarde dans son autobiographie.

 

Ainsi, Capucine devient une star, excentrique, amie de Audrey Hepburn. Dès 1960, à 32 ans, elle joue les femmes tourmentées avec John Wayne, Woody Allen, Petter Sellers, David Niven, Fellini... Ça dure dix ans, dans la lumière, les flashs, la ferveur.

 

Mais quand elle quitte Feldmann qui la tenait à bout de bras, sa carrière à Hollywood s'effondre. Ensuite, c'est la dégringolade, le repli à Lausanne dans l'appartement que Feldmann lui a acheté. Puis, des années après, le suicide.

 

Il n'y a plus de biographie moderne sans implication de l'auteur. C'est une règle. Généralement, elle est d'identification. Emmanuel Carrère, par exemple, l'utilise avec Jean-Claude Romand dans L'Adversaire (ce faux docteur qui a tué femme, enfants et parents près de Genève), ou avec Limonov, l'écrivain et homme politique russe. Ça marche bien pour Carrère. C'est un maître du genre.

 

  Blaise Hofmann, CapucineBlaise Hofmann ne peut pas jouer sur ce ressort : Capucine est son opposée. Elle : femme, froide, peu sympathique semble-t-il, dépressive, potiche, finalement peu de talent sinon de se faire exposer en surface. Lui : tout le contraire. Peut-être, en cherchant bien, y a-t-il simplement de commun entre eux des débuts éclatants (chacun dans son genre) et, comme à chaque fois qu'il y a débuts éclatants, la question de durer - qui ne se pose pas du tout pour Hoffmann en ce moment - sinon peut-être dans son imaginaire, où je ne suis pas...

 

L'implication de l'auteur est donc tout autre que de projection: il se met en scène en train d'enquêter, va sur le terrain, explore la ville d'enfance de Capucine, interroge ceux qui l'ont connue à Saumur, Paris et à Lausanne (et ne récolte finalement pas grand chose, comparé à la documentation abondante et précise qu'il a rassemblée sur son modèle et les époques qu'elle traverse ). Il se met à sa place aussi, écrit quelques parties de son enfance, de son adolescence à la première personne. On a déjà discuté dans les journaux de la réussite ou non de ce procédé.

 

Ce qui m'intéresse plus, moi, c'est la question du genre.

 

Il y en a un dans lequel Blaise Hoffmann excelle, où il est reconnu : le récit de voyage (Billet aller-simple, Notre mer, Estive, Marquises). Ici, il s'agit pour lui d'investir quelque chose d'autre : la biographie, un nouveau domaine, avec de nouvelles règles, de nouveaux procédés à connaître pour les adopter, les refuser, ou jouer avec eux.

 

Capucine raconte aussi ça : la conquête d'un genre.

 

 

 

Blaise Hofmann, Capucine, Zoé

 

Commentaires

Effectivement, je me suis aussi demandé comment Hofmann pouvait aussi facilement sauter du coq à l'âne. Une trop grande fréquentation de la ruralité à travers ses brebis ?
Quoiqu'à la réflexion, Capucine est aussi un personnage assez Fmurrien...

Écrit par : Géo | 16/10/2015

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