29/07/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 48)

Épisode 48 : Impressions de Bali VIII : Marc Jurt, peintre et graveur (1955-2006)

Marc JurtNous sommes réunis (famille, amis et membres de la Fondation) afin de découvrir le Bali que Marc JURT, l’artiste suisse d’exception, a tant aimé. La nature luxuriante de cette île indonésienne faite de contrastes et de contradictions l’a profondément inspiré, telles les célèbres rizières de Jatiluwih cultivées sur les flancs d’une montagne où l’on perçoit au loin une lisière sans doute sauvage et débridée. Cette architecture captivante, qui n’a rien de naturel, ressemble fort aux terrasses travaillées du vignoble de Lavaux, toutes deux inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Deux événements nous attendent ce soir et mardi, à Ubud où Marc et sa femme Lucinda ont séjourné à plusieurs reprises. Tout d’abord, une célébration, dans les jardins royaux de l’Arma museum qui réunira deux fameux « balinologues«, Georges BREGUET et Jean COUTEAU, ainsi que le prince PAK AGUNG RAI pour rendre hommage à l’artiste [1]. Ensuite, une cérémonie selon les rites balinais se déroulera au bord de la rivière Sayan permettant à l’âme du défunt de se réincarner dans une nouvelle vie.

Marc JurtJe ne sais pas si Marc croyait aux esprits et en la réincarnation. C’est possible, car le doute a souvent raison des esprits même rationnels. Marc avait certainement l’esprit scientifique dans son travail. Il aimait la précision et la minutie de l’artisan comme l’exercice du chercheur qui classe et répertorie son travail tout en posant un regard articulé sur sa production. Il était l’observateur du monde qu’il créait. Peut-être un poète aussi. Il a d’ailleurs écrit des textes jusqu’à l’âge de 20 ans sans jamais les montrer.

Marc JurtEn quoi ton esprit créateur, Marc, espère-t-il se réincarner ? Désire-t-il prolonger l’œuvre intarissable de ta source : dessiner, peindre, sculpter, graver, inlassablement dans un état proche de la transe comme une patineuse voltigeant sur des plaques en acier ? Mais aimer organiquement le monde en observateur et en poète ou voler librement dans le cercle des gypaètes à l’abri des démons et des frontières alpines, lui suffirait-il ? Voudrait-il inscrire à nouveau ton empreinte dans un paysage de jets d’ombre et de lumière, de masse horizontale et de gerbe verticale ? Ici, dans la finesse d’un bassin d’eau entre illusion et réel ?

Marc JURT, La Lisière du bois n’est pas loin,1981, eau-forte et aquatinte en noir et bleu.

Marc JURT, L'Observateur, 1981, eau-forte et aquatinte en noir et bleu.

Photographie de Marc JURT.

[1]. Tous deux amis de Marc JURT et « balinologues », l’un est biologiste et anthropologue, l’autre historien de l’art et chroniqueur au magazine balinais NOW !, ils ont collaboré à deux ouvrages sur la culture, la perception du temps et les mythes balinais, l’un en français, l’autre en anglais. Un autre temps. Les calendriers tika de Bali, préf. d’Urs RAMSEYER (Paris, Somogy Editions d’art & Le Locle, Musée d’Horlogerie du Locle, 2002, 143 p.) et Times, Rites and Festivals in Bali (2013).