06/03/2018

Jean-Michel Olivier à la Compagnie des Mots


 

Mardi 6 mars 2018 à 18h30, une soirée consacrée à Jean-Michel Olivier.
Rendez-vous dès 18h15 au Box, à l'Auberge du Cheval Blanc à Carouge.

La Compagnie des mots se réjouit de recevoir Jean-Michel Olivier pour son dernier roman "Passion noire", l'histoire d'une double passion, entre l'écriture et les femmes.
Le roman dresse un tableau caustique de la comédie littéraire et des relations femmes hommes, particulièrement dans le contexte de la philosophie "genre" telle qu'elle s'est développée aux États-Unis.
Professeur de français et d'anglais au collège de Saussure depuis 1978, Jean-Michel Olivier est également critique de théâtre, de musique et de littérature. Il a publié dans la Tribune de Genève et au quotidien La Suisse, de 1987 à 1994. En 1995, professeur invité à l'Université du Michigan, il présente un cours sur le thème "Littérature et histoire des idées en Suisse au 20e siècle".
Il est également, depuis 2006, directeur de la collection « Poche Suisse » aux éditions L'Age d'Homme.
Jean-Michel Olivier a reçu plusieurs prix littéraires: en 1999 le Prix artistique de la ville de Nyon pour l'ensemble de son oeuvre, ensuite "L'enfant secret" a reçu le Prix Dentan en 2004 et "L'amour nègre" le Prix Interallié en 2010.
La soirée sera animée par Pierre Béguin.
 
... Et nous voilà de retour au Box, pour oublier le froid et se réchauffer avec des Mots ! ... Entre écriture et femmes -
Au plaisir de vous voir et de vous revoir.
Doina Bunaciu
Présidente

04/03/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 23)

Épisode 23 : Sur un air de West Side Story [1]

Un faux air d’ange

Georgia O'KeeffeHier encore je pensais que chanter était l’expression la plus spontanée qu’il soit, comme un don offert en partage ou une grâce inégalement distribuée. Le talent, connu des anges et des castrats uniquement, me semblait une liberté privée de toute contingence. Comment ces voix aériennes réussirent-elles depuis la nuit des temps à enchanter les plus mécréants d’entre nous, comme les plus innocents ? L’organe est sans doute taillé sur mesure, tel un instrument affûté par une nature particulièrement aimable. Le souffle circule si naturellement au-dessus de la masse de nos membres sclérosés.

Une leçon prodigieuse

Georgia O'Keeffe« Que nenni » m’affirme aujourd’hui dans sa leçon de chant, une sage pédagogue. « Respirez ! Relâchez vos muscles ! Enracinez-vous ! » Pas d’air sans muscle, pas de son sans os, pas de note sans corde vocale, pas d’amplitude sans caisse de résonnance, pas de hauteur sans voile de palais, pas de fluidité sans énergie. Autrement dit, pas de naturel sans travail, pas de grâce sans corps. La voix est organique. Elle tâtonne, se fraye des chemins multiples, se heurte aux cavités buccales et nasales, dirige minutieusement la justesse, ajuste l’emplacement, se gonfle, craque, sort, s’aiguise, se fluidifie. Elle n’évolue pas au-dessus de la matière, elle est la masse sonore qui s’élève lorsque le passage est dégagé, la voie libre ! Je prépare ainsi mon appareil au cri préhistorique : « Aïe ! Oc oye ! Grrr ! Pfffff ! Hihihi ! Ah ! Oh ! I Am ! »

Ici et là

StieglitzLe plaisir de chanter, je le convie. Pieds nus sur le tapis, j’inspire, j’expire. Les genoux légèrement pliés pour laisser l’énergie se répandre. Les yeux posés au coin du mur laissant la nuque souple. Le chant commence pianissimo. Il se déplace crescendo dans mon corps arqué et contracté, il assouplit les muscles tendus vers la fuite imminente et il traverse les douleurs brûlantes de la profanation. C’est ainsi que je retrouve le bonheur des commencements, le babil joyeux d’avant l’abandon et des faux-semblants. Placer ma voix, , dans le jeu! Ajuster les notes (jusqu’au la!), évaluer mon ressenti (c’est haut) et en garder une trace (c’est ici et ). Toute note qui n’est pas précédée d’une sensation m’est inutile. Ce soir, je vais à la rencontre des Sharks et des Jets, de l'amour et des corps, de l'esprit et des transes, danser et chanter !

I feel pretty for I am loved by a pretty wonderful boy !

Retrouvez ici l'enregistrement de Kiri Te Kanawa dans le rôle de Maria face au maestro Leonard Bernstein. Version particulièrement émouvante. Commence à la minute 0:46.


 

Et celle du film avec Nathalie Wood. Une voix si fraîche et légère! Commence à la minute 0:50.

 

 

 

SOURCES des images : 

Georgia O'KEEFFE, Music, Pink and Blue, no 2, 1918.

Georgia O'KEEFFE, Music, Pink and Blue, no 1, 1918.

Alfred STIEGLITZ. Georgia O’Keeffe ; Hands and Horse Skull, 1931.

[1]. Leonard BERNSTEIN, West side story.

 

 

02/03/2018

Une Kappeler-pression et ça repart

Karim Karkeni nous parle des livres de Vincent Kappeler. (A.B.)

Par Karim Karkeni

Par où t’es rentré, j’t’ai pas vu sortir ?

C’est un peu comme ça qu’on pourrait résumer les trois livres que Vincent Kappeler a commis à l’Age d’Homme. Si une phrase du bonhomme vous prend par la main, la suivante aura plutôt tendance à vous arracher les ongles ; un paragraphe plus loin, il les fera rôtir avec un peu de curcuma. Pourquoi du curcuma ? parce que ça rime avec lama, non ?

Ce qui est certain, c’est que ce drôle d’oiseau a, quand il s’arrache les plumes pour les tremper dans de l’encre rouge afin de nous écrire des histoires cinglantes, une imagination « débridante ». Si le mot n’existe pas, c’est tant mieux, cela dit au plus juste la singularité désopilante et troublante de cette voix.

Il s’est signalé à l’attention de quelques curieux pour la première fois en 2015, « Loin à vol d’oiseau » s’intitulait son premier Machin. On peut s’en faire une idée en aventurant une oreille par ici :

https://www.radiovostok.ch/blog/podcast/litterature-podca...

Il a récidivé deux ans plus tard, pour un nouvel attentat à la pudeur classificatrice qui répondait au doux nom de « D’abord les jambes sont lourdes ». Jean-Michel Olivier l’avait mentionné par ici :

http://blogres.blog.tdg.ch/apps/search/?s=kappeler

Il a choisi cette année le jour de la St-Valentin pour lancer (il adore le frisbee) ses nouveaux délires (ce type doit fumer de la roquette) au nez (faut pas se moquer) et à la barbichette (je te tiens tu me tiens) d’une meute d’enragés présents à Vevey. « Love Stories » que ça s’appelle, et à l’intérieur, on se les pèle entre la Sibérie et une Chérie éprise de son lit plus que de son mari.

Comme ça caille, on y brûle vite le bon sens et le rideau du salon, pis on se taille. Advienne qui roulera, semble alors incarner Armand Schneider, s’éloignant de sa Mathilde et d’un feu de rabat-joie.

Si tout cela vous semble bien confus, allez vous y promener, ce n’en sera que pire dans cet univers ayant l’idée salutaire d’être un antidote à la charrue du développement personnel et à ses bœufs new-age.

Que vous aimiez la Kappeler pression, la Kappeler artisanale, la Kappeler blonde ou ambrée, ou alors même si vous n’avez jamais vu mousser une Kappeler, n’hésitez pas, dégustez « Love stories », vous en ressortirez avec des petits cœurs barbouillés tatoués sur votre carnet de vaccination.

01/03/2018

Deux poètes majeurs (Anne Perrier et Georges Haldas)

par Jean-Michel Olivier

Unknown.jpegLe hasard a voulu que je reçoive, le même jour, deux livres très différents et de haute tenue. Deux livres de poètes que tout oppose et que tout réunit. Le premier est une reprise, en Zoé-Poche*, de deux recueils de poésie d'Anne Perrier (1922-2017) : Le Livre d'Ophélie (1979) et La voie nomade (2000). Ce sont les poèmes de l'adieu et du grand voyage, dans lesquels Anne Perrier évoque la mort, à la fois fascinante et effrayante, d'Ophélie (qui se suicide en se noyant). 

« Qu'on me laisse partir à présent/ Je pèserais si peu sur les eaux/ J'emporterais si peu de choses/ Quelques visages le ciel d'été/ Une rose ouverte. »

Unknown-1.jpegToute la poésie d'Anne Perrier se tient dans ces vers retenus, ce désir d'allègement, cette volonté de silence aussi, qui est toujours guidée par un désir de beauté. 

« Réduite à rien/ À pousser devant moi le frileux troupeau/ Des paroles brebis de laine/ Et de vent.»

Tout autre, à première vue, est le fort volume des Poèmes du veilleur solitaire**, livre posthume de Georges Haldas. Si l'œuvre d'Anne Perrier est discrète et modeste, celle d'Haldas est un grand fleuve plein de méandres et d'affluents qui serait aimanté par la mer. Né à Genève en 1917, mais ayant passé toute son enfance sur l'île grecque de Céphalonie, et mort à Lausanne en 2010, Haldas a laissé une œuvre gigantesque, dont on n'a pas encore fait le tour, ni saisi l'importance. 

images-1.jpegEssayiste, chroniqueur, traducteur, scénariste, journaliste, libraire — et surtout poète.  L'Âge d'Homme a publié sa Poésie complète en 2000. Mais Haldas n'a pas fini d'écrire pour autant. Devenu pratiquement aveugle, il a dicté ses derniers poèmes à sa compagne de 23 ans, la fidèle et extraordinaire Catherine Challandes. C'est elle qui a recueilli, jour après jour, les textes qu'Haldas composait pendant la journée dans leur appartement du Mont-sur-Lausanne. Il composait, mémorisait ses textes, puis les dictait, le soir venu, à Catherine qui les transcrivait.

C'est ce recueil de poèmes inédits que L'Âge d'Homme publie aujourd'hui, le testament du Poète, suivi d'une postface très éclairante de Catherine Challandes. Ces derniers textes, baignés de lumière grecque, évoquent, comme ceux d'Anne Perrier, le grand voyage. Haldas y rêve d'un grand navire qui viendrait le chercher, d'un capitaine sans visage, d'une traversée tranquille de la Méditerranée. 

27332528_404212030035346_217892877041769410_n.jpg« Tu descends pas à pas/ les marches de la nuit/ Ce n'est pas l'aube encore/ Mais tu as rendez-vous/ avec cette fontaine/ dont l'eau est de détresse/ Qui la boit est plus fort/ Dans la vie dans la mort. »

Haldas est le poète de l'aube, du jour qui vient, de la résurrection aussi. Chaque poème exprime cet espoir, même s'il est voilé par les soucis de l'âge et la médiocrité d'une époque qui ne sait plus reconnaître ses poètes. Haldas aimait le chant du merle, « le silence de la ville, un dimanche matin, les premiers rayons du soleil dans une petite cour, une vieille femme qui traversait la rue, les reflets de l'Arve, le chant du coq dans un village, le murmure de la petite fontaine du Mont… » (Catherine Challandes).

Anne Perrier chantait sa relation à la nature ; Haldas est le poète de la relation à l'autre, aux hommes comme aux éléments naturels ; le poète du quotidien également. L'un et l'autre se rejoignent dans leur quête de poésie, cette musique de la langue, ce souci du mot juste et précis. 

Deux poètes essentiels à relire !

* Anne Perrier, Le Livre d'Ophélie, suivi de La Voie nomade, Zoé-Poche, 2018.

** Georges Haldas, Poèmes du veilleur solitaire, postface de Catherine de Perrot-Challandes, l'Âge d'Homme, 2018.

25/02/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 22)

Épisode 22 : Flux et reflux !

Georgia O'KeeffeHier encore je pensais que la lecture des livres et du monde était une activité puissante opérant une transformation plus ou moins profonde sur l’esprit et le corps. Aujourd’hui, une guérisseuse, point encombrée par des discours vains, m’a sommée tout de go : « Bougez-vous ! Marchez ! Action !  » Pas d’analyse cérébrale ici, pas de psychanalyse sur canapé, ni de récit et de mère mythe, ni de prédateur faisant de moi une victime immuable. Il suffit de ces trois électrochocs pour que j’entreprisse une pratique fondée sur des acquis ancestraux.

Bougez-vous !

Debout, les genoux légèrement pliés, la nuque ankylosée, le regard fixé au loin, j’inspire, j’expire. Mes pieds nus sur le tapis mordoré de son cabinet s’enfoncent dans le sol avant que je n’y lise des plages de sable doux. Des picotements aigus, aux extrêmités des phalanges d’abord, une impression de me tenir clouée sur place. J’ai la sensation que mes os s’enfoncent dans la terre, jusqu’aux péronés, lourdement, comme raidie dans les sables mouvants. Ma douleur immobile atteint un 8 sur 10.

Marchez !

Georgia O'KeeffeJ’avance vers la mer, avec quelque raideur d’abord, crescendo. Puis j’entame une marche progressive pour enfin surfer sur la vague d’un flux qui me parcourt en croix, des orteils au crâne, d’un carpe à l’autre. Le cœur s’active et me réchauffe. Ne suis-je pas en train de manier naturellement l’énergie traversante ? Elle se propage autour d’anciennes douleurs cryptées, ossifiées le long des articulations et durcies par le ressac d’habitudes invariables. Le bassin s’enroule autour d’un aiguillon, la colonne vertébrale se déroule, mes os craquent. Ma douleur en marche atteint un 5 sur 10 comme un feu de caverne préhistorique.

Action !

georgia O'KeeffeJ’aime cette sensation de chaleur qui m’envahit, cette énergie qui prend possession de mon corps selon un parcours ancestral, voire clandestin. C’est un rite qui s’enclenche comme une transe. Mon corps danse alors que ma posture s’assouplit, se détend, s’allonge. Les gestes sont fluides, pourtant mystérieusement guidés. Soudain je perds pied, serpente et ondule dans la mer comme six reines allant au bal. Cette onde qui franchit les creux, déroule les nœuds, stimule le plexus, irradie les radius et cubitus jusqu’aux extrêmités, m’apaise. Ma douleur n’est plus qu’un 2 sur 10.

Impression !

Sans mouvement, le changement est impossible. L’action devance l’analyse. Toute lecture qui n’est pas précédée d’une sensation ou d’une expérience m’est inutile. Ce soir je vais danser. I Feel Pretty !

 

Sources :

Georgia O’Keeffe, Series I, no 3, 1918.

Georgia O’Keeffe, Black Cross, 1929.

Georgia O’Keeffe, Red Canna, 1924.

22/02/2018

So long, Nicolas !

par Jean-Michel Olivier

Unknown.jpegIl y a vingt ans, exactement, disparaissait le grand voyageur et écrivain Nicolas Bouvier. Voici l'hommage que je lui ai rendu dans La Tribune de Genève.

Trop d'images et trop d'émotion, de souvenirs aussi, glanés au fil de ces rencontres qui furent autant de fêtes! 

Que ce soit dans son atelier, perché au sommet d'une tour et encombré de livres et de photographies, sur les terrasses des bistrots de Carouge qu'il fréquentait assidûment, ou au collège de Saussure, il y a six mois encore, quand il vint rencontrer des élèves qui avaient adoré ses livres, et qui furent ébahis par sa liberté et son humour, son expérience de loup-de-terre, ses récits homériques, son charisme. 

Il y avait chez Bouvier une vraie passion de l'autre, de l'étranger, de l'inconnu, de l'inouï, du merveilleux qui prend souvent les apparences de la plus grande banalité. Car cet homme qui adorait parler (il avait des rapports étranges avec sa langue, à la fois de douleur et d'extrême sensualité), cet homme était toujours en quête d'un secret à déchiffrer sous l'écorce des choses ou le cœur nu de ses semblables. 

Unknown.jpegComme Cingria ou Cendrars, Nicolas Bouvier (ici avec le peintre Thierry Vernet) fut de ces écrivains qui ne tiennent pas en place, que ce pays étouffe et qui ne rêvent que d'évasion : toujours ailleurs, le nez dans les étoiles, le regard aspiré par l'Orient — lieu mythique de l'Origine, mais carrefour, aussi, de toutes les déroutes. 

Pourtant, à la différence de ses maîtres, Bouvier partait pour mieux revenir, et c'est ici, à chaque fois, dans la maison familiale de Cologny, parmi les siens, qu'il reprenait ses notes et ses carnets de route, inlassablement, avec obstination, pour en extraire, par la magie de l'écriture, un tout autre voyage que le périple effectué sur le terrain : un voyage second qui réinventait le premier, l'éclairait d'une autre lumière, souvent violente, et lui faisait rendre gorge. 

Il a écrit des livres inestimables, qui sont sans doute ce que ce petit coin de terre a produit de plus beau, tout à la fois récits initiatiques et élégies, histoires d'épouvante et traités de sagesse, journal de bord et conte de fées. Mais ces livres, malgré l'extraordinaire don poétique de Bouvier, ne se sont pas écrits tout seuls. La plupart ont nécessité des années de labeur (plus de seize ans pour le Poisson-scorpion). Car à chaque fois, il s'agissait pour lui d'un exorcisme : par la magie blanche des mots, le travail incessant de la main qui voyage sur la feuille de papier (son écriture était « sismographique »), à la manière des vieux maîtres japonais, il essayait de conjurer la magie noire de l'existence. 

Cette (double) magie, on la retrouve bien sûr dans Le poisson-scorpion(1980) Unknown-1.jpegqui est peut-être le plus beau de ses livres, le plus désespéré, mais également le plus vivant, « bourré comme un pétard d'humour, de sagesse et d'espoir. » Mais on la trouve déjà dans L'Usage du monde (1963), ce récit d'un périple jusqu'aux Indes avec son presque frère, le peintre Thierry Vernet, devenu « livre-culte » pour toute une génération d'aventuriers, ou encore dans le magnifique et âpre Journal d'Aran (1990), qui marque la fascination de Bouvier pour les îles au climat rude ou désolé (Ceylan, Japon, Irlande). 

« Il y a plus lent que Nicolas Bouvier et les frères Polo, écrivait Gilles Lapouge dans La Quinzaine littéraire. Il y a les as de la critique française qui ont réfléchi trente années avant de découvrir que ce Suisse en balade est l'un des grands écrivains de ce temps. » 

Pour ce génial voyageur de la langue, la reconnaissance est arrivée bien tard. Paris a été longtemps sourd aux charmes de cette écriture qui sait mêler si bien le savoir des pays et des hommes aux saveurs singulières de l'expérience des sens. Mais qu'importe ! Dans ce silence injuste, Bouvier a rejoint Cingria, son vieux complice, et même Ramuz, que la France ignora trop longtemps. On peut se trouver en moins bonne compagnie.

C'est avant-hier, à la veille de son anniversaire (il aurait eu 69 ans le 6 mars), que Nicolas Bouvier est reparti, pour un autre voyage encore, le nez dans les étoiles, comme toujours, et le regard rivé au-dessus du Salève, vers cet Orient qui l'aura tant fasciné. 

Il est parti « dans la sérénité », comme l'a confié son épouse Éliane, après une maladie contre laquelle il se battait depuis longtemps, avec ses armes inimitables (la ténacité, la distance ironique), et qui finalement a eu le dernier mot. 

Mais nul doute que là-bas, de l'autre côté du monde, il continuera à écrire. 

So long, Nicolas, and take care !

18/02/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 21)

Épisode 21 : «  Bougez-vous et trouvez-moi des livres ! » [1]

84 Charing cross roadVous m’avez vivement recommandé le livre culte de Helene Hanff, 84, Charing Cross Road que j’ai trouvé facilement dans une adaptation française très agréable à lire. C’est un livre assez lourd pour ses 180 pages, le papier est étonnemment épais, un peu rêche même au toucher, mais la police de caractère est lisible et très aérée. Dieu merci car j’ai égaré mes lunettes de lecture et les petits caractères sont une vraie torture pour mes yeux astigmates. La couverture est d’un jaune affreux. On y devine esquissée, la célèbre librairie londonienne sise au 84, Charing Cross Road. J’aurais préféré celle de l’édition anglaise avec une photo classique qui donne tout de suite envie de s’y arrêter et d’y jeter un œil. L’ouvrage m’est parvenu neuf par messagerie avec une charmante préface de Daniel Pennac.

84Vous avez bien deviné mes penchants pour une histoire de lectures. Vous avez même visé dans le mille. Il y a dans ce livre tout ce qui peut satisfaire une lectrice comblée : une passion des livres et des mots, une amitié à distance née de cette passion, un esprit extravagant et irrévérencieux qui fleure bon New York et de l’humour british tout en retenue. La vie entre peu à peu dans cette correspondance avec force et gentillesse. Tout en crescendo.

Pensez-vous que cette correspondance qui s’est étendue sur près de 20 ans entre Helene Hanff, l’auteur « sans fortune » et Frank Doel, le libraire de Mark’s and Cohen, soit authentique ? Elle paraît à la fois si réaliste et si singulière. Ces deux-là étaient faits pour s’entendre et pourtant ils ne se sont jamais rencontrés. J’aime l’idée qu’il reste une trace — réelle ou fictive — de ces lettres envoyées par-delà l’océan appartenant à une époque qui semble aujourdhui révolue.

84 Charing cross roadDans l’après-guerre, Helene Hanff fait parvenir de Londres des livres d’occasion, des éditions rares et des volumes épuisés. L’excentrique lectrice n’achète que des livres qu’elle a déjà lus. Elle ne saurait dépenser son salaire pour des livres qui pourraient la décevoir. Les librairies de New York lui déplaisent tout particulièrement car elles ne proposent que des ouvrages assez vilains, endommagés par des lecteurs peu soigneux. Autodidacte et érudite, Helene devient de plus en plus vorace et exigeante dans ses choix. Elle a donc besoin de Frank pour assouvir son désir insatiable de lectures belles et profondes et n’hésite pas à le gourmander : « J’AI BESOIN D’AVOIR DE QUOI LIRE, ALORS NE RESTEZ PAS LÀ ASSIS À NE RIEN FAIRE ! BOUGEZ-VOUS ET TROUVEZ-MOI DES LIVRES ! »

Helene et Frank n’échangent pas que des livres. Pendant les années 50, les denrées sont rares en Angleterre, les œufs, la viande sont rationnés. Helene n’hésite pas à envoyer des paniers garnis lors des fêtes qui font la joie de tous. Elle recevra en retour, l’amour d’un libraire pour les belles éditions, des cartes de remerciement, une recette de yorkshire pudding et une nappe de lin fin d’Irlande, brodée à la main...

De nos jours, les llibraires sont remplacés par google et amazon. C’est inéluctable et désincarné. Relire Charing Cross, nous rend cette part d’humanité et nous rappelle que nous sommes des êtres de partage, d’amitié et de mots, avant que d’être des robots.    

Trouvez-moi vite un autre livre ! laissez la référence dans un commentaire ci-dessous !

 

[1]. Helene Hanff, 84, Charing Cross Road, trad. de Marie Anne de Kisch, préf. de Daniel Pennac (Paris, Autrement, 2016 [© 1970]).

 

 

15/02/2018

Beigbeder trompe la mort

images-1.jpeg

par Jean-Michel Olivier

Frédéric Beigbeder (ici avec son épouse genevoise, Lara Micheli) est un homme de son temps : dans les années 90, il ne pensait qu'aux filles et à faire la fête (Nouvelles sous ecstasy, L'amour dure trois ans), puis à l'argent (99 francs), puis à l'actualité (Windows of the world, Prix Interallié 2003). Aujourd'hui, la cinquantaine bien entamée, Beigbeder veut défier la mort. Son dernier livre, Une vie sans fin*, aussi singulier que les précédents, est un « roman de non-fiction », c'est-à-dire une enquête on ne peut plus sérieuse sur les divers moyens d'accéder sinon à une vie éternelle, du moins à une vie presque indéfiniment prolongée.

Cette enquête, Beigbeder l'inscrit dans une équipée burlesque et familiale : le héros du (faux) roman, Frédéric B., animateur de télé et double de l'auteur, va entraîner sa petite famille (sa fille Romy, 10 ans, sa femme Éléonore et leur nouveau-né) dans une sorte de tour du monde des dernières découvertes transhumanistes. Cela donne un côté picaresque à ces aventures obsessionnelles.

Unknown.jpegTout commence par Genève, bien sûr, où Frédéric tombe amoureux d'Éléonore (qui travaille aux HUG!) et l'emmène avec lui. Puis on passera par Jérusalem, l'Autriche, puis les États-Unis, Boston et enfin la Californie, terre de toutes les utopies. Entre-temps, la famille s'agrandit avec le robot Pepper, incarnation de l'intelligence artificielle, mais aux pulsions bien humaines (il pince les fesses des serveuses). On passera en revue les divers moyens de prolonger la vie ou de la booster. On rencontrera plusieurs savants, plus ou moins inquiétants, mélange de Dr Folamour et de Méphistophélès, qui lui promettent tous la vie éternelle…

Le livre se lit comme un roman d'anticipation, basé sur des recherches scientifiques (le génome, la lasérisation du sang, le séquençage de l'ADN) à la fois passionnantes et effrayantes. On y apprend beaucoup de choses : en particulier que l'homme est bien cet apprenti-sorcier capable de repousser les limites de la vie biologique, de cloner les individus, de recréer des espèces disparues ou encore de stocker le contenu complet d'un cerveau humain dans une seule bactérie! 

Quoi qu'il en soit, c'est l'avenir qui nous attend.

* Frédéric Beigbeder, Une vie sans fin, Grasset, 2018.

11/02/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 20)

Épisode 20 : Que cherchons-nous dans les images ? Journal de ma tête d'Ursula Meier

Journal de ma tête, affiche, Ursula MeierLes vacances commencent. On a quitté les élèves avec le sourire : reposez-vous, faites du sport et surtout lisez ! « Rest, run and read! » Les phrases rituelles s’enchaînent, on emballe le matériel, on ferme la salle de classe et on s’en va au loin le cœur dégagé.

Quels livres choisir pour la rentrée ? Une histoire qui se termine bien ? Une fable politique ? Un conte féministe ? Ou un roman romand ? Avons-nous une responsabilité dans le choix des lectures que l’on inscrit au programme ? Peut-on encore lire l’Adversaire d'Emmanuel CARRÈRE, cet effroyable fait divers sur un quintuple meurtre, en sachant que l’auteur se place volontairement du côté du criminel, du diable ? Si notre rôle d'enseignant est d’engager la discussion, de développer le sens critique, de pointer les aspérités ou les failles d’une narration, nous ne pourrons jamais stopper la fascination qu’éprouvent les élèves pour la double vie du faux médecin vivant aux crochets de ses proches. Elle est d’autant plus palpable que les faits se sont déroulés dans la région genevoise. 

Fanny Ardent, Journal de ma têteCertaines lectures sont dangereuses. C'est l'un des thèmes du dernier film d’Ursula MEIER du collectif Bande à part dont j’ai vu la programmation vendredi dernier et parlé dans l’Épisode 19 de mes carnets. Un élève (joué par l’insondable et attachant Kacey MOTTET-KLEIN) envoie son journal intime à sa prof de français (jouée par l'intemporelle et éthérée Fanny ARDANT), dans lequel il confesse le double parricide qu’il est sur le point de commettre.

Tout au long de l’année, l’enseignante donne un atelier d’écriture, elle y encourage ses élèves à libérer leur imaginaire. Il faut oser coucher sur le papier les fantasmes les plus intimes. L’exercice est jouissif et totalement innocent du moment qu’il ne s’agit que d’une fiction, même si celle-ci est hantée par une passion noire ou un Œdipe parfaitement banal. Tuer le père pour protéger la mère puis tuer la mère pour qu’elle ne souffre pas d’être veuve. La logique est implacable, déconnectée de toute réalité comme une faille dans les cerveaux.

Michael Moore, Bowling for Columbine

L’enseignante de français (solitaire et sans famille) ne semble pas avoir perçu dans les premiers jets du journal intime de son élève, un possible passage à l’acte. S’établit alors une relation fantasmée fondée sur un malentendu. Lui pense qu’elle le comprendra le moment venu des révélations. Elle fait confiance et banalise l’ampleur de la prose prémonitoire. Une fois le crime commis, elle sera interrogée par un juge d’instruction (joué par le grandiose et colossal Jean-Philippe ÉCOFFEY) qui aimerait lui faire porter une part de responsabilité.

Ursula MEIER écarte pourtant le lien de cause à effet entre fiction et réalité comme l’avait fait, en 2002, Michael MOORE lorsqu’il interrogeait les racines de la violence aux États-Unis et incluait le bowling, l’accès libre aux armes à feu et la musique de Marilyn MANSON parmi les causes de la tuerie de Columbine.

Le film ambitieux d’Ursula MEIER semble bien plus porter sur la relation trouble entre un adolescent au point de chute, sur la crête, et une prof isolée dans un déni de réalité, égarée dans le monde imaginaire des livres. La relation tissée de non-dit transmet une complicité non avérée, des sous-entendus inaudibles où la parole se dissimule et se confond à l’écrit comme à l’écran. S'agit-il d'une relation amoureuse, peut-être maternelle et inconditionnelle car il faudra bien s'occuper de l'orphelin à sa sortie de prison ?Journal de ma tête, Kacey Mottet-Klein

Ursula MEIER crée ainsi une subtile mise en abyme lorsqu’elle filme depuis l’enfance, son acteur fétiche dans Home (2008), puis dans L’Enfant d’en haut (2012) et Journal de ma tête (2018). L’ado qu'on a vu grandir à l'écran, a aujourd'hui 19 ans; il a un corps d’homme. Lorsque il s’entraîne avec l’arme militaire de son père et tire, ce n’est pas ses parents qu’il vise mais la caméra, « cette espèce de grosse araignée avec ses grandes pattes ». Nous devenons alors les témoins d'une exécution symbolique. C'est l’instant saisi sur l’affiche du film, l’arme est face à nous, le tir explose. Ce n’est pas ce geste-là qui fait basculer l’existence de l’ado de manière irréversible, non, c’est le geste répété, inconscient et automatique qui appelle désespérément à l'écoute des adultes, la main tendue, mais aussi au crime, comme si on ne pouvait manœuvrer un élève, ou un comédien, impunément.

À voir absolument : Journal de ma tête d’Ursula MEIER, sera diffusé le 4 avril à 20h10 sur RTS Un.


 Ondes de choc par le collectif Bande à part

Journal de ma tête d’Ursula MEIER (Épisode 20 des Carnets de CoraH)

Prénom: Mathieu de Lionel BAIER

La Vallée de Jean-Stéphane BRON (Épisode 19 des Carnets de CoraH)

Sirius de Frédéric MERMOUD

04/02/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 19)

Épisode 19 : Que cherchons-nous dans les images ? Ondes de choc et Bande à part !

9301165.image.jpeg

Claude Lelouch a dit à propos du 7e art : « Le cinéma est fait pour tous ceux dont la curiosité est le plus grand défaut. » Je revendique cette déformation, comme une source qui coule en moi. La curiosité est un imaginaire en expansion, qui fouille bien au-delà des volets fermés et des apparences, les vies possibles de nos contemporains. Le cinéma me procure le plaisir clandestin de sonder l’opacité qui me rattache au monde, comme un flash thérapeutique ou un éclair de sens. Ne pourrais-je pas suivre l’évolution de mon caractère à travers les moments du cinéma qui m’ont le plus marquée ? Si Serge Tisseron dit vrai, certains livres, certaines peintures ou certaines images nous guérissent [1]. N’ai-je pas pleuré à maintes reprises, et déraisonnablement, à la fin de La Mélodie du bonheur, persuadée que la famille Trapp en traversant la frontière dans les alpes suisses pour fuir le nazisme, avait oublié par négligence un de ses sept enfants ? J’ai beau compter, je n’arrive jamais au nombre juste. Quand tous sont soulagés par l’heureuse issue, je pleure comme Madeleine aux pieds de la Croix. Le cinéma c’est le miracle qui donne à voir ce qui résiste et répare ce qui ne tue point.

9276121.image.jpeg

Vendredi soir, j’ai eu la chance d’assiter à la projection des quatre films du collectif suisse « Bande à part » au Capitole, ce mythique cinéma de Lausanne, ville de mon enfance. Quatre réalisateurs se sont donné pour mission de travailler la thématique du fait divers sous le titre Ondes de choc : double parricide et lectures dangereuses (Ursula Meier), viols en série et sadique de Romont (Lionel Baier), vol de grosses cylindrées et traque dans les Alpes (Jean-Stéphane Bron), massacre collectif et Ordre du temple solaire (Frédéric Mermoud). Un souffle dynamique dans le paysage romand qui me réjouit.

 

160211-1.jpgL’effet de loupe se porte pour moi sur le film de Jean-Stéphane Bron, La Vallée. Une histoire de petites frappes qui font des virées du côté de Genève pour y repérer de grosses cylindrées. Le cambriolage se passe mal, les jeunes sont repérés, la traque commence. L’un d’eux décide d’échapper à la police en abandonnant la voiture volée sur le côté de la route. La course se poursuit dans les bois, puis sur le flanc d’une montagne enneigée qui mène en France. Pour le jeune Lyonnais des banlieues, poursuivi par les policiers, les chasseurs et les montagnards, la déroute est éprouvante. Qui aurait pu imaginer se retrouver dans le climat glacial des sommets ? Sans l’aide de ses frères en humanité, il est difficile de survivre et d'atteindre la frontière. Son évasion est d'une profonde solitude. Son corps sombre sur l’immaculée neige a l’effet pour moi de la disparition du 7e enfant de la famille Trapp. Peut-être un jour saurai-je pourquoi ?

 

À voir bientôt sur la RTS :

Journal de ma tête d’Ursula MEIER

Prénom: Mathieu de Lionel BAIER

La Vallée de Jean-Stéphane BRON

Sirius de Frédéric MERMOUD

[1]. Serge Tisseron, Comment Hitchcock m’a guéri. Que cherchons-nous dans les images ? (Paris, Albin Michel, 2003).

 

01/02/2018

Marie Céhère et ses doubles

par Jean-Michel Olivier

images.jpegMarie Céhère (ici avec l'ami Jean-François Duval) est ce qu'on pourrait appeler un talent précoce. À 26 ans, elle a déjà écrit un petit livre épatant sur Brigitte Bardot* dont elle revisite le mythe, sans préjugé, ni compromis (voir ici). Dans ce premier opus, le lecteur est frappé par la force du style, net, tranchant, sans fioritures. images.jpegLe mythe BB est passé au scanner d'une analyse enjouée et brillante, toujours critique, de cette figure incontournable du cinéma français.


Aujourd'hui, avec Les Petits poissons**, Marie Céhère s'aventure sur d'autres territoires, avec d'autres personnages et d'autres ambitions. Ce roman, écrit au fil des nuits, de minuit à cinq heures du matin, pendant un mois, « sans café, mais avec des litres de thé, sans produit dopant, mais avec des portes de sortie vers le paradis artificiel » tient le lecteur en haleine de bout en bout. Unknown.jpegL'éditeur parle d'un roman de formation, et c'est vrai que l'héroïne, Virginie, issue de la petite bourgeoisie de province, déclare la guerre à son milieu, à ses parents (sur le point de divorcer), à sa vie tranquille de jeune fille modèle. En se révoltant, bien sûr, puis en fuyant l'univers mortifère de sa famille, elle va être obligée de s'inventer, de se construire, de naître ou de renaître à sa propre liberté. Mais on est à cent lieues, ici, du récit autobiographique. On sent, à chaque page, le plaisir de l'auteur à se glisser dans la peau de ses personnages, masculins ou féminins, à les manipuler, à jouer avec eux comme avec des marionnettes. « Je raconte une vie qui aurait pu être la mienne, précise Marie Céhère, mais qui ne l'était pas. Virginie est ma jumelle maléfique. Je lui ai fait faire à peu près tout ce que je n'ai pas fait en arrivant à Paris. »

Le roman comporte quelques longueurs, peut-être, mais aussi des pages d'une grande force stylistique. Sans dévoiler la fin, on précisera que Virginie multiplie les « petits poissons » (pour reprendre l'expression de sa mère Odile) en attendant d'attraper le « gros poisson » (c'est-à-dire, dans le code bourgeois d'Odile, l'homme riche et célèbre qui sera son mari). Et que ce « gros poisson » a les traits d'un sociologue parisien, auteur à succès, qui se prénomme Lazare, l'homme de toutes les résurrections !

* Marie Céhère, Brigitte Bardot ou l'art de déplaire, essai, Pierre-Guillaume de Roux, 2016.

** Marie Céhère, Les Petits poissons, roman, Pierre-Guillaume de Roux, 2017.

28/01/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 18)

Épisode 18 :« Je n’ai rien conçu. J’ai tout senti ! » 


pablo PicassoDans le cercle des gypoètes dialoguent pour l’instant 5 femmes en résonnance. Quelle chance pour le mur des Blogres d’accueillir un gynécée !

D’abord, il y a GEORGETTE. Elle est l’aînée dans l’ordre chronologique, l’initiatrice, sans qui les Carnets ne seraient jamais sortis du magma apparemment inaccessible et indicible. Ellle a su insuffler dans son écriture des Jardins, une magie des commencements qui a touché mes cordes sensibles, mes fibres vocales. Je ne suis d'ailleurs pas la seule. Tout comme sa précieuse lectrice Phyllis, j’ai vu dans les Jardins, une égérie puissante et libératrice.


Georgia O'KeeffeEnsuite, il y a ÉMILIE. Elle est une conteuse née, sa voix sonde le passé des anciens qui ont joui d’une vie hors du commun, d’une conduite en marge de l’histoire. Elle porte en elle leurs fugues, leurs voyages, leur légèreté pour mieux ensuite restituer l’essence de sa légende familiale.
Elle est intuitive, instinctive. Sa force est dans les tripes comme la Femme sauvage. Son souffle sur les générations à venir est par bonheur réparateur. Dieu merci!

papaya-tree-iao-valley.jpgPuis, il y a MOUSSE, la plus discrète du cercle pour l’instant. Elle cultive une présence au monde depuis neuf décennies. Bien qu’elle utilise un ordinateur pour rédiger ses textes, elle ignore tout des Carnets en ligne. Elle connaît pourtant Georgette car, tout comme la libraire canadienne, elle cultive son jardin sauvagement, poétiquement (chaque arbre a son histoire). MOUSSE est la doyenne du groupe des gypoètes,
irrévérencieuse grande dame, elle a fréquenté les plus grands de ce pays et a conservé une mémoire sans faille. Poète, comédienne, récitante, communiste, journaliste, amie, elle me reçoit le mercredi après-midi dans sa maison et me raconte le récit de sa vie. Ensemble, nous écrivons un livre.


Georgia O'KeeffeGEORGIA, la peintre qui a aujourd’hui traversé le miroir, irradie le mur des Blogres de ses tableaux. Elle m’accompagne depuis le 3e épisode des Carnets. C’est la colonne vertébrale de mes lectures. L’histoire de la femme sauvage qui rassemble et récolte les os dans le désert pour en retirer la substantifique möelle est notre histoire, à nous, les femmes. Celle d’une liberté souveraine.

georgia O'Keeffe

CORAH, c’est moi. Qui suis-je ? Une gypaète issue d’une lecture révélatrice (un hapax) et d’un rêve ? Ai-je grandi sauvagement au bord des routes comme une rose trémière ? J’ai eu, il me semble, une vie sans histoire. Mes parents m’ont fait fugitivement par accident après trois autres enfants. J’aurais pu naître cabossée avant de vivre (un terminus), mais mes parents y ont vu une surprise sur le tard. Les mots ont eu un sens. Dès le début, ils ont orienté ma destinée. J’ai eu la chance d’avoir eu des parents raccomodeurs. Le plus beau nom, enfant, ce fut ma mère qui me l’a donné dans ses langues et ses chiffres à elle : « tu seras Coccinelle, mein Marienkäfer du mois de mai, Schatz, avec trois c, une lettre circulaire, huit points et deux paires d'ailes ». CORAH est ainsi née d’une couturière et d’un navigateur qui se rêvait hauturier. Il signifie étoffe de soie écrue, sans teinte. Suis-je la tisserande du cercle des gypoètes ? Celle qui imprègne les histoires et tisse ensemble nos vies sur la toile ?

 

SOURCES :

C’est une citation de ROUSSEAU dans les Confessions à propos de ses premières lectures : « Je n’ai rien conçu. J’ai tout senti ! ».

La légende de la Loba (la Femme sauvage) est racontée dans Clarissa Pinkola ESTÈS, Femmes qui courent avec les loups. Histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage (Paris, Grasset, 1996).

 

ICONOGRAPHIE :

Pablo PICASSO, Deux femmes courant sur la plage.

Georgia O'KEEFFE, Rancho Church.

Georgia O'KEEFFE, Papaya Trees— Lac Valley.

Georgia O'KEEFFE, Ram's Head, White Hollyhocks — Hills.

Georgia O'KEEFFE, Grey, Blue and Black, Pink Circle.

 

25/01/2018

Patrick Roegiers fait son cinéma

par Jean-Michel Olivier

images-2.jpegPatrick Roegiers est un Huron, un Apache — et sans doute le dernier des Mohicans. En un mot : il est belge. Dans le paysage littéraire français d'aujourd'hui, à la fois pauvre et conventionnel, ses romans étonnent et détonnent, car ils ne ressemblent à rien. Ou plutôt : ils sont si originaux, si drôles, si pleins de verve et de surprises, qu'ils ne peuvent avoir été écrits que par un Belge établi à Paris, qui fut d'abord comédien, puis lecteur, puis journaliste (passionné par la photographie), puis auteur de théâtre, puis polémiste, etc.

La Belgique, patrie à la fois adorée et abhorrée, Roegiers lui a consacré déjà plusieurs livres, qui font autorité (dont un excellent « Découvertes » chez Gallimard). En 2012, il a chanté, à sa manière baroque et satirique,images.jpeg le Bonheur des Belges* (voir notre compte-rendu ici). Dans cette épopée lyrique, Roegiers revisitait l'histoire de son pays avec son humour et ses connaissances encyclopédiques.

Tout porte à croire qu'il n'en a pas fini avec sa mère-patrie. Même établi à Paris, et possédant depuis peu le passeport français, Roegiers aime à fréquenter ses compatriotes (surtout s'ils sont morts). Chacun de ses livres met en scène une rencontre imprévue, improbable peut-être, mais chaleureuse et significative. Le plus souvent entre deux créateurs. Mais aussi entre des personnages que tout sépare. Dans son dernier opus, Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur**, il imagine la rencontre, sur les bords du Léman, entre un roi en exil, Léopold III de Belgique, et un dessinateur célèbre en dépression (Georges Rémi, plus connu sous le nom d'Hergé). Nous sommes en juillet 1948. La guerre vient de se terminer. Léopold mène une vie princière en Suisse, entre golf et tennis, lac et montagnes. Il a perdu sa première femme, la mythique reine Astrid, dans un accident de voiture au bord du lac des Quatre-Cantons, et attend que la Belgique le rappelle. Hergé, quant à lui, a connu ses premiers succès avec Tintin, le célèbre reporter en pantalons de golf, mais doute toujours des hommes et de son talent. Ils vont se fréquenter pendant un mois, mieux se connaître et s'apprécier. Une véritable amitié naîtra entre les deux Belges en vacances (et en exil).

images-1.jpegDans chacun de ses livres, Roegiers, grand cinéphile, tourne également un film. Nos deux lascars sont les protagonistes d'un long métrage où ils jouent leur propre personnage et qui se tourne à mesure que le roman s'écrit. C'est l'occasion, pour l'auteur, d'inviter sur le plateau tout le gratin d'Hollywood, de Mae West à Ava Garner, de Charlie Chaplin à Laurel et Hardy, de Humphrey Bogart à Marlene Dietrich, avec chaque fois des anecdotes croustillantes ou des révélations surprenantes. Chacun tient un rôle dans le film qui se tourne au bord du Léman. Ce film n'est pas tragique, ni même comique : il s'agit plutôt de la naissance d'une amitié entre deux hommes qui portent en eux tout un peuple de fantômes.

Quand Patrick Roegiers fait son cinéma, le lecteur applaudit et jubile devant tant d'imagination et de virtuosité verbale. 

* Patrick Roegiers, Le Bonheur des Belges, Grasset, 2012.

** Patrick Roegiers, Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur, Grasset, 2018.

 

21/01/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 17)

Épisode 17 : Georgia on my mind !

Georgia O'KeeffeCe n’est pas un hasard si les toiles de Georgia O’Keeffe s’exposent sur le mur des Blogres. Elles peuplent notre imaginaire telle une connexion ancestrale, profondément féministe. Elles évoquent la modernité par le jeu de la figuration qui tend vers l’abstraction, par les sensations immédiates que procurent les couleurs, les lignes, les formes. N’est-ce pas la force de son art que nous aimons tant, à la fois sensuel, libre et revendicateur ?

imgres.jpgGeorgia O’Keeffe a aimé un homme de 23 ans son aîné, le célèbre photographe Alfred Stieglitz, qui a fait d’elle une icône de l’art américian. Il l’a exposée dans sa prestigieuse « Galerie 291 » à Manhattan où le public américain découvrit Picasso, Braque, Matisse et Cézanne. Leur collaboration est intense. Stieglitz la prend comme modèle et la sublime dans leur petit appartement new-yorkais aux murs jaunes et au sol orange. Il capture le grain de sa peau, révélant son désir absolu et instantané. Les images qu’elle découvre la troublent, elle se voit autre et magnifique. Les nus anonymes seront exposés en même temps que ses toiles.

Paint or breed !

Georgia O'KeeffeL’engouement pour les nus de Stieglitz suscite immédiatement la curiosité du public pour la peinture de O’Keeffe. Le galeriste génial avait anticipé le phénomène.  Les nus ouvriront ainsi la voie de la célébrité. C’est ainsi que le pygmalion va façonner la carrière de Georgia. Il l’épouse, lui prouve maintes fois son amour, mais lui refuse l’enfant qu’elle désire tant. Entre enfanter et peindre, elle n’aura pas le choix. Sa vie est son art. Elle doit s’y consacrer corps et âme. En même temps, il trousse la cuisinière, batifole dans la propriété du Lac George au milieu des jolis modèles et des photographes. Georgia soulagée de ne plus servir de modèle, peine à comprendre le double discours de son amant. Ses déclarations d’amour ne trahissent-elles pas son désir copié, ressassé, reproduit ? Les mots ont-ils encore un sens dans ce déni de réalité ? « Stieglitz m’a détourné de mon art. La célébrité aussi ». C’est pourquoi elle a besoin d’espace pour son art, pour son équilibre. Les lumières inédites et les paysages désertiques du Nouveau-Mexique exercent sur elle une attraction envoûtante, son mari sera surnommé dans l’imaginaire des autochtones, « plume de corbeau »…

La Femme sauvage !
Georgia O'KeeffeDans le désert près de Santa Fé, Georgia O’Keeffe ramasse et rassemble les os épars, les entasse dans un tonneau qu’elle ramène à New-York. Telle la Femme sauvage (la Loba) dans la légende hispanico-mexicaine, elle va leur insuffler une vie nouvelle. Il y a du vivant dans l’os plus que dans l’animal qui chasse, rampe ou hurle. Sonder l’os jusqu’à la substantifique moëlle, s’enfoncer dans le cœur de quelque chose d’intensément vivant. Georgia O’Keeffe, à l’autre bout du monde, dans un temps incertain a rejoint le cercle des gypaètes !

 

SOURCES :

Les éléments de la vie de Georgia O’Keeffe m’ont été inspirés par le roman de Dawn TRIPP, Georgia : A Novel of Georgia O’Keeffe (New York, Penguin Random House, 2016, 318 p.)  et par des propos recueillis par John LOENGARD dans Peintures et photographies : Une visite à Abiquiu et à Ghost Ranch.

ICONOGRAPHIE :

Georgia O’KEEFFE, Grey, Blue and Black, Pink Circle.

Georgia O’Keeffe, photographie de Alfred STIEGLITZ.

Georgia O’KEEFFE, Black Abstraction.

Georgia O’KEEFFE, Red Hills and Bones.

18/01/2018

Darius et l'ours polaire 3

Par Claude Duverney

III. Le consensus mensonger

La décadence du GIEC marque un redoutable défi pour la presse traditionnelle. Ce ne sont pas tant les journalistes militants qui sont en cause (…), que la relation essentiellement acritique qu’aura entretenu, pendant vingt ans, la corporation des journalistes avec le phénomène idéologique du GIEC. N’était la puissance nouvelle de la Toile, le GIEC serait toujours à l’apogée de son influence. Cette faillite critique d’une partie de la presse traditionnelle aura des conséquences importantes sur les lignes de force du monde de l’information. [Godefridi, 114]

Le GIEC se targue d’avoir obtenu un consensus des 2500 meilleurs climatologues du monde sur ses thèses[1]. Notons déjà l’idée, pour le moins incongrue, qu’un résultat scientifique relève d’un consensus ; un signe supplémentaire du caractère très politique du GIEC : « Quant aux changements climatiques, les scientifiques doivent abandonner le dogme du consensus et en revenir à des concepts scientifiques. Je ne fais plus confiance aux conclusions du GIEC », déplore Judith Curry, climatologue au Sciences Geophysiques Georgia Institute of Technology [Markó, 249 ; je souligne]. Une défiance partagée par bien d’autres démissionnaires du GIEC, et non des moindres : Richard Lindzen (MIT), Yuri Izrael (ancien vice-président du GIEC), Vincent Grey, John Christy, Ross McKitrick, Tom Segalstad, Robert Watson, Christopher Landsea, etc. [voir déclarations in : Pont, 167-74]. Le soi-disant consensus des scientifiques se lézarde ! John Shade, physicien et ex-météorologue : « L’allégation selon laquelle 97% des climatologues croient en l’origine humaine du réchauffement climatique est mensongère » [Markó, 303]. Et pour cause : « le consensus n’a jamais existé. Il y eut dès le début, comme pour tout sujet scientifique, un débat de fond argumenté. Mais il a rapidement quitté la seule sphère scientifique pour acquérir une dimension politique et surtout morale, qui clive et rejette ceux qui s’inscrivent en faux. » [Arezki, 176]

Selon William Schlesinger, partisan du GIEC, seuls 20% des membres de l’organisme sont des scientifiques travaillant dans des domaines en lien avec le climat [Arezki, 56], soit 600 personnes au maximum. Moins, selon Claude Allègre, pour qui les conclusions du GIEC « engagent une centaine de personnes au plus, triées sur le volet. Dans le (…) rapport publié en 2007 [AR4], il y avait 34 personnes dans le GI, celui qui est essentiel. » [Allègre, 235] Et combien sont-ils à contester la thèse officielle du réchauffement, ceux qu’on appelle les « climato-sceptiques », comme s’ils étaient frappés d’une maladie honteuse ? On s’en fait une première idée en répertoriant les mouvements de protestations lancés un peu partout.

  • Le Sénat américain a dressé une liste de plus de 700 scientifiques opposés aux thèses du GIEC [Markó, 46].
  • L’Oregon Petition, intitulée « Global Warming Petition Project»[2], a été paraphée jusqu’ici par 31'487 scientifiques, dont plus de 9'029 docteurs (PhD), parmi lesquels Frederick Seitz, ancien Prédisent de l’Académie des sciences des Etats-Unis.
  • Son analogue, la « Pétition de Paris », a été lancée en mai 2015 par l’Association Francophone des Climato Optimistes (AFCO) [Gerondeau, 151].
  • « L’Association des climato-réalistes »[3], comptant près de 1000 sympathisants, la plupart scientifiques, a organisé une Contre-Cop 22, en décembre 2016, à Paris.
  • The Oyster Club, collectif de scientifiques et d’intellectuels européens analysant les dévoiements politiques des sciences physiques, a dénoncé la dérive politique du GIEC dans l’ouvrage intitulé : La Faillite du climatisme.
  • Une « Lettre ouverte » (29 nov. 2012) à Ban Ki-Moon, Secrétaire général des Nations Unies, signée par 125 scientifiques, contestait ses déclarations des 9, 13 et 14 novembre 2012, où il affirmait par exemple que « les conditions climatiques extrêmes sont devenues la norme » et prônait la conclusion d’un « accord juridiquement contraignant d’ici à juin 2015 » pour limiter les émissions de gaz à effet de serre [Markó, 213-30].
  • Il existe une liste de près de 450 scientifiques qui « désapprouvent la thèse de l’origine anthropique du réchauffement climatique » ; chaque nom, suivi du titre et de la fonction du savant, est assorti d’une déclaration vérifiée et référencée [Markó, 231-319].
  • En 2010, une page Internet recensait déjà 800 publications scientifiques en rupture avec le fameux consensus[4].

 

Mais faut-il continuer à rivaliser de chiffres, sachant par quel procédé le GIEC extorque l’adhésion de centaines d’experts à ses rapports ? Retour sur le rapport SRREN (Special Report on Renewable Energy Sources and Climate Change Mitigation), de 2011, qui engageait 1176 experts [Gerondeau, 44-57, que nous résumons].

1) Le rapport fait 1544 pages, lisibles seulement par les spécialistes respectifs de chacun de ses volets. Il présente 164 scénarios d’émissions de CO2 d’ici 2100 – leur grande dispersion ne permet de tirer aucune conclusion. Le GIEC ne comptant aucun expert, la moisson des scénarios résulte en fait d’un « appel ouvert » (open call) lancé au monde.

2) On en fait un résumé technique de 178 pages.

3) Puis un résumé de 25 pages à l’intention des décideurs, lequel ne retient qu’un seul scénario ! On apprendra qu’il émane de Sven Teske, individu sans doctorat ni master, mais coordinateur international de Greenpeace pour les questions climatiques [Pont, 35].

4) Enfin, un communiqué de presse de 6 pages met en exergue une phrase, en affirmant que c’est ce que 1176 experts des 194 pays membres du GIEC ont approuvé – n’ont-ils pas tous signé tout ou partie d’un des 164 scénarios ! La phrase en question, outre qu’elle contredit le Rapport de synthèse AR4 (2007) du GIEC lui-même, est mensongère ; sauf que « Pour se rendre compte que le seul scénario qui est volontairement mis en avant et repris par les médias du monde entier est dénué de tout fondement, il faut se replonger dans le Rapport proprement dit, ce que personne ne fait jamais. » [Gerondeau, 52] Voilà comment le GIEC abuse de la collaboration de milliers de savants pour présenter ses thèses comme les conclusions de la communauté des climatologues.

Le procédé semble méthodique, puisqu’il était déjà utilisé dans le Rapport de synthèse AR3 (2001) pour prédire la fameuse élévation de la température à la fin du XXIe siècle. Le « Résumé à l’intention des décideurs » retenait la prédiction la plus extrême – un accroissement apocalyptique de 5,8 °C – en taisant les 244 autres scénarios moins alarmants ! C’est l’élévation de température que Ban Ki Moon reprenait encore dans ses discours en 2015, pour en appeler à des mesures contraignantes afin de ne pas dépasser 2 °C d’augmentation en 2100. L’orientation de la politique énergétique mondiale fondée sur des escroqueries : « Pour donner l’illusion d’une approche scientifique, le GIEC a dans les deux cas fait établir un nombre ridicule de « scénarios », et n’a retenu pour sa communication que le seul qui répondait à sa vision catastrophiste des choses », conclut Christian Gerondeau [56].

Lundi 11 décembre 2017, le 19:30 sur notre chaîne romande. L’image de l’ours polaire mourant de faim est précédée de l’annonce, par Darius toujours, d’un « record absolu » qui fait la UNE : « Il n’était pas tombé autant de neige à Sion depuis les mesures de 1971 ». Darius va nous raconter « la longue nuit des 400 passagers du train Brigue-Genève », bloqués à Bex, frigorifiés, réchauffés enfin dans une grande salle : sauvés ! Mais à peine remis de ses émotions, le téléspectateur est renvoyé au tapis par l’ours condamné par le réchauffement du grand Nord ! L’infotension est insoutenable ! Dans le même 19:30, un ours polaire meurt « à cause du réchauffement climatique ». Chez nous, le réseau ferroviaire est paralysé par des chutes de neige exceptionnelles… à cause du réchauffement climatique ? Le froid et des intempéries rythmeront les fêtes de fin d’année ici et sur la côte Est des États-Unis… à cause du réchauffement climatique ?

Le climat dérègle la raison. Manille, février 2015, le président Hollande déclarait que les tremblements de terre et les tsunamis sont causés par le réchauffement climatique [Prud’homme, 224][5]. Et Nicolas Hulot, à présent Ministre de la Transition écologique et solidaire, en mars de la même année : la « crise climatique (…) fait le lit de toutes les radicalisations et de tous les intégrismes » [Postel-Vinay, 251]. Son acolyte Jean-Marc Jancovici, moins vague : le « printemps arabe » est lié à la « question énergie-climat » et la guerre de Syrie aussi [Jancovici, 53, 56-57]. Tout est rattaché à une même cause : Pangloss est de retour ! Mais où est donc Voltaire ?... Liquidé pour climato-scepticisme !

 

Notes :

[1] Oreskes N., « The Scientific Consensus on Climate Science, Science, 3 déc. 2004.

[2] http://www.petitionproject.org/index.php (consulté le 05.01.2018).

[3] http://www.skyfall.fr/

[4] https://www.populartechnology.net/2009/10/peer-reviewed-p...

[5] Aucun des nombreux journalistes présents n’a relevé cette erreur majeure et rappelé la « tectonique des plaques », notion du cours élémentaire de géographie.

 

Ouvrages cités (indiquant les sources originales des recherches, impossibles à reprendre dans ce cadre) :

Allègre C., L’imposture climatique, Plon, Pocket, Paris, 2010.

Arezki H., Climat, mensonges et propagande, Thierry Souccar, 2010.

Bruckner P., Le fanatisme de l’Apocalypse. Sauver la Terre, punir l’Homme, Grasset, Paris, 2011.

Crockford S., Polar Bears : Outstanding Survivors of Climate Change, Paperback, 2016.

Dubuis E., Sale temps pour le GIEC, Favre, Lausanne, 2010.

Gerondeau Ch., Climat : j’accuse, éditions du Toucan, Paris, 2015.

Godefredi D., Le GIEC est mort, vive la science !, Texquis, Bruxelles, 2010.

Jancovici J.-M., Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie, Odile Jacob, 2015 (éd. citée 2017).

Larminat Ph. de, Changement climatique. Identification et projections, ISTE Editions, 2014.

Markó I.E. (dir.), Climat : 15 vérités qui dérangent, Texquis, Bruxelles, 2014.

Pont J.-C., Le vrai, le faux et l’incertain dans les thèses du réchauffement climatique, Calligraphy, Sierre, 2017.

Postel-Vinay O., La Comédie du climat, JCLattès, 2015.

Prud’homme R., L’idéologie du réchauffement climatique. Science molle et doctrine dure, L’Artilleur, Paris, 2015.

The Oyster club, La Faillite du climatisme, Les Belles Lettres, Paris, 2015.

 

17/01/2018

Darius et l'ours polaire 2

Par Claude Duverney

 II. Les thèses du GIEC réfutées

(…) l’édifice sur lequel repose la théorie carbocentriste d’une prochaine catastrophe climatique d’origine humaine est si fissuré que ses failles apparaissent béantes quel que soit l’angle sous lequel on le regarde. [Benoît Rittaud, in : Pont, 11]

Allocution à la conférence de Lindau-Nobel, le 17 décembre 2012 : Ivar Giaever, Nobel de physique, démonte les thèses du GIEC[1]. Les voies critiques peinent pourtant à se faire entendre. Dans un article intitulé « Climate of fear » (Wall Street Journal, 7 avril 2007), Richard Lindzen, climatologue émérite du MIT, s’insurgeait contre la liquidation dont sont victimes les opposants aux thèses du GIEC : crédits coupés et impossibilité d’accéder aux revues spécialisées. John Rennie, directeur de Scientific American, ne cache pas sa volonté de censure : « Les climato-sceptiques sont des négationnistes et leur donner ne serait-ce qu’un paragraphe dans un article en contenant dix serait exagérer leur importance » [Arezki, 177] ; de même Phil Jones, directeur du CRU : « Je ne peux pas concevoir qu’aucun de ces articles soit dans le prochain rapport du GIEC. Kevin [Trenberth] et moi allons trouver le moyen de les en écarter – même s’il nous faut redéfinir ce qu’est la littérature évaluée par les pairs ! » [Postel-Vinay, 260 ; je souligne] Pour sortir de la vulgate réchauffiste, il faut bouder les revues dédiées et les médias que le GIEC fascine par « la promesse d’un sensationnalisme toujours renouvelé et jamais vulgaire, parce que scientifique » [Godefridi, 86]. C’est sur la Toile et chez les éditeurs francs-tireurs que les voix critiques se font entendre. On y apprend que des études ont réfuté une à une les thèses du GIEC.

1) L’élévation de 0,74 °C de la température moyenne globale du XXe siècle est controversée : « Il n’y a pas de preuve convaincante que le climat global se réchauffe actuellement », écrit Fred Singer, professeur de physique de l’atmosphère à l’université de Virginie [Pont, 172]. Serait-elle certaine, qu’elle n’aurait rien d’atypique : Á l’Optimum médiéval (où les Vikings pratiquaient l’agriculture sur la « Terre verte » du Groenland), ainsi que dans les années 1920-40, les températures étaient supérieures à celle de la fin du XXe siècle [Arezki, 80 ; Pont, 83-86 ; Postel-Vinay, 105]. Entre 1997 et 2014, la température moyenne globale n’a pas augmenté, alors que les rejets de CO2 ont atteint des records : 1/3 de l’augmentation depuis le début de la révolution industrielle [Markó, chap. 7 ; Arezki, 259 ; Prud’homme, 123-24]. Le GIEC AR4 prévoyait pourtant une élévation de température de 0,15 °C à 0,30 °C par décennie de 1990 à 2005. Embarras de Kevin Trenberth, auteur principal des GIEC AR2-4 : « Le fait est que nous ne pouvons expliquer l’absence actuelle de réchauffement, ce qui est grotesque » [Arezki, 259] ; de Phil Jones, contributeur du GIEC AR3 et auteur principal du GIEC AR4 : « La communauté scientifique me tomberait dessus à bras raccourcis si je disais que le monde s’est refroidi depuis 1998 » ; de Michael Mann, auteur de la fameuse courbe du GIEC AR3 : « Les températures de surface n’ont pas augmenté entre 1998 et 2008 » [Postel-Vinay, 166-72].

Quelle valeur accorder à l’élévation de 0,74 °C qui fonde toute la théorie du réchauffement ? Elle ne tient pas compte de l’effet des îlots de chaleurs urbains, du fait qu’aux USA – où elles sont le plus nombreuses – 2/3 des stations météo surestiment les températures jusqu’à 2 °C, du problème du « maillage » de la surface du globe (les océans en occupent 71 %) pour obtenir une température globale, de l’élimination des stations septentrionales ou aux valeurs trop basses, des corrections des valeurs vers le haut aux USA et en Australie [Arezki, 95-106 ; Prud’homme, 110, 152]. Que penser aussi de la précision des relevés d’il y a 100 ans, de la signification d’une élévation de quelques dixièmes de degré sur un siècle en regard des – 40 °C de l’Antarctique et des + 30 °C des régions équatoriales, du sens d’une « température moyenne globale » [Pont, 75 ; Prud’homme, 112 ; Postel-Vinay, 165, 173-77] ? Commentaire de Richard Lindzen : « Cette situation peut faire penser à une malhonnêteté évidente, mais il est tout à fait possible que beaucoup de scientifiques imaginent, dans le contexte scientifique actuel, que le rôle de la science est de confirmer le paradigme de l’effet de serre pour le changement climatique » [Arezki, 102].

2) Le lien causal CO2 anthropique Þ réchauffement n’a jamais été établi : « Rien ne montre un réchauffement exceptionnel du globe et encore moins une éventuelle origine humaine », notait Vincent R. Gray, relecteur auprès du GIEC AR4 [Markó, 262]. Chose inouïe, le GIEC AR2 (1995) l’admettait d’abord : « Aucune des études précédemment citées n’a montré une preuve claire que nous pouvons attribuer les changements climatiques observés à l’augmentation des gaz à effet de serre » ; « Aucune étude n’a formellement attribué tout ou partie des changements climatiques observés à cette date à des causes anthropiques ». Mais la fin du chapitre contenant ces propos a été supprimée par Benjamin D. Santer, auteur principal, après l’adoption finale du rapport – il l’a reconnu en 2009 [Arezki, 62]. Entre 1850 et 2000, les températures ont alterné baisses et hausses, alors que la concentration de CO2 augmentait sans cesse : comment une même cause produirait-elle des effets contraires ? [Prud’homme, 118] Le soleil est un candidat sérieux pour expliquer les changements du climat : outre les variations d’irradiance, le vent solaire se combine au rayonnement cosmique pour contrôler la nébulosité – l’expérience « CLOUD » menée au CERN de Genève (2006-2010) l’a établi [Pont, 68].

3) L’augmentation du CO2 est la conséquence et non la cause de celle de la température : elle lui fait suite avec un certain décalage. [Markó, 156 ; Arezki, 252 ; Pont, 72]. Des doutes sur la causalité du CO2 prévalaient dans les GIEC AR1 et AR2. Ils ont disparu soudain dans le GIEC AR3 (2001), qui citait six fois une courbe de Michael Mann traçant l’évolution des températures du dernier millénaire [Postel-Vinay, 113]. Sa forme de « crosse de hockey » gommait le petit âge glaciaire et, avant lui, l’Optimum médiéval : « Il nous faut nous débarrasser du petit optimum médiéval », s’écrivait-on [Prud’homme, 126 ; Postel-Vinay, 118]. Du coup, le réchauffement de la fin du XXe siècle devenait exponentiel, et la corrélation avec la courbe de l’augmentation du CO2 anthropique si criante qu’un lien causal CO2 Þ réchauffement sautait aux yeux. Mais Stephen McIntyre et Ross McKitrick ont mis au jour des biais et des trucages dans la courbe de Mann [Arezki, 77-84 ; Pont, 92-95]. Qui se souvient d’ailleurs que lorsque nos émissions de CO2 explosaient, les météorologues alertaient la planète (sommet international de 1978) sur un grave REFROIDISSEMENT climatique (Global cooling) : 1/2 degré entre 1945 et 1968 [Pont, 27 ; Prud’homme, 55] ?

4) Les ours polaires ne sont pas en voie d’extinction. De 5'000 individus en 1970, leur population est passée à 20-25'000 [Markó, 35, 37-39 ; Crockford, op. cit.]. L’ours blanc a survécu à l’Optimum médiéval, au romain, au minoen, à l’holocène et à l’Éémien – dont les températures arctiques étaient supérieures de 5-6 °C à celles d’aujourd’hui [Arezki, 193].

5) La banquise arctique – censée fondre en 2008, puis en 2012, puis en 2013, enfin en 2015-16 – n’a pas disparu. Après un recul maximal en 2007, elle a retrouvé son niveau moyen de 1980-2010 [Arezki, 121]. La superficie de la banquise antarctique augmente depuis 1979 [Arezki, 119 ; Markó, 136-41 ; Pont, 110] et la tendance de la température y est à la baisse depuis 1966 [Arezki, 113-17]. Quant aux « glaciers himalayens, et ceux du reste du monde, [ils] ont avancé et reculé sans aucun lien avec un réchauffement climatique ou un refroidissement climatique », affirme Vijaikumar Raina, ex-Directeur Division Glaciologie du Geological survey of India [Markó, 297 ; je souligne] – le GIEC AR4 annonçait pourtant leur probable disparition en 2035… en reprenant les chiffres bricolés d’un rapport du WWF [Arezki, 212-13].

6) Les modèles climatiques du GIEC, dont « la fiabilité est estimée à moins de 2% » [The Oyster club, 20 ; Prud’homme, 165 ; Pont, 54-57], ne rendent compte ni des observations passées ni des données actuelles [Prud’homme, 255] : « Les erreurs des modèles sont un problème sérieux. Nous avons un long chemin à faire pour les corriger », reconnaît Tim Stockdale, membre du GIEC [Markó, 308 ; je souligne ; voir Larminat, op. cit.]. Le caractère chaotique de l’atmosphère (effet papillon) devrait appeler la plus grande prudence dans les prévisions à plus ou moins long terme (Pont, 60-61).

7) Nombre de glaciers des Alpes reculent depuis 1860, temps où on ne pouvait incriminer le CO2. Durant les « trente glorieuses » (1950-80), lorsque les émissions de CO2 montaient en flèche, 75% des glaciers suisses et autrichiens ont avancé : chute de 1 °C des températures estivales et augmentation de 3-4% des précipitations [Pont, 109]. Á l’Optimum médiéval, des cols alpins aujourd’hui couverts de glace servaient de voies de passage. Le bilan de masse d’un glacier est le différentiel entre alimentation (précipitations neigeuses) et ablation (fusion et sublimation). Jean-Claude Pont de proposer cette expérience de pensée : « Admettons que la ‘température moyenne’ du globe (…) demeure constante sur, disons, cinq ans. Admettons que, dans le même intervalle de temps, les précipitations cessent complétement sur les glaciers. Qu’adviendrait-il ? Il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour deviner la réponse : les glaciers disparaîtraient. » [Pont, 108]

8) L’évolution actuelle du climat n’est pas sans précédent. Élévation du niveau des mers, fréquence et violence des tornades, des cyclones, des tempêtes et des inondations : notre époque n’est pas atypique, même relativement calme [Arezki, 131-56 ; Postel-Vinay, 83-98]. Christian Pfister, spécialiste mondial de l’histoire du climat : « Le siècle passé [XXe] est atypique de par le fait que l’on y rencontre, en Europe occidentale et centrale, peu d’événements climatiques extrêmes par rapport aux autres » [Arezki, 147] – chose que le GIEC admettait lui-même dans un rapport spécial [IPCC 2012, 119-20].

N’allongeons pas la liste, mais renvoyons au documentaire de la BBC : « The Great Global Warning Swindle » (« La grande arnaque du réchauffement climatique » [YouTube[2]]. Une critique des thèses du GIEC par des scientifiques de premier plan : Richard Lindzen, climatologue au MIT, Paul Reiter, autorité mondiale en matière de maladies véhiculées par les insectes, Syun-Ichi Akasofu, directeur du centre de recherche arctique de l’Alaska, John Christy, auteur principal du GIEC, etc. Tout l’opposé du film catastrophe d’Al Gore : « Une vérité qui dérange », comportant plus de 18 erreurs, dont 9 ont été reconnues par un juge britannique en 2007 [Postel-Vinay, 22-26]. Le juge a demandé qu’on signale le caractère « partisan » du film et ses approximations, avant sa projection dans les écoles.

Août 2010, le Conseil inter-académique (IAC), formé des 15 principales académies des sciences du monde, rendait une évaluation du fonctionnement du GIEC mettant gravement en cause son expertise et le processus d’élaboration de ses Rapports [Arezki, 217]. Au lieu de s’en faire l’écho, les médias continuent à trouver chaque tempête atypique et à y voir la « preuve du réchauffement climatique ». Psittacisme commode, qui dispense de penser… Aux moyens de redonner le goût de la science et de relancer la lutte contre la pollution, quand le mythe réchauffiste s’effondrera : « L’écologie du désastre est d’abord un désastre pour l’écologie » [Bruckner, 273]. D’ici là, à ces 4'300'000 morts par an comptabilisés par l’OMS, parmi les quelque 3 milliards d’individus abandonnés à la pauvreté par une « transition énergétique » au-dessus de leurs moyens [Gerondeau, 8].

 

Notes :

[1] https://www.youtube.com/watch?v=Dk60CUkf3Kw

[2] https://www.youtube.com/watch?v=pVwMWOMpHZg

16/01/2018

Darius et l'ours polaire 1

Aujourd’hui, et jusqu’à jeudi, Blogres ouvre ses pages à Claude Duverney.

Claude Duverney est docteur en philosophie et spécialiste d’histoire et de philosophie des sciences. Des lectures d’ouvrages critiques révèlent à ce partisan initial de la thèse du réchauffement climatique : une escroquerie scientifique, une intoxication idéologique, la cécité ou la complicité des médias, un danger pour la démocratie, des options énergétiques aux graves conséquences économiques et humanitaires, une perte de crédit pour la science et l’écologie raisonnable.

Blogres précise que toutes les informations contenues dans les trois articles qui vont suivre sont à la portée de tout citoyen qui veut bien faire l'effort de lire et de vérifier par lui-même ce que les médias, parfois, nous invitent à croire comme paroles d’Evangiles. Tout citoyen peut et doit s’informer: les trois textes suivants veulent y inciter. Libre ensuite à chacun de se faire sa propre idée et ses propres conclusions. Blogres, dans ce cas, ne veut pas se faire partisan mais tribune de débat.

 I. L’idéologie réchauffiste[1]

Le vrai débat n’est pas celui du changement climatique, mais celui de la liberté et des menaces qui pèsent sur elle. Les intentions des activistes du changement climatique donnent le frisson. Ils veulent nous changer, changer l’humanité entière, changer nos comportements, la structure et le fonctionnement de notre société, le système de valeurs que nous avons progressivement établi depuis des siècles. Ils veulent nous imposer une idéologie de l’environnement faisant fi de la science, profondément antilibérale, extrêmement autoritaire, et mettant en danger la liberté et la prospérité. [Vaclav Klaus, ancien président de la République tchèque, in : Pont, 193]

Lundi 11 décembre 2017, le 19:30 sur notre chaîne romande. Darius Rochebin commente les images d’un vieil ours polaire fouillant une poubelle – tournées par un reporter de Sea Legacy (ONG de défense des océans) qui veut sonner l’alarme du réchauffement climatique : « l’ours qui meurt de faim sur l’île de Baffin devient un symbole de la menace qui pèse sur les ours polaires en raison du recul de la banquise ». On s’émeut dans les chaumières, « la TSR crée l’événement » : mission de service public accomplie. On aurait toutefois apprécié que Darius nous renseigne davantage sur le plantigrade : « d’un mot, M. le reporter, qu’avez-vous ressenti en voyant cet ours à l’agonie ? »

Le Monde fait son travail de journalisme et s’informe avant d’informer. Il interroge Jeff W. Higdon, biologiste de la faune travaillant dans l’Arctique canadien depuis plus de dix ans : « Cet ours meurt de faim, mais à mon avis, ce n’est pas parce que la banquise a soudainement disparu et qu’il ne peut plus chasser le phoque. D’autant que la côte est de Baffin est libre de glace en été. Il est beaucoup plus probable qu’il soit affamé en raison de problèmes de santé, potentiellement un cancer des os ». Le journal d’ajouter : « Une prudence que partage Steven Amstrup, le scientifique en chef de Polar Bear International (PBI), une ONG engagée dans la conservation des ours polaires, établie aux Etats-Unis et au Canada »[2].

Un autre journaliste a poussé plus loin l’investigation : Etienne Dubuis, du Temps[3], qui signe Sale temps pour le GIEC. Histoire et déboires de l’organisme onusien voué à l’étude du réchauffement climatique. Créé en 1988 sous l’égide de l’ONU, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, ou GIEC (IPCC en anglais), est un Bureau de 31 diplomates désignés par les gouvernements des 194 pays membres de l’Organisation Météorologique Mondiale et du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (il est doublé d’un comité exécutif de 19 administratifs, depuis 2011) : « la structure centrale qui gère le GIEC (IPCC), son Bureau, est composée en quasi-totalité de personnes qui ne sont en rien des experts du climat et n’y connaissent rien. » [Gerondeau, 43 ; je souligne] C’est pourquoi « le GIEC doit avoir recours à des centaines ou des milliers d’experts extérieurs, qui sont (…) choisis et mandatés par son Bureau » [Gerondeau, 44]. Il les engage en trois Groupes (GI, GII, GIII) : « Le Groupe de travail I se charge des éléments scientifiques de l’évolution du climat, le Groupe de travail II (…) des conséquences, de l’adaptation et de la vulnérabilité, et le Groupe de travail III (…) de l’atténuation du changement climatique. »[4].

La structure du GIEC cristallise un dogme. Que ferait le GII si le GI concluait à des effets positifs (relevés lors des Optimums de température au cours de l’histoire) ? Et si les effets se révélaient négatifs mais imputables à des éléments naturels (l’activité solaire est un candidat sérieux), sur quoi plancherait le GIII ? La création en bloc des trois Groupes du GIEC trahit un a priori : des effets négatifs dus au CO2 anthropique sont présupposés au départ. La thèse est entendue, le GIEC a pour vocation de l’étayer [Arezki, 54 ; Prud’homme, 81]. On pourrait y voir un postulat si la question demeurait ouverte ; mais il s’agit d’une vérité infaillible qui a verrouillé le débat [Markó, 16-17 ; Pont, 174]. 1re preuve : les expertises des modèles climatiques du GIEC concluent que ses programmes sont paramétrés pour imputer les variations climatiques au CO2 anthropique [Markó, chap. 9 ; Larminat, chap. 7-11 ; Pont, 58]. 2e preuve : on est passé en 14 ans, sans justification scientifique – donc par un « coup politique » –, de l’annonce d’un refroidissement dramatique (années 1970) au spectre du réchauffement de la planète (années 1980) [Pont, 30 ; Prud’homme, 61]. 3e preuve : l’adaptation des données utilisées, comme le reconnaît Eduardo Zorita, auteur contributeur du GIEC AR4 : « Les chercheurs en sciences du climat sont souvent tentés de modifier leurs données pour être en phase avec la vision politiquement correcte sur les changements climatiques. » [Markó, 319 ; je souligne]. Le GIEC obéit à une idéologie politique – ses traits recoupent ceux que Hannah Arendt reconnaît aux grandes idéologies [Prud’homme, 20-27]. Deux indicateurs internes :

1) L’article 11 des Principes gouvernant le GIEC stipule que l’Assemblée plénière, composée de représentants des États membres, a le dernier mot : « L’« approbation » d’un résumé à l’intention des décideurs signifie que ce dernier a été examiné ligne par ligne et approuvé par les pays membres du GIEC participants (…) »[5]. Des volumineux Rapports d’évaluation (Assessment Report : AR), établis tous les lustres par les Groupes de travail, l’Assemblée tire un Résumé à l’intention des décideurs. Elle a donc le dernier mot… mais le premier aussi ! John Christy, auteur contributeur du GIEC AR2, de dénoncer la dérive doctrinaire : « Le GIEC sélectionne les auteurs principaux parmi ceux nommés par les gouvernements. Au fil du temps, beaucoup de gouvernements n’ont nommé que des auteurs alignés sur leur politique » [Arezki, 58-59], même des militants du WWF, parfois sans master dans leur discipline [Prud’homme, 88-89]. L’Assemblée plénière décide donc à la virgule près du résumé des travaux… menés par des chercheurs que son propre Bureau a choisis et mandatés [Prud’homme, 254] !

2) Les documents approuvés revêtent la forme d’une démonstration tirant des conclusions politiques de prémisses scientifiques. A partir des facteurs climatiques (GI), ils déduisent les effets négatifs (GII) et les mesures à adopter (GIII) : ce qui doit être (fait) devient la conséquence rigoureuse de ce qui est (observé). Alors que de l’être au devoir-être, la continuité est nulle, l’hétérogénéité totale, la médiation du débat citoyen indispensable : « L’erreur est de l’avoir oublié ; l’imposture idéologique, de le nier, en présentant les rapports du GIEC comme des blocs homogènes de scientificité » [Godefridi, 110]. Le politique s’empare du scientifique, en récupérant sa caution, et il introduit une confusion des deux sphères : « Le GIEC est passé d’une institution scientifique à une institution politique qui prétend être scientifique. Le problème le plus important est le choix des auteurs et des membres du bureau, qui n’est pas basé sur la qualité académique, mais sur la couleur politique » (Richard Tol, auteur principal du GIEC AR4) [Markó, 311].

Témoins de cette politisation de la science, les mots d’ordre donnés par des figures de proue du GIEC. Ainsi Stephen H. Schneider : « nous avons besoin de soutiens importants, de captiver l’imagination du public. Cela implique bien sûr une vaste couverture médiatique. Nous devons donc proposer des scénarios effrayants, faire des déclarations simples et dramatiques, et omettre le moindre doute que nous pourrions avoir. » [Arezki, 182 ; je souligne] De là les scénarios catastrophes des Résumés à l’intention des décideurs des Rapports de synthèse AR4 (2007) et AR5 (2014). Des projections apocalyptiques qui ont provoqué l’ire du père des Verts allemands, F. Vahrenholt, lequel a réagi avec l’ouvrage : Die kalte Sonne : Warum die Klimakatastrophe nicht stattfindet. La tournure politique du climatisme a été ouvertement revendiquée par Ottmar Edenhofer, président du GIII, dans une déclaration sur « NZZ Online », avant le sommet de Cancún de 2010 : « Le Sommet qui va s’ouvrir à Cancún n’est pas une conférence sur le climat, mais l’une des plus grandes conférences économiques depuis la deuxième guerre mondiale. Il faut dire clairement que nous redistribuons en fait la richesse du monde par la voie de la politique climatique. Il faut se séparer de l’illusion que la politique internationale du climat est une politique environnementale. Elle n’a désormais pratiquement plus rien à voir avec la politique de l’environnement… » [Gérondeau, 69 ; je souligne]. James Hansen, ténor du GIEC, prône une gouvernance mondiale autoritaire face à l’incapacité des démocraties à régler le problème du CO2, en traitant les climato-sceptiques d’opposants politiques [Arezki, 237-39]. Sauver le monde justifie et exige tous les moyens : c’est la logique de l’Inquisition [Prud’homme, 220].

Pour Freeman Dyson, l’un des plus grands physiciens de la fin du XXe siècle, la thèse du réchauffement climatique est devenue une puissante religion : « L’environnementalisme a remplacé le socialisme comme principale religion séculière » [Postel-Vinay, 222]. Rajendra Pachauri, président du GIEC, ne déclarait-il pas, lors de sa démission en 2015 : « Pour moi, la protection de la planète, la survie de toutes les espèces, et la durabilité de nos écosystèmes étaient plus qu’une mission. C’est ma religion et mon dharma » [Gerondeau, 67 ; Prud’homme, 92 ; je souligne] ? Une religion avec son comité de salut public, où l’on trouve Al Gore qui, en 2008, commandait lors d’une conférence : « Vous avez le devoir de réduire au silence ceux qui s’opposent aux avis du GIEC » [Markó, 53 ; je souligne] ; mais aussi Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du GIEC, traitant ceux qui critiquent l’organisme de « négationnistes qui mènent un combat d’arrière-garde » ou de « personnes sans aucune éthique et qui ont décidé d’alimenter le doute » [Godefridi, 78 et Markó, 26 note ; je souligne] ; James Hansen encore, qui osait ce parallèle ignoble avec l’Holocauste : « Ces trains transportant du charbon seront des trains de la mort – pas moins horribles que s’il s’agissait de wagons de marchandises se dirigeant vers les fours crématoires, chargés d’un nombre incalculable d’espèces irremplaçables » [Arezki, 176]. Les traces de machinations d’éminences rouges du GIEC ont été divulguées en 2009 : le Climategate désigne 1073 courriels et des milliers de fichiers de codes de programmation recouvrant les activités de la Climate Research Unit (CRU) de l’université d’East Anglia, entre 1996 et 2009. Mention spéciale pour ce courriel que Phil Jones, directeur du CRU, adresse le 16 novembre 1999 à Michael Mann, parlant d’un « trick » [astuce] propre à « cacher le déclin », en l’espèce la baisse de croissance des arbres qui n’était plus corrélée à la montée des températures des années 1960-80 [Arezki, 172-74, 202-211 ; Postel-Vinay, 128, 140 sq ; je souligne]. « Le ‘Climategate’ a mis en évidence la pression exercée par des membres du GIEC sur les éditeurs, mais aussi la rétention de données. Cela mène à de graves problèmes de fiabilité scientifique », juge Kellow Aynsley, professeur à l’Université de Tasmanie [Markó, 272].

« Pourquoi une organisation aussi manifestement viciée dans sa nature que le GIEC est-elle aussi ‘durable’ ? » [Markó, 41] « La propagande réchauffiste a (…) l’avantage d’être relayée, et souvent même amplifiée, par l’appareil d’État de nombreux pays, comme la France, et par les milliers de courroies de transmission que constituent les ONGs, les médias, et maintenant les églises, dans tous ces pays », répond Rémy Prud’homme [221].

 

Notes :

[1] « Réchauffisme » est « un mot-valise, qui contracte réchauffement et alarmisme » [Prud’homme, 12].

[2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/12/13/l-ours-p...

[3] C’est le seul quotidien romand qui s’est attaqué au GIEC par la voix d’Olivier Dessibourg et d’Etienne Dubuis, en 2010.

[4] http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml Á propos du GIEC, « Comment le GIEC est-il organisé ».

[5] http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml, Á propos du GIEC, « Comment le GIEC approuve-t-il les rapports ? ».

14/01/2018

Les Carnets de CoraH (Épisode 16)

 

Épisode 16 : Prenez le temps de regarder, d’aimer, de lire !

GEorgia O'KeeffeQue demander en plus de ce désir d’apprendre et de relier les sens, si ce n’est le mouvement salutaire de la pleine conscience ? C’est pourquoi je m’oxygène sur la plage de galets les week-ends et la semaine je fends l’air, chronomètre en main, jusqu’à mon École. 23 minutes de parcours au quotidien dans la ville de Genève au cœur du trafic et des parcs arborés. Le regard se porte d’abord sur les dalles de béton aux nombreux chewing-gums écrasés, puis décolle vers les plaques numéralogiques, les piétons surpris, les fontaines d’eau, les sapins de Noël entassés aux pieds des immeubles, les manchettes des journaux, les affiches de spectacles. Hypnotisé. La lune est mon point fixe, elle m’accompagne dans l’aube qui s’éclaircit.


Georgia O'KeeffeAu dernier kilomètre, j’entre dans le quartier des Charmilles au sud des Franchises en pleine mutation. Les chantiers mitent le territoire. Les édifices sortent de terre comme une tour entre deux maisons liliputiennes. On sent la présence des résidents même si certains dorment encore. Ici, un couple discute tous les matins sur le balcon, qu’ont-ils à se dire dans le froid ? Sont-ils invités ou squattent-ils cet espace bétonné ? On dirait qu’ils s’inventent une vie à contre-sens. J’entends leur rire ou leur désespoir.


Sur le chemin de l’école, il existe encore des sortilèges, on y voit des revenants parfois. Un comédien au bout de sa nuit blanche portant une chaise sur l’épaule m’a souhaité l’année heureuse. Un enfant blond aux yeux clairs poussant une petite valise à roulettes fait la course avec moi. Il apparaît de nulle part et disparaît aussi vite. Pourquoi n’est-il pas accompagné ? Une potière bazarde deux fois l’an le surplus de sa production. Elle dépose avec le plus grand soin ses œuvres inabouties dans de larges boîtes en carton. Intriguée, j’invite dans ma vie un bougeoir en terre cuite, comme un soleil au visage du Mexique.


Georgia O'KeeffeDans la salle des maîtres de mon École, je troque mes baskets contre des chaussures de ville. Ici s’arrête mon voyage. Légèrement.

Un jour je partirai pour New York, Abiquiu dans le désert du Nouveau Mexique et au bord du lac George sur les pas de Georgia O’Keefe.


Georgia O’Keeffe, City Night.

Georgia O’Keeffe, The Shelton with Sunspots.

Georgia O’Keeffe, New York City.