• Les Carnets de CoraH (Épisode 71)

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    Épisode 71 :  Marc JURT en rêvant : La Danse secrète 

    MARC JURT Danse secrète.jpg

    Quel sens donner à ce coco de mer tombé du ciel  dans ce paysage à la fois yin et yang ? S’agit-il d’un fantasme un peu creux, un peu « cucul la prasline » dans la masse des songes ou d’une réelle complémentarité naturelle ainsi dévoilée dans le tourbillon des âges ? L’origine est sur le point d’être révélée, alors que la beauté suspendue en apesanteur invite à la rêverie. Il y a, quelque part, me dis-je, un arbre dont ce fruit a chu. Un axe entre inertie et expansion qui fait pivoter le monde. Un voile qui se déchire au fur et à mesure de la cabriole. Un contraceptif qui rompt comme une solution de continuité.

    s-l300.jpgCe fruit fendu par le milieu est sur le point de s’ouvrir comme une offrande de la mer. Il va mettre au monde sa graine légendaire, aux vertus aphrodisiaques qui a fait rêver des générations de corsaires. Surnommé le « coco-fesses » en créole des Seychelles sur l'île de Praslin, il suggère sans pudeur une Vénus callipyge sortie des eaux. De toutes les semences, c’est la plus colossale et la plus recherchée du règne végétal ! Le commerce est sévèrement règlementé et les produits dérivés réservés à quelques élus.

    Il y a fort longtemps, les marins avaient observé les énormes noix remonter à la surface de l’eau. Comme ils s’étonnaient de cet étrange phénomène, ils en cherchèrent la cause et se sont imaginés qu’elles provenaient d’une palmeraie sous-marine au fond de l’océan Indien. C’est au 18esiècle qu’on découvrit la généalogie de ces flotteurs. On fut CocoMale.jpgsurpris d’apprendre que le cocotier parental est bien terrestre et dioïque, c’est-à-dire que l’espèce est sexuée, mâle ou femelle, et non hermaphrodite. Que les organes reproducteurs ressemblent fort à ceux des humains. À s’y méprendre. Foi d’anthropomorphe ! Avec de tels attributs, pourquoi demander aux abeilles, aux geckos et au vent de pérenniser l’espèce alors qu’il suffit d’attendre les nuits d’orage. La légende raconte que les faux arbres se mêlent alors à la fureur des éléments, se déracinent et entrent dans une danse secrète et enflammée.

    Marc JURT. La Danse secrète, 1988. Pointe-sèche et procédé au soufre en noir rehaussés de gouache blanche ; 39,6 x 29,8 cm. Catalogue raisonné, n181.

    Note de Marc JURT à propos de La Danse secrète: « Mouvement autour d’un coco de mer trouvé aux Seychelles ». Catalogue raisonné, p. 51

    PHOTO 1 :  graine de coco de mer pesant en moyenne de 20 à 25 kilos mais pouvant atteindre 45 kilos ! (source : Wikipedia)

    PHOTO 2 : inflorescence mâle pouvant atteindre 1,8 m ! (source : Wikipedia)

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  • Les Carnets de CoraH (Épisode 70)

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    Épisode 70 :  Marc JURT en rêvant : Le Couple moderne 

    JURT-LE COUPLE MODERNE.jpg

    Le couple moderne est parfois la rencontre improbable dans un lieu incertain d’un résineux aux branches froufroutantes oscillant entre souplesse et fermeté et d’une tige bien droite, sans chichi, coiffée de larges feuilles qui entrent naturellement dans la danse. L’image au centre témoigne de ce tête-à-tête insolite sur l’île minuscule qui leur sert de terreau fertile où s’entremêlent secrètement leurs racines. Le principal étant souterrain, archipélique, caché du regard.

    Le cliché est suspendu à un fil qui excède le cadre inscrivant cette relation insolite au centre de l’œuvre, en relief, faisant de l’ombre à la ligne de sapins interchangeables, la sylve. C’est peut-être l’image d’un rêve possible dans la masse des songes, l’évocation d’une passion accidentelle ou la possibilité d’une île.

    JURT-ATTIRANCE.jpgEn effet, ces deux êtres, un arbre et un faux, ne sont pas faits de la même essence ni du même bois comme s’il y avait une imposture ou un malentendu dans cette liaison sauvage, un grain de sable fou dans la mécanique amoureuse que le vent fertile anéantit.

    Dans le ménage, j’imagine que le nordique fait l’offrande de sa résine qui produit la poix et l’ambre, parfois une saveur sucrée dans les bonbons, alors que le tropical transforme la sève qui coule de ses fleurs en sirop, produit des fruits charnus et juteux et de l’huile à se gorger. Le duo exulte ainsi sur la ligne de démarcation entre le nord et le sud, aux limites de l’habitat naturel. La jonction est inédite. Ainsi l’élu se distingue-t-il de la forêt ou de la palmeraie, ni complètement ordinaire, ni totalement familier.

    JURT-AIMANTS - copie.jpgIl n’en va pas de même du couple de bambous, célébrés au sein d’une bambouseraie lors d’une bamboula. Ici, les bambous sont cultivés, égaux, respectueux. Ils sont initiés et deviennent des pinceaux qui se cherchent, se guettent, s’attirent. Ils sont faits de la même canne, du même turion. Ils n’ont pas de racine unique, ils ne sont pas identitaires car ils sont rhizomiques. Ils vivent en autarcie, sans dépendre des autres et poursuivent probablement le même rêve : peindre, écrire, créer. Parfois captifs d’un lien serré. Parfois seuls au monde.

     Marc JURT. Le Couple moderne, 1983. Eau-forte et aquatinte en noir; 18,8 x 14,8 cm. Catalogue raisonné, n130.

    Marc JURT. Attirance, 1990. Pointe-sèche et aquatinte en noir rehaussées de gouache blanche ; 12,8 x 9 cm. Catalogue raisonné, n195.

    Marc JURT. Aimants, 1989. Pointe-sèche et aquatinte en noir rehaussées de gouache blanche ; 21,7 x 10 cm. Catalogue raisonné, n193.

    Note de Marc JURT à propos de Couple moderne : « Rencontre nord-sud, sapin-palmier ». Catalogue raisonné, p. 51.

    Note de Marc JURT à propos de Aimants et Attirance : « Roseau pensant — bambou aimant ». Catalogue raisonné, p. 51.