18/09/2016

mes trois auteurs préférés

 

par antonin moeri

 

 Mes trois auteurs préférés sont Kafka, Céline et Thomas Bernhard. Ces auteurs ont des points communs. L’énonciation, chez eux, ne fait qu’un avec le désir, par-dessus les normes, les codes, les connivences, les lois, les Etats, les régimes. Il y a aussi leur rapport au burlesque, au cirque. Que ce soit le padre lisant le journal dans La Métamorphose et brandissant tout à coup ce journal pour chasser l’horrible vermine du salon, que ce soient les personnages de Nord qu’on dirait sortis d’un rêve éveillé (le vieux Kretzer chevauchant les petites polonaises avant de se faire sévèrement fouetter par icelles), que ce soit la romancière Jeannie Billroth dans Holzfällen qui s’est toujours considérée comme la Virginia Woolf de Vienne et qui, avec sa robe noire tricotée de sa propre main, n’est qu’une «déplorable pourvoyeuse de kitch sur papier», le lecteur voit évoluer ces personnages sur la scène d’un théâtre très cruel et très comique. Si le lecteur ne s’amuse pas (je ne parle pas de simple et abrutissant divertissement) en lisant ces textes de Kafka, Céline et Bernhard, il n’y comprendra que pouic. Il y a, chez ces auteurs, un mélange de lyrisme particulier, de grotesque tonique et de burlesque vivifiant qui me font constamment songer au cabaret de Karl Valentin ou à certains grands clowns. La dimension du cirque, on la retrouve naturellement chez Hohl (le Hohl narratif), Gogol, Tim Parks et bien d’autres. Ne serait-elle pas, cette dimension du music-hall, du cirque ou du théâtre, une manière de saper toute foi, toute croyance réconfortante, toute certitude?

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