27/02/2008

Sandrine Salerno et les ligues de vertu

Par Pierre Béguin

 

En lisant lundi dernier dans la Tribune l’article consacré à la «grossesse militante» de Sandrine Salerno (je félicite l'élue pour sa grossesse, c'est le t1412645814.2.jpgerme militant qui me gêne), je me disais qu’il était inconcevable de laisser impunie pareille pantalonnade, et qu’un billet d’humeur dans blogres se devait, pour le moins, de sanctionner cette bouffonnerie dont la grosseur, elle, n’a rien de militante. J’ai donc écrit un petit texte caustique que je pensais mettre sur le blog mon tour venu. Et voilà que mon ami Bagnoud me coupe l’herbe sous le pied, lui aussi, de toute évidence, ébranlé par tant de sottises. J’allais donc tourner la page Salerno lorsque je tombe sur un entrefilet où la militante Sandrine, dans une grosse colère militante, s’insurge contre une affiche dégradante pour la femme. On y voit, sous le slogan en clin d’œil «Tant qu’il y aura des formes», quelques vagues ondulations, ressemblant au premier regard à des dunes, qui laissent deviner un sein qu’on ne saurait voir de peur que ne brillent concupiscence et lubricité dans le regard des mâles, asservissant ainsi la femme au rôle d’obscur objet du désir. Oh Ciel! Et la militante Sandrine de monter aux barricades féministes avec l’urgence et les moyens que requiert l’importance du problème.1473838146.jpg

Sandrine Salerno, vous confondez – et vous n’êtes hélas pas la seule – féminisme et ligues de vertu. En ce sens, vous me faites davantage penser à ces vieilles femmes rêches et austères qui, dans Lucky Luke, forment un bataillon pour fermer le saloon, lieu de débauche et de perdition de cet avatar de la création qu’est la race masculine. Dans un pays où seules les grandes entreprises, aux dépens des familles le plus souvent, semblent retenir l’attention de certains partis (la votation de dimanche dernier en constitue une preuve supplémentaire), le combat pour la condition des femmes et des familles attend pourtant un engagement plus sérieux et profond que cette mascarade électorale dans laquelle vous vous vautrez avec complaisance. A moins que, auto proclamée, par la grâce d’un article, nouvelle icône du féminisme, vous n’accordiez plus d’importance à votre propre cause qu’à celle des femmes. En attendant la canonisation…

22/02/2008

Guignol's band

Par Pierre Béguin 

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Un site publicitaire décrit ainsi «la qualité de vie incomparable» dont bénéficie Genève: «Avec son lac, ses parcs somptueux et ses deux arbres par habitant, Genève est une ville verte, dans un environnement très protégé…»
Genève, une ville verte? En fait, une illusion de ville verte pour prospectus publicitaire…
Comme chaque année, avec la précision météorologique des traditionnelles inversions thermiques, la couche de pollution s’installe sur la ville verte et sur ses deux arbres par habitant. Comme chaque année, entre la fin de l’automne et le début du printemps, les particules fines prennent leurs aises élémentaires sur son environnement très protégé et ses parcs somptueux pour étouffer les malheureux qui n’ont pas de résidence secondaire sous d’autres cieux plus respirables. Et comme chaque année, feignant la surprise, les autorités sonnent le tocsin pour rappeler la dangerosité de ces poussières, sur les voies respiratoires notamment, et se répandre en communiqués laconiques ou recommandations illusoires: modérations des efforts physiques, réduction du temps d’aération des logements, utilisation des transports publics, etc. Bref, nous voilà alertés. Et alors? Alors, je respire toujours autant de particules fines et, en plus, je suis angoissé parce que je sais que je respire trop de particules fines. Du coup, il me semble que j’étouffe sous l’effet dévastateur des particules fines. Merci qui? Merci les autorités! Pourtant, en bon citoyen, j’ai essayé de suivre leurs recommandations. D’abord, j’ai arrêté de respirer, ce qui me semblait, vu les circonstances extrêmes, la solution la plus logique. Je l’avoue, par manque de volonté peut-être, je n’ai pas tenu très longtemps cette sage résolution. Puis j'ai voulu essayer le vélo. Mais comme on me disait, dans le même temps, d'éviter les efforts physiques, j'ai perdu le fil logique des recommandations. J’ai donc augmenté ma fréquentation, déjà importante, des transports publics. Mais comment augmenter ma fréquentation des transports publics lorsque, dans le même temps, les transports publics diminuent leur fréquentation sur des réseaux pourtant construits à grands frais? La ligne 12, parfaitement desservie avant les changements d’horaire du 9 décembre, est désertée, les rares trams, de préférence sans remorque aux heures de pointe, systématiquement en retard et bondés au point que la grogne y est généralisée et l’air… irrespirable!
Alors, j’ai attendu les mesures d’urgence. Si elles sont venues dans les autres cantons, à Genève, ville verte, avec ses deux arbres par habitant, on a décidé d’attendre la bise prévue en fin de semaine (bise par ailleurs modérée en plaine) tout en jugeant les mesures incitatives prises à Neuchâtel ou en Valais très intéressantes, mais préférant, selon la directrice du Service genevois de la protection de l’air (parce que, donc, faute d’avoir une protection de l’air à Genève, il y a tout de même un Service de protection de l’air, ce qui, vous en conviendrez, ne manque pas de nous rassurer) préférant, disais-je, attendre la première occasion (sic!) pour tenter de faire de même dans notre ville verte avec ses deux arbres par habitant. Le moment n’est donc pas encore venu malgré des pics de pollution dépassant le deuxième seuil d’intervention. ..
Là-dessus, je me dis que, tout de même, avec deux «verts» au Conseil d’Etat… Mais le premier est à Berne (ce qui, soit dit en passant, est la meilleure chose qui pouvait arriver à notre ville verte et à nos deux arbres par habitant; pourvu qu’il y reste!) et le deuxième compte. Quant aux autres, ils dorment, font des effets de manches ou d’annonces. J’allais me résigner à l’agonie respiratoire lorsque l’Exécutif de la ville de Genève m’a rendu l’espoir. Que faisait-il, l’Exécutif, en prévision des pics de pollution prêts à fondre lâchement par surprise, comme chaque année à pareille époque, tels des Savoyards furieux, sur notre belle ville verte? Il visitait des modèles d’écoquartiers en Allemagne, à Fribourg-en-Brisgau. En voilà une solution qu’elle est bonne! Au moins, lui, l’Exécutif, comme Ducros dans les 80’s, y’se décarcasse, il s’active… sur le très long terme. En attendant, les particules fines dansent dans mes poumons pendant que Genève, ville verte, prend des mesures d’urgence…  pour accueillir le Salon de l’auto!
Genève, ses deux arbres par habitant, son cadre protégé et son guignol’s band

J'ai du bon tabac

 

Par Olivier Chiacchiari

 

Abordons sans tarder la question qui déchaîne les passions: l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Autant dire que je suis contre.
J'ai fumé durant près de vingt ans, puis j'ai arrêté trois ans. J'ai replongé deux ans, puis j'ai arrêté à nouveau. Voilà 15 mois que je suis abstinent et content de l'être, car ma santé est prioritaire. Comme la santé publique est prioritaire. Il est plus que souhaitable le tabac soit éradiqué - à terme - de nos sociétés, c'est une affaire de bon sens, mais cela doit-il passer par une interdiction totale ?
Ce qui me pose problème, ce n'est pas la lutte anti-tabac, mais la chasse aux fumeurs. Cet acharnement à diaboliser les consommateurs d'un produit légal est inacceptable. Jusqu'à nouvel avis, on a toujours le droit de vendre des cigarettes, et on a le droit d'en acheter ? C'est donc un produit légal. Durant plus d'un demi siècle on a encouragé les gens à fumer, avec force et publicité, développant ainsi un marché juteux auquel personne ne veut renoncer, aujourd'hui encore. Ni les fabricants, ni l'Etat. Et c'est pourtant ce même Etat qui en un temps record organise la mise au ban de ses consommateurs. Le produit demeure légal, mais pas sa consommation. Une première dans l'histoire du commerce.
Mais le plus stupéfiant, ce sont les fumeurs qui cautionnent l'interdiction. Dans l'incapacité de cesser ou de freiner leur consommation, ceux-là attendent qu'une loi les y contraignent, contraignant tous les autres avec eux. J'ai cessé par deux fois et je sais combien la lutte est pénible et improbable, mais pour y parvenir, il faut se faire aider par des spécialistes, non se faire interdire par l'Etat. Car si chacun demande l'interdiction générale ce qu'il ne peut arrêter en particulier, où va-t-on ! C'est comme si les chauffards demandaient davantage de radars, ou les polémistes davantage de censeurs...
Non, une fois encore, la solution ne se trouve ni dans le camp des pour, ni dans celui des contre. La seule mesure respectueuse des libertés de chacun, c'est de permettre aux responsables d’établissements qui le souhaitent, d'aménager des locaux hermétiques réservés aux fumeurs, répondant à des normes strictes et avérées. Et que l'on pense à vitrer les cloisons, afin de ne pas interdire dans le même élan les liaisons interfumales.

29/01/2008

Le staphylocoque est l'avenir de l'homme

Par Pierre Béguin

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Mon père atteint malheureusement l’âge vénérable où une hospitalisation est à craindre. Qui survint il y a une quinzaine de jours. Urgences. Beau-Séjour. Chambre à quatre lits. Sur la porte, un autocollant rouge attire l’attention du visiteur sur les précautions d’hygiène et le port obligatoire de gants en caoutchouc. A côté d’un des quatre noms, un petit signe rouge désigne le patient contaminé. Je me renseigne. Staphylocoque doré résistant. Ça tombe mal: ma mère, selon son médecin traitant, n’est pas en état de supporter cette bactérie. Contamination interdite. Je le signale au médecin qui m’avoue son impuissance. J’insiste. En vain. En partant, je remarque sur les autres portes le même autocollant et le même signe rouge à côté de certains noms. Idem au deuxième étage. Pourquoi ne regroupent-ils pas les malades porteurs du staphylocoque doré dans les mêmes chambres au lieu d’exposer les autres à une contamination? L’ostracisme d’une telle mesure ne s’en trouverait-il pas médicalement justifié? Fort de cette logique, je remonte poser la question au médecin qui me souligne, sans m’en expliquer les raisons, l’inutilité d’un tel regroupement qui n’a pourtant rien de familial. Trois jours plus tard, un deuxième signe rouge fait son apparition. Là, je m’inquiète vraiment. Quelles perspectives, papa? Anthrax? Ostéomyélite? Septicémie? Pour toute réponse, je reçois l’acrimonie des infirmières, par ailleurs particulièrement acrimonieuses, et la gêne du médecin. Deux jours passent qui amènent un troisième signe rouge. Seul mon père résiste encore. Cette fois, branle-bas de combat. J’exige un test et, en cas de résultat négatif, son déplacement immédiat. Même les médecins traitants de mes parents s’en mêlent. Le lendemain matin, test; le soir, résultat: pas de staphylocoque doré résistant mais pas de changement de chambre non plus. Finalement gain de cause est obtenu par mon frère dont la stratégie aux accents slaves semble plus efficace que ma logique desséchante et insistante: un couple que 59 ans de vie commune n’ont pas réussi à séparer pourrait l’être en quelques secondes par une bactérie dont la propagation n’a a priori rien de résolument fatal! Œuvre de tant de jours en un jour effacée! Bref, on place mon père dans une chambre individuelle. Ironie! De nos jours, ce sont les personnes non contaminées qu’on met en isolement. Ça promet pour l’avenir! Sur toutes les portes, à tous les étages – je jure, lecteur inquiet, que je dis la vérité –, les petits signes rouges se sont multipliés. Le surlendemain, Val-Fleuri, une EMS où nous avions déposé un dossier, nous informe qu’une place se libère. Soulagement. Le même jour, scandale à Val-Fleuri! Voyages du personnel et des conjoints, repas (g)astronomiques, voiture de fonction et salaire inapproprié pour le directeur, etc. On dilapide joyeusement l’argent pour motiver les cadres. Les débordements habituels en quelque sorte. L’Etat coupe les subventions à Val-Fleuri. Il n’y a plus de petits prétextes pour économiser. On vit décidément une époque formidable! Les conseils d’administration ou autres Pdg vivent comme des nababs, les banques, soutenues par l’argent public, engloutissent des milliards dans des krachs que trois neurones auraient suffi à prévoir et les états, évidemment endettés, coupent, coupent, coupent… le plus souvent où il ne faudrait pas couper. E la Nave va! Pour ceux qui ont les moyens, passe encore! On nous l’a bien dit, à Val-Fleuri: votre père est prioritaire  parce qu’il est solvable. Mais les autres? Pas de panique! Il reste Beau-Séjour, ses infirmières souriantes et son staphylocoque. Ah, quelle belle société! Le parachute doré pour les uns, le staphylocoque doré pour les autres.
 

Moralité: Il faut mourir de son vivant. N’hésitons plus: fumons, buvons, jouissons, mangeons gras! Et surtout pas de sport, sous aucun prétexte! Je ne sais pas pour vous mais moi, c’est décidé: ce soir, c’est charcuterie, beurre, viande rouge en sauce, dessert crémeux. Et puisqu’il est temps encore pour les bonnes résolutions de janvier, demain – promis, juré! – j’arrête le sport et je commence à fumer.

18/01/2008

Bret Easton Ellis écrit plus qu'il n'en faut

 

Par Olivier Chiacchiari

 

J'achève le dernier roman de Breat Easton Ellis, Lunar Park (2005), et j'avoue que la déception à l'arrivée est inversément proportionnelle à l'enthousiasme de départ. Que de longueurs assommantes, de pages inutiles, de phrases qui font naufrage! On réduirait la matière de moitié, il en resterait encore trop. A croire que son auteur a été payé à la ligne...
Certes, subsistent des passages brillants, c'est d'ailleurs ce qui fait tenir jusqu'au bout: la scène de couple chez la psy, les rapports père-fils, ou encore les pensées schizophréniques du protagoniste qui s'adresse intérieurement à son alter ego écrivain.
Certes, le concept d'autofiction est intéressant. Ellis dévoile sa vie privée sans que le lecteur ne puisse distinguer le réel du fictionnel. Procédé novateur, saisissant, mais cela ne suffit pas à faire un bon livre et à tenir en haleine durant près de 500 pages. Encore faut-il dépasser le «procédé», transcender le «concept», pour que la littérature opère et que le lecteur décolle.
Malgré le savoir faire, on est bien loin de l'insolence inspirée d'American Psycho, best-seller incontesté et incontestable fustigeant la vacuité - et les paradoxes - de l'univers des golden boys des années 80.
Dans Lunar Park, on ne perçoit plus que l'ombre de celui qui fut l'une des plumes américaines les subversives du moment. C'est un Bret Easton Ellis empaté qui s'exprime dans ce sixième roman. Mais attendons le septième, car l'œuvre littéraire est une course de fond, qui à l'image de l'existence, comporte ses hauts et ses bas.

 

Lunar Park, éditions Robert Laffont, 2005

20/11/2007

Vivent les nomades !

 

 

 

 

 

par Pascal Rebetez

 

 

Le bilan d’EasyJet est excellent et, en une année, c’est quasiment l’ensemble de la population suisse (5,8 millions de passagers) qui a décollé en low-cost du territoire suisse. Quel bonheur ! Quelle facilité ! Nous sommes désormais tous devenus des nomades. Attention, pas des Roms, hein, faut pas déconner ! Nous, on est branchés, on s’envoie en l’air, pas cher, on visite en deux jours les villes qui comptent en Europe, et si l’on traverse la Manche, on ne la fait pas !

Non, si on se fait tondre, c’est en toute connaissance de cause. Nous faire croire qu’on connaîtra une ville en vingt-quatre heures, transport aller et retour de l’aéroport compris, c’est de l’arnaque pure, doublée d’une prétention sans vergogne à soi-disant rencontrer l’autre. Il faut le dire : outre que les vols EasyJet ne sont pas donnés, taxes comprises, taxis, prix des hôtels exorbitants, cadeaux obligatoires à acheter, tout cela nous mène à des dépenses assez considérables. Mais l’admettre, c’est déjà passer pour un pigeon. Alors pigeon d’accord, mais voyageur. J’ai été jusqu'à peu un très bon client, vraiment, très tenté par toutes ces destinations exotiques, Malaga, Liverpool, etc. Tes rêves d’ailleurs à portée de main et de porte-monnaie…

Et puis désormais, j’hésite, surtout quand, isolé en montagne, je vois le défilé incessant des traces des nomades dans le ciel.

5,8 millions de passagers dont la plupart sont des consommateurs touristiques, sans aucun réel besoin d’aller ailleurs mais qui y vont parce que ça se fait et que la pub est ainsi faite et l’enthousiasme si généralisé, y compris dans les médias tellement prompts à se réjouir des excellents bénéfices des jeunes compagnies, et ceci malgré que le kérosène, c’est aussi du pétrole et beaucoup de CO2, non ? Le bilan écologique d’EasyJet n’est pas excellent, c’est évident.

Donc les compagnies sont contentes et le modèle EasyJet est d’une grande rentabilité, comme dit son chef helvète.

Question à cinquante centimes : pourquoi n’y a-t-il pas de vol pour Bucarest, alors que les clients nomades sont si nombreux à vouloir du low-cost ?

19/11/2007

Cachez-moi ça !

Par Alain Bagnoud
 
Enfin, on travaille à régler le problème des Roms à Genève ! C’est vrai, quoi, c’était insupportable ! Ces pauvres qui ont l’outrecuidance de venir nous rappeler qu’ils meurent de misère chez eux. Qui s’étalent devant les magasins où nous avons lutté pour arracher quelques colifichets de la dernière mode H&M ou devant les banques où nous avons retiré quelques centaines de francs pour nos dépenses et nos menus frais. Et il faudrait leur donner encore une piécette ?

Qu’on les ôte de là ! Qu’on les fasse disparaître ! Bien sûr, ce ne sont pas des malfaiteurs, je le reconnais, ils n’ont rien à voir avec le crime organisé, ce sont juste des pauvres, mais enfin, ils sont visibles ! On ne peut pas les rater ! Avec leurs vieux habits démodés et élimés qui s’accumulent sur eux en épaisses couches contre le froid, leurs dégaines, leur têtes bizarres. On comprend pourquoi, chez eux, en Roumanie, ils sont discriminés, pourquoi personne ne veut leur donner du travail, pourquoi les policiers les persécutent.

Chaque fois que je les rencontrais, tenez, j’avais mal au cœur. Une envie de vomir et une sorte de… oui, de culpabilité. Heureusement, ce sentiment si désagréable va disparaître. La police fait le nécessaire. On leur rend la vie difficile. On les contrôle, on les force à passer la nuit dans des abris, pour leur bien, pour leur santé, et puis après dix nuits, ouste ! Rentrez chez vous !

Grâce à ces petit tracas qu’on leur fait, ils disparaîtront. Ils ne résistent d’ailleurs pas. Ils ont l’habitude de se faire chasser de partout. Et bientôt, enfin, quand ils comprendront que ça ne sert à rien de venir ici, qu’ils seront embêtés, vérifiés, qu’ils s’endetteront encore plus parce qu’ils ne gagneront même pas de quoi se payer le bus du retour, bien fait pour eux, ils se rendront compte. Notre message n’est pas difficile à comprendre. Au contraire. Simple, clair, affirmé : nous ne voulons pas de vous, ne venez pas !

Les riches, si, tous, de tous les coins de la planète ! Débarquez, arrivez, on vous fait des avantages fiscaux, on vous aime, on vous admire, on vous vénère. Vous êtes nos dieux, nos saints, nos modèles. Nous aimerions tellement être comme vous. Vous sentez bon, vous nagez dans le  luxe, vous passez à la télé, vous nous faites rêver. Vos petits problèmes nous émeuvent. Vos séparations, vos excès, l’éducation de vos enfants. Ce que vous mangez. Vos vacances à Saint-Barth. Tout nous intéresse. Nous nous prosternons devant vous. Ah ça, qu’est-ce que nous pouvons vous aimer, les riches !

Mais les misérables, non ! Pas eux ! Qu’ils nous épargnent leur vue ! Ils peuvent bien vivre tranquilles, nous ne leur souhaitons pas de mal, mais loin, dehors, ailleurs !
Qu’ils cessent de heurter notre sensibilité. Qu’ils arrêtent enfin une bonne fois pour toutes de nous donner mauvaise conscience !


(Voir aussi Le blog d'Alain Bagnoud)

23/10/2007

Le silence des intellectuels

Par Alain Bagnoud

 Affiche de l'UDC, reprise par le parti néonazi allemand NPD29 % pour l’UDC. Le Schweizerisches Volkspartei. Presque un Suisse sur trois a voté pour le parti nationaliste qui organise le culte du chef, qui prône la haine de l’étranger, qui utilise toutes les ficelles du populisme. Qui fait des amalgames douteux, qui simplifie à outrance, qui, caché derrière sa propagande xénophobe, défend les puissances économiques. Il a dépensé 20 fois plus pour sa dernière campagne que son adversaire direct, le parti socialiste, deuxième en importance. De l’argent dont on ne connaît pas la source !

En face, des partis en déliquescence, sonnés parce qu’ils ne reconnaissent plus les règles du jeu. Leur ancien partenaire les a modifiées en cours de partie sans qu’ils s’en aperçoivent. Ils protestent :

- C’est faux ! On ne doit pas ! Ce sont des méthodes de voyous !

Ils s’indignent. Ils ont raison. Ça ne change rien.

Et puis il y a nous. Les intellectuels. Empruntés, embêtés. Au-dessus de la mêlée. La bouche en cul de poule :

- Oui, bien sûr, nous n’aimons pas ces idées et ces gens. Mais leur parti est en définitive démocratique. Il respecte les institutions.

- On ne peut pas aller contre le peuple. Il faut admettre ses choix.

- Toutes les opinions sont bonnes à dire, ça donne de l’ardeur au jeu politique.

- Ne simplifions pas, la situation est complexe.

Ou, encore plus lâche (je l’ai entendu il y a trois jours) :

- Je n’arrive plus à me définir, je ne vote pas, il n’y a plus d’idéologie. (Sic !)

Mais quand on nous interroge sur ce que nous aurions fait dans les années trente en Allemagne ou en Italie, il n’y a aucun doute. La main sur le cœur ! Nous aurions résisté ! Nous nous serions fait entendre ! Grâce à nous, le fascisme n’aurait pas passé !

Tout serait donc une question de conditionnel passé ? Et si on replaçait les choses au présent ? Si on se remettait à expliquer, à parler ? A prendre position ? A avoir un peu de courage ?

Parce que, décidément, il y a urgence !

  

(Voir aussi Le blog d'Alain Bagnoud)

17/10/2007

Quel pilote dans l'avion?

Par Pierre Béguin


 

Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais il arrive parfois que le citoyen qui sommeille en moi ressente comme un léger soupçon, une espèce de sensation ténue qui impose à mon entendement une hypothèse désagréable : est-ce que, par hasard, on ne se foutrait pas de nous?
Tenez, pas plus tard qu’hier! Je reçois de mon assurance maladie, comme vous j’imagine, le détail des primes 2008. Avec diminution, est-il inscrit en caractère gras. Chouette! que je me dis aussitôt. 40 centimes par mois, la diminution! 1 fr 20 par trimestre! 4 fr 80 par année! Pas même un paquet de cigarettes! De toute façon, je ne fume plus. J’ai pris ma calculette pour estimer exactement mon gain : 0,12% ! Bon! On annonçait une baisse de plus de 3% mais tout de même, je suis rassuré, Couchepin et les assurances n’ont pas menti : pas d’augmentation pour 2008, c’est déjà ça, comme dit l’autre.
Alors pourquoi ce léger soupçon, cette sensation ténue qui se réveille et qui m’impose sa litanie? Une sensation qui en cache une autre, plus obsédante et angoissante celle-ci : qui dirige vraiment ce pays?
Au fait, comment appelle-ton un régime où ceux qui dirigent n’ont pas été élu par le peuple?

15/10/2007

CEVA et droit démocratique

Par Pierre Béguin


 

Une source particulièrement bien placée m’informe que les CFF obtiendront, au mois de décembre, l’autorisation de mettre en œuvre le fameux projet CEVA, ce projet centenaire de liaison ferroviaire  Cornavin – Praille – Eaux-vives – Annemasse. Le plus étonnant dans cette affaire n’est pas tant le projet lui-même que l’incroyable silence politique qui accompagne sa mise en œuvre et sa future réalisation. Alors que les précédentes entreprises d’envergure sur le territoire genevois (autoroute de contournement, Stade de Genève, traversée de la Rade) ont fait l’objet de nombreux débats citoyens, pour le CEVA, rien à voir, circulez! De toute évidence, l’échec en votation de la traversée de la Rade a échaudé nos politiciens qui, retenant la leçon, veulent cette fois passer en force et en silence, contre tout respect démocratique. Même l’initiative alternative au CEVA, déposée dans les règles ce printemps, a nécessité cinq mois d’examen pour en valider les signatures, et pourrait être considérée comme non recevable sous prétexte qu’elle intervient bien après une information au public et aux intéressés, paraît-il, largement diffusée. Bel exemple de mauvaise foi crasse! Posez la question autour de vous et vous constaterez qu’une bonne moitié des genevois ignore totalement de quoi il retourne et qu’un bon nombre de l’autre moitié croit qu’il s’agit d’un projet des TPG. Soyons clair! Le CEVA est un projet des CFF dont la fonction première n’est pas de soulager le trafic genevois mais d’établir une liaison entre les réseaux ferroviaires nord et sud au niveau de Genève. Donc, à ce titre, il serait plus juste de dire que ce n’est pas Berne qui finance un projet genevois à hauteur de 60% de ses coûts mais que c’est Genève qui finance un projet de la Confédération à hauteur de 40%. Quel que soit, par ailleurs, le profit supposé que Genève tire de cette réalisation. Après tout, que je sache, ni les Bernois ni les Valaisans n’ont participé spécifiquement au financement du Loetschberg, même s’ils en sont les premiers bénéficiaires.

Certes, mon opinion est anecdotique, elle n’a guère plus de valeur qu’une autre, et réciproquement d’ailleurs. L’important est que toutes ces opinions trouvent leur plate forme pour s’exprimer et qu’une véritable information ait lieu. Sinon, ce projet, qui engage le canton  dans ses choix financiers et stratégiques en matière de transport public pour des dizaines d’années, restera confisqué par les idéologies partisanes, le lobby de la construction, dont on a déjà par le passé mesuré l’énorme pouvoir et ses conséquences catastrophiques, les syndicats intéressés, voire les CFF qui, outre tous les avantages qu’ils retirent de cette opération, verront comme par hasard leurs terrains de la Praille bénéficier d’une plus value inespérée.
Oui, mon opinion est anecdotique, mais j’ai heureusement le droit, n’en déplaise à certains, de m’interroger et d’attendre des réponses à mes questions de la part de nos élus, M. Cramer en tête. Par exemple :
-         Pouvez-vous m’expliquer comment vous pouvez, logiquement, prétendre que la liaison CEVA est vitale à la mobilité genevoise et, dans le même temps, prévoir le déficit de son exploitation et vous engager – disons plutôt engager les citoyens sans les avoir consultés – à combler annuellement ledit déficit? Nouveau cadeau aux CFF certes, mais n’est-ce pas avant tout une manière de reconnaître à l’avance l’insuffisance du projet, pour ne pas dire son inutilité?
-         Pouvez-vous m’expliquer pourquoi, alors que la droite recommence à taper du pied et à frétiller de tous ses membres pour une traversée de la Rade – et qu’on sent bien qu’elle va nous faire une crise si elle n’obtient pas satisfaction – vous ne leur donnez pas raison en conjuguant liaison Cornavin – Eaux-vives avec traversée autoroutière de la Rade (en tunnel, svp!)? Enfin un projet fédérateur! (Mais c’est une spécialité de la politique genevoise de ne jamais fédérer le bon sens commun sur un projet et de revendiquer le droit de commettre sa propre erreur sous prétexte que l’autre a pu faire la sienne : «On vous a laissé le CEVA, donnez-nous la Rade!») Il n’est nul besoin de carte du canton, ni même d’être un spécialiste, pour comprendre que, s’il doit y avoir liaison Cornavin – Eaux-vives, la plus logique doit se faire par le tracé direct. Quitte à repousser le seul projet véritablement censé : un métro de ceinture.
- Pouvez-vous m’expliquer pourquoi, alors que les politiques et les responsables CFF jurent leur grand Dieu qu’aucun train de marchandises n’empruntera le tunnel Praille – Eaux-Vives, la construction dudit tunnel est prévue aux normes du transport de marchandises?  N’est-ce pas une manière d’admettre ce que tout le monde sait : que, très vite, des trains de marchandises, dont on a déjà souligné, à propos de la proximité du Stade de Genève, le danger de certains chargements, passeront à foison en tunnel sous la ville. Plus qu’une idiotie, n’est-ce pas de l’inconscience?
-         Beaucoup d’autres questions me taraudent l’esprit mais toutes se cristallisent dans cette interrogation ultime : pourquoi refusez-vous la plus élémentaire honnêteté qui consiste à admettre le débat public et à prendre le risque d’une votation pour légitimer un projet d’une telle envergure? Il en va de l’idée même de démocratie dans une République qui se glorifie pourtant de ses fondements démocratiques. Et cette défense-là vaut bien celle, plus symbolique, d’un 1e août au Grütli.


Oui, je sais, le peuple avait en son temps refusé le passage des 40 tonnes en Suisse : ce qui n’empêche pas ces derniers de sillonner les routes nationales jusqu’au col des Mosses : Et les cantons, via les impôts, de dépenser des centaines de millions à seule fin de renforcer leurs ponts et sécuriser leur tunnels pour permettre à des camions, que le peuple suisse avait démocratiquement jugés indésirables, de circuler librement… Quand une petite et stupide partie du peuple confisque la démocratie, des politiciens, à juste titre, s’indignent. Mais quand des politiciens et groupes de pression, toutes tendances confondues, confisquent la démocratie, le peuple se tait ou pense à autre chose. Et Genève prend des airs de République bananière…

14/10/2007

Esprits libres et penseurs cathodiques

 

Par Olivier Chiacchiari



 

 

Du philosophique au cathodique, n'y a-t-il qu'un pas?

 

Vendredi soir. J'allume la télé et je tombe sur «Esprits libres», animée par Guillaume Durant qui reçoit Bernard-Henri Lévy. Je suis tout ouïe, les émissions littéraires sont trop rares pour se permettre de zapper.
Hélas, très vite l'ennui s'installe. Les banalités s'enchaînent, les poncifs s'accumulent et l'agacement succède à l'ennui.
D'autres personnalités médiatiques interviennent sans élever le débat. On se chamaille cordialement sur des questions de gauche, de droite, il y a ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, et lorsqu'un interlocuteur audacieux affirme que tout n'est pas aussi simple, BHL répond avec véhémence: «Certes, la situation est très complexe !» Et voilà qu'il embraye sur les événements de mai 68, etc., etc.,… ciel !
A l'heure de l'internet, du clonage, de la mondialisation, à l'heure où se profilent des mutations sociétales vertigineuses, le philosophe le plus médiatisé de France ne trouve rien d'autre à nous dire en deux heures d'émission culturelle ? Et il me faudrait lire son livre pour en savoir davantage ?
Y trouverais-je les pensées fulgurantes, les concepts novateurs, les intuitions subversives si chères à ses prédécesseurs ? Se proclamer philosophe, n'est-ce pas prétendre à la succession de Platon, Aristote, Descartes, Spinoza, Nietzsche, Deleuze? Ce seul héritage ne devrait-il pas empêcher ses prétendants de formuler publiquement des monceaux de platitudes dignes de politiciens en campagne ? Le philosophe ne doit-il pas bouleverser les esprits, dynamiter les certitudes ? Le philosophe ne doit-il pas philosopher hors des sentiers battus, tout simplement ?
J'éteins la télé avec l'envie de relire Peter Sloterdijk, philosophe contemporain d'une envergure rare, que je n'ai jamais vu à la télé. Allez savoir pourquoi...

12/10/2007

BIVER, printemps, été, automne

Par Pascal Rebetez

 

On ne voit que lui dans la presse ces derniers jours : Marc Biver. On le couvre de lauriers, on l’admire, on vante ses capacités extraordinaires, on l’invite à la rédaction, lui et ses montres. On est si bon avec lui, l’ancien manager d’Astana, équipe cycliste kazakhe de Vinokourov et de Kashechkin, exclus du récent Tour de France pour dopage avéré. Mais il a payé. Et puis c’est si vieux. Allons de l’avant !

Or donc, Biver en juillet quitte le Tour, la tête basse de tant d’avanie, couvert de la honte du tricheur et patatras, deux mois plus tard, tel le Phénix, il réapparaît en « people » lissé comme son crâne. Et mieux même, il fait la « une », est l’invité des rédactions qui paraissent avoir, face à la mémoire immédiate, le réflexe du four autonettoyant.

Question à deux roues et une injection d’EPO : combien de montres a-t-il prévues dans le budget Hublot pour les relations publiques, d’autant que la marque horlogère est le partenaire officiel de l’Euro 2008 ?