11/03/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 24)

Épisode 24 : Fuir ou claquer…

Retour en arrière 

Georgia O'KeeffeLa fuite est mon mouvement. C’est comme si je trouais une brèche dans des lieux trop asphyxiants. La course à pieds est devenu mon instinct de survie. À neuf mois, je marchais. Mes genoux se sont écartés, mes os se sont arqués. Ma volonté s’est extraite de la nature et y a tracé un désir d’évasion, un goût pour les espaces lointains. Le traitement salutaire s’accompagnait de massages en eau de mer et de semelles spéciales à enfiler dans les chaussures. Mon handicap m’a donné une place dans la fratrie, en même temps qu’un regard lucide sur le monde. Plus jamais on ne m’abandonnerait l’été dans une famille d’accueil inquiétante. Plus jamais de sevrage forcé loin de la Méditerranée. J’aurai droit, me too, au bronzage, au sel sur la peau, au sable dans les cheveux. Dorénavant, je serais la petite dernière, celle qui est née après, claudiquant au bout de la ligne comme un terminus ou un bébé capote. La faille dans l’impossible, c’est mon destin.

Fuite en avant  

Georgia O'KeeffeÀ 17 ans, j’ai fui le prédateur, sombre corbeau au désir impératif et croque-la-mort. Fui le noir corbillard verrouillé où reposait le corps en bière. Fuir c’était d’abord sortir du corbillard. Fuir c’était marcher sans se retourner de Milhaud jusqu’à la plage de Montpellier et noyer la blessure dans la Méditerranée. Fuir c’était vivre ! Ôter la chape ! Souffler! Inspirer ! Expirer ! La fuite dans la vie, c’était ma chance.

Ligne de fuite
Georgia O'KeeffeLe choc fut tel qu’il me rendit au fil du temps sans mémoire. L’angoisse est devenue une obsession comme un fil qui en croise d'autres reliant des deux côtés de l’horizon une logique de la courbature et du tissage. Marche ! Cours ! Nage ! Danse ! Chante ! Le mouvement redonne vie aux lâches tissus comme une transe tonifie les muscles pour évacuer la colère, suspendre le mal. Et, chose étrange, les brûlures s'en vont en effet, sans éclat. (2 sur 10). Et ce qui fut — idées noires, cauchemars, crampes—, reste mais érodé par l'écoulement, le flux des sens. Traversé par la foudre, le corps subsiste, cahin-caha, brûlant, sclérosé, ce cocon de soie qui absorbe l’existence. 
Ce corps est mon étoffe de soie indienne, ma Corah.

 

Georgia O'KEEFFE, Black Abstraction, 1927. 

Georgia O'KEEFFE, Pelvis with Pedernal, 1943.

Georgia O'KEEFFE, Pelvis with the Moon, 1943.

 

09/03/2018

Où sont passés les Maîtres (sur la misère universitaire) ?

par Jean-Michel Olivier

 

Avec Philippe_photo Pierre Dragonetti.jpgÉtudiant en Lettres à Genève à la fin des années 70, j'ai eu la chance unique d'avoir non seulement des professeurs, mais des Maîtres. Je ne citerai ici que Jean Starobinski (dit « Staro «), Jean Rousset, Michel Butor, Georges Steiner et l'immense et regretté Roger Dragonetti (ici avec son fils Philippe, ami, collègue et fantastique musicien). 

Je ne parle ici que des  « stars » du Département de Français. Mais il faudrait citer aussi les excellents Michel Jeanneret, Lucien Dällenbach ou encore  Philippe Renaud (qui s'occupait de la Littérature romande).

On le voit : que du beau monde !

Je ne veux pas tomber dans la rengaine nostalgique, mais je mets quiconque au défi de citer, aujourd'hui, un seul nom de professeur du Département de Français. Bien sûr, ils sont nombreux, et certainement bardés de diplômes internationaux. Et adoubés, sans doute, par la sororité des Études Genre qui occupe désormais le terrain universitaire.  Nombreux, donc, et parfaitement inconnus. Des professeurs sérieux, peut-être même compétents. Mais pas des Maîtres.

28378927_1181513048646132_8410184824736122498_n.jpgQuant à la Littérature romande, qui occupait jusqu'ici un strapontin (car elle ne fait pas partie de la Littérature française!), elle est inexistante. Nulle et non avenue (a-t-elle d'ailleurs jamais existé ?). Personne n'en parle. Peut-être par souci de discrétion ?

Je me souviens des lettres de Staro ou de Drago m'encourageant à suivre ma voie et à oublier le plus possible leur enseignement : écrivez ce que vous devez écrire, ce que personne d'autre que vous ne peut écrire !

Leurs mots, leur voix, résonnent encore dans ma tête chaque fois que je m'installe à ma table de travail. 

Et pas un jour ne passe sans que je les remercie !

06/03/2018

Jean-Michel Olivier à la Compagnie des Mots


 

Mardi 6 mars 2018 à 18h30, une soirée consacrée à Jean-Michel Olivier.
Rendez-vous dès 18h15 au Box, à l'Auberge du Cheval Blanc à Carouge.

La Compagnie des mots se réjouit de recevoir Jean-Michel Olivier pour son dernier roman "Passion noire", l'histoire d'une double passion, entre l'écriture et les femmes.
Le roman dresse un tableau caustique de la comédie littéraire et des relations femmes hommes, particulièrement dans le contexte de la philosophie "genre" telle qu'elle s'est développée aux États-Unis.
Professeur de français et d'anglais au collège de Saussure depuis 1978, Jean-Michel Olivier est également critique de théâtre, de musique et de littérature. Il a publié dans la Tribune de Genève et au quotidien La Suisse, de 1987 à 1994. En 1995, professeur invité à l'Université du Michigan, il présente un cours sur le thème "Littérature et histoire des idées en Suisse au 20e siècle".
Il est également, depuis 2006, directeur de la collection « Poche Suisse » aux éditions L'Age d'Homme.
Jean-Michel Olivier a reçu plusieurs prix littéraires: en 1999 le Prix artistique de la ville de Nyon pour l'ensemble de son oeuvre, ensuite "L'enfant secret" a reçu le Prix Dentan en 2004 et "L'amour nègre" le Prix Interallié en 2010.
La soirée sera animée par Pierre Béguin.
 
... Et nous voilà de retour au Box, pour oublier le froid et se réchauffer avec des Mots ! ... Entre écriture et femmes -
Au plaisir de vous voir et de vous revoir.
Doina Bunaciu
Présidente