21/01/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 17)

Épisode 17 : Georgia on my mind !

Georgia O'KeeffeCe n’est pas un hasard si les toiles de Georgia O’Keeffe s’exposent sur le mur des Blogres. Elles peuplent notre imaginaire telle une connexion ancestrale, profondément féministe. Elles évoquent la modernité par le jeu de la figuration qui tend vers l’abstraction, par les sensations immédiates que procurent les couleurs, les lignes, les formes. N’est-ce pas la force de son art que nous aimons tant, à la fois sensuel, libre et revendicateur ?

imgres.jpgGeorgia O’Keeffe a aimé un homme de 23 ans son aîné, le célèbre photographe Alfred Stieglitz, qui a fait d’elle une icône de l’art américian. Il l’a exposée dans sa prestigieuse « Galerie 291 » à Manhattan où le public américain découvrit Picasso, Braque, Matisse et Cézanne. Leur collaboration est intense. Stieglitz la prend comme modèle et la sublime dans leur petit appartement new-yorkais aux murs jaunes et au sol orange. Il capture le grain de sa peau, révélant son désir absolu et instantané. Les images qu’elle découvre la troublent, elle se voit autre et magnifique. Les nus anonymes seront exposés en même temps que ses toiles.

Paint or breed !

Georgia O'KeeffeL’engouement pour les nus de Stieglitz suscite immédiatement la curiosité du public pour la peinture de O’Keeffe. Le galeriste génial avait anticipé le phénomène.  Les nus ouvriront ainsi la voie de la célébrité. C’est ainsi que le pygmalion va façonner la carrière de Georgia. Il l’épouse, lui prouve maintes fois son amour, mais lui refuse l’enfant qu’elle désire tant. Entre enfanter et peindre, elle n’aura pas le choix. Sa vie est son art. Elle doit s’y consacrer corps et âme. En même temps, il trousse la cuisinière, batifole dans la propriété du Lac George au milieu des jolis modèles et des photographes. Georgia soulagée de ne plus servir de modèle, peine à comprendre le double discours de son amant. Ses déclarations d’amour ne trahissent-elles pas son désir copié, ressassé, reproduit ? Les mots ont-ils encore un sens dans ce déni de réalité ? « Stieglitz m’a détourné de mon art. La célébrité aussi ». C’est pourquoi elle a besoin d’espace pour son art, pour son équilibre. Les lumières inédites et les paysages désertiques du Nouveau-Mexique exercent sur elle une attraction envoûtante, son mari sera surnommé dans l’imaginaire des autochtones, « plume de corbeau »…

La Femme sauvage !
Georgia O'KeeffeDans le désert près de Santa Fé, Georgia O’Keeffe ramasse et rassemble les os épars, les entasse dans un tonneau qu’elle ramène à New-York. Telle la Femme sauvage (la Loba) dans la légende hispanico-mexicaine, elle va leur insuffler une vie nouvelle. Il y a du vivant dans l’os plus que dans l’animal qui chasse, rampe ou hurle. Sonder l’os jusqu’à la substantifique moëlle, s’enfoncer dans le cœur de quelque chose d’intensément vivant. Georgia O’Keeffe, à l’autre bout du monde, dans un temps incertain a rejoint le cercle des gypaètes !

 

SOURCES :

Les éléments de la vie de Georgia O’Keeffe m’ont été inspirés par le roman de Dawn TRIPP, Georgia : A Novel of Georgia O’Keeffe (New York, Penguin Random House, 2016, 318 p.)  et par des propos recueillis par John LOENGARD dans Peintures et photographies : Une visite à Abiquiu et à Ghost Ranch.

ICONOGRAPHIE :

Georgia O’KEEFFE, Grey, Blue and Black, Pink Circle.

Georgia O’Keeffe, photographie de Alfred STIEGLITZ.

Georgia O’KEEFFE, Black Abstraction.

Georgia O’KEEFFE, Red Hills and Bones.

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