Blogres, le blog d'écrivains - Page 8

  • Patrick Roegiers fait son cinéma

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    par Jean-Michel Olivier

    images-2.jpegPatrick Roegiers est un Huron, un Apache — et sans doute le dernier des Mohicans. En un mot : il est belge. Dans le paysage littéraire français d'aujourd'hui, à la fois pauvre et conventionnel, ses romans étonnent et détonnent, car ils ne ressemblent à rien. Ou plutôt : ils sont si originaux, si drôles, si pleins de verve et de surprises, qu'ils ne peuvent avoir été écrits que par un Belge établi à Paris, qui fut d'abord comédien, puis lecteur, puis journaliste (passionné par la photographie), puis auteur de théâtre, puis polémiste, etc.

    La Belgique, patrie à la fois adorée et abhorrée, Roegiers lui a consacré déjà plusieurs livres, qui font autorité (dont un excellent « Découvertes » chez Gallimard). En 2012, il a chanté, à sa manière baroque et satirique,images.jpeg le Bonheur des Belges* (voir notre compte-rendu ici). Dans cette épopée lyrique, Roegiers revisitait l'histoire de son pays avec son humour et ses connaissances encyclopédiques.

    Tout porte à croire qu'il n'en a pas fini avec sa mère-patrie. Même établi à Paris, et possédant depuis peu le passeport français, Roegiers aime à fréquenter ses compatriotes (surtout s'ils sont morts). Chacun de ses livres met en scène une rencontre imprévue, improbable peut-être, mais chaleureuse et significative. Le plus souvent entre deux créateurs. Mais aussi entre des personnages que tout sépare. Dans son dernier opus, Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur**, il imagine la rencontre, sur les bords du Léman, entre un roi en exil, Léopold III de Belgique, et un dessinateur célèbre en dépression (Georges Rémi, plus connu sous le nom d'Hergé). Nous sommes en juillet 1948. La guerre vient de se terminer. Léopold mène une vie princière en Suisse, entre golf et tennis, lac et montagnes. Il a perdu sa première femme, la mythique reine Astrid, dans un accident de voiture au bord du lac des Quatre-Cantons, et attend que la Belgique le rappelle. Hergé, quant à lui, a connu ses premiers succès avec Tintin, le célèbre reporter en pantalons de golf, mais doute toujours des hommes et de son talent. Ils vont se fréquenter pendant un mois, mieux se connaître et s'apprécier. Une véritable amitié naîtra entre les deux Belges en vacances (et en exil).

    images-1.jpegDans chacun de ses livres, Roegiers, grand cinéphile, tourne également un film. Nos deux lascars sont les protagonistes d'un long métrage où ils jouent leur propre personnage et qui se tourne à mesure que le roman s'écrit. C'est l'occasion, pour l'auteur, d'inviter sur le plateau tout le gratin d'Hollywood, de Mae West à Ava Garner, de Charlie Chaplin à Laurel et Hardy, de Humphrey Bogart à Marlene Dietrich, avec chaque fois des anecdotes croustillantes ou des révélations surprenantes. Chacun tient un rôle dans le film qui se tourne au bord du Léman. Ce film n'est pas tragique, ni même comique : il s'agit plutôt de la naissance d'une amitié entre deux hommes qui portent en eux tout un peuple de fantômes.

    Quand Patrick Roegiers fait son cinéma, le lecteur applaudit et jubile devant tant d'imagination et de virtuosité verbale. 

    * Patrick Roegiers, Le Bonheur des Belges, Grasset, 2012.

    ** Patrick Roegiers, Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur, Grasset, 2018.

     

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  • Les Carnets de CoraH (Épisode 17)

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    Épisode 17 : Georgia on my mind !

    Georgia O'KeeffeCe n’est pas un hasard si les toiles de Georgia O’Keeffe s’exposent sur le mur des Blogres. Elles peuplent notre imaginaire telle une connexion ancestrale, profondément féministe. Elles évoquent la modernité par le jeu de la figuration qui tend vers l’abstraction, par les sensations immédiates que procurent les couleurs, les lignes, les formes. N’est-ce pas la force de son art que nous aimons tant, à la fois sensuel, libre et revendicateur ?

    imgres.jpgGeorgia O’Keeffe a aimé un homme de 23 ans son aîné, le célèbre photographe Alfred Stieglitz, qui a fait d’elle une icône de l’art américian. Il l’a exposée dans sa prestigieuse « Galerie 291 » à Manhattan où le public américain découvrit Picasso, Braque, Matisse et Cézanne. Leur collaboration est intense. Stieglitz la prend comme modèle et la sublime dans leur petit appartement new-yorkais aux murs jaunes et au sol orange. Il capture le grain de sa peau, révélant son désir absolu et instantané. Les images qu’elle découvre la troublent, elle se voit autre et magnifique. Les nus anonymes seront exposés en même temps que ses toiles.

    Paint or breed !

    Georgia O'KeeffeL’engouement pour les nus de Stieglitz suscite immédiatement la curiosité du public pour la peinture de O’Keeffe. Le galeriste génial avait anticipé le phénomène.  Les nus ouvriront ainsi la voie de la célébrité. C’est ainsi que le pygmalion va façonner la carrière de Georgia. Il l’épouse, lui prouve maintes fois son amour, mais lui refuse l’enfant qu’elle désire tant. Entre enfanter et peindre, elle n’aura pas le choix. Sa vie est son art. Elle doit s’y consacrer corps et âme. En même temps, il trousse la cuisinière, batifole dans la propriété du Lac George au milieu des jolis modèles et des photographes. Georgia soulagée de ne plus servir de modèle, peine à comprendre le double discours de son amant. Ses déclarations d’amour ne trahissent-elles pas son désir copié, ressassé, reproduit ? Les mots ont-ils encore un sens dans ce déni de réalité ? « Stieglitz m’a détourné de mon art. La célébrité aussi ». C’est pourquoi elle a besoin d’espace pour son art, pour son équilibre. Les lumières inédites et les paysages désertiques du Nouveau-Mexique exercent sur elle une attraction envoûtante, son mari sera surnommé dans l’imaginaire des autochtones, « plume de corbeau »…

    La Femme sauvage !
    Georgia O'KeeffeDans le désert près de Santa Fé, Georgia O’Keeffe ramasse et rassemble les os épars, les entasse dans un tonneau qu’elle ramène à New-York. Telle la Femme sauvage (la Loba) dans la légende hispanico-mexicaine, elle va leur insuffler une vie nouvelle. Il y a du vivant dans l’os plus que dans l’animal qui chasse, rampe ou hurle. Sonder l’os jusqu’à la substantifique moëlle, s’enfoncer dans le cœur de quelque chose d’intensément vivant. Georgia O’Keeffe, à l’autre bout du monde, dans un temps incertain a rejoint le cercle des gypaètes !

     

    SOURCES :

    Les éléments de la vie de Georgia O’Keeffe m’ont été inspirés par le roman de Dawn TRIPP, Georgia : A Novel of Georgia O’Keeffe (New York, Penguin Random House, 2016, 318 p.)  et par des propos recueillis par John LOENGARD dans Peintures et photographies : Une visite à Abiquiu et à Ghost Ranch.

    ICONOGRAPHIE :

    Georgia O’KEEFFE, Grey, Blue and Black, Pink Circle.

    Georgia O’Keeffe, photographie de Alfred STIEGLITZ.

    Georgia O’KEEFFE, Black Abstraction.

    Georgia O’KEEFFE, Red Hills and Bones.

  • Darius et l'ours polaire 3

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    Par Claude Duverney

    III. Le consensus mensonger

    La décadence du GIEC marque un redoutable défi pour la presse traditionnelle. Ce ne sont pas tant les journalistes militants qui sont en cause (…), que la relation essentiellement acritique qu’aura entretenu, pendant vingt ans, la corporation des journalistes avec le phénomène idéologique du GIEC. N’était la puissance nouvelle de la Toile, le GIEC serait toujours à l’apogée de son influence. Cette faillite critique d’une partie de la presse traditionnelle aura des conséquences importantes sur les lignes de force du monde de l’information. [Godefridi, 114]

    Le GIEC se targue d’avoir obtenu un consensus des 2500 meilleurs climatologues du monde sur ses thèses[1]. Notons déjà l’idée, pour le moins incongrue, qu’un résultat scientifique relève d’un consensus ; un signe supplémentaire du caractère très politique du GIEC : « Quant aux changements climatiques, les scientifiques doivent abandonner le dogme du consensus et en revenir à des concepts scientifiques. Je ne fais plus confiance aux conclusions du GIEC », déplore Judith Curry, climatologue au Sciences Geophysiques Georgia Institute of Technology [Markó, 249 ; je souligne]. Une défiance partagée par bien d’autres démissionnaires du GIEC, et non des moindres : Richard Lindzen (MIT), Yuri Izrael (ancien vice-président du GIEC), Vincent Grey, John Christy, Ross McKitrick, Tom Segalstad, Robert Watson, Christopher Landsea, etc. [voir déclarations in : Pont, 167-74]. Le soi-disant consensus des scientifiques se lézarde ! John Shade, physicien et ex-météorologue : « L’allégation selon laquelle 97% des climatologues croient en l’origine humaine du réchauffement climatique est mensongère » [Markó, 303]. Et pour cause : « le consensus n’a jamais existé. Il y eut dès le début, comme pour tout sujet scientifique, un débat de fond argumenté. Mais il a rapidement quitté la seule sphère scientifique pour acquérir une dimension politique et surtout morale, qui clive et rejette ceux qui s’inscrivent en faux. » [Arezki, 176]

    Selon William Schlesinger, partisan du GIEC, seuls 20% des membres de l’organisme sont des scientifiques travaillant dans des domaines en lien avec le climat [Arezki, 56], soit 600 personnes au maximum. Moins, selon Claude Allègre, pour qui les conclusions du GIEC « engagent une centaine de personnes au plus, triées sur le volet. Dans le (…) rapport publié en 2007 [AR4], il y avait 34 personnes dans le GI, celui qui est essentiel. » [Allègre, 235] Et combien sont-ils à contester la thèse officielle du réchauffement, ceux qu’on appelle les « climato-sceptiques », comme s’ils étaient frappés d’une maladie honteuse ? On s’en fait une première idée en répertoriant les mouvements de protestations lancés un peu partout.

    • Le Sénat américain a dressé une liste de plus de 700 scientifiques opposés aux thèses du GIEC [Markó, 46].
    • L’Oregon Petition, intitulée « Global Warming Petition Project»[2], a été paraphée jusqu’ici par 31'487 scientifiques, dont plus de 9'029 docteurs (PhD), parmi lesquels Frederick Seitz, ancien Prédisent de l’Académie des sciences des Etats-Unis.
    • Son analogue, la « Pétition de Paris », a été lancée en mai 2015 par l’Association Francophone des Climato Optimistes (AFCO) [Gerondeau, 151].
    • « L’Association des climato-réalistes »[3], comptant près de 1000 sympathisants, la plupart scientifiques, a organisé une Contre-Cop 22, en décembre 2016, à Paris.
    • The Oyster Club, collectif de scientifiques et d’intellectuels européens analysant les dévoiements politiques des sciences physiques, a dénoncé la dérive politique du GIEC dans l’ouvrage intitulé : La Faillite du climatisme.
    • Une « Lettre ouverte » (29 nov. 2012) à Ban Ki-Moon, Secrétaire général des Nations Unies, signée par 125 scientifiques, contestait ses déclarations des 9, 13 et 14 novembre 2012, où il affirmait par exemple que « les conditions climatiques extrêmes sont devenues la norme » et prônait la conclusion d’un « accord juridiquement contraignant d’ici à juin 2015 » pour limiter les émissions de gaz à effet de serre [Markó, 213-30].
    • Il existe une liste de près de 450 scientifiques qui « désapprouvent la thèse de l’origine anthropique du réchauffement climatique » ; chaque nom, suivi du titre et de la fonction du savant, est assorti d’une déclaration vérifiée et référencée [Markó, 231-319].
    • En 2010, une page Internet recensait déjà 800 publications scientifiques en rupture avec le fameux consensus[4].

     

    Mais faut-il continuer à rivaliser de chiffres, sachant par quel procédé le GIEC extorque l’adhésion de centaines d’experts à ses rapports ? Retour sur le rapport SRREN (Special Report on Renewable Energy Sources and Climate Change Mitigation), de 2011, qui engageait 1176 experts [Gerondeau, 44-57, que nous résumons].

    1) Le rapport fait 1544 pages, lisibles seulement par les spécialistes respectifs de chacun de ses volets. Il présente 164 scénarios d’émissions de CO2 d’ici 2100 – leur grande dispersion ne permet de tirer aucune conclusion. Le GIEC ne comptant aucun expert, la moisson des scénarios résulte en fait d’un « appel ouvert » (open call) lancé au monde.

    2) On en fait un résumé technique de 178 pages.

    3) Puis un résumé de 25 pages à l’intention des décideurs, lequel ne retient qu’un seul scénario ! On apprendra qu’il émane de Sven Teske, individu sans doctorat ni master, mais coordinateur international de Greenpeace pour les questions climatiques [Pont, 35].

    4) Enfin, un communiqué de presse de 6 pages met en exergue une phrase, en affirmant que c’est ce que 1176 experts des 194 pays membres du GIEC ont approuvé – n’ont-ils pas tous signé tout ou partie d’un des 164 scénarios ! La phrase en question, outre qu’elle contredit le Rapport de synthèse AR4 (2007) du GIEC lui-même, est mensongère ; sauf que « Pour se rendre compte que le seul scénario qui est volontairement mis en avant et repris par les médias du monde entier est dénué de tout fondement, il faut se replonger dans le Rapport proprement dit, ce que personne ne fait jamais. » [Gerondeau, 52] Voilà comment le GIEC abuse de la collaboration de milliers de savants pour présenter ses thèses comme les conclusions de la communauté des climatologues.

    Le procédé semble méthodique, puisqu’il était déjà utilisé dans le Rapport de synthèse AR3 (2001) pour prédire la fameuse élévation de la température à la fin du XXIe siècle. Le « Résumé à l’intention des décideurs » retenait la prédiction la plus extrême – un accroissement apocalyptique de 5,8 °C – en taisant les 244 autres scénarios moins alarmants ! C’est l’élévation de température que Ban Ki Moon reprenait encore dans ses discours en 2015, pour en appeler à des mesures contraignantes afin de ne pas dépasser 2 °C d’augmentation en 2100. L’orientation de la politique énergétique mondiale fondée sur des escroqueries : « Pour donner l’illusion d’une approche scientifique, le GIEC a dans les deux cas fait établir un nombre ridicule de « scénarios », et n’a retenu pour sa communication que le seul qui répondait à sa vision catastrophiste des choses », conclut Christian Gerondeau [56].

    Lundi 11 décembre 2017, le 19:30 sur notre chaîne romande. L’image de l’ours polaire mourant de faim est précédée de l’annonce, par Darius toujours, d’un « record absolu » qui fait la UNE : « Il n’était pas tombé autant de neige à Sion depuis les mesures de 1971 ». Darius va nous raconter « la longue nuit des 400 passagers du train Brigue-Genève », bloqués à Bex, frigorifiés, réchauffés enfin dans une grande salle : sauvés ! Mais à peine remis de ses émotions, le téléspectateur est renvoyé au tapis par l’ours condamné par le réchauffement du grand Nord ! L’infotension est insoutenable ! Dans le même 19:30, un ours polaire meurt « à cause du réchauffement climatique ». Chez nous, le réseau ferroviaire est paralysé par des chutes de neige exceptionnelles… à cause du réchauffement climatique ? Le froid et des intempéries rythmeront les fêtes de fin d’année ici et sur la côte Est des États-Unis… à cause du réchauffement climatique ?

    Le climat dérègle la raison. Manille, février 2015, le président Hollande déclarait que les tremblements de terre et les tsunamis sont causés par le réchauffement climatique [Prud’homme, 224][5]. Et Nicolas Hulot, à présent Ministre de la Transition écologique et solidaire, en mars de la même année : la « crise climatique (…) fait le lit de toutes les radicalisations et de tous les intégrismes » [Postel-Vinay, 251]. Son acolyte Jean-Marc Jancovici, moins vague : le « printemps arabe » est lié à la « question énergie-climat » et la guerre de Syrie aussi [Jancovici, 53, 56-57]. Tout est rattaché à une même cause : Pangloss est de retour ! Mais où est donc Voltaire ?... Liquidé pour climato-scepticisme !

     

    Notes :

    [1] Oreskes N., « The Scientific Consensus on Climate Science, Science, 3 déc. 2004.

    [2] http://www.petitionproject.org/index.php (consulté le 05.01.2018).

    [3] http://www.skyfall.fr/

    [4] https://www.populartechnology.net/2009/10/peer-reviewed-papers-supporting.html

    [5] Aucun des nombreux journalistes présents n’a relevé cette erreur majeure et rappelé la « tectonique des plaques », notion du cours élémentaire de géographie.

     

    Ouvrages cités (indiquant les sources originales des recherches, impossibles à reprendre dans ce cadre) :

    Allègre C., L’imposture climatique, Plon, Pocket, Paris, 2010.

    Arezki H., Climat, mensonges et propagande, Thierry Souccar, 2010.

    Bruckner P., Le fanatisme de l’Apocalypse. Sauver la Terre, punir l’Homme, Grasset, Paris, 2011.

    Crockford S., Polar Bears : Outstanding Survivors of Climate Change, Paperback, 2016.

    Dubuis E., Sale temps pour le GIEC, Favre, Lausanne, 2010.

    Gerondeau Ch., Climat : j’accuse, éditions du Toucan, Paris, 2015.

    Godefredi D., Le GIEC est mort, vive la science !, Texquis, Bruxelles, 2010.

    Jancovici J.-M., Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie, Odile Jacob, 2015 (éd. citée 2017).

    Larminat Ph. de, Changement climatique. Identification et projections, ISTE Editions, 2014.

    Markó I.E. (dir.), Climat : 15 vérités qui dérangent, Texquis, Bruxelles, 2014.

    Pont J.-C., Le vrai, le faux et l’incertain dans les thèses du réchauffement climatique, Calligraphy, Sierre, 2017.

    Postel-Vinay O., La Comédie du climat, JCLattès, 2015.

    Prud’homme R., L’idéologie du réchauffement climatique. Science molle et doctrine dure, L’Artilleur, Paris, 2015.

    The Oyster club, La Faillite du climatisme, Les Belles Lettres, Paris, 2015.

     

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  • Darius et l'ours polaire 2

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    Par Claude Duverney

     II. Les thèses du GIEC réfutées

    (…) l’édifice sur lequel repose la théorie carbocentriste d’une prochaine catastrophe climatique d’origine humaine est si fissuré que ses failles apparaissent béantes quel que soit l’angle sous lequel on le regarde. [Benoît Rittaud, in : Pont, 11]

    Allocution à la conférence de Lindau-Nobel, le 17 décembre 2012 : Ivar Giaever, Nobel de physique, démonte les thèses du GIEC[1]. Les voies critiques peinent pourtant à se faire entendre. Dans un article intitulé « Climate of fear » (Wall Street Journal, 7 avril 2007), Richard Lindzen, climatologue émérite du MIT, s’insurgeait contre la liquidation dont sont victimes les opposants aux thèses du GIEC : crédits coupés et impossibilité d’accéder aux revues spécialisées. John Rennie, directeur de Scientific American, ne cache pas sa volonté de censure : « Les climato-sceptiques sont des négationnistes et leur donner ne serait-ce qu’un paragraphe dans un article en contenant dix serait exagérer leur importance » [Arezki, 177] ; de même Phil Jones, directeur du CRU : « Je ne peux pas concevoir qu’aucun de ces articles soit dans le prochain rapport du GIEC. Kevin [Trenberth] et moi allons trouver le moyen de les en écarter – même s’il nous faut redéfinir ce qu’est la littérature évaluée par les pairs ! » [Postel-Vinay, 260 ; je souligne] Pour sortir de la vulgate réchauffiste, il faut bouder les revues dédiées et les médias que le GIEC fascine par « la promesse d’un sensationnalisme toujours renouvelé et jamais vulgaire, parce que scientifique » [Godefridi, 86]. C’est sur la Toile et chez les éditeurs francs-tireurs que les voix critiques se font entendre. On y apprend que des études ont réfuté une à une les thèses du GIEC.

    1) L’élévation de 0,74 °C de la température moyenne globale du XXe siècle est controversée : « Il n’y a pas de preuve convaincante que le climat global se réchauffe actuellement », écrit Fred Singer, professeur de physique de l’atmosphère à l’université de Virginie [Pont, 172]. Serait-elle certaine, qu’elle n’aurait rien d’atypique : Á l’Optimum médiéval (où les Vikings pratiquaient l’agriculture sur la « Terre verte » du Groenland), ainsi que dans les années 1920-40, les températures étaient supérieures à celle de la fin du XXe siècle [Arezki, 80 ; Pont, 83-86 ; Postel-Vinay, 105]. Entre 1997 et 2014, la température moyenne globale n’a pas augmenté, alors que les rejets de CO2 ont atteint des records : 1/3 de l’augmentation depuis le début de la révolution industrielle [Markó, chap. 7 ; Arezki, 259 ; Prud’homme, 123-24]. Le GIEC AR4 prévoyait pourtant une élévation de température de 0,15 °C à 0,30 °C par décennie de 1990 à 2005. Embarras de Kevin Trenberth, auteur principal des GIEC AR2-4 : « Le fait est que nous ne pouvons expliquer l’absence actuelle de réchauffement, ce qui est grotesque » [Arezki, 259] ; de Phil Jones, contributeur du GIEC AR3 et auteur principal du GIEC AR4 : « La communauté scientifique me tomberait dessus à bras raccourcis si je disais que le monde s’est refroidi depuis 1998 » ; de Michael Mann, auteur de la fameuse courbe du GIEC AR3 : « Les températures de surface n’ont pas augmenté entre 1998 et 2008 » [Postel-Vinay, 166-72].

    Quelle valeur accorder à l’élévation de 0,74 °C qui fonde toute la théorie du réchauffement ? Elle ne tient pas compte de l’effet des îlots de chaleurs urbains, du fait qu’aux USA – où elles sont le plus nombreuses – 2/3 des stations météo surestiment les températures jusqu’à 2 °C, du problème du « maillage » de la surface du globe (les océans en occupent 71 %) pour obtenir une température globale, de l’élimination des stations septentrionales ou aux valeurs trop basses, des corrections des valeurs vers le haut aux USA et en Australie [Arezki, 95-106 ; Prud’homme, 110, 152]. Que penser aussi de la précision des relevés d’il y a 100 ans, de la signification d’une élévation de quelques dixièmes de degré sur un siècle en regard des – 40 °C de l’Antarctique et des + 30 °C des régions équatoriales, du sens d’une « température moyenne globale » [Pont, 75 ; Prud’homme, 112 ; Postel-Vinay, 165, 173-77] ? Commentaire de Richard Lindzen : « Cette situation peut faire penser à une malhonnêteté évidente, mais il est tout à fait possible que beaucoup de scientifiques imaginent, dans le contexte scientifique actuel, que le rôle de la science est de confirmer le paradigme de l’effet de serre pour le changement climatique » [Arezki, 102].

    2) Le lien causal CO2 anthropique Þ réchauffement n’a jamais été établi : « Rien ne montre un réchauffement exceptionnel du globe et encore moins une éventuelle origine humaine », notait Vincent R. Gray, relecteur auprès du GIEC AR4 [Markó, 262]. Chose inouïe, le GIEC AR2 (1995) l’admettait d’abord : « Aucune des études précédemment citées n’a montré une preuve claire que nous pouvons attribuer les changements climatiques observés à l’augmentation des gaz à effet de serre » ; « Aucune étude n’a formellement attribué tout ou partie des changements climatiques observés à cette date à des causes anthropiques ». Mais la fin du chapitre contenant ces propos a été supprimée par Benjamin D. Santer, auteur principal, après l’adoption finale du rapport – il l’a reconnu en 2009 [Arezki, 62]. Entre 1850 et 2000, les températures ont alterné baisses et hausses, alors que la concentration de CO2 augmentait sans cesse : comment une même cause produirait-elle des effets contraires ? [Prud’homme, 118] Le soleil est un candidat sérieux pour expliquer les changements du climat : outre les variations d’irradiance, le vent solaire se combine au rayonnement cosmique pour contrôler la nébulosité – l’expérience « CLOUD » menée au CERN de Genève (2006-2010) l’a établi [Pont, 68].

    3) L’augmentation du CO2 est la conséquence et non la cause de celle de la température : elle lui fait suite avec un certain décalage. [Markó, 156 ; Arezki, 252 ; Pont, 72]. Des doutes sur la causalité du CO2 prévalaient dans les GIEC AR1 et AR2. Ils ont disparu soudain dans le GIEC AR3 (2001), qui citait six fois une courbe de Michael Mann traçant l’évolution des températures du dernier millénaire [Postel-Vinay, 113]. Sa forme de « crosse de hockey » gommait le petit âge glaciaire et, avant lui, l’Optimum médiéval : « Il nous faut nous débarrasser du petit optimum médiéval », s’écrivait-on [Prud’homme, 126 ; Postel-Vinay, 118]. Du coup, le réchauffement de la fin du XXe siècle devenait exponentiel, et la corrélation avec la courbe de l’augmentation du CO2 anthropique si criante qu’un lien causal CO2 Þ réchauffement sautait aux yeux. Mais Stephen McIntyre et Ross McKitrick ont mis au jour des biais et des trucages dans la courbe de Mann [Arezki, 77-84 ; Pont, 92-95]. Qui se souvient d’ailleurs que lorsque nos émissions de CO2 explosaient, les météorologues alertaient la planète (sommet international de 1978) sur un grave REFROIDISSEMENT climatique (Global cooling) : 1/2 degré entre 1945 et 1968 [Pont, 27 ; Prud’homme, 55] ?

    4) Les ours polaires ne sont pas en voie d’extinction. De 5'000 individus en 1970, leur population est passée à 20-25'000 [Markó, 35, 37-39 ; Crockford, op. cit.]. L’ours blanc a survécu à l’Optimum médiéval, au romain, au minoen, à l’holocène et à l’Éémien – dont les températures arctiques étaient supérieures de 5-6 °C à celles d’aujourd’hui [Arezki, 193].

    5) La banquise arctique – censée fondre en 2008, puis en 2012, puis en 2013, enfin en 2015-16 – n’a pas disparu. Après un recul maximal en 2007, elle a retrouvé son niveau moyen de 1980-2010 [Arezki, 121]. La superficie de la banquise antarctique augmente depuis 1979 [Arezki, 119 ; Markó, 136-41 ; Pont, 110] et la tendance de la température y est à la baisse depuis 1966 [Arezki, 113-17]. Quant aux « glaciers himalayens, et ceux du reste du monde, [ils] ont avancé et reculé sans aucun lien avec un réchauffement climatique ou un refroidissement climatique », affirme Vijaikumar Raina, ex-Directeur Division Glaciologie du Geological survey of India [Markó, 297 ; je souligne] – le GIEC AR4 annonçait pourtant leur probable disparition en 2035… en reprenant les chiffres bricolés d’un rapport du WWF [Arezki, 212-13].

    6) Les modèles climatiques du GIEC, dont « la fiabilité est estimée à moins de 2% » [The Oyster club, 20 ; Prud’homme, 165 ; Pont, 54-57], ne rendent compte ni des observations passées ni des données actuelles [Prud’homme, 255] : « Les erreurs des modèles sont un problème sérieux. Nous avons un long chemin à faire pour les corriger », reconnaît Tim Stockdale, membre du GIEC [Markó, 308 ; je souligne ; voir Larminat, op. cit.]. Le caractère chaotique de l’atmosphère (effet papillon) devrait appeler la plus grande prudence dans les prévisions à plus ou moins long terme (Pont, 60-61).

    7) Nombre de glaciers des Alpes reculent depuis 1860, temps où on ne pouvait incriminer le CO2. Durant les « trente glorieuses » (1950-80), lorsque les émissions de CO2 montaient en flèche, 75% des glaciers suisses et autrichiens ont avancé : chute de 1 °C des températures estivales et augmentation de 3-4% des précipitations [Pont, 109]. Á l’Optimum médiéval, des cols alpins aujourd’hui couverts de glace servaient de voies de passage. Le bilan de masse d’un glacier est le différentiel entre alimentation (précipitations neigeuses) et ablation (fusion et sublimation). Jean-Claude Pont de proposer cette expérience de pensée : « Admettons que la ‘température moyenne’ du globe (…) demeure constante sur, disons, cinq ans. Admettons que, dans le même intervalle de temps, les précipitations cessent complétement sur les glaciers. Qu’adviendrait-il ? Il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour deviner la réponse : les glaciers disparaîtraient. » [Pont, 108]

    8) L’évolution actuelle du climat n’est pas sans précédent. Élévation du niveau des mers, fréquence et violence des tornades, des cyclones, des tempêtes et des inondations : notre époque n’est pas atypique, même relativement calme [Arezki, 131-56 ; Postel-Vinay, 83-98]. Christian Pfister, spécialiste mondial de l’histoire du climat : « Le siècle passé [XXe] est atypique de par le fait que l’on y rencontre, en Europe occidentale et centrale, peu d’événements climatiques extrêmes par rapport aux autres » [Arezki, 147] – chose que le GIEC admettait lui-même dans un rapport spécial [IPCC 2012, 119-20].

    N’allongeons pas la liste, mais renvoyons au documentaire de la BBC : « The Great Global Warning Swindle » (« La grande arnaque du réchauffement climatique » [YouTube[2]]. Une critique des thèses du GIEC par des scientifiques de premier plan : Richard Lindzen, climatologue au MIT, Paul Reiter, autorité mondiale en matière de maladies véhiculées par les insectes, Syun-Ichi Akasofu, directeur du centre de recherche arctique de l’Alaska, John Christy, auteur principal du GIEC, etc. Tout l’opposé du film catastrophe d’Al Gore : « Une vérité qui dérange », comportant plus de 18 erreurs, dont 9 ont été reconnues par un juge britannique en 2007 [Postel-Vinay, 22-26]. Le juge a demandé qu’on signale le caractère « partisan » du film et ses approximations, avant sa projection dans les écoles.

    Août 2010, le Conseil inter-académique (IAC), formé des 15 principales académies des sciences du monde, rendait une évaluation du fonctionnement du GIEC mettant gravement en cause son expertise et le processus d’élaboration de ses Rapports [Arezki, 217]. Au lieu de s’en faire l’écho, les médias continuent à trouver chaque tempête atypique et à y voir la « preuve du réchauffement climatique ». Psittacisme commode, qui dispense de penser… Aux moyens de redonner le goût de la science et de relancer la lutte contre la pollution, quand le mythe réchauffiste s’effondrera : « L’écologie du désastre est d’abord un désastre pour l’écologie » [Bruckner, 273]. D’ici là, à ces 4'300'000 morts par an comptabilisés par l’OMS, parmi les quelque 3 milliards d’individus abandonnés à la pauvreté par une « transition énergétique » au-dessus de leurs moyens [Gerondeau, 8].

     

    Notes :

    [1] https://www.youtube.com/watch?v=Dk60CUkf3Kw

    [2] https://www.youtube.com/watch?v=pVwMWOMpHZg

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  • Darius et l'ours polaire 1

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    Aujourd’hui, et jusqu’à jeudi, Blogres ouvre ses pages à Claude Duverney.

    Claude Duverney est docteur en philosophie et spécialiste d’histoire et de philosophie des sciences. Des lectures d’ouvrages critiques révèlent à ce partisan initial de la thèse du réchauffement climatique : une escroquerie scientifique, une intoxication idéologique, la cécité ou la complicité des médias, un danger pour la démocratie, des options énergétiques aux graves conséquences économiques et humanitaires, une perte de crédit pour la science et l’écologie raisonnable.

    Blogres précise que toutes les informations contenues dans les trois articles qui vont suivre sont à la portée de tout citoyen qui veut bien faire l'effort de lire et de vérifier par lui-même ce que les médias, parfois, nous invitent à croire comme paroles d’Evangiles. Tout citoyen peut et doit s’informer: les trois textes suivants veulent y inciter. Libre ensuite à chacun de se faire sa propre idée et ses propres conclusions. Blogres, dans ce cas, ne veut pas se faire partisan mais tribune de débat.

     I. L’idéologie réchauffiste[1]

    Le vrai débat n’est pas celui du changement climatique, mais celui de la liberté et des menaces qui pèsent sur elle. Les intentions des activistes du changement climatique donnent le frisson. Ils veulent nous changer, changer l’humanité entière, changer nos comportements, la structure et le fonctionnement de notre société, le système de valeurs que nous avons progressivement établi depuis des siècles. Ils veulent nous imposer une idéologie de l’environnement faisant fi de la science, profondément antilibérale, extrêmement autoritaire, et mettant en danger la liberté et la prospérité. [Vaclav Klaus, ancien président de la République tchèque, in : Pont, 193]

    Lundi 11 décembre 2017, le 19:30 sur notre chaîne romande. Darius Rochebin commente les images d’un vieil ours polaire fouillant une poubelle – tournées par un reporter de Sea Legacy (ONG de défense des océans) qui veut sonner l’alarme du réchauffement climatique : « l’ours qui meurt de faim sur l’île de Baffin devient un symbole de la menace qui pèse sur les ours polaires en raison du recul de la banquise ». On s’émeut dans les chaumières, « la TSR crée l’événement » : mission de service public accomplie. On aurait toutefois apprécié que Darius nous renseigne davantage sur le plantigrade : « d’un mot, M. le reporter, qu’avez-vous ressenti en voyant cet ours à l’agonie ? »

    Le Monde fait son travail de journalisme et s’informe avant d’informer. Il interroge Jeff W. Higdon, biologiste de la faune travaillant dans l’Arctique canadien depuis plus de dix ans : « Cet ours meurt de faim, mais à mon avis, ce n’est pas parce que la banquise a soudainement disparu et qu’il ne peut plus chasser le phoque. D’autant que la côte est de Baffin est libre de glace en été. Il est beaucoup plus probable qu’il soit affamé en raison de problèmes de santé, potentiellement un cancer des os ». Le journal d’ajouter : « Une prudence que partage Steven Amstrup, le scientifique en chef de Polar Bear International (PBI), une ONG engagée dans la conservation des ours polaires, établie aux Etats-Unis et au Canada »[2].

    Un autre journaliste a poussé plus loin l’investigation : Etienne Dubuis, du Temps[3], qui signe Sale temps pour le GIEC. Histoire et déboires de l’organisme onusien voué à l’étude du réchauffement climatique. Créé en 1988 sous l’égide de l’ONU, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, ou GIEC (IPCC en anglais), est un Bureau de 31 diplomates désignés par les gouvernements des 194 pays membres de l’Organisation Météorologique Mondiale et du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (il est doublé d’un comité exécutif de 19 administratifs, depuis 2011) : « la structure centrale qui gère le GIEC (IPCC), son Bureau, est composée en quasi-totalité de personnes qui ne sont en rien des experts du climat et n’y connaissent rien. » [Gerondeau, 43 ; je souligne] C’est pourquoi « le GIEC doit avoir recours à des centaines ou des milliers d’experts extérieurs, qui sont (…) choisis et mandatés par son Bureau » [Gerondeau, 44]. Il les engage en trois Groupes (GI, GII, GIII) : « Le Groupe de travail I se charge des éléments scientifiques de l’évolution du climat, le Groupe de travail II (…) des conséquences, de l’adaptation et de la vulnérabilité, et le Groupe de travail III (…) de l’atténuation du changement climatique. »[4].

    La structure du GIEC cristallise un dogme. Que ferait le GII si le GI concluait à des effets positifs (relevés lors des Optimums de température au cours de l’histoire) ? Et si les effets se révélaient négatifs mais imputables à des éléments naturels (l’activité solaire est un candidat sérieux), sur quoi plancherait le GIII ? La création en bloc des trois Groupes du GIEC trahit un a priori : des effets négatifs dus au CO2 anthropique sont présupposés au départ. La thèse est entendue, le GIEC a pour vocation de l’étayer [Arezki, 54 ; Prud’homme, 81]. On pourrait y voir un postulat si la question demeurait ouverte ; mais il s’agit d’une vérité infaillible qui a verrouillé le débat [Markó, 16-17 ; Pont, 174]. 1re preuve : les expertises des modèles climatiques du GIEC concluent que ses programmes sont paramétrés pour imputer les variations climatiques au CO2 anthropique [Markó, chap. 9 ; Larminat, chap. 7-11 ; Pont, 58]. 2e preuve : on est passé en 14 ans, sans justification scientifique – donc par un « coup politique » –, de l’annonce d’un refroidissement dramatique (années 1970) au spectre du réchauffement de la planète (années 1980) [Pont, 30 ; Prud’homme, 61]. 3e preuve : l’adaptation des données utilisées, comme le reconnaît Eduardo Zorita, auteur contributeur du GIEC AR4 : « Les chercheurs en sciences du climat sont souvent tentés de modifier leurs données pour être en phase avec la vision politiquement correcte sur les changements climatiques. » [Markó, 319 ; je souligne]. Le GIEC obéit à une idéologie politique – ses traits recoupent ceux que Hannah Arendt reconnaît aux grandes idéologies [Prud’homme, 20-27]. Deux indicateurs internes :

    1) L’article 11 des Principes gouvernant le GIEC stipule que l’Assemblée plénière, composée de représentants des États membres, a le dernier mot : « L’« approbation » d’un résumé à l’intention des décideurs signifie que ce dernier a été examiné ligne par ligne et approuvé par les pays membres du GIEC participants (…) »[5]. Des volumineux Rapports d’évaluation (Assessment Report : AR), établis tous les lustres par les Groupes de travail, l’Assemblée tire un Résumé à l’intention des décideurs. Elle a donc le dernier mot… mais le premier aussi ! John Christy, auteur contributeur du GIEC AR2, de dénoncer la dérive doctrinaire : « Le GIEC sélectionne les auteurs principaux parmi ceux nommés par les gouvernements. Au fil du temps, beaucoup de gouvernements n’ont nommé que des auteurs alignés sur leur politique » [Arezki, 58-59], même des militants du WWF, parfois sans master dans leur discipline [Prud’homme, 88-89]. L’Assemblée plénière décide donc à la virgule près du résumé des travaux… menés par des chercheurs que son propre Bureau a choisis et mandatés [Prud’homme, 254] !

    2) Les documents approuvés revêtent la forme d’une démonstration tirant des conclusions politiques de prémisses scientifiques. A partir des facteurs climatiques (GI), ils déduisent les effets négatifs (GII) et les mesures à adopter (GIII) : ce qui doit être (fait) devient la conséquence rigoureuse de ce qui est (observé). Alors que de l’être au devoir-être, la continuité est nulle, l’hétérogénéité totale, la médiation du débat citoyen indispensable : « L’erreur est de l’avoir oublié ; l’imposture idéologique, de le nier, en présentant les rapports du GIEC comme des blocs homogènes de scientificité » [Godefridi, 110]. Le politique s’empare du scientifique, en récupérant sa caution, et il introduit une confusion des deux sphères : « Le GIEC est passé d’une institution scientifique à une institution politique qui prétend être scientifique. Le problème le plus important est le choix des auteurs et des membres du bureau, qui n’est pas basé sur la qualité académique, mais sur la couleur politique » (Richard Tol, auteur principal du GIEC AR4) [Markó, 311].

    Témoins de cette politisation de la science, les mots d’ordre donnés par des figures de proue du GIEC. Ainsi Stephen H. Schneider : « nous avons besoin de soutiens importants, de captiver l’imagination du public. Cela implique bien sûr une vaste couverture médiatique. Nous devons donc proposer des scénarios effrayants, faire des déclarations simples et dramatiques, et omettre le moindre doute que nous pourrions avoir. » [Arezki, 182 ; je souligne] De là les scénarios catastrophes des Résumés à l’intention des décideurs des Rapports de synthèse AR4 (2007) et AR5 (2014). Des projections apocalyptiques qui ont provoqué l’ire du père des Verts allemands, F. Vahrenholt, lequel a réagi avec l’ouvrage : Die kalte Sonne : Warum die Klimakatastrophe nicht stattfindet. La tournure politique du climatisme a été ouvertement revendiquée par Ottmar Edenhofer, président du GIII, dans une déclaration sur « NZZ Online », avant le sommet de Cancún de 2010 : « Le Sommet qui va s’ouvrir à Cancún n’est pas une conférence sur le climat, mais l’une des plus grandes conférences économiques depuis la deuxième guerre mondiale. Il faut dire clairement que nous redistribuons en fait la richesse du monde par la voie de la politique climatique. Il faut se séparer de l’illusion que la politique internationale du climat est une politique environnementale. Elle n’a désormais pratiquement plus rien à voir avec la politique de l’environnement… » [Gérondeau, 69 ; je souligne]. James Hansen, ténor du GIEC, prône une gouvernance mondiale autoritaire face à l’incapacité des démocraties à régler le problème du CO2, en traitant les climato-sceptiques d’opposants politiques [Arezki, 237-39]. Sauver le monde justifie et exige tous les moyens : c’est la logique de l’Inquisition [Prud’homme, 220].

    Pour Freeman Dyson, l’un des plus grands physiciens de la fin du XXe siècle, la thèse du réchauffement climatique est devenue une puissante religion : « L’environnementalisme a remplacé le socialisme comme principale religion séculière » [Postel-Vinay, 222]. Rajendra Pachauri, président du GIEC, ne déclarait-il pas, lors de sa démission en 2015 : « Pour moi, la protection de la planète, la survie de toutes les espèces, et la durabilité de nos écosystèmes étaient plus qu’une mission. C’est ma religion et mon dharma » [Gerondeau, 67 ; Prud’homme, 92 ; je souligne] ? Une religion avec son comité de salut public, où l’on trouve Al Gore qui, en 2008, commandait lors d’une conférence : « Vous avez le devoir de réduire au silence ceux qui s’opposent aux avis du GIEC » [Markó, 53 ; je souligne] ; mais aussi Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du GIEC, traitant ceux qui critiquent l’organisme de « négationnistes qui mènent un combat d’arrière-garde » ou de « personnes sans aucune éthique et qui ont décidé d’alimenter le doute » [Godefridi, 78 et Markó, 26 note ; je souligne] ; James Hansen encore, qui osait ce parallèle ignoble avec l’Holocauste : « Ces trains transportant du charbon seront des trains de la mort – pas moins horribles que s’il s’agissait de wagons de marchandises se dirigeant vers les fours crématoires, chargés d’un nombre incalculable d’espèces irremplaçables » [Arezki, 176]. Les traces de machinations d’éminences rouges du GIEC ont été divulguées en 2009 : le Climategate désigne 1073 courriels et des milliers de fichiers de codes de programmation recouvrant les activités de la Climate Research Unit (CRU) de l’université d’East Anglia, entre 1996 et 2009. Mention spéciale pour ce courriel que Phil Jones, directeur du CRU, adresse le 16 novembre 1999 à Michael Mann, parlant d’un « trick » [astuce] propre à « cacher le déclin », en l’espèce la baisse de croissance des arbres qui n’était plus corrélée à la montée des températures des années 1960-80 [Arezki, 172-74, 202-211 ; Postel-Vinay, 128, 140 sq ; je souligne]. « Le ‘Climategate’ a mis en évidence la pression exercée par des membres du GIEC sur les éditeurs, mais aussi la rétention de données. Cela mène à de graves problèmes de fiabilité scientifique », juge Kellow Aynsley, professeur à l’Université de Tasmanie [Markó, 272].

    « Pourquoi une organisation aussi manifestement viciée dans sa nature que le GIEC est-elle aussi ‘durable’ ? » [Markó, 41] « La propagande réchauffiste a (…) l’avantage d’être relayée, et souvent même amplifiée, par l’appareil d’État de nombreux pays, comme la France, et par les milliers de courroies de transmission que constituent les ONGs, les médias, et maintenant les églises, dans tous ces pays », répond Rémy Prud’homme [221].

     

    Notes :

    [1] « Réchauffisme » est « un mot-valise, qui contracte réchauffement et alarmisme » [Prud’homme, 12].

    [2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/12/13/l-ours-polaire-famelique-est-il-vraiment-victime-du-rechauffement-climatique_5229296_3244.html

    [3] C’est le seul quotidien romand qui s’est attaqué au GIEC par la voix d’Olivier Dessibourg et d’Etienne Dubuis, en 2010.

    [4] http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml Á propos du GIEC, « Comment le GIEC est-il organisé ».

    [5] http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml, Á propos du GIEC, « Comment le GIEC approuve-t-il les rapports ? ».

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  • Les Carnets de CoraH (Épisode 16)

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    Épisode 16 : Prenez le temps de regarder, d’aimer, de lire !

    GEorgia O'KeeffeQue demander en plus de ce désir d’apprendre et de relier les sens, si ce n’est le mouvement salutaire de la pleine conscience ? C’est pourquoi je m’oxygène sur la plage de galets les week-ends et la semaine je fends l’air, chronomètre en main, jusqu’à mon École. 23 minutes de parcours au quotidien dans la ville de Genève au cœur du trafic et des parcs arborés. Le regard se porte d’abord sur les dalles de béton aux nombreux chewing-gums écrasés, puis décolle vers les plaques numéralogiques, les piétons surpris, les fontaines d’eau, les sapins de Noël entassés aux pieds des immeubles, les manchettes des journaux, les affiches de spectacles. Hypnotisé. La lune est mon point fixe, elle m’accompagne dans l’aube qui s’éclaircit.


    Georgia O'KeeffeAu dernier kilomètre, j’entre dans le quartier des Charmilles au sud des Franchises en pleine mutation. Les chantiers mitent le territoire. Les édifices sortent de terre comme une tour entre deux maisons liliputiennes. On sent la présence des résidents même si certains dorment encore. Ici, un couple discute tous les matins sur le balcon, qu’ont-ils à se dire dans le froid ? Sont-ils invités ou squattent-ils cet espace bétonné ? On dirait qu’ils s’inventent une vie à contre-sens. J’entends leur rire ou leur désespoir.


    Sur le chemin de l’école, il existe encore des sortilèges, on y voit des revenants parfois. Un comédien au bout de sa nuit blanche portant une chaise sur l’épaule m’a souhaité l’année heureuse. Un enfant blond aux yeux clairs poussant une petite valise à roulettes fait la course avec moi. Il apparaît de nulle part et disparaît aussi vite. Pourquoi n’est-il pas accompagné ? Une potière bazarde deux fois l’an le surplus de sa production. Elle dépose avec le plus grand soin ses œuvres inabouties dans de larges boîtes en carton. Intriguée, j’invite dans ma vie un bougeoir en terre cuite, comme un soleil au visage du Mexique.


    Georgia O'KeeffeDans la salle des maîtres de mon École, je troque mes baskets contre des chaussures de ville. Ici s’arrête mon voyage. Légèrement.

    Un jour je partirai pour New York, Abiquiu dans le désert du Nouveau Mexique et au bord du lac George sur les pas de Georgia O’Keefe.


    Georgia O’Keeffe, City Night.

    Georgia O’Keeffe, The Shelton with Sunspots.

    Georgia O’Keeffe, New York City.

  • La fuite du Docteur Mengele (Olivier Guez)

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown.jpegPetite ou grande déception ? Je me suis précipité, comme tant d'autres, sur le dernier roman d'Olivier Guez, La Disparition de Josef Mengele*, célébré par une presse unanime et auréolé du Prix Renaudot. Et j'ai été pris, comme les autres, par cette histoire de fuite éperdue d'un criminel de guerre nazi — qu'on appelait l'ange de la mort — qui officia comme médecin dans le camp d'extermination d'Auschwitz. 

    S'appuyant sur une documentation impressionnante (5 pages de bibliographie!), Guez reconstitue fidèlement le parcours de cet homme, nazi de la première heure, qui n'a jamais exprimé le moindre doute, ni le moindre remords sur ses agissements monstrueux pendant la Seconde Guerre Mondiale. images.jpegOn le sait: Mengele se livrait à des expériences pour le moins délirantes sur des prisonniers d'Auschwitz (greffes, transfusions, amputations, etc.), en particulier les jumeaux et les handicapés. Tout cela est parfaitement rendu dans le roman d'Olivier Guez (même si l'information n'est pas de première main : il existe déjà des dizaines de biographies du Docteur maudit).

    Non. La déception, petite ou grande, vient plutôt du traitement assez plat de cette vie d'éternel fugitif (Mengele n'a jamais été arrêté). Le style, volontairement dépouillé, demeure descriptif et neutre. Les personnages, extrêmement nombreux, ont de la peine à s'incarner et manquent d'épaisseur. Quant au docteur lui-même, on aimerait en savoir plus sur ses motivations, sa folie intérieure. Et cela, malgré le récit un peu scolaire d'Olivier Guez, nous laisse sur notre faim.

    * Olivier Guez, La Disparition de Josef Mengele, roman, Grasset, 2017.

    Lien permanent Catégories : lettres françaises 1 commentaire
  • Les Carnets de CoraH (Épisode 15)

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    Épisode 15 : Prenez le temps de regarder...


    georgia o'keeffeTous les jours je cours sur la plage de galets de Ripaille. Un entraînement de pleine conscience qui dure 45 minutes et me connecte au monde sans écouteurs, ni musique. Depuis que l’hiver s’est installé, les arbustes qui bordent la plage ont perdu leur volume, la piste est plus dégagée qu’en été même si l’élan est parfois coupé par une ronce litigieuse. L’exercice est devenu plus compliqué suite aux intempéries. Les eaux du lac sont montées. Les rives ont été rognées par un magma de terre et de bois charriés par les courants de la Dranse. Les pieds glissent sur le terrain, sautent par dessus les bois morts, évitent en équilibriste les flottins qui traînent l’œil malin et le cou tordu. Des milliers de cailloux sous mes baskets exigent naturellement une attention aiguë. Je les vois défiler, sans arrêter la pellicule. Avec le temps l’œil s’exerce. Les georgia o'keeffevagues impétueuses avivent les couleurs, magnifient leur éclat. Le parcours est hypnotique.

    La méditation m’aide à connecter l’esprit aux cinq sens. Elle me guide dans une lecture du monde qui ne passerait pas uniquement par l’entendement ou les mots. J’entends la houle avant de comprendre ma colère. Je traverse le froid et l’humidité avant le désir de protection. J’écoute le chant des oiseaux, observe leur forme dans le ciel sans les reconnaître, sauf le corbeau. Je lis les plages de Ripaille comme l’ingénu de Voltaire. Les galets sont autant d’offrandes que je tente après coup de déchiffrer.


    georgia o'keeffeQuand la colère, la solitude, le doute me prennent, je laisse le galet sortir de la masse et venir à moi. Regardez cette pierre striée de blanc comme enrobée d’un filet de complications, c’est la pierre de la discorde. Elle ressemble à s’y méprendre aux momies, si ce n’est sa forme plus arrondie comme une pelote. Observez celle dont l’érosion va bientôt effacer toute trace de vanité, c’est celle des liens superficiels qui n’ont pas grand-chose à dévoiler. Examinez celle dont la symétrie est parfaite, c’est celle de la fascination qui interroge nos origines. Et puis il y a toutes celles qui laissent perplexe car elles ressemblent à d’autres éléments, naturels ou artificiels, comme sur une grande scène de théâtre. J’y vois des os pelviens, des coquillages et des spirales d’escargots. Ce sont ces galets-là qui cachent des effets spéciaux plus difficiles à lire que j’essaye de décrypter.

    georgia o'keeffeAu retour de mes courses, je pose les galets sur le piano. Les spectateurs sont nombreux. Il y a foule.

    Illustrations 

    Georgia O'KEEFFE, Sunset on Long Island.

    Georgia O'KEEFFE, Lake George.

    Georgia O'KEEFFE, Pink Shell with Seaweeds.

    Georgia O'KEEFFE tenant dans la main sa pierre préférée.

  • Les Carnets de CoraH (Épisode 14)

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    Épisode 14 : du réel à l’idée, de la fleur à l’abstraction.

    Georgia O'KeeffeSi Noël est une période faste pour la lecture, celle de fin d’année favorise une rétrospective de ces 14 rendez-vous hebdomadaires qui ont débuté le 1er octobre dernier. Qui aurait imaginé que ces Carnets tiennent le cap des trois mois ? Les Blogres, peut-être, qui m’ont accueillie dans cet espace virtuel les bras ouverts ? Ou Georgette et Émilie, mes première lectrices ? Grâce aux ailes qui me poussent, je vous ai sans retour ouvert la porte de mon imaginaire.

    Je me souviens du concept de départ, partager mes lectures, en explorer le ressenti plus que l’analyse comme s’il s’agissait d’une écoute attentive d’un message devenu inaudible dans la masse du monde.


    Georgia O'KeeffeJe me souviens aussi que tout a commencé avec cette question : que reste-t-il de nos lectures ? J’ai voulu montrer le hapax que fut la grâce performative du manuscrit de Georgette’s Gardens, où j’ai noté, dans les marges, des fleurs particulières telles ces morning glories (gloires du matin) ou ces nasturtiums (capucines). Les mots se sont dilatés et ont augmenté l’expérience commune d’une couleur safranée ou bleutée, d’une texture sensorielle inouïe et d’une intention folle de liberté. Regardez comme elles débordent de la jardinière en terre cuite et s’enroulent autour du pin parasol ! Les mots-fleurs symbolisent nos désirs. Ils sont à la fois particuliers et universels.

    La poésie des Jardins m’a ouvert l’univers des peintres, en particulier celui de Georgia O’Keeffe qui accompagne mes textes depuis le 3e épisode. Ici, l’artiste américaine a peint une série d’arisèmes (Jack-in-the-pulpit ou petit prêcheur au Québec car cette plante ressemble à un prédicateur drapé dans sa chaire de vérité). Cette série de représentations aux formes simplifiées tend à la ligne pure, à l’abstraction. De la plante captée par l’œil du peintre (capturée ?), à la figuration sur la toile, Georgia O’Keeffe a réussi le pari fou de se rapprocher le plus possible de l’abstraction. Au bout de la lignée, l’anthère, cette partie de l’étamine sur laquelle porte toute l’attention, est à la fois magnifiée et lumineuse. À la fois reconnaissable et substituable.

    Georgia O'KeeffeLa lecture est une rencontre de plusieurs sensibilités artistiques qui entrent en vibration. Dans ce magma confus du réel et de l’imaginaire, ont surgi malgré moi, deux créatures étranges (le souvenir du viol du corbeau et le rêve du gypaète), deux oiseaux aux messages distincts, l’un menaçant, condamné aux travaux forcés dans l’île aux supplices, l’autre de bonne augure comme une figure tutélaire, un casseur d’os ou un suceur de substantifique moëlle.

    Voilà où j’en suis aujourd’hui, un gypaète sur l'épaule et des fleurs de poètes plein les oreilles. Les sens ouverts avant que l’idée ne surgisse. J’observe le chemin parcouru et je m’étonne. Lire pour arriver ici. Maintenant.

    Je me souviens aussi d’avoir été censurée.

  • Les Carnets de CoraH (Épisode 13)

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     Épisode 13 : deuxième métamorphose : une gypaète est née !

    bb91d45f137bcfec499053ef02d391a8.jpgLe rêve qui est né dans la nuit du 1er décembre me hante encore. Peut-être n’a-t-il pas tout révélé de son sens ? Il m’est apparu obstiné, brut, visqueux et disgracieux comme un oisillion cassant la coquille ou un agneau au sortir de la panse.

    Puis le mot a surgi « gypaète cendré », mystérieux, fabuleux, curieusement sans connotation. Quel signe alors envoyé de l’inconscient ?

    Puis est apparu le sens : vautour en voie d’extinction, injustement accusé de vol d’enfants et de prédation car il recouvre son poitrail de boue ferrugineuse lui donnant une apparence sanguinaire. C’est bien plus un casseur d’os et nettoyeur des thumb2-350x350_c.pngAlpes, discret et timide, mais aussi nécessaire et utile, c’est pourquoi il est aujourd’hui protégé dans nos montagnes.

    Dans la masse des songes, le mot s’est révélé incandescent. Pourquoi un gypaète et pas un autre totem ? Pourquoi pas le rouge-gorge, la fauvette ou la sittelle, ces oiseaux mieux connus de notre monde périurbain qui visitent sans relâche l’oisellerie de la poète Mousse Boulanger. Le bestiaire est pourtant si large.

     

    Je me croyais citadine, je me suis extraite inconsciemment de ma nature. N’ai-je pas coupé le lien définitivement en m’exilant au Canada ? Ce présage ailé vient donc de très loin.

    thunder-bird-campbell-river-1929.jpgQuand le mot a surgi phosphorescent au bout de ma nuit, j’ai tout de suite aimé sa sonorité, sa racine féminine auxquelles j’ai ajouté le cendré de ses anciennes vies tel un phoenix. Il y a du gynécée dans ce mot. Il y a de la détermination et de l’affirmation.

    — Mais si l’on change le A (ce noir plumage corseté et féroce du corbeau) en O (ce clairon qui traverse les âges sous le regard bleu et voilé des aïeules), on obtient GYPOÈTE (me souffle ma chère Georgette…) ! Des aïeules entourées de silence qui nous font signe par de mystérieux détours (affirme Émilie) !

     

  • Les Carnets de CoraH (Épisode 12)

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    Épisode 12 : que d’os !

    Giorgia O'KeeffeMes rêves sont des cordons ombilicaux sans lien, coupés du corps. Sans tête ni queue comme un boyau naissant.

    Nombreux sont ceux qui s’oublient sans mystère dans la masse corporelle, sans laisser de trace consciente. À peine un éclair peut-être dans un sommeil de plomb. Où se cachent donc mes désirs enfouis ? Où loge mon viol sans mémoire ? Dans le muscle, l’os ou la chair ? Je ne sais pas. Qui peut me le dire ?


    Giorgia O'KeeffeMais quelquefois (trop rarement), les rêves surgissent et me foudroient d’une énigme. Ce fut le cas du « gypaète cendré » qui a traversé obstinément ma nuit pour naître dans le 10e épisode de mes Carnets. S’agissait-il d’un heureux présage ou d’un signe macabre ?

    Cet oiseau, bien qu’en partie imaginaire, n’est pas un oiseau de proie (ni un membre prédateur) mais bien un charognard (un sculpteur d’os). Considéré comme indispensable dans le nettoyage des Alpes, le gypaète est protégé par les amoureux de la nature. Il aime voler au-dessus des falaises avec des fragments de carcasses. Il choisit le lieu et lâche l’os sur le roc aigu afin de le briser en morceaux. Il lui suffit ensuite d’avaler la substantifique moëlle.

    Rectifier le mot de prédateur en charognard permet de changer le sens de l’inscription, son registre. L’un est effrayant et de mauvaise augure, l’autre, malgré l’apparence peu avenante, est si mélodieux et accort.

    Georgia O'KeeffeSur mes os s’incruste la toile de mes songes enfouis.

    J’y casse des mythes poreux (la crainte des enfants volés)

    Je broye le noir sur de l’argile ocre (les voyelles a et i)

    J’aspire le sens.

    J’opère la rotation.

    Je formule la transformation magique :

    « Tu es charognard, je suis surprise.

    You Tarzan, I Corah. »

     

     PS. Merci à mes lectrices, Georgette pour m’avoir forcée à revisiter le rêve du gypaète et Émilie pour m’avoir fait découvrir le sens de l’os.

  • L'enfant qui aimait grimper aux arbres (Bernadette Richard)

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown-1.jpegC'est à Joachim du Bellay que Bernadette Richard emprunte le titre de son dernier livre, Heureux qui comme*, un livre en forme de bilan, baigné tout à la fois de nostalgie et de jubilation, de regret du foyer natal (c'est le thème du poème de Du Bellay, 1558) et de retour à la nature.

    C'est un homme, étrangement, qui tient la plume ici et nous entraîne dans ses souvenirs d'enfance : sa passion de la solitude, son plaisir à grimper dans les arbres à la fois pour se cacher et pour observer le monde. Il nous raconte aussi ses rêves de vol, son amour des oiseaux qu'il étudie quotidiennement (le Dr Freud interprète ce fantasme de vol comme un désir d'érection!). Cette enfance enchantée par la nature va peu à peu laisser la place à une vie de photographe pris dans une ronde frénétique de voyages, une vie grisante de découvertes et de rencontres (qui ressemble beaucoup à celle de Bernadette Richard, grande « écrivaine aux semelles de vent »). 

    Unknown.jpegCe voyage passe par des étapes obligées : Katmandou, Woodstock où le narrateur rencontre une fille du Bas (lui qui est du Haut!). Mariage, enfant, séparation. Nouveaux voyages pour oublier ses racines et découvrir le monde. À la passion des arbres et des oiseaux s'ajoute bien vite celle des lacs, que Bernadette Richard décrit avec infiniment de poésie. Le lac Atitlan, le lac Titicaca, puis le lac Baïkal, ses états d'âme, ses impatiences, « ses toquades et ses arpèges météorologues ». 

    Mais Ulysse, on le sait, a la nostalgie de sa terre natale. Après tant de pérégrinations, de beautés entrevues aux quatre coins du monde, tant de fleuves et de cascades, de lacs et de déserts, il est bon de rentrer chez soi. Car le hostos — le foyer — est au cœur du voyage. C'est une petite fille, Orsanne, qui va ramener le narrateur à ses premières amours : les arbres, les lacs, les grottes, les oiseaux. Comme Du Bellay quitte sans douleur « le mont Palatin pour son petit Liré », le narrateur, ayant conquis la toison d'or du voyage, aime à revenir sur ses terres, « pour vivre entre ses parents le reste de son âge. »

    Il y a, dans ce retour au bercail, un peu de nostalgie, mais aussi beaucoup de bonheur (« Le bonheur est une idée neuve en Europe », écrivait Saint-Just). Bonheur de redécouvrir les lieux enchantés de l'enfance, bonheur  aussi de marcher au bord de l'abîme, au Creux-du-Van, par exemple, dans ces contreforts du Jura qu'il aime tant. Le voyageur qui a roulé sa bosse n'est plus blasé : il redécouvre la joie des paysages, le plaisir des flâneries, la complicité d'Orsanne. Lui qui croyait posséder le savoir occulte de ses odyssées, il n'a que « des images intérieures qui se délitent au fil des mois » et « ses photos jaunissent dans des cartons ». Lui qui croyait que la beauté était ailleurs, exotique et insaisissable, il doit admettre que sa patrie lilliputienne la lui offre chaque jour, et qu'il n'a jamais su la voir. 

    « C'est peut-être ça, la sagesse : réaliser que l'ailleurs n'est nulle part et partout, même chez soi. »

    C'est un chemin vers la sagesse, un chemin solitaire et vagabond, qu'emprunte Ulysse, toujours en quête de soi, et qui le mène, après avoir beaucoup erré, dans ce petit village dont il a vu, de loin, fumer les cheminées, près de cette pauvre maison « qui lui est une province, et beaucoup davantage. »

    Un très beau livre, donc, riche, profond, original, peut-être le meilleur livre de Bernadette Richard qui a beaucoup donné à la littérature romande et est encore trop injustement méconnue.

    * Bernadette Richard, Heureux qui comme, éditions d'autre part, 2017.

  • Les Carnets de CoraH (Épisode 11)

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    Épisode 11 : première métamorphose : Cora devient CoraH


    02hawaii-jumbo_2.jpgLes mots
    sont un outil profondément psychanalytique. Un jeu avec des sonorités naissantes que l’ouïe ajuste piane-piane. Une reconnaissance des cavités de son corps qui bourdonne, bruit ou sanglote andante. Une tournée vertigineuse dans les creux, les failles, la résistance de l’os qui rend possible le son et amplifie le sens hors de soi dans le ressassement audible. Du cri primal à la voix modulée, timbres, accents et inflexions, je les fais tous résonner, crescendo, comme autant de tiges enroulées autour de l’échelle vocalique. Comme des gloires du matin, avides et vigoureuses autour d’un tuteur. Tout sauf le garrottage.

    Si les mots s’invitent par l’oreille, leur racine traverse le temps et les langues, et leur graphie s’imprègne sur la rétine. Il y a du corps, du cri et de l’ivresse dans CoraH, de l’étoffe indienne sur l’étal de Zola. De l’onomatopée avant le poème.

    Croâ, croâ, croâ

    ziiip, aaaaah ! clac !

    boum boum, boum boum

    beurk, kof kof

    boum boum, boum boum

    glouglou, couac !

    pfiou, hiiiii-hiiiiii, aaaaaarrh 

    boum boum, boum boum

    ……………………………

    din-din

    pof, la la la, pof, la la la

    bzzzzz, bzzzzz

    boum boum, boum boum

    ha ha ha ha, hourra !


    georgia-o-keefe-home.jpgDès aujourd’hui, durant la nuit des longues échelles (l’Escalade genevoise) une lettre supplémentaire boucle mon nom par une échelle orientée vers l’astre élu et favorable. Tout sauf une lettre morte !

    Avec cette nouvelle verticalité assumée au bout de mon nom, je crée une échappée bienheureuse hors de l’en-nuit et de la dormance. Au-dessus du vol du corbeau, au large de l’île des supplices. Comme un nocturne passé en boucle, la contingence des lettres et le hasard des mots viennent à moi, escaladent les échelons et s’élèvent dans la masse sonore.

    Lire n’est-il pas prodigieux quand la rotation s’opère sur nous-mêmes et nous fait voir autrement qui nous sommes ?


     

  • Les Carnets de Cora (Épisode 10)

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    Épisode 10 : un tissu de rêves et de bandelettes

    georgia-okeeffe-deers-skull-with-pedernal.jpgJ’ai fait l’expérience de l’obscurité et la quête n’est pas accomplie,

    J’ai fait l’expérience du silence et le monde n’a cessé son murmure,

    J’ai fait l’expérience du néant et la mort n’est pas venue.

     Cette nuit, une image m’a été donnée en rêve. Un gypaète cendré a traversé l’enveloppe poreuse du temps. Que vient hanter cet oiseau de proie imaginaire ? Présage-t-il le retour du prédateur barbu ou du voleur d’enfance ? Il naît dans le boyau du temps, perce la paroi à coups de tête comme un bélier, prend de l’ampleur presque offensif. Que sera-t-il, phénix des Alpes protégé ou casseur d’os têtu tel Sysiphe ?

    Peut-être que ton obscurité était l’absence, cet été-là, d’une mère.
     

    Ladder to the Moon.jpgJ’avais enfant des rêves de momies bandées (celles des Cigares du Pharaon), de baleines engouffrées et de l’échelle de Jacob qui m’indiquait la direction de la lune. Mon regard suivait naturellement le haut du berceau. J’allais peut-être rejoindre mon interlocuteur privilégié, lumineux et bienveillant. Cet univers divin imprégné de légendes enfantines avait forgé en moi une autonomie précoce. Sevrée à quatre mois. Debout dès neuf mois. Appliquée au primaire, ce qui ouvrit les voies des études dès 9 ans. Survivante à 17, mariée à 21, divorcée à 33 ans, l’âge du Christ.

    Combien de fois faut-il renaître pour comprendre sa destinée ?

    Corah : étoffe de soie écrue, non teinteJ’aime me penser en tissus de toutes sortes, à la fois fond, trame et support. Un enchevêtrement d’éléments liés tel un textile ! Née des vers à soi, ceinte de toute part et pansée comme une momie. 

     

  • Danse avec la mort (Pierre Béguin)

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown-1.jpegAprès deux romans « genevois », aux thèmes universels, Vous ne connaitrez ni le jour ni l'heure (voir ici) et Condamné au bénéfice du doute (Prix Edouard-Rod 2016, voir ici), tous les deux parus chez Bernard Campiche éditeur, Pierre Béguin renoue avec la Colombie, qu'il connaît comme une seconde patrie. Avec son dernier livre, Et le mort se mit à parler*, on replonge dans la magie du carnaval.  Le sujet n'est pas totalement inconnu, puisqu'il a déjà servi de toile de fond à un autre roman de Béguin, publié en 2000 aux éditions de l'Aire, Joselito Carnaval. Mais l'auteur, visiblement, avait envie d'y revenir…

    Avec les romans précédents, le fil n'est pas rompu : il s'agit bien, ici aussi, d'une histoire exemplaire, sur fond de mort et d'injustice. Dans une ville colombienne de la côte caraïbe, un indigent échappe par miracle à la mort. 1290181_f.jpg.gifC'est le premier jour du carnaval. Il se traîne jusqu'au poste de police pour raconter son histoire. La machine judiciaire, lentement, se met en marche. Ce qui semble être, à première vue, un fait divers pourrait bien se révéler un grand scandale. Au fil des pages, on suit tous les protagonistes du drame (policiers, procureur, juge d'instruction, camarades d'infortune, etc.) qui, inéluctablement, va vers sa fin tragique, car le pauvre homme, ressuscité comme Lazare, est condamné à mort dès le début… 

    Aucun doute, ici, sur son innocence, ni sur l'issue fatale qui l'attend : l'individu, surtout s'il est un pauvre cartonero (une sorte de chiffonnier qui ramasse les déchets, mégots, canettes de bière abandonnés dans les rues), est broyé par la société, contre laquelle il ne peut rien. Même sa fuite est impossible : il se trouvera toujours d'autres indigents pour accepter le contrat qu'on mettra sur sa tête. Toutes les strates de la société sont touchées par l'insidieuse gangrène. « Les journalistes sont comme les bouchers, ils ne font que débiter à l'étal de petits morceaux de viande appréciés des mouches. Quant à la mémoire citoyenne, elle s'efface toujours à l'excitation du prochain match de football. (…) Plus rien n'a vraiment le temps de s'inscrire dans les consciences à notre époque, par même le scandale. »

    La force de ce livre à l'issue implacable, c'est qu'il se déroule entièrement sur fond de carnaval, de déguisements, d'ivresse et de folie. Les personnages sont entraînés dans une danse macabre où l'excès est la règle, et le mensonge, la vérité. Ce monde sens dessus dessous, qui dure l'espace de quelques jours, est bien, pour Santander Montalvos, le juge chargé d'instruire l'affaire, l'allégorie d'un monde sans garde-fou moral, « où le mercantilisme systématisé, en colonisant l'espace social jusque dans ses ultimes strates, a poussé l'idéologie du profit au plus haut degré du cynisme. Un monde d'anthropophages ! »

    Unknown-2.jpegPour coller au plus près de la folie du carnaval, Béguin déploie une écriture baroque riche en images surprenantes, en adjectifs, en couleurs vives et en odeurs diverses (pas toujours agréables !). On pense aux romans de Gabriel Gàrcia Marquez dans lesquels la langue elle-même est une fête où le rire et les larmes sont parfois soulignés à gros traits. Le carnaval permet tous les excès et donne à l'auteur l'occasion de « se lâcher » en jouant avec les masques.

    Et le Béguin colombien, qui entraîne le lecteur dans une danse de rire et de mort, vaut bien le Béguin genevois, assistant, impuissant, à la mort de ses parents ou reconstituant, en détails, une affaire judiciaire dont personne n'a encore trouvé le dernier mot !

    * Pierre Béguin, Et le mort se mit à parler, roman, Bernard Campiche éditeur, 2017.

  • Les Carnets de Cora (Épisode 9)

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    Épisode 9 : sur un air de Bernstein : Qui suis-je ?*

    Tout était-il prévu à l’avance ou suis-je née par hasard en avril ?


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    Les mots ont une histoire, une étymologie contenue dans notre mémoire, de manière semi-consciente. J’ai cherché l’étymologie de mon prénom dans le coffre prodigieux du Trésor de la langue française. J’y ai trouvé une origine indienne et une inscription qui faisait le Bonheur des dames selon Zola : « Au milieu du rayon, une exposition des soieries d'été éclairait le hall d'un éclat d'aurore (...). C'étaient des foulards (...) des surahs (...). Et il y avait encore (...) les tussores et les corahs des Indes ». Sonder une racine textuelle et vagabonder dans l‘usage d’un mot et de sa mémoire suivant la filiation de la soie (du vers à soi) et des étoffes (pansant), imprimée (imprégnée) ou écrue (sans fard ni artifice), interrogeant les tussores et les surahs comme autant de mots reliés (souterrainement), me séduisent infiniment. Je suis sûrement née par surprise, inespérée et inattendue.

    Ai-je déjà vécu comme une colline, un bélier ou une rose trémière ?

    Que nous reste-il de nos vies anciennes ? Des vibrations peut-être : une voix d’antan, un timbre ou un accent venu de loin. Une mémoire incertaine, des souvenirs effacés, voire rapportés. Mon corps plagié traversant les âges telle une caisse de résonnance d’où jaillissent les cris et les appels diffus de la crypte au poème.

    Les alpes m’ont-elles barré l’horizon ? Ont-elles fait écran et amplifié le souffle de liberté ? J’ai longtemps écouté le retour du vent qui se cogne à leurs parois et bu l’écho jusqu’à la lie !
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    Les astres m’ont-ils donné ce caractère irréductible et volontaire ? Têtu à l’obsession. J’ai quelquefois enfoncé des portes ouvertes et usiné des bornes pour nous retrouver dans la masse du temps. Toute parole ne peut être entendue sans garde-fou. Veillez au choc des mots, à l’épiphanie et au clac du retour sur l’onde du temps ! Les faits ne trouvent parfois pas leur vérité, ce sont des souvenirs parolés, vifs et vivaces comme une herbe sauvage. Ils sont en nous, sûrs d’eux, pourtant lesquels nous appartiennent vraiment ? Tous rapportés ou absorbés dans l'onde du temps. 


    Ai-je grandi au bord des routes comme une fleur sauvage ou une rose trémière, explorant les deux côtés de l’horizon, trouant par les racines le bitume des villes modernes, interrogeant sans cesse la voix de mes poètes ?

    Un jour je mourrai

    Reviendrai-je sur terre comme un rouge-gorge, un corbeau ou un oiseau blanc du paradis ?

     

    * « Who am I », Peter Pan de Leonard Bernstein.


     

     

     

     

  • Les Carnets de Cora (Épisode 8)

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    Épisode 8 : Down and up !


    Lawrence down.jpgDans l’univers de mes poètes, je devine un timbre unique, un bruissement singulier qui m’élève et m’enracine tout à la fois dans les harmoniques et le ressassement de la matière sonore. Dans cette vibration qui m’est communiquée par le pouvoir d’écoute, je suis sur le fil du son qui transforme cette présence au monde en une complice altérité, une pulsation en équilibre sur l’arête du sens (mon hamac arrimé à mes deux chênes !).

     

    Poètes, donnez-moi du son ! un bourdonnement, un gargouillis, un claquement, un cliquetis ou un crissement, du brouhaha même avec du raffut et du ramdam ! un vagissement chaotique peut-être ou une transe virile ! Tout sauf une ligne plate écrasée sans soubresaut. Tout sauf une disparition étouffée au creux de l’en-nuit telle une quiescence qui serait tue et en dormance en nous. Tout sauf une lettre morte. Je suis avant tout une lectrice in-ouïe !

    Lawrence up.jpgCertains passages sont des paroles ouvertes parfois clandestines, souvent opaques qui déclenchent un jeu de devinettes. Qui êtes-vous ? d’où venez-vous ? de quel exil ou de quelle migration ? Mots dérivés, emprunts lexicaux et syntaxiques, néologismes, mots-valises et figures. Je décrypte le sens, comme un exorcisme dans une veillée funèbre aux pieds de chênes oraculaires.

    Le son crée l’image !

    Écoutez la romance des mots-fleurs dans le champ poétique des Jardins de Georgette* : morning glories, nasturtiums ou daffodils suffisent à me faire chavirer !

    Écoutez la partition des noms-fugues et l’appel des migrants de Sous le silence, Eugénie* : Augustin, Rose, Émilie/Émile, Alice ou Julie !

    Écoutez la vigueur des mots-arbres de Heureux qui comme* tel l’aulne Schiller abritant un paradis caché.

    Écoutez la curiosité des mots-oiseaux de l’Oisellerie qui participe du choc et du mystère : le corbeau « ce temps long sans réponse », la sitelle « tête en bas tête en l'air » ou l’épervier « petite tête petit bec longue queue à rayures noires »  !

    Les mots ne sont-ils pas un outil profondément psychanalytique ?

     

    • Georgette’s Gardens de Dominique Lexcellent O’Neill est en cours d’écriture.
    • Sous le silence, Eugénie de Frédérique Baud Bachten (Grand-Saconnex, Samizdat, 2017).
    • Heureux qui comme... de Bernadette Richard (Genève, D’autre part, 2017).
    • L’Oisellerie de Mousse Boulanger (Grand-Saconnex, Miel de l’Ours, 2017).
  • C'est ce soir à 21h à St-Gervais : Carlo Brandt et sa bande d'écrivains

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    638b579109f1fccd985ba2ad2384afc5.jpgÇa y est ! Le Camp de base vit sa première nuit. Venez bivouaquer au 7ème étage en compagnie du comédien Carlo Brandt. Figure emblématique du répertoire d’Edward Bond, vous l’avez vu au cinéma ou à la télévision dans des films de Haneke, de Sofia Coppola ou dans la série Kaamelott. Il a choisi de vous accueillir avec Nu dans ton bain face à l’abîme, un « manifeste littéraire après la fin des manifestes et de la littérature », sorti de l’imagination caustique de l’écrivain Lars Iyer : « Tu es assis à ton bureau, tu rêves de Littérature, tu parcours la page Roman de Wikipédia tout en grignotant des biscuits apéritifs et en regardant des vidéos de chats… » Une nuit qui se poursuit sous la forme d’un bivouac littéraire, en compagnie d’écrivains genevois conviés par Carlo Brandt : Alain Bagnoud, Marie Gaulis, Mélanie Chappuis, Pierre Béguin et Jean-Michel Olivier.

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