• Les Carnets de CoraH (Épisode 31)

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    Épisode 31 : Le médium est le message IV

    georgia O'KeeffeL’ère numérique opérait sa révolution et l’extension des outils connectés était en train de bouleverser notre quotidien.

    Les téléphones fixes devenaient sans fil puis portables. Que reste-t-il de cette conversion ? Un sentiment bien étrange de déplacement. On s’éloignait de la base pour migrer dans l’espace, l’oreille vissée à l’engin. Le « T’es où ? » remplaçait le « Tu fais quoi ? » Moins concentrés sur la voix de l’autre, on pouvait faire autre chose qu’écouter. Cette prise de conscience m’a déroutée puis j’ai suivi comme tout le monde la ligne de fuite. Andy était le premier de mes amis à posséder un tel appareil. Il n’était jamais chez lui au moment de l'appel. Il aimait se perdre dans des lieux insolites. T’es où Andy ?  dans un magasin de tapis (ah ?), entre deux magnolias en fleur (oh !) ou avec une serveuse à la réplique mordante dans un greasy spoon local (aha!). Il se téléportait d’un bout à l’autre de la métropole juste pour nous surprendre. Nous étions encore les sédentaires loufoques de la ligne fixe, alors que le bruit des sirènes couvrait ses paroles. Aujourd’hui, nous établissons des connexions en tous lieux et toute heure dans le brouhaha du village global.

    Dans ce magma de câbles hyperconnectés, les sites web commençaient à faire leur apparition. On s’inquiétait de l’impérialisme américain et de l’utilisation de l’anglais pour les contenus diffusés sur la Toile. Le programme McLuhan collaborait étroitement avec l’ambassade de France pour rendre francophone l’outil de recherche Yahoo ! Ainsi est née à Toronto, La culture francophone, c’est chouette ! une base de données francophones qui fut mise en ligne par Henriette Gezundhajt. La francophonie, c'était notre combat!

    georgia O'KeeffeEn même temps, L’Étoile suisse romande prit une nouvelle extension. Elle brillait dans la sphère numérique grâce à une collaboration qui se mit en place avec mon ami Vittorio Frigerio, un compatriote expatrié à Toronto. Ensemble, nous avions créé le Centre de documentation et de littérature romande et obtenu le soutien du Département de français qui nous laissa aménager un espace où étaient exposés les livres que nous envoyait régulièrement Marlyse Etter, par le biais de Pro Helvetia. Le catalogue que l’on ambitionnait exhaustif, prit peu à peu de l’ampleur et les rencontres au St Michael’s College devenaient une étape sur la route des auteurs. Colloques, lectures, soirées poétiques, débats… étaient autant d’événements qui s’inscrivaient dans la Toile.

    TintinEt puis il y a eu l’événement phare. La première visioconférence de Paris avec Julia Kristeva, l’invitée permanente des Littératures comparées de Toronto. Elle donnait ses cours le lundi et s’envolait le reste de la semaine pour New York ou l’Europe. La virtualité lui donnait le don d'ubiquité. Elle était présente sur deux tableaux, en chair d’abord puis en images. Henriette de la Francophonie, c’est chouette !, qui participait à l’événement organisé par le programme McLuhan, profita des longs préparatifs de connexion avec Paris pour saluer ses parents dans le public outremer. Avec un large sourire, elle leur fit des signes répétés sur l’écran géant et poussa du coude son compagnon pour qu’il fût aussi dans le cadre. Le plan fixe sur la surprise des parents fut livré en direct comme un spectacle innocent partagé au vu et au su de tous. Nous frémissions de plaisir, comme au château de Moulinsart, en attendant que la star du Temps sensible prenne la parole. 

    Georgia O'KEEFFE, Black and White, 1930.

    Georgia O'KEEFFE, Starlight Night, 1917.

    HERGÉ. Tintin et les bijoux de la Castafiore. 

  • Le livre des métamorphoses (Sacha Després)

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown.jpegSacha Després est une artiste à part : elle peint, elle écrit des chroniques et des livres (deux romans publiés à l'Âge d'Homme), elle joue de son image à la fois fragile et sauvage. Une chose est sûre : elle possède un univers très personnel, fait d'obsessions, d'images fortes, de flashes hallucinatoires. 

    Dans La Petite Galère*, son premier livre, ces obsessions affleuraient dans le quotidien d'une famille désaccordée et poursuivie par le malheur (voir ici). Les femmes y jouaient un rôle central, à la fois tentatrices et soumises à des pulsions qui les dépassaient.  « Je ne peins pas des victimes mais plutôt des  animaux humains tourmentés par leur désir de (s'entre)dévorer. » Le roman oscillait entre le réalisme et la fable. Et déjà, au contour d'une image ou d'une phrase, on admirait la langue, douce et violente, de cette chronique du quotidien.

    Avec Morceaux**, on change de registre. Ce n'est pas un roman réaliste, mais plutôt une fable d'anticipation. Les personnages, curieusement, y ont peu de chair et d'esprit. Ce sont des animaux humains livrés à la domination d'un petit nombre (les « gras ») et destinés, presque tous, à la consommation. On retrouve, comme dans le roman précédent, l'obsession de la viande et de la violence, la peur de l'abattoir, le goût du sang et des larmes. Mais ici on a quitté l'univers confiné des banlieues de La Petite Galère. On se trouve dans un monde effondré, juste après l'apocalypse, où chaque homme est d'abord un morceau — une proie facile pour satisfaire l'appétit des maîtres. images-1.jpegOn pense à 1984 de George Orwell et, bien sûr, à La Route, le grand roman de Cormac McCarthy. D'autant que le couple incestueux qui parcourt cet univers déshumanisé (Idé et Lucius Fauve sont frère et sœur) erre sur les chemins de la désolation, après la fin du monde, comme les deux personnages centraux de La Route

    Une question essentielle hante le roman : qu'y avait-il avant l'apocalypse ? Les hommes vivaient-ils déjà dans cet univers de violence prédatrice, chacun recherchant pour lui seul les meilleurs morceaux ? Et quelle mémoire gardons-nous de cette époque disparue ? Cette question est centrale, mais à peine esquissée dans le livre qui fait l'impasse à la fois sur le passé et sur l'avenir, bien que certains personnages, avec le temps, connaissent des métamorphoses. Mais l'auteur ne livre aucune piste sur ces transformations.

    Restent, dans ce roman crépusculaire, quelques phrases qui se gravent dans la mémoire : « Dans le ciel cousu d'étoiles vit un abîme désirable. » Ou encore : « Le volcan est en gestation. Il accueille le repaire des chimères. » Ou enfin : « Les domestiques rêvent à une terre qui ne coupe plus la langue des esclaves. » 

    * Sacha Després, La Petite Galère, roman, Poche suisse, l'Âge d'Homme, 2015.

    ** Sacha Després, Morceaux, roman, l'Âge d'Homme, 2018.

  • Les Carnets de CoraH (Épisode 30)

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    Épisode 30 : Le médium est le message III

    Georgia O'KeeffeJ’ai eu la chance de connaître le milieu universitaire de Toronto dans l’effervescence des années 80-90. La constellation des idées, souvent inouïes, parfois hallucinantes, explosaient dans la sphère des possibles. Les protestations des éteignoirs restaient lettre morte sur l’autoroute de la connexion. Seul le médium menait la révolution dans l’opacité du village global.

    Youpie! Aucun rabat-joie à l’horizon de l’espérance. La multitude des mondes parallèles s’ouvraient dans le balbutiement du Web permettant à la matière grise de se dilater dans l’ère numérique. Yahoo !

    Peu à peu, on assistait à un décloisonnement productif entre les disciplines et les facultés. Lire des poèmes de toutes origines, et en même temps, interroger leurs répercussions sur le système neuromusculaire était possible. Les humanités bâtissaient ainsi dans la masse virtuelle une mégapole de l’information.

    720e02b5a62c7610e782945e52423620df23bb62.jpgLe programme McLuhan participait à cet avènement, son directeur Derrick de Kerckhove enseignait au Département de français : « Pour savoir ce qui se passe vraiment dans le présent, il faut d’abord interroger les artistes ; ils en savent bien plus que les savants et les technocrates, car ils vivent dans le présent absolu. »

    georgia O'KeeffeSi ce visionnaire lettré n’a pas été mon maître, il m’a prouvé plus d’une fois son exceptionnelle présence au monde. Un jour que nous traversions le parc de Queen’s, il a ramassé une pièce de monnaie égarée sur le sol et me l’a tendue en me souhaitant bonne chance selon une coutume chinoise. Puis il ajouta : « J’étais comme toi à ton âge, je m’ennuyais à fendre l’âme. Trouve l’étoile qui brille au firmament de ta destinée. Elle tracera ta voie. » Ainsi est née à Toronto L’Étoile suisse romande, un site pionnier sur la littérature romande dans l’en-nuit d’une promesse aveugle.

     

    Georgia O'KEEFFE, Brooklyn Bridge, 1949.

    Derrick de KERKHOVE, The Skin of Culture : Investigating the New Electronic Reality, Toronto, Somerville House Books, 1995.

    Georgia O’KEEFFE, Ladder to the Moon, 1958.

  • Retour vers l'enfance (Amélie Plume)

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    Unknown-2.jpegIl y a une petite musique d'Amélie Plume comme il y a une musique d'Annie Ernaux ou de Corinna Bille : on reconnaît tout de suite l'auteur au ton vif, au verbe précis, à l'écriture courante (comme disait Duras). Et son dernier livre, Un voile de coton*, n'échappe pas à la règle. On y retrouve la vivacité des aventures de Plumette ou de Marie-Mélina s'en va (tous publiés aux éditions Zoé)Une ode à la liberté et l'écriture.

    Autobiographique, comme tous les livres d'Amélie Plume, Le voile de coton comporte deux parties, à la fois distinctes et inséparables. Dans la première, la narratrice-auteure se lance dans une randonnée jurassienne (sa terre natale) tantôt en voiture, tantôt en train ou en car postal. Elle veut revoir les lieux de son enfance. Évidemment, tout a changé. Elle ne retrouve rien (ou presque) de ses premières années d'école, de son village natal, des gens qui ont connu sa famille (Ah ! Mais nous n'étions pas nés ! »). Ses souvenirs sont imprécis, imaginaires. Elle poursuit sa quête, sac au dos, sur des sentiers inconnus, croisent des champignonneurs (ah ! les écumeux au vinaigre de sa mère !), est surprise par l'accueil amical des aubergistes ou des buralistes, tous charmants. Grâce à elle, nous suivons des chemins de traverse et découvrons des villages au nom chantant : Sonceboz, Corgémont, Renan, Sonvillier. C'est une sorte de road-movie aventureux, drôle et surprenant.

    Unknown-1.jpegLa seconde partie est plus convenue. L'écrivaine est rentrée chez elle, à Genève, et s'appuyant à la fois sur ses souvenirs et une abondante documentation (photos, lettres), elle entreprend d'écrire l'histoire de son enfance. Son père de plus en plus absent. Sa mère qui trime pour joindre les deux bouts avec ses trois enfants et son ménage à tenir. Très vite, le récit va se centrer sur la figure de la mère, à la fois sainte et sacrifiée. Une mère attentive et protectrice, qui tisse un voile de coton autour de ses enfants, surtout Amélie. Le récit autobiographique se transforme ainsi en hommage à cette femme silencieuse et discrète, aidante, aimante, qui s'accompagne au piano pour chanter des chansons de Jean Villard-Gilles (Les Trois Cloches, le Bonheur). 

    Toute la question, pour la petite fille devenue grande, c'est de savoir comment déchirer ce voile de coton qui la protège, à la fois, et l'emprisonne. Une issue possible est le mensonge. Et la jeune ado ne s'en prive pas. De là, sans doute, son goût pour la fable et l'affabulation. Une autre est l'écriture qu'elle commence à tisser dès l'adolescence. Les mots sont une arme pour sortir de l'emprise maternelle, à la fois douce et implacable (d'autant plus implacable qu'elle est douce). C'est la voie royale que va choisir Amélie Plume, qui l'amènera au combat féministe et à l'écriture libre et engagée. À cette petite musique, reconnaissable entre toutes, qui résonne dans chacun de ses livres.

    C'est un bonheur de l'entendre à nouveau dans Le Voile de coton.

    * Amélie Plume, Le Voile de coton, Zoé, 2018.

  • Les Carnets de CoraH (Épisode 29)

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    Épisode 29 : Le médium est le message II

    Georgia O'KeeffeLe web est un magma de toiles communiquantes, entre tentatives de liaisons avortées et recommencements.  Ma vie torontoise était tissée de ces fils multiples et consécutifs qui se révélaient dans l’ordinaire : une soupe safranée et aromatisée de persil au café Lagaffe, une toile de Folon qui me servait de protection chez mon psy, un radiateur branché sur le réseau et diffusant des messages prémonitoires, le gynécée d’une fleur avec quelques grains de pollen qui s’en échappent. 

    Dans cette présence au monde, je me sentais hyperconnectée et trouvais du sens à traverser les couches du temps, chatouillée par toutes les décharges et frôlements de cet état extatique. Je m’amusais comme une pile électrique dans les hautes sphères. Je confectionnais des cartes de visite pour mes déplacements en taxi que je distribuais à mes collègues : « Fresh scent taxi with Ali » ; j’achetais pendant trois mois, des billets de loterie pour tout le personnel du Département conjurant ainsi la détresse du hasard ; j’allais même imaginer une idylle avec un mannequin que je retrouvais dans les cocktails organisés par le consulat suisse de georgia-o-keeffe-jack-in-the-pulpit-no-vi.jpgToronto. Il s’appelait P. Jane. Il était beau paraît-il, si beau qu’on ne voyait que lui dans une pièce. Mes amis gay étaient sous le charme et communiquaient entre eux avec des codes que je percevais. Je ne voyais que ses blessures faussement licites, ses narines dissimulant avec peine du sang séché et sa cicatrice dans le dos, lisse entre deux côtes (bones) provenant grossièrement d’un coup de couteau ou d’une balle perdue. Une peau imberbe, trouée et tatouée sous la tenue d'apparat.

    Je bouclai ma thèse après des années de recherche. J’en arrachai en une nuit, la substantifique moëlle et l’étalai sur une page. Le lendemain, je la traduisis vers l’anglais et la rendis échinée à mon directeur de thèse. « C’est court mais dense, croyez-moi ! Elle est l'aboutissement de mes recherches. Un jus de cervelle à l'état pur propageant une polyphonie de sens à l'infini! Plus poïètique tu meurs ! Forme et contenu confondus ! Plus serait trahir l'essence ! » Mais l’Uni veut du cheminement intègre voire laborieux, des mots à profusion même s’ils engloutissent l’enjeu ou la portée. Et du texte (à défaut de sexe), encore et encore du texte, toujours du texte. Surtout pas un poème. Comme j’étais de mauvaise foi, je fus recalée. 

    georgia O'KeeffeQuand j’annonçai la nouvelle en Suisse, mon père dont je connaissais plus la sagesse que l’exigence, répliqua à distance : « Tu sais, Einstein, n’écrivit qu’une ligne…». Bénies soient ses paroles ! Le progrès viendrait du sens, de la fulgurance, du fugitif ! Mon père, cet homme qui me conçut sans plan ni programme ni carte, bien qu’équippé d’une capote mal fichue, ne déjoua pas le destin, ne se débina pas. Il m’accueillit encore une fois avec gravité, lui qui se rêvait nomade, caravanier du désert ou marin d’eau salée alors que je m'élevais à l'écart de lui, sa fille rebelle. 

     

    Georgia O’Keeffe,  Blue Flower, 1918.

    Georgia O’Keeffe,  Jack-in-the-Pulpit VI, 1930

    Georgia O’Keeffe,  Papaya Tree – Iao Valley – Maui, 1939.

     

  • Les Carnets de CoraH (Épisode 28)

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    Épisode 28 : Le médium est le message…

    Georgia O'KeeffeAvec mon imperméable vert ceinturé et mes semelles de vent, j’ai traversé la ville de part en part, rencontré les passagers du temps dans la parole ouverte et migrante. J’ai pris mes cliques et mes claques, quitté l’ex et suivi l’odeur du café sucré. De la rue Danforth, dans le quartier grec à la rue Beatrice, dans la Petite Italie, mon monde avait changé une nouvelle fois de langue, de saveurs, de spécialités. J’avais traversé la ligne de démarcation entre l’est et l’ouest, passé de l’autre côté de la vallée de la rivière Don et de la rue Yonge, l’artère la plus longue au monde qui mène le regard jusque dans la taïga du bouclier canadien. Dans le même élan, j’allais plus au Sud, vers les quartiers populaires de Chine et d’Inde. Mes repères géographiques avaient opéré une rotation.


    Georgia O'KeeffeJ’avais la chance de travailler à l’Université de Toronto, un campus d’échanges aussi insolites que mes traversées nocturnes. J’étais peut-être à la croisée des chemins. La coïncidence voulut que le Web naisse à Genève alors que j’étais à Toronto pour en mesurer les effets ! Le monde académique faisait à l’instar des autres communautés, sa révolution informatique, accélérée par la possibilité d’une connection à l’échelle planétaire. Quelle serait la place des humanités dans cette promotion numérique sans limites ? La poésie y serait-elle entendue, lue, partagée ? Est-ce qu’on verrait les sciences surclasser les arts et les humanités ? l’anglais déborder les autres langues ? Si le médium était le message, l’enjeu serait les contenus pluriels, archipéliques, multilingues, diversifiés, opaques, éclatés, transhumanistes, rhizomatiques...


    La Toile était alors perçue comme une pluie d’étoiles scintillantes dans le milieu actif et réceptif de la recherche. Un tissage dont les fils transformaient les utilisateurs en funambules, enivrés par le vertige des possibiltés. Désormais, certains catalogues de bibliothèque du monde entier pouvaient être consultés en ligne, des bases de données textuelles étaient disponibles, des volumes complets d’auteurs classiques et des dictionnaires, numérisés. Plus qu’une révolution, un séisme dans les outils de recherche mis à la disposition des étudiants. Au siècle dernier.

    attir2.jpgLe réseau numérique s’avançait alors imperceptiblement dans son horizontalité, fixant un à-plat de connections on et off au plus près des êtres jusque dans les zones les plus reculées. Au fil du temps, la masse s’est amplifiée dans la verticalité (reliant l’individu à l’inconnu), et s’est densifiée dans une juxtaposition de correspondances entremêlées comme si l’artiste cherchait dans la superposition de couches, la plus récente (et visible) recouvrant les traces (en relief et peut-être fausses) des précédentes, la suprême impression d’une communication réussie.

    Georgia O'KEEFFE, City Night, 1926.

    Georgia O'KEEFFE, Sky Above Clouds I, 1962.

    Marc JURT, Attirance.

     

  • Les Carnets de CoraH (Épisode 27)

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    Épisode 27 : Visions pascales…

    Georgia O'KeeffeLe dimanche de la résurrection, j’ai vu dans l’épaisseur du monde l’éclat du soleil couchant. Phare de mes nuits crucifiées, beauté flamboyante. Quelqu’un ou quelque chose semble-t-il veiller ? Est-ce toi l’artiste d’une beauté reconnue ? Me fais-tu signe au-delà de ce capharnaüm ?

    Georgia O’Keeffe, ma sœur d’art, n’as-tu pas eu une révélation dans le désert du Nouveau-Mexique où tu frappais, d’un coup de bâton, les serpents et collectionnais le grelot de leurs queues ?

    Divorce à la canadienne…

    Georgia O'KeeffeJe divorçai la veille de la cène insensée. Je compris ce jeudi-là qu’on m’attendait ailleurs, dans une galerie de peintres, des salons en enfilade ou au café Lagaffe où j’avais pris mes habitudes. Je ressentais qu’il existait une voie que je pouvais tracer seule, commencer ma rotation et renaître. Mettre des couleurs dans les assiettes, de l’acuité dans les amitiés, des fleurs dans mon vase. Prendre le temps d’explorer, de manger, de vieillir. J’étais comme prise dans la glace, friable, au bord de la pulvérisation. J’attendais un réchauffement organique. La sécession est une division abyssale, une fragmentation hallucinante, un radiateur débranché comme des noces de papier cendré.

     

    L'image fut si belle en ce miroir d'été.

    Corah-Lynne en mère rêvée

    Dans ton regard,

    Jusqu'à la nuit des temps,

    Soudés, avec l’enfant avenir.

    Qui ne vint pas.

     

    shell-no-2-1928-web.jpgOr

    Elles et moi, écartées.

    Ex définitivement.

    Lui menant un rodéo d’ébène périlleux

    Prisonnier des artifices

    Des ghettos gays de Toronto.

    Sans papier

    Renvoyé manu militari dans son pays.

    C’est alors…

    Au large de Danforth

    Dans les circuits révélés

    Que tu réinventas ta conquête de l’Ouest.

     

    Or

    La femme de chair à l'horizon du songe,

    Déambulante

    Circulée

    Givrée

    Ne vint-elle pas jusqu'au bout du sacre ?

     

    Georgia O'KEEFFE, Easter Sunrise, 1953.

    Georgia O'KEEFFE, Winter, 1963.

    Georgia O'KEEFFE, Shell, no 2, 1928.

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