Ça nous énerve - Page 3

  • Sainte Amélie ne priez plus pour nous!

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    Par Pierre Béguin

     nothomb[1].jpgMoi, d’abord, je ne voulais pas. J’ai résisté. Longtemps. «Allez! Essaie celui-là, tu verras, c’est génial!» qu’on me répétait sans cesse. J’approuvais, pour avoir la paix. Plus tard: «Alors, tu l’as lu?» Je ne l’avais pas lu. Incompréhensible! Borné, imbécile, inculte, j’étais, moi. Alors un jour j’ai craqué. J’en ai lu un. «Génial, non?» «Non» «C’est que tu n’as pas lu le bon! Tiens! Celui-là, tu m’en diras des nouvelles…» Je n’y coupais pas. De gré ou de force. Et voilà comment j’ai fini par lire une bonne dizaine de romans d’Amélie Nothomb. Pour avoir la paix.

    Je croyais l’avoir trouvée (la paix donc, ne l’avais-je pas bien méritée?) avant de tomber, début septembre, sur le journal Coop (lui aussi on n’y coupe pas, il s’invite chez vous chaque semaine) avec la tête d’Amélie en première page parce que, comme chaque début septembre de chaque année (septembre, décidément, est bien le mois des catastrophes), le Nothomb nouveau est arrivé. J’ai lu l’article (un article littéraire du Coop, forcément, ça excite la curiosité). Fatale curiosité! J’ai perdu la paix. Sainte Amélie en couverture et des révélations fracassantes de l’auteure (ou de l’autrice, je ne sais plus): «Dans mon dernier roman, je décris un personnage qui conduit une voiture. C’est formidable. Je n’ai jamais eu le permis.» Une autre? Tenez, celle-ci par exemple, révélation de la journaliste: «Fait surprenant, vous donnez aussi une recette de cuisine dans votre roman…» Et Amélie de surenchérir: «Ce livre comporte des scènes de science-fiction. Donner une recette de cuisine, alors que, dès que je touche à un aliment, je provoque une catastrophe planétaire!» Ce n’est pas tout. Il paraît, selon la journaliste, qu’on trouve, dans ce dernier roman, deux thèmes de prédilection d’Amélie dans une seule phrase: «Je trouve bien de se soucier d’être mince le jour de sa mort». Préoccupation fondamentale, essentielle. Encore que, un peu de marge avant de devenir squelettique, Amélie, ça ne peut pas faire de mal, ne pensez-vous pas?…

    A ce stade, résumons-nous. Dans le dernier roman d’Amélie Nothomb, on trouve une recette de cuisine, un type qui conduit une voiture et deux thèmes contenus dans une seule phrase. Bonne nouvelle! Au moins, faute d’être intéressant, ça devrait être court, ce qui a toujours été le principal mérite des livres d’Amélie. Mauvaise nouvelle! Amélie a une sœur, Juliette, qui va sortir en novembre un livre de cuisine intitulé Recettes pour Amélie. Recettes pour Amélie! Je n’ose imaginer… Une Nothomb, passe encore! Mais deux! Surtout que le coup de massue vient à la fin de l’article: «Même morte, je continuerai à écrire» nous déclare-t-elle. Ah non! Pitié! Sainte Amélie, ne priez plus pour nous! Ou que Dieu, dans sa grande mansuétude, nous en épargne la diffusion. Ou qu’Il supprime les mois de septembre et de novembre, le premier pour en finir avec les catastrophes, le second pour en finir avec le blues. Alors Amélie aurait enfin servi la bonne cause…

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  • Les accroissements infinis

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    Par Ppierre2b[1].jpgierre Béguin

     

    A l’école, le temps est loin des problèmes de baignoires qui se vident et de robinets qui fuient. Maintenant, on colle à l’actualité. J’en veux pour preuve ces deux énoncés de math soumis récemment à la sagacité des potaches du Collège:

    1. Sachant que la police genevoise réclame 21 millions de nos francs en heures supplémentaires pour trois semaines d’Eurofoot; sachant de plus que, durant cette période, il n’y eut à Genève que trois matches dont un seul véritablement à risques, tracez l’asymptote des dérives (ées) policières puis calculez l’intégrale de ses délires revendicateurs afin de déterminer à quel prix de l’heure la police genevoise se moque de nous.

    2. Sachant que des bataillons de CRS français furent invités tous frais payés plus solde dans un hôtel 4 étoiles pendant les trois semaines sus mentionnées – enchantés de leurs vacances, ils ont promis de revenir – et sachant par ailleurs que, spécialement en prévision de ce même événement, une passerelle spéciale a été construite à coût de millions (par un député libéral, merci la politique!) du Bachet au Stade de la Praille; sachant en outre que ladite passerelle spéciale, parce qu’elle  ne répondait pas aux normes de sécurité en vigueur lors des événements spéciaux pour laquelle elle a été spécialement construite, s’est révélée spécialement inutile durant l’Euro – comme elle le sera à l’avenir pour tous les événements spéciaux qui seuls, pourtant, justifiaient sa réalisation –, calculez, dans le cadre de la  théorie sur les endomorphismes dégénérés, le carré de l’exposant  du taux d’incompétence des politiciens genevois.

    Attention : Afin de rester dans des chiffres décents, ne prenez pas en considération la dernière cacophonie concernant la fumée dans les lieux publics.

    Résultats? Vous allez être surpris et déçus en bien: pour une fois, on fait mieux que les Vaudois qui, pourtant, possédaient déjà le théorème de Rolle. C’est en cherchant les réponses aux deux problèmes ci-dessus, et alors qu’il se débattait dans un océan d’interrogations tout en s’agrippant fermement à la fameuse formule de Sailor, qu’un étudiant a découvert le théorème des accroissements infinis. Un théorème bien de chez nous, typiquement genevois donc, que le monde entier nous envie. Ô fierté cantonale, quand tu nous tiens!

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  • La Cour au QuARTier des Bains

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    par Pascal Rebetez

     

     

     

     

    Quelqu’un m’a dit qu’il fallait y être absolument ce soir, que c’était le nouveau rendez-vous des connaisseurs, de ceux qui savent, que ceux qui possèdent y étaient tout aussi bien que ceux qui désirent se vendre ou même, ceux qui récoltent les miettes, les badauds qui prennent ici un verre, là un petit canapé.

    On m’a parlé de QuARTier des Bains, cette opération conjointe de vernissage des galeries d’art contemporain de notre cité. Oups, flottent au vent de l’annonce publicitaire quelques oriflammes du plus mauvais goût ! Le logo ressemble, traits et couleurs, à celui, défunt, de Radio Jura Bernois qui, en 1980, n’était déjà pas une réussite. Mais la laideur et le mauvais goût sont « tendance ».  Et ça se vend. Vive le bling-bling, les sourires compassés, les coupes de champagne et ces nouveaux clients russes qui trouvent dans l’investissement artistique une occasion de blanchir leurs milliards si honnêtement gagnés. Alors, on (et j’entends par « on » autant les artistes, les faiseurs que les galeristes et autres marchands de rêve) on leur prépare, à ces clients fortunés, cette « gentry » inespérée ce à quoi ils s’attendent, pour la décoration autant que pour les coffres de banque : du prêt-à-porter artistiquement emballé, puisqu’on n’achète plus que de la signature, et que je cite, et que je transpose, et que je gougougnaffe d’importance, avec, toujours, ce sourire putassier de ceux qui croient encore, l’espace d’un instant, qu’ils sont les maîtres du monde parce qu’on leur fait croire qu’ils sont les maîtres de la mode.

    Je n’irai pas à cette parade du snobisme branché, je préfère relire, en m’esclaffant vraiment Les Précieuses Ridicules.

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  • Politique et prédation suite et fin

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    Par Pierre Béguin

     

    requin[1].jpgJe le jure, j’avais décidé de parler d’autre chose. Mais la récente actualité – un débat, vendredi dernier au 7-8 de Radio Cité – m’incite à revenir une dernière fois sur ce sujet.

    La création par Charles Beer d’une centaine de postes de directeurs dans l’enseignement primaire (avec la centaine de secrétaires en bonus et les cinq super directeurs dont les postes n’ont pas même été mis en concours) est, du point de vue pédagogique, tout à fait incompréhensible, pour ne pas dire d’une incroyable sottise: avec trois neurones et une once de bon sens, n’importe qui comprendra que, vu le manque de moyens, il eût été plus rentable pour l’efficacité de l’enseignement de renforcer le personnel sur le terrain (alors que, en réalité et malgré les dénégations de l’intéressé, pour financer ces postes, on a une nouvelle fois ponctionné les forces vives). Décision aberrante au plan pédagogique, et délire technocratique fort coûteux: alors que les anciens inspecteurs avaient près de 80 classes sous leur responsabilité, les nouveaux directeurs n’en ont qu’une vingtaine dans leur placard doré. Quatre fois moins de travail pour une paie bien supérieure! Le paradis! Merci qui?

    Mais Charles Beer, ne l’oublions pas, n’est pas un pédagogue, loin s’en faut, c’est un politicien. Ses décisions ne sont donc pas pédagogiques mais politiques. Et sur ce plan, force est de reconnaître que celle dont nous parlons se justifie pleinement: une centaine de directeurs choyés, couvés, invités à des repas, bref à la solde du chef pour appliquer une politique que la population a refusée clairement et pour soutenir une réélection qui, finalement, seule compte. Gageons que l’élu quittera alors le Département de l’Instruction Publique qui ne l’intéresse guère pour un autre moins exposé. A cette fin, qu’il laisse derrière lui un marasme n’est qu’un dommage colatéral. De même, c’est dans cette seule logique politique qu’il faut comprendre l’incroyable silence de la droite libérale (elle pourtant si prompte d’habitude à s’en offusquer) face à ces dépenses aussi somptuaires qu’injustifiables.

    De plus en plus, nos démocraties font la part belle à la prédation politique (avec G. Bush, les républicains américains ont poussé très loin cette logique). Certes, nous n’en sommes pas là à Genève (encore qu’avec le scandale de la BCG, nous avons fait un grand pas dans cette direction…) Mais force est de constater que, dans le domaine politique, les plus intelligents tirent les ficelles et évitent désormais de s’exposer, seuls les seconds couteaux, à quelques rares exceptions, montent au créneau. Et leur première préoccupation est d’y rester, par tous les mensonges. La plupart du temps, leur action est inutile, parfois même elle est désastreuse pour les départements dont ils ont la charge, toujours elle coûte très cher au peuple (les actuels conseillers d’état à Genève sont, à une ou deux exceptions, des représentations quasi emblématiques de ce postulat). Et pourtant, le citoyen continue de placer ses attentes dans le politique comme on attend l’amour ou Godot. Parce qu’il faut bien croire – en l’occurrence en l’idéal démocratique (moi-même qui vous écris sur le ton de la dérision, il m’arrive de croire en François Longchamp pour sauver le DIP, c’est vous dire si je rêve!)

    Une chose est sûre: depuis vingt ans que ce département subit les attaques de ses prédateurs politiques, depuis vingt ans que les partis en font le siège et qu’ils s’acharnent à grands coups de bélier sur les portes de l’Institution pour en laisser entrer le clientélisme, on se demande parfois comment l’édifice tient encore debout. Peut-être faudra-t-il un jour se résoudre à en remercier les enseignants? Mais faites vite! La génération résistante part en retraite. L’hallali est proche. Le DIP tel que vous l’avez connu aura bientôt cessé d’exister et le retour sur terre sera rude pour la plupart des citoyens. Nantis mis à part…

     

     


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  • Voyez la différence

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    Par Pierre Béguin

     

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    Un ami qui travaille dans une banque privée de la place me faisait part l’autre jour de son étonnement professionnel à l’observation des traditionnelles transhumances estivales: tous les directeurs, fondés de pouvoir, personnel du back office, middle office et front office partent en vacances sans que personne ne voie la différence sur le fonctionnement de la banque. Tous sauf un: l’huissier. C’est le seul poste qui doit absolument être repourvu pendant l’absence de son titulaire sous peine de paralyser l’établissement…

    J’ai enseigné dans un collège où, pendant presque une année, il n’y avait plus de directeur. Personne n’a vu la différence. J’ai enseigné dans un collège où, pendant presque une année, il n’y avait plus d’huissier. Tout le monde a vu la différence.

    Et pourtant, dans le but, soi-disant, d’améliorer le fonctionnement d’une structure, on renforce systématiquement sa hiérarchie et on coupe à sa base. Ainsi, la rentrée scolaire draine ses inévitables alluvions de directeurs qui se déposent un peu partout comme autant de barrages au courant d’eau vive. Cette année, l’école primaire fait particulièrement fort: une centaine de directeurs et 5 super (!) directeurs. A part Charles Beer et les quelques inspecteurs devenus directeurs qui gagnent plus pour travailler moins, personne ne verra la différence sur l’efficacité du système. Mais comme il faut bien prendre à Pierre ce qu’on donne à Paul, la conséquence directe est évidente : toujours moins d’enseignants en proportion du nombre d’élèves. Là par contre, tout le monde voit la différence. Merci qui? Allez, répétez-le pour vous en souvenir dans une année lors des élections. Là, on verra peut-être la différence. Quoique…

    Je sais, vous vous demandez quel est le rapport entre la photo d’en-tête et le contenu de ce billet. Simple contre-exemple: elle figure au sommet, elle ne sert à rien, et pourtant, sur l’impact et l’efficacité de cet article, là, je vous assure, on voit la différence…

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  • Foot et ordre

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    Par Alain Bagnoud

    198038073_small.jpgJ’avais critiqué ici la fan zone. Permettez-moi de faire amende honorable. J’avais tort. J’ai compris par la pratique que ce genre de défouloir est indispensable à la paix sociale, et désormais, l’admiration m’envahit : bien joué, messieurs ! Beau travail !

    Mais précisons de quoi il s’agit, pour ceux qui ne seraient pas au courant. En lien avec l’euro de foot à Genève, on a créé sur la plaine de Plainpalais une fan zone. Au centre, des écrans géans sur lesquels on peut voir les millionnaires courir après un ballon. Tout autour, des grillages et des quantités de flics, publics ou privés, qui patrouillent en fourgon, se tiennent en groupes comminatoires ou fouillent au corps ceux qui passent. Dans la zone grillagée, les pauvres parqués. Ils viennent tout seuls. On n’a pas besoin de les amener. Ils assument leur déplacement, et bien mieux, ils paient cher leurs consommations pour la plus grande gloire des sponsors.
    Des dizaines de milliers de gens, à qui on donne la permission de s’exprimer et de faire la fête. Ils vibrent et crient durant l’action, puis, le match fini, la police autorise ceux qui ont des voitures à klaxonner pendant une heure. Enfin, tous au dodo, afin d’être en forme le matin pour construire les maisons, nettoyer les bureaux ou y travailler. Ce dispositif ingénieux et subtil permet  d’annihiler sans grands frais les frustrations quotidiennes que produisent les boulots insatisfaisants, les salaires modestes, les biens de luxe inatteignables et les humiliations sociales.
    Système magnifique ! Grâce à lui, nous n’avons pas à craindre l’agitation sociale, les bouleversements politiques ou une quelconque révolution. Tous ça est liquidé. Régulièrement. L’eurofoot cette année, le mondial dans deux ans, et ça continue ensuite.
    Et le plus beau : ça se fait quasi naturellement. Personne ne peut crier au complot, à la manipulation, au groupe de pouvoir qui voudrait calmer la population. Tout ronronne dans le consensus, l’ordre triomphe, l’argent s’accumule ici et là pendant qu’ailleurs règnent la fête du foot, la liesse populaire et les sentiments sportifs. Diablement bien pensé. Vive la fan zone !  


    (Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud.)

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  • Contre CEVA

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    Par Pierre Béguin

    Dans son blog du 5 juin, Philippe Souaille soutient CEVA. C’est son droit le plus strict. J’aurais aimé être convaincu. C’est raté. Aucun argument, aucun développement. Que les professions de foi habituelles du genre «le barreau sud ne répond pas aux besoins d’irrigation de la région genevoise» (ah bon? première nouvelle! et pourquoi donc? Qu’en pensent les habitants de Plan-les-Ouates?) «C’est le CEVA qui est la bonne solution» (donnez au moins un argument!) «relier CEVA à Etrembière» (comment? demander aux Français? et pourquoi pas à Bardonnex alors?) «Construire un tram entre la Praille et Bardonnex » (et le faire passer où? A la place des voitures? Excellent! On va donc fermer le village, enfin… et Plan-les-Ouates va devenir le Zermatt genevois? Pourquoi pas, au fond?) Ah si! Tout de même un argument développé: «le CEVA fera la valeur des appartements de Champel (…) au lieu de s’effondrer…» Là, je suis soulagé, le CEVA va donc servir à quelque chose: maintenir le statut immobilier de Champel. Si l’on pouvait me présenter des arguments un peu moins débiles en faveur du CEVA, cela m’intéresserait? J’en cherche depuis longtemps…

    Plus sérieusement, si le CEVA était conçu comme un métro circulaire avec plusieurs arrêts entre la Praille et les Eaux-Vives (au lieu d’un seul, pas forcément le plus utile, à Champel), et ensuite relié à Cornavin par une traversée de la Rade, il aurait toute son importance et sa pertinence, je vous l’accorde, et je soutiendrais ce projet mordicus (sous lacustre, la traversée, si possible...) Mais CEVA, rappelons-le, est un projet des CFF qui a pour but de relier le réseau nord au réseau sud et sur lequel Genève croit pouvoir se greffer à bon compte pour résoudre son problème de trafic, transfrontalier entre autres. Association d’intérêt où seuls les CFF sont gagnants. Car Genève se trompe sur deux plans: d’abord, le projet sera au moins deux fois plus coûteux qu’annoncé, tant dans sa réalisation que dans son exploitation, déjà prévue déficitaire – Genève s’est engagée à combler les déficits annuels d’exploitation (les citoyens en sont-ils informés?), preuve que le CEVA ne résoudra rien et que les autorités le savent; ensuite, le projet est inefficace à remplir les objectifs pour lesquels il a été conçu. Qui m’expliquera clairement comment le fait de relier la Praille aux Eaux-Vives pourrait régler le problème du trafic transfrontalier alors que ledit problème se situe essentiellement aux entrées du canton, à Bardonnex et à Meyrin principalement, mais aussi à Thônex, et à tous les petits villages en bordure du territoire. Demandez aux habitants de Soral, de Chancy, et je ne parle pas de ceux de Plan-les-Ouates, ou expliquez-leur comment le CEVA va améliorer leur situation! Mais justement, on ne veut surtout pas leur demander, comme on ne veut pas faire voter les Genevois de peur qu’ils ne découvrent l’inanité du projet. Relier la Praille à Bardonnex avec un P+R (d’autant plus avec la construction de l’autoroute d’Annecy) relève de l’évidence  pour celui qui dispose de trois neurones et d’une once de bon sens, et qui connaît bien la région Perly Plan-les-Ouates. Je me demande comment les défenseurs du CEVA expliqueront aux Genevois, si le projet se réalise, son coût réel astronomique (et non pas celui budgété) et, surtout, son incapacité à remplir les objectifs pour lesquels il a été déterré là où il dormait depuis un siècle – il pourrait au contraire péjorer la situation par un encouragement au trafic à la Praille, par Perly, via Plan-les-ouates, ou par Troinex, et aux Eaux-Vives par Thônex Chêne-Bourg –; de la même manière, et pour les mêmes raisons, que l’autoroute de contournement de Plan-les-Ouates n’a pas résolu les problèmes de trafic dans le village-même, comme cela avait été pourtant annoncé à grands coups de prophéties ridicules par quelques Philippe Souaille de service...

    Enfin, notre blogueur prétend que les adversaires de CEVA «sont décidés à tout faire pour déclencher (!) son avortement». Ne confondons pas! D’un côté, il y a ceux qui sont décidés à tout faire pour que le projet passe en force sans consultation par les urnes; de l’autre, il y a ceux qui sont décidés à tout faire pour que la discussion vienne sur la place publique et que la question soit tranchée en votation. De quel côté placez-vous les fossoyeurs, de quel côté les garants des fonctionnements démocratiques élémentaires? Une décision aussi importante, et qui engage la politique des transports du canton pour des décennies, mériterait bien un débat public. Non? Expliquez-moi alors pourquoi les partisans politiques (Robert Cramer en tête) et économiques du projet font tout pour l’éviter. Poser la question, c’est aussi y répondre…

    Je précise que j’écris en citoyen franc-tireur, que je ne fais partie d’aucune association en relation avec CEVA et que, si je suis né à Plan-les-Ouates, je n’y habite plus depuis dix ans…

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  • Requiem pour une révolution...

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    Par Serge Bimpage916782172.jpg

    Pas plus tard qu’hier j’ai rencontré Paul, un de mes vieux potes de 68. Je veux dire un type de ma génération, un mec bien : cadre, créatif et fumeur. Justement, il en grillait une sur le trottoir mais il avait vraiment pas l’air cool. Ca va pas, brother ? je lui ai lancé jovial, ayant abaissé ma vitre. Plaisante pas, il a dit, tu ne sais pas ce qui m’arrive : comme directeur j’ai été contraint de voter une directive pour interdire aux employés de fumer ! J’ai compati en souriant. Alors, il a ajouté : On est cernés, mon vieux. Et ça n’est encore rien. Ah bon, quoi d’autre, Paul ? Il s’est penché vers moi, et en aparté : J’ai été dénoncé à la police par un cinglé qui estimait que je roulais mal ; il a noté mon numéro de plaques et envoyé un sms au 939 pour se procurer mon identité… Là, je suis resté muet. Dans ses yeux humides j’ai lu le requiem pour une révolution perdue, le deuil d’une époque où l’on jouissait sans entraves – toute la douleur de la commémoration. Non parce qu’elle balise le temps qui passe. Parce qu’elle signe l’irrépressible montée mac’cartiste qui sévit. T’en fais pas, on va bientôt redescendre dans la rue, j’ai dit sans conviction. Une vague lueur dans ses yeux, comme il écrasait sa clope. Et hop, on est retourné dans nos bureaux.  

     

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  • Bagnoud, vices privés vertus publiques

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    Par Alain Bagnoud

    Cocaine ImageIl faut rappeler, pour ceux qui vivraient sur une autre planète, ce qui agite la presse suisse ces jours-ci. Une vidéo qui montre un député valaisan nu et sniffant de la coke, filmé par une de ses maîtresses. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vue, elle est ici.

     

    Bon, je vous ai bien eu, n’est-ce pas ? Ne comptez pas sur moi pour participer à ce voyeurisme qui… que… dont… Vertueuses protestations. Etc.

     

    L’existence de cette vidéo a donc provoqué une curée médiatique contre l’élu PDC. On expose ses maîtresses, on parle de l’argent qu’il leur donnait, on interroge les maris de celles-ci, on fait le compte du patrimoine étendu de ce notable…

     

    Les journaux justifient  ce déballage en affirmant que l’affaire est publique. Elle concerne un élu dont les actes contredisent complètement le programme électoral. En Valais en effet, le PDC est un parti de droite, chrétien, moralisateur, conservateur.

     

    Ils ont raison sur ce point. Les électeurs doivent être informés. Ensuite à eux de décider. Veulent-ils que leurs délégués mettent en concordance leurs principes et leur conduite ? Se contentent-ils de savoir qu’ils font leur travail de politicien et défendent efficacement des préceptes même sans les appliquer ? Ça les regarde.

     

    Seulement, les électeurs concernés sont en Valais. C’est au journal local d’exposer les faits. (Journal local, qui reste d’ailleurs très discret sur l’affaire. Un seul article à ce jour. Il est vrai qu’il a toujours été lié au PDC majoritaire, mais c’est une autre question...)

     

    Or il ne se passe pas un jour sans que la presse de boulevard suisse ne sorte deux ou trois pages sur notre homme. Pour informer les électeurs valaisans ? Allons donc. C’est déjà fait depuis longtemps.

     

    Il s’agit d’autre chose. De voyeurisme et de moralisation.

     

    Vous avez observé comment, depuis quelque temps, le retour aux normes les plus étroites fleurit. Comment la presse populaire étale les scandales et jette en pâture les vies privées dans le but de définir des modèles de comportement, de mettre au pilori les comportements déviants.

     

    Dans le monde nouveau qui s’installe, chacun doit être impeccable socialement mais aussi personnellement. Si les vices sont désormais publics, les vertus doivent régner jusque dans le privé, dont la sphère se restreint jusqu’à ne plus exister.

     

    Et si vous n’êtes pas exemplaire et transparent, la presse de caniveau se chargera de vous dénoncer, de vous condamner et de vous châtier.

    (Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud.)
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  • Le sport, quelle plaie!

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     Par ANTONIN MOERI

     

    Je me demande parfois si je suis un être de joie. Et à la question Quels sports pratiquez-vous régulièrement ? je réponds tout de go : vélo, canotage, balade à pied. Quand je roule sur un ruban d’asphalte, je dialogue avec le coq du clocher, les nuages et les cerfs-volants. Quand je rame sur le lac, il m’arrive de croiser un goéland majestueusement posté sur un tronc à la dérive. Je ralentis le mouvement et nous nous parlons. Mais alors, d’où me vient l’extrême dégoût du sport-spectacle ? Je veux parler de ces foules qui s’agrègent autour des stades, des patinoires, des courts de tennis et devant les écrans de télévision, de ces supporters peinturlurés ayant abandonné toute dignité pour gesticuler, grimacer, beugler et vider leur vessie ensemble. En effet, on peut se demander pourquoi le sport-spectacle exerce actuellement une telle emprise sur les esprits. Pour Marc Perelman, lecteur attentif d’Adorno et Horkheimer, le sport-spectacle a envahi toutes les institutions et toutes les couches de la société. C’est le principal sujet de conversation dans les cours de récréation, les familles recomposées, les salles des maîtres, les entreprises, les couloirs du Parlement, les files d’attente des grandes surfaces. L’adhésion massive de la jeunesse à cette nouvelle foi, depuis les années quatre-vingt, étonne l’auteur de Le sport barbare. C’est à un véritable retournement politico-idéologique que nous assistons, à une systématique intégration des populations du globe dont le seul et ultime rêve est de s’éclater au milieu d’une foule. Le sport-spectacle réalise une des promesses de cette mondialisation heureuse dont la chute du mur de Berlin accéléra le processus. Une autre promesse s’étant réalisée dans le tourisme de masse, également caractérisé par la grossièreté, l’inculture, la satisfaction des pulsions les plus basses, l’esprit de horde, l’idolâtrie du muscle, l’apathie, le show idiot et pervers.Le constat lucide et sombre de Marc Perelman vient de produire une étincelle dans mon cerveau. Je vais immédiatement saisir mes rames, poser mon skiff sur le gros bleu du lac et rejoindre le goéland. Car une chose est sûre : le palmipède m’attend sur un tronc qui dérive. Nous parlerons des belles athlètes ukrainiennes échevelées, ongles vernis, appels de reins et déhanchements crânes, slip luisant disparaissant dans les plis de l’aine. Nous n’évoquerons surtout pas la flamme olympique.

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  • Quotas, sottise et sexisme

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    Par Pierre Béguin

     

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    Dans son très long monologue, Figaro, s’interrogeant sur les aléas étranges de son destin, s’écrie dans un moment de désespoir: «On pense à moi pour une place, mais par malheur j’y étais propre: il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint» (Le Mariage de Figaro, Acte V,scène3).

    Cette citation m’est revenue en mémoire à la lecture d’une ouverture d’inscription pour un poste de doyenne / doyen dans un Collège genevois, offre qui se termine par cette précision en caractères gras: Priorité sera donnée à une candidature féminine. Autant écrire: interdit aux hommes! Quel spécimen mâle, en effet, sera assez stupide pour répondre à une offre sanctionnée d’une telle restriction? Elle élimine de facto toute proposition masculine, revêtant ainsi un caractère sexiste que, bizarrement, peu de personnes semble considérer, à en croire les opinions recueillies autour de moi, et plus spécialement celles des hommes souvent enclins à s’autoflageller ou à se profiler avec opportunisme, dès qu’une femme les écoute, dans l’espace de la séduction.

    Une amie me rappelait récemment que, au temps du Conseiller d’Etat André Chavanne, le problème au DIP était de respecter l’équilibre des confessions: qu’il nommât un catholique à un poste important et, aussitôt, les protestants de s’indigner d’un possible déséquilibre, pour ne pas dire d’un complot du Vatican. Tout le monde, aujourd’hui, considèrerait comme stupide un tel distinguo. Et pourtant, ces mêmes personnes trouvent normal – alors qu’il n’y a, fondamentalement, aucune différence – l’établissement de quotas en faveur des femmes, même à l’Etat où cette forme de sexisme a disparu depuis bien des années. L’argument est toujours le même et d’une sottise affligeante: il s’agit de compenser des siècles de domination de cet avatar de la création qu’est la race masculine dont le plus grand tort est de ne pas être du sexe opposé. Ainsi, pour lutter contre une injustice, on utilise les armes même que, par ailleurs, on condamne vertement. Ainsi, à suivre cette logique, pour s’élever contre le racisme, il faudrait accorder aux noirs des siècles de racisme contre les blancs pour réparer les injustices qu’ils ont subies. Avec un degré de réflexion aussi poussé, qui rend légitime en démocratie une forme de vendetta, on n’est pas prêt de sortir du problème!

    D’autant plus que cette théorie des quotas ne fait en réalité qu’habiller d’un voile idéologique les instincts de celles ou de ceux (j’ai des noms! j’ai des noms!) qui, par opportunisme ou soif de pouvoir, tentent de se profiler dans les portes qu’elles/ils ont ouvertes à grand coups de culpabilisation. Vous, lecteurs ou lectrices offensés par mes propos, connaissez-vous beaucoup de véritables idéologues, sincères et désintéressés? Preuve en est que certaines féministes, ferventes apologistes de la théorie des quotas, remettent en cause leur propre conviction sous prétexte que, appliquée sans casuistique, elle demanderait un rééquilibrage en faveur des hommes, désavantageant ainsi les femmes représentées en force dans certaines professions. Ainsi, dans une très large proportion (trois quarts), ce sont des femmes qui ont été nommées par Charles Beer aux nouveaux postes de directrices (eurs) (?) dans l’enseignement primaire. Imaginons le tollé si la proportion eût été inversée. Etrangement, aucune voix ne s’est élevée pour dénoncer «cette scandaleuse preuve de sexisme…»

    Mais le pire avec les quotas, par leur logique intrinsèque, c’est qu’il n’y a aucune raison qu’ils se limitent à celles à qui ils sont généreusement accordés. Aucune raison qu’on ne les donne pas aux minorités défavorisées, voire opprimées par la norme depuis des siècles: ainsi des homosexuels, des infirmes, des petits, des laids, etc.

    Imaginez que Figaro, désespéré d’appartenir à la norme, s’écriât: «Il fallait un calculateur, ce fut une valaisanne noire, protestante, socialiste et lesbienne qui l’obtint»! N’y en aurait-il qu’une seule, il faudrait retenir sa candidature par respect des quotas dus aux minorités.

    On vit une époque formidable!

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  • Selon que vous serez puissant ou misérable...

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    Par Pierre Béguin

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    Il en va des slogans comme de l’habillement ou du maquillage: ils servent autant – si ce n’est davantage – à cacher les défauts qu’à souligner les qualités. Certains petits impertinents qui font les esprits forts, s’appuyant sur ce postulat, prétendent que les slogans qui scandent la campagne de Daniel Zappelli pour l’élection au poste de Procureur de la République en sont la preuve évidente. Ces mirmidons vont même jusqu’à affirmer que la fameuse maxime de Figaro sur la justice, prononcée le jour de son mariage, eût mieux convenu pour décrire l’action du Procureur durant son premier mandat: «Indulgente aux grands, dure aux petits…» Que pour les petits délinquants, là, on a vu ce qu’on a vu! Pour les squats, du grand art! Mais pour le crime en col blanc et les gros bonnets, on attend toujours. Et pour le dossier de la BCG (2,3 milliards! Il est vrai qu’on ne se lasse pas de le rappeler) on attendra encore longtemps…

    Critiques faciles qui soulignent la sottise de ces vers de terre médisants. Les thuriféraires savent que la stratégie est pourtant simple. En épargnant momentanément les gros bonnets, le Procureur, en réalité, les met sous pression. Quand les foudres de la Justice vont-elles s’abattre sur eux? Ils en tremblent d’incertitude dans leur col blanc, les gros bonnets! Croyez-moi, cette attente est déjà, en elle-même, une véritable torture qui vaut bien la prison. Et en plus ça ne coûte rien aux contribuables. Parce qu’une fois, à Genève, souvenez-vous, on en a même attrapé un par le col blanc, de gros bonnet, – bon, d’accord, c’était un Russe – et ça nous a coûté des centaines de milliers de francs en dommages et intérêts. Alors vaut mieux être prudent comme Zappelli. C’est pas de la bonne justice, ça! Après tout, les sceptiques n’ont qu’à lire son site (Pourzap.ch. – On en a rêvé, Zappelli l’a fait!): dans ses engagements, concernant notamment la BCG, le Procureur l’écrit en toutes lettres: «Il veut un jugement rapide. Voilà des années que les Juges d’instruction ont le dossier en main…» Alors là, que ses détracteurs, s’il en reste, se lèvent et rendent leur Danette, qu’ils se taisent à jamais ou versent dans la palinodie! Car Zappelli le dit haut et fort: il en a vraiment marre que les Juges d’instruction fassent de la rétention de dossier, tout exprès volontairement pour retarder le procès. Six ans que ça dure et qu’il n’arrête pas de leur répéter, aux Juges d’instruction, qu’il veut un jugement rapide, qu’il faut accélérer le dossier parce que les Genevois ont le droit de savoir! C’est vrai, quoi, à la fin! Qu’on lui amène tous ces cols blancs, promoteurs, entrepreneurs, gros bonnets de la finance, politiciens, fussent-ils députés, Conseillers d’Etat ou Conseillère fédérale, et il va vous en faire de la chair à pâtée, le Zappelli. On va l’entendre dans tout le Palais de Justice crier en tapant du poing sur son bureau: Contre les gros bonnets! Le crime en col blanc est aussi un crime! Parce qu’attention! Sur son site, entièrement dédié à sa gloire méritée, on le décrit sans ambages: Daniel Zappelli, c’est le nouvel Attila de la Justice genevoise; sur le territoire où son cheval passe, la délinquance ne repousse pas. Surtout la petite. Mais les gros bonnets à col blanc ne perdent rien pour attendre. C’est pour son deuxième mandat. Il le promet. Et on peut le croire, c’est écrit dans les slogans qui scandent sa campagne. Alors que les petits malins qui se croiraient drôles en créant le site Pourlezapper.ch s’abstiennent d’une telle initiative; car avec Lui comme Procureur, il ne sera jamais dit dans la République que, selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Zappelli vous rendront blanc ou noir….

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  • Toxico !

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    Par Pascal Rebetez

    J’ai arrêté. Enfin. Me suis désaccoutumé. Sans patch, sans psy, sans chimie. Oh, pas longtemps, une semaine. Mais quand même, qui aurait pensé que j’y arriverais, alors que le monde entier m’incite à sa consommation ? Mais là, j’ai dit à ma chérie : « On profite de la pause pascale, on prend prétexte d’aller dans cette petite maison en France voisine, et on regarde si on peut faire quelque chose. SANS. Eh bien, ça a marché ! Le plus dur, ce sont les deux premiers soirs, à cause des habitudes, des blogs de Machin et Machine, du site de l’autre et surtout des mails. Et puis finalement, on s’y habitue, on vit quand même. Peut-être même qu’on vit mieux, plus ensemble, davantage amoureux. Bon, on a des réflexes qu’il faut combattre, se remettre à consulter un lourd annuaire téléphonique, un horaire de chemins de fer, même prendre plaisir au contact téléphonique.

    Enfin, on a pu vivre toute une semaine sans Internet ni Outlook, sans .ch ni YouTube. On a pu vivre comme il y a moins de cinq ans, quand tout le monde vivait SANS.

    Qu’est-ce qui s’est passé entre-temps ? Quelle mouche nous a piqués ? Quel sournois virus s’est-il installé dans notre cerveau d’hominidé pour que la cybernétique nous soit devenue à ce point indispensable, essentielle, existentielle même ?

    Il s’est passé un grand bug économico-sociologique, à n’en point douter, une révolution de puces. Mais alors, qui a gagné ? Qui a pris le pouvoir ? Les puces ou les neurones ? Les communicationnistes ou les isolationnistes ?  Les nomades ou les néo-mades ? Pour en savoir davantage, je vais consulter, c’est préférable. Le bon docteur Google est un puits de science sans fonds : quand j’y lance ma petite question, je n’entends jamais l’écho de ma pièce. Et pourtant, la chose vaut des milliards.

    •  
      • Allô docteur, je suis désolé. J’ai rechuté.

    Prenez pitié des toxicos.

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  • Viens voir les crève-la-faim

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    Par Pierre  Béguin

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    Nous sommes en 1689, dans le versant sombre du règne de Louis XIV. Les fastes de Versailles ne cachent pas la réalité: les paysans, qui représentent 90% de la population, sont dans une effroyable misère. Devant cette situation, La Bruyère, indigné, s’adresse aux nobles dans un petit texte construit sur le modèle d’un tableau qui, à bien le contempler, subitement s’animerait (Les Caractères ; De l’homme, 128). La rhétorique classique, ici, n’est plus au service du beau: il s’agit d’émouvoir le destinataire, c’est-à-dire de le mettre en mouvement, de le faire réagir, de toucher son cœur, de réveiller son sens moral, de lui faire voir le scandale de la misère du peuple, réduit à l’animalité et «tout brûlé de soleil» (l’allusion au Roi Soleil est évidente). Que ces riches aristocrates qui vont de Paris à Versailles ou de Versailles à Chantilly – comme les Condé – cessent de jeter quelques coups d’œil las et distraits au travers des vitres de leur carrosse! Qu’ils descendent et qu’ils regardent vraiment le paysage! Alors ils verront «certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible: ils ont comme une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine; et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d’eau et de racines; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé.»

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    Nous sommes en 2008, dans un versant sombre des sociétés modernes. Une chaîne d’hôtels annonce son intention d’emmener de très riches clients dans la province de Surin, l’une des régions les plus miséreuses de la Thaïlande, pour voir comment de vrais pauvres vivent et s’occupent de leurs éléphants. Ils s’en retourneront comme ils sont venus, à bord d’un jet privé, pour déguster un repas composé notamment de langoustes, de truffes noires et de glaces au roquefort préparé par trois chefs français totalisant entre eux huit étoiles au guide Michelin. L’objectif avoué? Susciter l’intérêt, peut-être émouvoir, afin que ces milliardaires investissent dans les infrastructures de cette région, ou ailleurs dans le monde des miséreux. Et l’organisateur de préciser: «Si je suis pauvre et si je vois des riches arriver, je me réjouis, car enfin il y a quelqu’un qui vient me voir.»
    Humanisme? Pragmatisme? Opportunisme? Affairisme? Cynisme? Voyeurisme?
    Au moins, avec La Bruyère, la question ne se posait pas…

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  • Le prix des chiottes

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    par Pascal Rebetez

     

    Sur plusieurs portes d’entrée de ma rue, une annonce a été apposée qui offre une place de garage souterrain pour voiture. Prix mensuel : 187.30 !  On admire la déclinaison des centimes, ce qui est supposé donner l’impression qu’un puissant calcul a permis de fixer le juste prix du havre automobile. Il semble d’ailleurs que cela soit les prix moyens du marché de l’habitat carrossier à Genève. La voiture mérite-t-elle autant ?

    Je payais ce prix-là, il y a trente ans, pour un trois pièces, certes aux allures modestes, mais vivable et terriblement vivifiant pour les étudiants que nous étions alors.

    187 francs, c’est aussi ce qu’on touche grosso modo en tant qu’allocation familiale pour un enfant.

    187 francs, c’est ce que laissent en moyenne annuelle les cinq millions de clients des maisons de jeux en Suisse. Ça n’a aucun rapport, mais justement, le prix du parking aussi n’a plus aucun rapport avec la réalité et surtout avec la vie telle qu’elle devrait être.

    Les voitures, gamins, on les appelait des chiottes. L’avenir nous a donné raison. Ce sont des chiottes, dorées peut-être, mais des sacs à merde et à problèmes quand même. En ville, c’est une catastrophe, une puanteur incroyable, sans parler du bruit. Je le sais, je roule à vélo, et pas que dans les beaux quartiers. Et de voir tous ces conducteurs en solo, aller et venir jour après jour, qui pour tenter de gagner sa vie et le droit à une plus belle cylindrée, qui pour dépenser et poser son véhicule dans une autre place de parking à 187 francs, ce qui fait 374 francs par mois rien que pour avoir le droit de poser sa bagnole chez soi et près de son lieu de travail, après avoir subi une bonne dose de bouchons et de stress et après avoir produit sa dose quotidienne de particules fines … quelle bêtise ! quel ridicule surtout. J’ai envie de leur dire aux automobilistes qui s’évertuent comme des lemmings à se fondre dans le courant, mais stop ! arrêtez ! laissez la place et l’air libre aux transports publics, aux vélos, aux taxis, aux piétons ! Ne soyez pas ridicules ni ringards avec vos chiottes à brosses. Laissez tomber ce mauvais goût, avant qu’on se moque de vous !

    Donc 187 francs, disais-je, ce qui laisse bien supposer que les automobilistes seront toujours d’accord de payer. Ce qu’il faut pour réduire le trafic, c’est qu’une majorité désormais se paie leurs têtes. Qu’on se moque des chauffeurs ! Qu’on les ridiculise ! Qu’ils se sentent dépassés, plus à la mode, stupides : ils arrêteront d’eux-mêmes leur moteur.
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  • Sandrine Salerno et les ligues de vertu

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    Par Pierre Béguin

     

    En lisant lundi dernier dans la Tribune l’article consacré à la «grossesse militante» de Sandrine Salerno (je félicite l'élue pour sa grossesse, c'est le t1412645814.2.jpgerme militant qui me gêne), je me disais qu’il était inconcevable de laisser impunie pareille pantalonnade, et qu’un billet d’humeur dans blogres se devait, pour le moins, de sanctionner cette bouffonnerie dont la grosseur, elle, n’a rien de militante. J’ai donc écrit un petit texte caustique que je pensais mettre sur le blog mon tour venu. Et voilà que mon ami Bagnoud me coupe l’herbe sous le pied, lui aussi, de toute évidence, ébranlé par tant de sottises. J’allais donc tourner la page Salerno lorsque je tombe sur un entrefilet où la militante Sandrine, dans une grosse colère militante, s’insurge contre une affiche dégradante pour la femme. On y voit, sous le slogan en clin d’œil «Tant qu’il y aura des formes», quelques vagues ondulations, ressemblant au premier regard à des dunes, qui laissent deviner un sein qu’on ne saurait voir de peur que ne brillent concupiscence et lubricité dans le regard des mâles, asservissant ainsi la femme au rôle d’obscur objet du désir. Oh Ciel! Et la militante Sandrine de monter aux barricades féministes avec l’urgence et les moyens que requiert l’importance du problème.1473838146.jpg

    Sandrine Salerno, vous confondez – et vous n’êtes hélas pas la seule – féminisme et ligues de vertu. En ce sens, vous me faites davantage penser à ces vieilles femmes rêches et austères qui, dans Lucky Luke, forment un bataillon pour fermer le saloon, lieu de débauche et de perdition de cet avatar de la création qu’est la race masculine. Dans un pays où seules les grandes entreprises, aux dépens des familles le plus souvent, semblent retenir l’attention de certains partis (la votation de dimanche dernier en constitue une preuve supplémentaire), le combat pour la condition des femmes et des familles attend pourtant un engagement plus sérieux et profond que cette mascarade électorale dans laquelle vous vous vautrez avec complaisance. A moins que, auto proclamée, par la grâce d’un article, nouvelle icône du féminisme, vous n’accordiez plus d’importance à votre propre cause qu’à celle des femmes. En attendant la canonisation…

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  • Guignol's band

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    Par Pierre Béguin 

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    Un site publicitaire décrit ainsi «la qualité de vie incomparable» dont bénéficie Genève: «Avec son lac, ses parcs somptueux et ses deux arbres par habitant, Genève est une ville verte, dans un environnement très protégé…»
    Genève, une ville verte? En fait, une illusion de ville verte pour prospectus publicitaire…
    Comme chaque année, avec la précision météorologique des traditionnelles inversions thermiques, la couche de pollution s’installe sur la ville verte et sur ses deux arbres par habitant. Comme chaque année, entre la fin de l’automne et le début du printemps, les particules fines prennent leurs aises élémentaires sur son environnement très protégé et ses parcs somptueux pour étouffer les malheureux qui n’ont pas de résidence secondaire sous d’autres cieux plus respirables. Et comme chaque année, feignant la surprise, les autorités sonnent le tocsin pour rappeler la dangerosité de ces poussières, sur les voies respiratoires notamment, et se répandre en communiqués laconiques ou recommandations illusoires: modérations des efforts physiques, réduction du temps d’aération des logements, utilisation des transports publics, etc. Bref, nous voilà alertés. Et alors? Alors, je respire toujours autant de particules fines et, en plus, je suis angoissé parce que je sais que je respire trop de particules fines. Du coup, il me semble que j’étouffe sous l’effet dévastateur des particules fines. Merci qui? Merci les autorités! Pourtant, en bon citoyen, j’ai essayé de suivre leurs recommandations. D’abord, j’ai arrêté de respirer, ce qui me semblait, vu les circonstances extrêmes, la solution la plus logique. Je l’avoue, par manque de volonté peut-être, je n’ai pas tenu très longtemps cette sage résolution. Puis j'ai voulu essayer le vélo. Mais comme on me disait, dans le même temps, d'éviter les efforts physiques, j'ai perdu le fil logique des recommandations. J’ai donc augmenté ma fréquentation, déjà importante, des transports publics. Mais comment augmenter ma fréquentation des transports publics lorsque, dans le même temps, les transports publics diminuent leur fréquentation sur des réseaux pourtant construits à grands frais? La ligne 12, parfaitement desservie avant les changements d’horaire du 9 décembre, est désertée, les rares trams, de préférence sans remorque aux heures de pointe, systématiquement en retard et bondés au point que la grogne y est généralisée et l’air… irrespirable!
    Alors, j’ai attendu les mesures d’urgence. Si elles sont venues dans les autres cantons, à Genève, ville verte, avec ses deux arbres par habitant, on a décidé d’attendre la bise prévue en fin de semaine (bise par ailleurs modérée en plaine) tout en jugeant les mesures incitatives prises à Neuchâtel ou en Valais très intéressantes, mais préférant, selon la directrice du Service genevois de la protection de l’air (parce que, donc, faute d’avoir une protection de l’air à Genève, il y a tout de même un Service de protection de l’air, ce qui, vous en conviendrez, ne manque pas de nous rassurer) préférant, disais-je, attendre la première occasion (sic!) pour tenter de faire de même dans notre ville verte avec ses deux arbres par habitant. Le moment n’est donc pas encore venu malgré des pics de pollution dépassant le deuxième seuil d’intervention. ..
    Là-dessus, je me dis que, tout de même, avec deux «verts» au Conseil d’Etat… Mais le premier est à Berne (ce qui, soit dit en passant, est la meilleure chose qui pouvait arriver à notre ville verte et à nos deux arbres par habitant; pourvu qu’il y reste!) et le deuxième compte. Quant aux autres, ils dorment, font des effets de manches ou d’annonces. J’allais me résigner à l’agonie respiratoire lorsque l’Exécutif de la ville de Genève m’a rendu l’espoir. Que faisait-il, l’Exécutif, en prévision des pics de pollution prêts à fondre lâchement par surprise, comme chaque année à pareille époque, tels des Savoyards furieux, sur notre belle ville verte? Il visitait des modèles d’écoquartiers en Allemagne, à Fribourg-en-Brisgau. En voilà une solution qu’elle est bonne! Au moins, lui, l’Exécutif, comme Ducros dans les 80’s, y’se décarcasse, il s’active… sur le très long terme. En attendant, les particules fines dansent dans mes poumons pendant que Genève, ville verte, prend des mesures d’urgence…  pour accueillir le Salon de l’auto!
    Genève, ses deux arbres par habitant, son cadre protégé et son guignol’s band

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  • J'ai du bon tabac

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    Par Olivier Chiacchiari

     

    Abordons sans tarder la question qui déchaîne les passions: l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Autant dire que je suis contre.
    J'ai fumé durant près de vingt ans, puis j'ai arrêté trois ans. J'ai replongé deux ans, puis j'ai arrêté à nouveau. Voilà 15 mois que je suis abstinent et content de l'être, car ma santé est prioritaire. Comme la santé publique est prioritaire. Il est plus que souhaitable le tabac soit éradiqué - à terme - de nos sociétés, c'est une affaire de bon sens, mais cela doit-il passer par une interdiction totale ?
    Ce qui me pose problème, ce n'est pas la lutte anti-tabac, mais la chasse aux fumeurs. Cet acharnement à diaboliser les consommateurs d'un produit légal est inacceptable. Jusqu'à nouvel avis, on a toujours le droit de vendre des cigarettes, et on a le droit d'en acheter ? C'est donc un produit légal. Durant plus d'un demi siècle on a encouragé les gens à fumer, avec force et publicité, développant ainsi un marché juteux auquel personne ne veut renoncer, aujourd'hui encore. Ni les fabricants, ni l'Etat. Et c'est pourtant ce même Etat qui en un temps record organise la mise au ban de ses consommateurs. Le produit demeure légal, mais pas sa consommation. Une première dans l'histoire du commerce.
    Mais le plus stupéfiant, ce sont les fumeurs qui cautionnent l'interdiction. Dans l'incapacité de cesser ou de freiner leur consommation, ceux-là attendent qu'une loi les y contraignent, contraignant tous les autres avec eux. J'ai cessé par deux fois et je sais combien la lutte est pénible et improbable, mais pour y parvenir, il faut se faire aider par des spécialistes, non se faire interdire par l'Etat. Car si chacun demande l'interdiction générale ce qu'il ne peut arrêter en particulier, où va-t-on ! C'est comme si les chauffards demandaient davantage de radars, ou les polémistes davantage de censeurs...
    Non, une fois encore, la solution ne se trouve ni dans le camp des pour, ni dans celui des contre. La seule mesure respectueuse des libertés de chacun, c'est de permettre aux responsables d’établissements qui le souhaitent, d'aménager des locaux hermétiques réservés aux fumeurs, répondant à des normes strictes et avérées. Et que l'on pense à vitrer les cloisons, afin de ne pas interdire dans le même élan les liaisons interfumales.

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  • Le staphylocoque est l'avenir de l'homme

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    Par Pierre Béguin

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    Mon père atteint malheureusement l’âge vénérable où une hospitalisation est à craindre. Qui survint il y a une quinzaine de jours. Urgences. Beau-Séjour. Chambre à quatre lits. Sur la porte, un autocollant rouge attire l’attention du visiteur sur les précautions d’hygiène et le port obligatoire de gants en caoutchouc. A côté d’un des quatre noms, un petit signe rouge désigne le patient contaminé. Je me renseigne. Staphylocoque doré résistant. Ça tombe mal: ma mère, selon son médecin traitant, n’est pas en état de supporter cette bactérie. Contamination interdite. Je le signale au médecin qui m’avoue son impuissance. J’insiste. En vain. En partant, je remarque sur les autres portes le même autocollant et le même signe rouge à côté de certains noms. Idem au deuxième étage. Pourquoi ne regroupent-ils pas les malades porteurs du staphylocoque doré dans les mêmes chambres au lieu d’exposer les autres à une contamination? L’ostracisme d’une telle mesure ne s’en trouverait-il pas médicalement justifié? Fort de cette logique, je remonte poser la question au médecin qui me souligne, sans m’en expliquer les raisons, l’inutilité d’un tel regroupement qui n’a pourtant rien de familial. Trois jours plus tard, un deuxième signe rouge fait son apparition. Là, je m’inquiète vraiment. Quelles perspectives, papa? Anthrax? Ostéomyélite? Septicémie? Pour toute réponse, je reçois l’acrimonie des infirmières, par ailleurs particulièrement acrimonieuses, et la gêne du médecin. Deux jours passent qui amènent un troisième signe rouge. Seul mon père résiste encore. Cette fois, branle-bas de combat. J’exige un test et, en cas de résultat négatif, son déplacement immédiat. Même les médecins traitants de mes parents s’en mêlent. Le lendemain matin, test; le soir, résultat: pas de staphylocoque doré résistant mais pas de changement de chambre non plus. Finalement gain de cause est obtenu par mon frère dont la stratégie aux accents slaves semble plus efficace que ma logique desséchante et insistante: un couple que 59 ans de vie commune n’ont pas réussi à séparer pourrait l’être en quelques secondes par une bactérie dont la propagation n’a a priori rien de résolument fatal! Œuvre de tant de jours en un jour effacée! Bref, on place mon père dans une chambre individuelle. Ironie! De nos jours, ce sont les personnes non contaminées qu’on met en isolement. Ça promet pour l’avenir! Sur toutes les portes, à tous les étages – je jure, lecteur inquiet, que je dis la vérité –, les petits signes rouges se sont multipliés. Le surlendemain, Val-Fleuri, une EMS où nous avions déposé un dossier, nous informe qu’une place se libère. Soulagement. Le même jour, scandale à Val-Fleuri! Voyages du personnel et des conjoints, repas (g)astronomiques, voiture de fonction et salaire inapproprié pour le directeur, etc. On dilapide joyeusement l’argent pour motiver les cadres. Les débordements habituels en quelque sorte. L’Etat coupe les subventions à Val-Fleuri. Il n’y a plus de petits prétextes pour économiser. On vit décidément une époque formidable! Les conseils d’administration ou autres Pdg vivent comme des nababs, les banques, soutenues par l’argent public, engloutissent des milliards dans des krachs que trois neurones auraient suffi à prévoir et les états, évidemment endettés, coupent, coupent, coupent… le plus souvent où il ne faudrait pas couper. E la Nave va! Pour ceux qui ont les moyens, passe encore! On nous l’a bien dit, à Val-Fleuri: votre père est prioritaire  parce qu’il est solvable. Mais les autres? Pas de panique! Il reste Beau-Séjour, ses infirmières souriantes et son staphylocoque. Ah, quelle belle société! Le parachute doré pour les uns, le staphylocoque doré pour les autres.
     

    Moralité: Il faut mourir de son vivant. N’hésitons plus: fumons, buvons, jouissons, mangeons gras! Et surtout pas de sport, sous aucun prétexte! Je ne sais pas pour vous mais moi, c’est décidé: ce soir, c’est charcuterie, beurre, viande rouge en sauce, dessert crémeux. Et puisqu’il est temps encore pour les bonnes résolutions de janvier, demain – promis, juré! – j’arrête le sport et je commence à fumer.

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  • Bret Easton Ellis écrit plus qu'il n'en faut

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    Par Olivier Chiacchiari

     

    J'achève le dernier roman de Breat Easton Ellis, Lunar Park (2005), et j'avoue que la déception à l'arrivée est inversément proportionnelle à l'enthousiasme de départ. Que de longueurs assommantes, de pages inutiles, de phrases qui font naufrage! On réduirait la matière de moitié, il en resterait encore trop. A croire que son auteur a été payé à la ligne...
    Certes, subsistent des passages brillants, c'est d'ailleurs ce qui fait tenir jusqu'au bout: la scène de couple chez la psy, les rapports père-fils, ou encore les pensées schizophréniques du protagoniste qui s'adresse intérieurement à son alter ego écrivain.
    Certes, le concept d'autofiction est intéressant. Ellis dévoile sa vie privée sans que le lecteur ne puisse distinguer le réel du fictionnel. Procédé novateur, saisissant, mais cela ne suffit pas à faire un bon livre et à tenir en haleine durant près de 500 pages. Encore faut-il dépasser le «procédé», transcender le «concept», pour que la littérature opère et que le lecteur décolle.
    Malgré le savoir faire, on est bien loin de l'insolence inspirée d'American Psycho, best-seller incontesté et incontestable fustigeant la vacuité - et les paradoxes - de l'univers des golden boys des années 80.
    Dans Lunar Park, on ne perçoit plus que l'ombre de celui qui fut l'une des plumes américaines les subversives du moment. C'est un Bret Easton Ellis empaté qui s'exprime dans ce sixième roman. Mais attendons le septième, car l'œuvre littéraire est une course de fond, qui à l'image de l'existence, comporte ses hauts et ses bas.

     

    Lunar Park, éditions Robert Laffont, 2005

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