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  • Assurance maladie: parlons chiffres!

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    par Pierre Béguin

    Les chiffres sont ennuyeux, mais ils sont entêtés et, à l’exception de ceux des statistiques, difficilement manipulables sans une grande dose de mauvaise foi.
    Sous le contrôle d’un ex collègue du Collège Calvin, professeur de mathématiques émérite et néanmoins ami, je me suis livré à une série de calculs concernant les primes d’assurance maladie.
    La Lamal existe depuis 25 ans et – chiffre officiel – son augmentation moyenne annuelle est de 3.7 %. Ce qui signifie que, si l’on part d’une prime de frs X, elle s’élèvera l’année suivante à 1,037 fois X. Après 4 ans, elle coûtera donc X fois 1.037 fois 1.037 fois 1.037 fois 1.037, soit 1,1564 fois la prime de départ. Dans cette logique, après 25 ans d’existence, elle s’élève donc actuellement à environ 2.5 fois la prime de départ. Soit, par exemple, à frs 340,- pour une prime de départ de frs 136,-. Voilà pour la théorie générale. Car quiconque effectuerait ce calcul en se basant sur sa propre réalité constaterait très vite que l’augmentation en pourcentage de ses primes dépasse largement 3.7 %.
    Prenons un cas particulier que je connais bien, le mien. Je précise que je suis depuis toujours affilié à la même caisse d’assurance maladie et qu’elle est réputée être la moins coûteuse, faute d’être la plus généreuse. En 1995, soit une année avant l’introduction de la Lamal, ma prime de base s’élevait à frs 108,- par mois, une somme stable depuis 1992. A l’introduction de la Lamal, en 1996, elle a grimpé subitement à frs 136,- une augmentation de 25,9 % en une année, preuve que ce système ne partait déjà pas sur de très bonnes bases. L’augmentation fut d’ailleurs très importante les premières années (près de 10 % en moyenne sur les quatre premières années, soit jusqu’à l’an 2000). En 2005, dix ans après l’introduction de la Lamal, ma prime atteignait frs 307,- soit de 2.85 celle de 1995. Cette année-là, j’ai modifié le montant de ma franchise, ce qui de facto met fin à toute comparaison objective.
    En 2020, ma prime mensuelle de base s’élève à frs 645,90, soit 4.75 fois la prime de 1996, soit une augmentation moyenne de 6.7 %. Néanmoins, conservons les chiffres officiels: l’augmentation moyenne de 3.7 % se calculant sur 25 ans, on peut imaginer qu’elle ne va guère varier ces prochaines années, tout le monde ayant maintenant compris que lesdites augmentations de primes sont structurelles, c’est-à-dire sans véritables liens avec les coûts réels.
    Sur ces mêmes bases donc, en 2035, lorsque ma femme m'aura rejoint au statut de retraité, ma prime mensuelle atteindra les frs 1114,-. En additionnant celle de ma femme, un peu supérieure, nous devrions payer alors frs 2429,- de primes maladie par mois, soit le 71,45 % de nos revenus AVS. Pour peu que, l’âge s’avançant, on ne nous verse pas auparavant dans une catégorie à risque aux primes plus élevées. Et bien entendu, en s'appuyant sur un chiffre officiel qui ne correspond pas à ma réalité.
    Cherchez l’erreur!
    Allez! Un p’tit dernier pour la route! En prenant toujours 3.7 % d’augmentation – et je ne rappellerai jamais assez que ce chiffre reste théorique – en quelle année ma femme et moi, primes cumulées, devrons-nous verser à l’assurance maladie une somme équivalente au 100 % de nos revenus AVS? Je précise qu’il est inutile de chercher l’âge du capitaine. J’en vois dans le fond qui regimbent. Bon! Grand prince, je vous donne la réponse: en 2045!
    Ouf! Enfin une bonne nouvelle: si j’en crois mon espérance de vie, je serai mort avant! Du moins en regard des chiffres officiels. Car avec une augmentation effective de mes primes de 6.7 %, soit près du double du chiffre officiel, il y a fort à parier que je sois encore bien vivant au moment de cette échéance absurde qui verra mes revenus AVS et ceux de ma femme entièrement avalés par nos primes d’assurances maladie. Bonjour Docteur Knock!
    Ah! J’oubliais. Imposture supplémentaire: les primes d’assurance maladie, bien qu’obligatoires, ne sont pas prises en compte dans le calcul de l’indice du coût de la vie, alors qu’elles représentent sans doute LE principal facteur de renchérissement. Étonnant, non?

    Il est grand temps de conclure:
    Or donc, quand Monsieur Berset se montre sur les écrans, la bouche en coeur et le sourire satisfait aux coins des commissures, pour nous annoncer que les primes n’augmenteront que de 0,5 % en moyenne nationale, il se fout simplement de la gueule de millions de personnes! En a-t-il seulement conscience?
    Au vu des événements actuels, et des 11 milliards estimés de fonds de réserve, toujours aussi opaques tant par leur montant que par leur prétendue utilité, le seul bon sens, pour ne pas dire le tact élémentaire, eût commandé qu’on imposât un moratoire sur les primes d’assurances avant d’évaluer le réel impact du Covid. Mais au Palais fédéral, il semble qu’on soit encore au bois dormant. La transition climatique, oui, il y a urgence, paraît-il! Mais le système Lamal qui branle de partout au sus et aux dépens de toute une population, mais à la plus grande satisfaction des assurances, non, aucune urgence! Circulez!
    Faute d’être une décision politique, le blocus des primes ne peut être qu’une décision de la rue, à l’image du mouvement Yo no pago en Espagne. Peu probable en Suisse, me direz-vous.
    On peut toujours rêver! Même avec les poches vides et un masque sur le visage, ce n’est pas encore interdit.

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  • Prime d'assurance maladie: inacceptable!

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    Par Pierre Béguin

    Ainsi donc les primes d’assurance maladie obligatoire vont augmenter de 0,5 % l’année prochaine, annonce fièrement le DFI. Et son ministre, l’inénarrable Alain Berset, de se féliciter – en d’autres termes de s’autocongratuler – de hausses à son image, c’est-à-dire «très modérées», soulignant comme il se doit le fait que «les efforts de maîtrise des coûts menés ces dernières années semblent porter leurs fruits» (au pluriel, svp!).
    AH BON !
    Dans la foulée, la FMH (Fédération des médecins) en remet une couche, s’estimant elle aussi très satisfaite de la hausse des primes correspondant «à une faible croissance des coûts». Bref, si toutes les parties concernées sont contentes, le citoyen devrait l’être, non?
    NON!
    Car cette fois, plus personne ne pourra en douter: on se fout royalement de notre gueule!
    Rappelons donc ce que tout le monde sait: jamais les hôpitaux et les cabinets médicaux n’auront fonctionné si loin de leur capacité maximale qu’au temps du confinement, entre mars et avril. Quand ils ne furent pas simplement fermés, les cabinets médicaux fonctionnèrent entre 10 et 30 % de leur capacité, les cliniques, et même les hôpitaux, à guère plus de 50 %. Et ne parlons même pas de tous les autres acteurs de la santé, réduits à l’inactivité complète. Par la suite, et jusqu’au début juillet au moins, les patients encore frileux n’ont guère repris le chemin menant à leur médecin, la fréquentation stagnant autour de 50 % d’une fréquentation normale. Tous les médecins dans mon entourage – et cela en fait tout de même un certain nombre – se lamentaient de leur perte financière (même si beaucoup s’estimaient tout de même privilégiés).
    Alors expliquez-moi ce paradoxe étrange: comment une telle baisse de fréquentation des patients et une telle perte de revenus pour le corps médical, donc logiquement de telles économies effectuées par les compagnies d’assurance, peuvent-elles se traduire en finalité par une augmentation des coûts? Désolé de vous contredire, Monsieur Berset, mais tout cela sent son escroquerie à plein nez. Ou alors j’ai raté un épisode, mais dans ce cas, au lieu de vous autocongratuler pour faire passer une pilule de plus en plus amère, il s’agirait de nous expliquer.
    Et que dire de ces fameux fonds de réserve aussi obscurs qu’énormes que les assurances amassent chaque année pour faire face – dit-on – à des circonstances exceptionnelles. Si l’on pouvait jusqu’en 2020 justifier de leur nécessité par l’avènement de temps difficiles, comme ceux que nous traversons, l’expérience nous montre maintenant à l’évidence l’inutilité, pour le citoyen bien entendu, de ces milliards de fonds de réserve face au problème même par lequel on justifie leur existence. Les fonds de réserve? Non, mesdames messieurs, pas touche et silence radio!
    Cette fois, le doute n’est plus permis: notre système de santé est nu, comme celles et ceux qui essaient de le défendre et/ou qui en profitent allègrement, et l’escroquerie – ou appelez cela comme vous voulez – évidente.
    Reste à connaître la réaction des politiques, des différents partis, face à ce que nous devons considérer comme tout à fait inacceptable. Si rien ne se passe au niveau politique, nous serons amener à nous questionner sérieusement sur le rôle joué par nos élus dans ce qui menace de plus en plus de tourner un jour au scandale national.
    Et si d’aventure nous avons droit à une troisième votation sur le sujet, il faut espérer que les citoyens se souviendront de 2020, de cette inacceptable – et Xème – augmentation «modérée», qui aurait dû cette année se transformer en une baisse significative, et qu’ils feront cette fois voler en éclats dans les urnes un système qui, à petites doses annuelles, enrichit les uns en rendant exsangues les autres.

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  • Cannibale lecteur : c'est ce soir à 18h30 !

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    Pascal Vandenberghe, directeur de Payot, à la Compagnie des Mots

    Par Vincent Aubert

    Pourquoi parle-t-on si peu des bienfaits du confinement? A longueur d’infos, les millions défilent pour enrayer une crise économique. Ciel! Horreur! Nous ne consommons plus assez, les entreprises manquent de biens à nous fourguer! Bien entendu, à un certain niveau, l’inquiétude est réelle, je ne suis pas complètement hors circuit! Mais qu’en est-il des bienfaits? Motus! Pourquoi?

    Ces bienfaits existent, mais ils n’entrent pas dans le calcul des prêts, des pertes et des profits. Et je vais prendre pour exemple ici un bienfait qui me concerne au plus haut point: la lecture. Cannibale lecteur à mes heures, mes délicieuses heures de confinement m’ont permis d’araser la montagnes de livres bordant mon lit, montagne d’ordinaire incompressible malgré des efforts incessants. Les livres qu’il fallait lire, ceux qui m’ont procuré plaisir et imagination, et ceux également qui n’ont pas passé le cap de la trentième page!

    Et durant cette période bénie, j’ai pu également acheter tous les livres désirés. Car si bibliothèques, restaurants, cinémas, salles de concerts, et autres clubs de nuit m’étaient interdits d’accès, la plupart des libraires étaient restés bravement au front et fournissaient avec joie et inventivité tous les intoxiqués du livre.

    Evidemment certaines parutions sont tombées à l’eau, d’autres ont été repoussées à des temps qu’on imagine plus réjouissants; mais, si parmi les milliers de livres lancés sur le marché, certains ne trouvent pas de gondoles, j’avoue que j’ai malgré tout de quoi satisfaire égoïstement ma soif de lecture.

    J’ai utilisé le terme de « cannibale lecteur ». En fait c’est justement le titre d’un livre, qui donne, dans une approche joyeuse, des notes de lectures vivifiantes, actuelles, voire mordantes. L’auteur, au niveau du look, n’aurait pas dépareillé dans un film de Visconti. Sa plume est le résultat d’innombrables heures de lecture d’auteurs dont on a un peu rapidement oublié l’existence et la pertinence. Quant à ses capacités professionnelles, elles tiennent d’un capitaine qui ne laisserait pas couler le Titanic et du financier qui dompte les crises. Il s’agit de Pascal Vandenberghe, directeur de Payot Librairie.

    La Compagnie des Mots, pour rompre la monotonie ambiante et rebondir avec ses soirées « rencontres avec un auteur », invite, avec culot, Pascal Vandenberghe chez lui, dans la cafétéria de Payot Rive Gauche à Genève. De sources sûres, il sera beaucoup question du livre dans tous ces états.

    Pascal Vandenberghe par Pierre-Michel Delessert.jpeg

    Entré libre dans la mesure des places disponibles, jeudi 17 septembre à 18h30, Payot Rive Gauche.

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  • Peur et culpabilité

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    Par Pierre Béguin

    Il n’est pas, depuis quelques décennies, une seule idéologie qui ne se soit efforcée de s’imposer dans la conscience collective autrement que par la peur et la culpabilité. Non pas que cet état de fait soit nouveau en soi – ce sont de vieilles stratégies –, mais il l’est par son uniformité: peur et culpabilité sont devenues les deux uniques mamelles incontournables où vient se nourrir tout mouvement «idéologique» désireux de marquer de son empreinte le monde moderne, et d’influencer selon ses intérêts (le pouvoir et l’argent, bien entendu) la politique actuelle par la manipulation des masses.

    Cette stratégie, il faut bien en convenir, est diablement efficace. L’émotion, lorsqu’elle est remuée par l’aiguillon de la peur et de la culpabilité, balaie toute forme de raisonnement, d’argumentation, de bon sens. Mieux: toute argumentation visant à s’opposer aux vents fous des délires du temps devient une preuve même de culpabilité. Pourquoi argumenter si ce n’est pour se défendre? Et pourquoi se défendre si ce n’est par conscience exacerbée de sa culpabilité?

    Ainsi, la théorie des privilèges a d’ores et déjà désigné tout un pan de la population comme coupable par essence. Non pas, donc, par ce qu’elle a fait, mais simplement par ce qu’elle est. Tout le monde a compris maintenant que, au sommet de la pyramide du Mal, trône le mâle blanc hétéro de plus de cinquante ans, incarnation du capitalisme décadent et, donc, ontologiquement coupable, et que toute forme d’argumentation sortant de sa bouche sera immédiatement qualifiée de «nauséabonde», selon le terme en vigueur dans le politiquement correct. En clair, que cet ignoble mâle essaie de se défendre ou de faire entendre son point de vue, on vous dira que ce vieux «macho facho conservateur» pue de la gueule. Et on ne discute pas avec quelqu’un qui pue de la gueule. D’autant plus que la référence aux «sales odeurs buccales» sous-entend métaphoriquement une sorte de lien occulte avec de vieilles théories fascistes qu’on croyait définitivement enterrées.

    Plus récemment, les stratégies de la peur et de la culpabilité ont ajouté d’autres termes pour disqualifier leurs opposants. Puisque ces derniers ont le tort de douter, et parfois même d’argumenter, on repérera très vite dans leurs discours des signes évidents de complotisme typiques du dissident d’extrême droite, apocope de fasciste. On ne vous dira jamais vraiment pourquoi tel argument est caractéristique du discours «dissident complotiste d’extrême droite», ni même ce qu’est exactement ce complot, mais on vous laissera entendre que de nombreuses analyses scientifiques l’ont prouvé par A plus B.

    Un exemple édifiant de ce mécanisme est illustré par la venue de Robert Kennedy Jr. à la grande manifestation contre les politiques sanitaires autoritaires dans les rues de Berlin, le 29 août dernier. S’adressant à la foule, le neveu de l’un et le fils de l’autre, tous deux assassinés, convoque dans son discours Hermann Göring, citant des paroles que le nazi aurait prononcées, lors du procès de Nuremberg, en réponse à ses juges qui lui demandaient comment les Allemands avaient accepté cette horreur: «C’est une chose facile, ça n’a rien à voir avec le nazisme, cela a à voir avec la nature humaine. Vous pouvez le faire dans un régime nazi, dans un régime socialiste, dans une monarchie ou une démocratie: la seule chose dont un gouvernement a besoin pour transformer les gens en esclaves, c’est la peur». Et les détracteurs de s’en donner à coeur joie: on n’aurait retrouvé aucune trace de ces paroles lors du procès de Göring, preuve que Kennedy fils et neveu est un imposteur. Et d’ailleurs, c’est bien connu, il est un coutumier du fait! On admet certes du bout des lèvres que le dirigeant nazi aurait bien dit quelque chose d’analogue, mais à un journaliste dans sa prison, ce qui bien sûr change tout! Et d’ajouter dans la foulée que ce genre de déformation – pour ne pas dire de désinformation – est typique de la stratégie complotiste, que c’est même à cela qu’on les reconnaît, les complotistes! Voilà donc Robert kennedy Jr. disqualifié en rejoignant la cohorte ridicule des complotistes à l’imagination infantile! Voilà surtout une citation sur laquelle on aura évité de réfléchir… Peu nous chaut – comme disait André Gide (traduction: on s’en fout royalement) – que cette référence soit en partie inexacte, ou sortie de son contexte, ou même – pourquoi pas – inventée: ce qui compte, c’est sa pertinence. Mais en disqualifiant l’émetteur, on a disqualifié le message.

    Oui: qui a envie d’être taxé de dissident adepte des théories du complot, lié à l’extrême droite et nourri de propagande fasciste? Pas moi, en tout cas. Même si, en écrivant ces quelques lignes, je cours le risque qu’on m’affuble de ces qualificatifs. Et bien que je m’en estime à des centaines de lieues, tenter de le prouver en argumentant ne fera guère qu’asseoir ma culpabilité. Il ne me reste plus qu’à m’agenouiller, prêter le flanc au fouet, prier et implorer le pardon pour des fautes que je n’ai pas commises mais qu’on m’impute pour ce que je suis, un homme blanc hétéro de plus de cinquante ans qui essaie de garder raison et bon sens dans le délire ambiant, qui ne se soumet pas aveuglément à la doxa, aux théories ou décisions souvent absurdes – reconnaissons-le – qu’on veut imposer à l’ordre public. Non! Je ne suis ni complotiste, ni dissident, ni d’extrême droite, seulement un citoyen qui exerce son droit – voire son devoir – de réflexion dans les limites des libertés que lui accordent les règles démocratiques, pour peu qu’elles existent encore. Alors, dites-moi, qui est le complotiste? qui est le fasciste? Celui qui veut, par la peur et/ou la culpabilité, et bien entendu sous l’étendard de la «bonne» cause, instaurer un ordre mondial autoritaire et contraignant, ou celui qui se cramponne tant bien que mal aux quelques libertés que certaines nations n’ont pas encore totalement abolies?
    «Je veux que vous paniquiez!» (I want you to panic!), nous rabâche Greta, un slogan qui incarne la caricature même de cette peur invalidante qu’on tente de nous inoculer par tous les moyens, tout en faisant l’économie d’arguments un tant soit peu élaborés. Désolé! Moi, ce n’est pas du CO2 dont j’ai peur, mais de ceux qui ont oeuvré comme caisse de résonance, et dans leur seul intérêt, pour que cette menace parvienne aux oreilles des masses, les formatant ainsi à un comportement d’état de guerre permanent qui justifie une soumission sans réserve à l’autorité, et levant dans la foulée des hordes de prosélytes chargés de moraliser l’ordre public et culpabiliser les sceptiques. Le philosophe anglais Thomas Hobbes nous l’a enseigné il y a déjà près de 4 siècles (cf. Léviathan, 1651): au commencement était l’Effroi. Gouverner, c’est donc gouverner par la peur, grâce à la peur. On pourrait ajouter: tout comme manipuler, c’est manipuler par la culpabilité, grâce à la culpabilité...

    Voilà pourquoi l’invention la plus diabolique de ces dernières décennies, c’est sans conteste le politiquement correct auquel viennent s’alimenter maintenant toutes les «idéologies» qui vocifèrent sous l’étendard du Bien, ces nouvelles machines à criminaliser en perpétuelle croisade ou ingérence humanitaire. Pour combattre ces Tartuffe du XXIe siècle, l’argumentation, si elle est nécessaire, n’est de loin pas suffisante. Et elle cède trop souvent à la faiblesse d’entrer dans le jeu de l’adversaire alors qu’elle devrait s’en extraire. Il faut du courage et du talent dans la provocation, dans la dérision, dans l’humour, pour les ébranler. Cela laisse peu de candidats aptes à l’affrontement, hélas!

    Lorsque des comiques, des artistes, des écrivains, des journalistes oseront ouvertement le politiquement incorrect, comme on le pratiquait naturellement, sans conscience d’une transgression, dans les années 70, les politiciens suivront et l’ennemi, privé de son principal ressort, vacillera. Par les temps qui courent, cette issue – si issue il y a – paraît encore bien lointaine.

    J’ai parfois le sentiment déprimant que la partie est déjà perdue. Pour le moins, que, de mon vivant, je n’aurais pas la joie d’assister à une débâcle du politiquement correct que je souhaite cependant par tout ce qu’il reste de libre et d’intelligent en moi...

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  • L'anachorète et le mondain (Emmanuel Carrère et Raphael Enthoven)

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    par Jean-Michel Olivier

    images-8.jpegOn se bouscule, comme chaque année, au portillon de la rentrée littéraire. Plus de 450 titres à paraître cet automne ! Et, comme chaque année, les médias se concentrent sur une petite dizaine d'auteurs, ceux qu'ils connaissent, toujours les mêmes. À ce jeu, cette année, deux livres squattent l'attention. Ils ont en commun d'être des textes à mi-chemin entre confession et roman (le livre de Raphaël Enthoven est un faux roman et les confessions de Carrère sont de fausses confessions). Et surtout d'être des livres essentiellement égotistes — où l'ego, fantasque et démesuré, occupe toute la place…

    images-4.jpegEnthoven, tout d'abord. On aime son côté touche-à-tout, trublion, gendre idéal. C'est l'image qui circule de lui dans les médias, radio, télévision et journaux. Pourtant, cette image qui lui colle à la peau n'est pas la bonne. Il entreprend de la casser dans son premier roman, Le Temps gagné*, qui commence comme une confession (on pense à Rousseau et à Michel Leiris), mais tourne vite au règlement de comptes à Saint-Germain-des-Prés. On sort rarement d'un périmètre délimité par la rue des Saint-Pères (un nom prédestiné!), le boulevard Montparnasse et la rue Vaugirard. L'enfant Raphaël est ballotté entre son père journaliste et écrivain (qu'il voit peu) et sa mère, pianiste et journaliste à l'Obs, qui s'est remariée avec un certain Isidore, psychanalyste de son métier, beau-père honni et tortionnaire sans scrupule. 

    C'est ainsi que l'enfant-roi se venge, devenu grand, règle ses comptes œdipiens et donne de lui l'image non d'un « enfant battu », mais d'un « enfant corrigé ». Nourries de larmes et de ressentiment, ce sont les pages les plus fortes de son roman autobiographique. Enthoven a l'art du portrait incisif et cruel et il brosse dans son livre toute une galerie de personnages inoubliables. Les plus marquants sont aussi les plus féroces: on pense ici à la tribu d'Élie (BHL), sa fille (ex-épouse d'Enthoven), sa femme, son réseau d'influence. La vengeance est un plat qui se mange froid et l'auteur s'en donne à cœur joie. 

    images-3.jpegDe ce jeu de massacre, une seule femme sort indemne : une ex, encore, mais pas n'importe laquelle, Carla Bruni, avec laquelle il a fait un enfant. Celle que Justine Lévy traitait de « femme bionique » devient, sous la plume d'Enthoven, une femme idéale, romantique, créative, douée pour la vie et les relations humaines. Le livre se termine sur cette comète qui illumine, pour un temps du moins, le ciel orageux d'Enthoven. 

    images-7.jpegAvec Emmanuel Carrère, le ton est différent, même si l'ego (tourmenté) occupe  aussi le centre des débats. Son dernier livre, Yoga**, commence comme un manuel explicatif et incitatif sur le yoga (son histoire, sa pratique, ses figures de proue). C'est un sorte de reportage relatant un stage intensif de méditation dans le Morvan. Les participants s'engagent à couper tout contact avec le monde extérieur (pas de portable, pas d'internet, aucun stylo pour prendre des notes) et à méditer, dès l'aurore, près de 10 heures par jour, sur leur zafu, dans un silence de mort, comme des anachorètes. Cette partie, où Carrère reprend le projet d'écrire un petit livre « souriant et utile » sur le yoga, est longue et tortueuse, pour ne pas dire laborieuse, près de 150 pages, mais elle sert d'amorce au vrai sujet du livre qui est la dépression — et les moyens de s'en sortir.

    Carrère était parti pour une semaine d'isolement dans la campagne du Morvan. Mais comment échapper aux autres et à la société ? Impossible. En janvier 2015, les frères Kouachi assassinent à la kalachnikov toute la rédaction du journal Charlie hebdo. On alerte aussitôt Carrère, ami d'une des victimes, Bernard Maris. Et le voilà repris par l'agitation du monde.

    images-6.jpegQue se passe-t-il dans les semaines qui suivent ? On ne le sait pas. Mais Carrère plonge peu à peu dans une dépression sévère, si sévère qu'il est interné à Saint-Anne. Ces pages centrales, les plus fortes du livre, sont aussi une sorte de reportage aux confins de la folie et de la mort. Carrère est bourré d'analgésiques et subit 14 séances d'électrochocs. Comment s'en sort-il ? On ne le sait pas vraiment. De jour en jour, son état s'améliore et on le laisse sortir. C'est une résurrection.

    Pour échapper à la tentation du repli, éviter de broyer des idées noires, Carrère quitte ses amis sur une île grecque où il passe l'été pour aller donner des cours de langue sur une île voisine, où accostent chaque jour des centaines de migrants. Le livre change encore une fois de ton et de focale. On retrouve ici le narrateur de D'autres vies que la mienne***, qui porte sur les autres son regard et son souci. Son récit, ses portraits (l'américaine Frederica, les garçons à qui il enseigne les rudiments du Tai-Chi), son reportage sont saisissants de vérité et d'humanité. Il y a plusieurs manières de sortir de la dépression : la méditation, les médicaments, mais aussi l'ouverture aux autres. Dans son livre, Carrère les explore les uns après les autres, toujours en quête de cette unité, cette sérénité, cet émerveillement qui lui manquent.

    Mais les ténèbres ne sont jamais loin. En janvier 2018, l'éditeur Paul Otchakovski-Laurens (POL) meurt dans un accident de la route. C'était l'ami fidèle de Carrrère depuis trente ans, son soutien et son confident. Pour qui écrire désormais ? Et pourquoi ? Le livre, fait un peu de bric et de broc, s'achève sur cet hommage à son ami. La dépression est vaincue, mais les chiens noirs rôdent encore autour de lui. On n'est jamais à l'abri de leurs morsures — Carrère le sait mieux que personne.

    * Raphaäel Enthoven, Le Temps gagné, roman, l'Observatoire, 2020.

    ** Emmanuel Carrère, Yoga, POL, 2020.

    *** Emmanuel Carrère, D'autres vies que la mienne, Folio, 2009. 

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  • Branlette ou levrette?

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    Par Pierre Béguin

    Il y a quelques mois encore, j’aurais opté pour la blague. Aujourd’hui – et c’est bien cela le plus grave – l’information me semble crédible tant elle s’inscrit parfaitement dans le délire du temps: il paraît qu’on vient de franchir un nouveau pas dans l’escalade des «gestes barrières» – comme on les appelle – au temps du Covid-19. Bon! C’est au Canada, me direz-vous! Mais à considérer toutes les sottises qui franchissent allègrement l’Atlantique, on peut légitimement s’inquiéter.
    Or donc, la responsable de la santé publique du Canada, une certaine Dr Theresa Tam, suggère qu’en temps de pandémie, les couples devraient éviter de s’embrasser et faire en sorte que leurs «visages ne se touchent pas ou ne soient pas près l’un de l’autre en cas de rapports sexuels». Dans la foulée, elle recommande même aux couples de porter un masque durant l’«acte»:
    «Les relations sexuelles peuvent être compliquées pendant la pandémie de Covid-19» indique-t-elle dans un communiqué, avant d’ajouter sans rire: «Les activités sexuelles les moins risquées pendant que sévit la Covid-19 sont celles où vous êtes seul».
    Bref, vous l’avez compris: pour les Canadien-ne-s, l’alternative c’est branlette ou levrette. Des millions de pratiquant-e-s en position «modus animalis», renommée pour la circonstance position Covid-19. Quel bel alignement! C’est notre bon Docteur Knock qui va être content.
    Je ne sais pas pour vous, mais moi, dorénavant, je crois que plus jamais je ne regarderai un Canadien – et surtout une Canadienne – avec les yeux d’antan. Et puisque là-bas, le sport national est le hockey, je suggère à cette bonne doctoresse Theresa Tam de recommander pour exécuter l’«acte», tout en conservant préservatif et masque bien entendu, l’utilisation systématique de la canne de hockey, au maniement de laquelle les Canadiens sont reconnus comme des experts, et qui permettrait aux visages non seulement de ne point se toucher mais surtout aux corps de maintenir la fameuse distance de 1,50 mètre imposée bientôt dans tous les manuels de sexologie outre-Atlantique.
    En de telles circonstances, pour de telles pratiques, je me demande si, en Suisse, nos autorités ne seraient pas bien avisées de recommander «incessamment sous peu» l’usage du cor des alpes. Songez que c’est tout un pan de l’économie suisse qu’on pourrait ainsi redresser, si je puis dire!
    En v’là une bonne idée! Merci qui?

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  • Angoisse et tremblements (Serge Bimpage)

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    images-2.jpeg

    par Jean-Michel Olivier

    Cinq ans après La peau des grenouilles vertes*, un polar inspiré par l'affaire de l'enlèvement de Joséphine Dard, Serge Bimpage, ancien journaliste au Journal de Genève, à l'Hebdo et à la Tribune de Genève, nous donne Déflagration**, son livre le plus abouti. Brassant une multitude de thèmes d'actualité (le réchauffement climatique, le mouvement #MeToo, le confinement, la collapsologie), il construit un roman riche et fort qui tient le lecteur en haleine d'un bout à l'autre de ses 500 pages.

    Impossible de raconter les détails de cette déflagration sans risquer de jouer les spoilers! Il faut laisser au lecteur le plaisir de se faire mener en bateau, si j'ose dire, par une écriture alerte et surprenante qui vole de péripéties en rebondissements, multiplie les personnages et les intrigues, passe au scanner nos peurs et nos fragiles émotions.

    images-3.jpegSolidement construit en trois parties (avant, pendant, après), le roman suit les méandres et les doutes de Julius Corderey, professeur d'Histoire à l'Université de Genève et auteur d'un livre qui a fait date, autrefois, Une île au milieu de l'Europe (livre, par ailleurs, dont on ne saura rien). Mais la gloire est lointaine et fugace. Il ronge aujourd'hui son frein entre une épouse, la riche Inès, dont il passe son temps à se séparer, une assistante slave qui lui réservera quelques surprises, des étudiants médiocres et une mère, Amélie, qu'il a reléguée dans un EMS de luxe. Sa vie est une fragile construction qui menace à chaque instant de s'écrouler.

    Et, bien sûr, c'est ce qui se passe!

    Mais pas de la manière attendue. La première partie, menée tambour battant, repose sur un constat d'échec (sentimental et professionnel). C'est aussi un coup de semonce. Une sorte d'avertissement qui permet à notre professeur, « un peu réac et passéiste » de se réveiller et de trouver la force de se reconstruire, comme on dit aujourd'hui.

    C'est alors que la catastrophe survient, parfaitement imprévisible (et à vrai dire quelque peu improbable). Le terre se réveille brusquement et se révolte. Le Petit-Pays, bâti sur une ancienne et profonde faille géologique est pris de soubresauts. Et des torrents de lave se déversent sur le plateau, formant une sorte de bouchon sur le lac de Constance et menaçant d'inonder les grandes villes du pays.images-4.jpeg L'hypothèse est séduisante (même si elle est fragile) et parfaitement d'actualité. Car cette menace conduit les autorités, pour protéger la population, à imposer un confinement qui ressemble beaucoup à ce que nous avons vécu (le roman de Bimpage, commencé il y a plusieurs années, a été rédigé avant la saga du Covid-19 et montre qu'une fois de plus les écrivains sont en avance sur leur temps !). Cette deuxième partie, qui ramènera Corderey dans le village de son enfance, Marmottence, au cœur du pays d'En-Haut, creuse à la fois l'angoisse de la catastrophe imminente et le besoin de retrouver des racines et un socle solide à sa vie (il est « confiné » dans le chalet d'Amélie et retrouve les gestes et les émotions d'autrefois). En plus d'une réflexion sur les changements climatiques, Bimpage aborde le thème des réfugiés, étrangers au petit village, qui viennent chercher refuge à Marmottence. 

    Quelle conclusion apporter à ce roman touffu et très hégélien (thèse, antithèse, synthèse) ? Après tant de bouleversements, comment ce brave professeur Corderey va-t-il réagir ?

    Il a beaucoup changé, comme tous les habitants du Petit-Pays. Il a tenté de faire de l'ordre dans sa vie en se débarrassant du superflu ou du superficiel. L'après va-t-il ressembler à l'avant ? Ce serait dramatique. On sent Bimpage partagé entre son désir de changement (tout recommencer à zéro) et son aspiration à revenir à la vie d'avant (une vie somme toute routinière et bourgeoise). Il y a bien quelques lignes de fuite, en particulier du côté des collapsologues qui se réunissent en secret à Marmottence pour préparer la fin du monde. Mais on sent que l'auteur n'y croit pas. Pas plus qu'il ne croit au retour au status quo ante. Cette conclusion laisse le lecteur dans l'expectative et le renvoie à ses propres interrogations. 

    C'est un livre important que ce Déflagration de Serge Bimpage — un livre qui ne laisse pas le lecteur indemne et fait trembler en lui des peurs très anciennes et irraisonnées. L'auteur y a mis beaucoup d lui-même et il ne triche pas. Ses personnages nous accompagnent encore bien après que l'on a refermé le roman. 

    Une réussite.

    * Serge Bimpage, La Peau des grenouilles vertes, roman, éditions de l'Aire, 2015.

    ** Serge Bimpage, Déflagration, roman, éditions de l'Aire, 2020.

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  • Catastrophisme, désinformation et manipulation

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    Par Pierre Béguin

    Je viens d’entendre à la radio qu’Emmanuel Macron rencontrait la Chancelière Angela Merkel pour (selon le journaliste) «parler de la deuxième vague de Covid qui se répand en Europe et dont la réalité ne fait maintenant plus aucun doute».
    Ah, bon !
    Il faudra bien un jour que la presse dite «officielle» rende des comptes. Ses choix éditorialistes qui donnent systématiquement, et sans aucun recul ni aucune analyse, un écho démesuré à toute forme de catastrophisme, non seulement la placent à des années lumières de sa fonction essentielle d’information, mais la rendent responsable de nouvelles maladies psychiques qui se répandent parmi la population plus certainement que le virus dont elle fait ses gros titres et ses choux gras.
    Tout journaliste suisse qui voudrait faire correctement son travail d’information devrait pour le moins préciser ceci (tous les chiffres qui suivent sont tirés des statistiques de l’OFS) :
    «Sur les 100 derniers jours, soit depuis le 10 mai 2020, nous avons enregistré officiellement 74 morts du (ou avec le?) coronavirus, soit 1641 au 10 mai contre 1715 au 20 août (précisons que le 70 % de ces décès correspond au taux moyen de mortalité, soit plus de 80 ans). Ce qui fait, selon le pire des scénarios, 0,74 décès par jour. Sachant que la moyenne quotidienne du taux de mortalité en Suisse en 2019 était de 185 morts (chiffre arrondi), par comparaison avec l’année précédente, le taux de mortalité dû au Covid, au pire, est de 0,4 % sur ces 100 derniers jours.»
    Ce travail évident étant fait (j’y ai consacré une quinzaine de minutes), quel journaliste honnête pourrait encore annoncer une deuxième vague de pandémie sans que son nez ne s’allongeât ? Une deuxième vague qui nécessiterait le retour de mesures strictes proches du confinement mais qui n’excède pas 0,4 % du taux de mortalité ? Allons donc ! Les journalistes font-ils encore leur travail on se contentent-ils de recopier les dépêches ? Optent-ils systématiquement pour le catastrophisme dans le but de booster des ventes ou des audiences, et, donc, des revenus publicitaires qui ont fondu comme peau de chagrin ? Sont-ils à la solde de… ? Un peu de tout ça et d’autres ingrédients encore. Peu importe. La presse dite «officielle» est en train de perdre toute crédibilité et je crois qu’elle ne s’en remettra pas.
    Un épisode édifiant de ce parti pris «catastrophiste» peut être vu sur le lien suivant :


    https://www.youtube.com/watch?v=EFa9JHMFO9s&feature=youtu.be

    Une telenoticias espagnole fait sa une du titre «A Madrid, les cas de Covid se sont mulitpliés en 24 h». Pour accréditer l’affirmation que beaucoup de personnes ont été admises aux soins intensifs, la journaliste, en liaison directe avec l’hôpital d’El Escorial à Madrid, questionne le Dr Luis de Benito dont elle souligne d’entrée les compétences. Sauf que ledit docteur commence par réfuter les allégations alarmistes de la journaliste (dont toutes les questions, bien entendu, ont été formulées dans le sens du catastrophisme). L’hôpital en totale saturation ? Non, répond le médecin, «la semaine dernière nous n’avions personne ; depuis seuls trois cas ont été admis». Avant d’anticiper les questions et d’affirmer : «on provoque la confusion en annonçant que les cas de Covid augmentent, mais ce n’est pas vrai ; il y a simplement beaucoup plus de tests, et être testé positif ne veut pas dire qu’on est malade. Nous sommes en état d’alerte mais pas en état d’urgence». Et sur la question du vaccin : «Il est toujours très rentable de parler du vaccin, surtout après avoir inoculé la peur pour faire croire qu’il est nécessaire parce qu’il faudra bien le vendre. La question est de savoir, non seulement s’il est sans danger, s’il est efficace, mais aussi s’il est vraiment nécessaire».
    A ce stade de l’interview, le malaise devient évident. La journaliste, désarçonnée, commence à bafouiller ses questions. Le médecin en remet une couche : «La première chose à faire est de se vacciner contre la peur, parce que toute la panique sociale que l’on provoque nous laisse, nous médecins, perplexes». Et Luis de Benito, qu’on ne reverra plus de sitôt sur les écrans espagnols, de s’emballer : «Les quelques trois cents médecins avec lesquels je suis en contact dans le territoire espagnol l’ont bien compris : il s’est mis en place une manœuvre pour confiner tout le monde en septembre en faisant croire aux gens qu’ils se sont comportés comme des irresponsables pendant l’été. C’est une stratégie intéressante parce que c’est plus rentable que personne ne soit reçu par des médecins dans les centres de soins primaires qu’on ferme...»
    La journaliste est comme crucifiée. Son collègue, s’avisant qu’ils ont perdu le contrôle de la situation, prend le relai. Le ton va monter jusqu’à ce que l’interview soit pratiquement interrompu…
    Visionnez cette interview. Elle dit tout, mieux que des mots ne sauraient le faire.
    Le fait demeure, entêté malgré ce qu’en disent les médias: aucun des événements qui annonçait une deuxième vague ne s’est vérifié jusqu’à maintenant; la courbe des décès reste plate depuis juin dans tous les pays européens, même en Suède (ce qui n’est évidemment pas le cas en Amérique du Sud, par exemple); mieux : en Angleterre, les scientifiques viennent de retirer des statistiques 5000 décès, estimant que ces derniers ont été comptabilisés indûment (sur 45000 décès, cela fait tout de même plus de 10%). Il ne serait pas étonnant que d’autres pays européens lui emboîtent le pas, tant on ne voit pas pourquoi l’Angleterre devrait faire exception en la matière.
    Il demeure donc évident que la presse confond sciemment – à l'image de notre téléjournal madrilène – l’augmentation des cas positifs (en relation logique avec l’augmentation des tests) et l’augmentation de patients malades, voire hospitalisés, alors qu’il s’agit pour l’essentiel de forme de sujets jeunes, asymptomatiques, tout cela dans le but d’instrumentaliser ou de politiser les statistiques, de formater des comportements déterminés en imposant d’autres schémas de pensée.
    Avec la soi-disant deuxième vague de Covid, nous sommes, bien loin de la prévention, en pleine manipulation. Avec la complicité de la presse qui croit y trouver son compte...

     

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  • La Vie suprême

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    Par Pierre Béguin

    C’est un récit aux fortes intonations ramuziennes auquel nous invite Alain Bagnoud dans son dernier livre La Vie suprême. Même ancrage dans la chronique locale, en l’occurrence valaisanne, dans les coutumes claniques, dans le rejet de la différence ; même impossibilité de communiquer dans un cadre qui ne valorise que le poids des traditions et des habitudes ancestrales ; même univers fermé, comme une sorte de clôture naturelle que la montagne sépare de l’extérieur ; même jeu dialectique dans les comparaisons dont la fonction essentielle est de souligner cette hantise de l’abstrait chez des personnages qui s’efforcent de conjurer l’angoisse de l’inconnu, de tout ce qui les dépasse, à grands renforts de comparés familiers, concrets, accessibles à l’entendement ; même ressort narratif, enfin, qui consiste à faire basculer un microcosme pris dans la gangue d’un immobilisme séculaire par l’intrusion d’un élément extérieur susceptible de bouleverser son équilibre, pour le moins de le menacer.

    Dans l’excellent roman d’Alain Bagnoud, cet élément extérieur est un personnage mythique du Valais auquel l’auteur avait déjà consacré un livre: le célèbre Joseph-Samuel Farinet, dont Bagnoud (une fois de plus) va égratigner la légende, au grand dam (une fois de plus) des thuriféraires du fameux faux-monnayeur qui ne manqueront pas de s’en indigner. Pourtant, Farinet n’est pas le personnage principal de ce roman, quand bien même, par son opportunisme, son égoïsme, sa vanité, son art de la manipulation, il tisse le drame qui se déroule sous nos yeux.
    En réalité, il y a deux personnages principaux: tout d’abord Besse, amputé de son prénom comme un signe de rejet par une société qui méprise l’enfant «né tout en bas», presque sans terre, avec une seule vache et un potager. Et Laurence («la fille Puenzier»), réduite, elle, à son seule prénom pour avoir «été avec un garçon»; Laurence, honte de la famille, méprisée par le village, contrainte de se cacher, de raser les murs ou de marcher tête baissée quelques mètres derrière ses parents pour aller s’agenouiller à l’église sur la marche qui mène à l’abside.
    La Vie suprême, c’est l’histoire de ces deux jeunes rejetés, destinés à se rencontrer et à s’unir pour se frayer, parmi les ostracismes et les humiliations dont ils sont victimes, un chemin vers une existence susceptible d’accueillir un avenir animé de rêves légitimes.
    L’intonation très ramuzienne de ce petit roman n'est pas, et de loin, son unique qualité.A découvrir.

    Une réussite.


    https://rich-v01.bluewin.ch/cp/applink/mail/Downloader?dhid=attachmentDownloader&messageId=35945&accountName=pierrebeguin%40bluewin.ch&folderPath=INBOX&contentDisposition=inline&attachmentIndex=0&contentId=image003.jpg%4001D670C3.8D795100&contentSeed=77d47&pct=d9126&d=bluewin.ch&u=1456507735#

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  • Tous au lit!

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    Par Pierre Béguin

    En France, la Convention citoyenne pour le climat a dévoilé récemment ses 150 propositions pour répondre à l'urgence climatique. Logement, consommation, institutions, agriculture, numérique, les 150 membres de la Convention proposent des changements radicaux à tous les niveaux.

    Attention! Tous au lit! comme dirait le bon Docteur Knock. Parce que là, c’est du sérieux. Surtout lorsqu’on constate que la majorité de ces propositions commencent par des verbes ou expressions comme «contraindre» «obliger» «interdire» «réformer» «changer en profondeur» «prendre des mesures coercitives» «adopter des mesures fortes» «renforcer les contrôles» «utiliser les leviers de...» «inciter à limiter» (ah! Tiens! une expression acceptable), etc. Et le bon peuple, je le crains, s’apprête à accueillir ces mesures sans distance critique, comme une bénédiction salvatrice incontournable.

    L’Empire du Bien, comme l’appelait Philippe Muray, est en passe d’obtenir ce qu’aucun pouvoir, aucune armée, aucun terrorisme n’a jamais obtenu: l’adhésion spontanée des masses à "l’intérêt général" jusqu’au sacrifice des intérêts particuliers et des libertés démocratiques, la soumission volontaire de tant d’esclaves accueillant avec ravissement une dose supplémentaire de servitude. La langue française disposait d’un mot tombé en désuétude pour désigner ce phénomène: le pharisaïsme (un pharisien est une personne si convaincue de son état de grâce qu’elle s’en trouve justifiée d’intervenir à répétition dans la vie des autres).

    «Quand nous serons devenus moraux tout à fait au sens où nos civilisations l’entendent et le désirent et bientôt l’exigeront, je crois que nous finirons par éclater tout à fait aussi de méchanceté. On nous aura laissé pour nous distraire que l’instinct de destruction», prétendait Céline il y a déjà près d’un siècle. Céline connaissait son Pascal. Qui veut faire l’ange fait la bête, le Bien devenu impérialiste réveille les pulsions primaires et produit toujours les pires désastres, c’est là sa fatalité.

    En attendant grimpe dans le TGV de la répression toute une litanie de bons sentiments. Une cohorte de mièvreries niaises dégoulinent dans les médias et sur les pavés des villes du monde entier. L’ignoble concept américain du Politically Correct, ce pharisaïsme moderne, entraîne avec lui, en même temps qu’il les justifie, la délation publique, l’ostracisme, l’uniformisation des modes de pensée, le dressage obscène des masses, le révisionnisme, la haine du passé, l’instauration d’un ordre mondial dictatorial, l’adoration béate de la jeunesse, l’effacement de l’esprit critique, la toute-puissance de l’émotion sublimée par la communion des foules dans le meilleur des mondes abominablement gentils...

    Et pourtant! Ce n’est pas faute d’avoir été prévenus. Relisons quelques classiques avant que la bienpensance en ait fait des autodafés au nom du Bien avec l’impunité souveraine que procure le bouclier des bonnes causes (oui, ça a déjà commencé…). Par exemple:

    «Le personnage d’homme de bien est le meilleur des personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui» (Molière, Dom Juan)

    «La bienfaisance est plutôt un vice de l’orgueil qu’une véritable vertu de l’âme.» (le Marquis de Sade)

    Eh oui! Ce n’est pas parce que le cancer du poumon est un danger réel que l’on a pourchassé les fumeurs avec tant de férocité. Ce qui motive d’abord la répression, c’est le plaisir de réprimer, indissociable de la jouissance que procure l’exercice du pouvoir. Un plaisir nourri d’autant plus d’allégresse qu’il s’avance derrière le bouclier d’une cause indiscutable. Tant de délires démiurgiques, pourtant facilement identifiables, qui se cachent derrière tous ces étendards dressés au nom du Bien!

    Allez! Tout le monde au lit! aurait dit Knock. Relisons pour conclure cette fameuse tirade de l’Acte III, scène 6, où se révèlent les rêves de pouvoir de celui qui se prétendait, il y a un siècle, le démiurge de la modernité, du progressisme, avec tous les échos dont notre actualité fait vibrer ses mots:

    «Vous me donnez un canton peuplé de quelques milliers d’individus neutres, indéterminés. Mon rôle, c’est de les déterminer, de les amener à l’existence médicale. Je les mets au lit, et je regarde ce qui va pouvoir en sortir: un tuberculeux, un névropathe, un artério-scléreux, ce qu’on voudra, mais quelqu’un, bon Dieu! Quelqu’un! (… Il remonte vers le fond de la scène et s’approche d’une fenêtre) Regardez un peu ici (…) c’est un paysage rude, à peine humain, que vous contempliez. Aujourd’hui, je vous le donne tout imprégné de médecine, animé et parcouru par le feu souterrain de notre art. La première fois que je me suis planté ici, je n’étais pas trop fier; je sentais que ma présence ne pesait pas lourd. Ce vaste terroir se passait insolemment de moi. Mais maintenant, j’ai autant d’aise à me trouver ici qu’à son clavier l’organiste des grandes orgues. Dans deux cent cinquante de ces maisons, il y a deux cent cinquante chambres où quelqu’un confesse la médecine, deux cent cinquante lits où un corps étendu témoigne que la vie à un sens, et grâce à moi un sens médical. La nuit, c’est encore plus beau (…) Le canton fait place à une sorte de firmament dont je suis le créateur continuel. Et je ne vous parle pas des cloches. Songez que, pour tout ce monde, leur premier office est de rappeler mes prescriptions; qu’elles sont la voix de mes ordonnances. Songez que, dans quelques instants, il va sonner dix heures, que pour tous mes malades, dix heures, c’est la deuxième prise de température rectale, et que, dans quelques instants, deux cent cinquante thermomètres vont pénétrer à la fois...»

    Oui! Songeons-y, avant de nous enfiler toutes et tous, sans vaseline ni distance critique, en toute naïveté – et au nom même d’une bonne cause devenue subitement si urgente qu’elle justifierait, pour ses prosélytes, une dictature mondiale –, le thermomètre de cent cinquante propositions coercitives là où ce n’est pas forcément agréable...

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  • Pandémie: parlons chiffres

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    Par Pierre Béguin

    ...En l’occurrence ceux de l’Office fédéral de la statistique dont on peut supposer qu’ils sont fiables.

    L’OFS a recensé les décès survenus en Suisse jusqu’à la 19e semaine de l’année 2020, soit jusqu’au dimanche 10 mai. On en comptabilise à cette date 26590, contre 26190 pour la même période en 2019, soit 400 décès de plus. Précisons qu’en 2019, on recensait 67307 personnes décédées en Suisse, toutes causes confondues.

    En général, la courbe des décès en 2020 est inférieure à celle de 2019 jusqu’à la 11e semaine, soit jusqu’au 14 mars. Ensuite, et ce n’est pas une surprise, elle devient systématiquement supérieure jusqu’à la 17e semaine, soit jusqu’au 25 avril, avec une différence de 1531 décès. Ensuite, elle retombe, et même de manière assez nette durant la 19e semaine avec 183 décès en moins dans cette seule période du 4 au 10 mai.

    Toujours à cette même date du 10 mai, on recensait officiellement 1631 personnes décédées du covid en Suisse, soit 6,13% des décès, contre 27900 guérisons. Il faut préciser que, sur ces 1631 cas, le 70% concerne des personnes âgées de plus de 80 ans, soit une tranche de vie qui correspond à l’espérance de vie moyenne de la population. Ce qui veut dire que 543 personnes âgées de moins de 80 ans sont décédées du virus, soit 2,04% des décès (a-t-on par ailleurs déterminé si elles étaient mortes du – ou avec le – virus?).

    Cela dit, la raison d’être des statistiques, c’est justement de vous donner raison. Chacun trouvera donc dans ces chiffres de quoi conforter son opinion. Certains y verront la preuve de l’utilité d’un confinement qui a considérablement limité «la casse». D’autres, la preuve de l’aberration de mesures qui ont mis à mal des pans entiers de l’économie et précarisé des dizaines de milliers de personnes pour lutter contre une pandémie finalement pas si dévastatrice si l’on s’en tient aux chiffres, et qui, pour l’essentiel, ne concernait que des retraités. Quand bien même un mort, un seul s’il vous est proche, c’est déjà la terre entière… et ça n’a pas de prix!

    «Les statistiques sont vraies quant à la maladie, et fausses quant au malade; elles sont vraies quant aux populations, et fausses quant à l’individu», disait judicieusement Léon Schwartzenberg. Le vivant échappera toujours aux mathématiques, contrairement à ce qu’essaient de nous faire croire des modalisations alarmistes qui jouent sur la peur. Et les chiffres ne parlent pas la même langue selon l’angle par lequel on les interroge. Qu’on s’en souvienne quand, inévitablement, sonnera l’heure des comptes!

    En attendant – et c’est la seule opinion que j’émettrai dans ces lignes -, un peu de modestie ferait le plus grand bien à tous ces gourous de la science qui, opportunément ou habilement, - et quelle que soit leur religion – nous assènent leurs vérités contradictoires avec l’assurance d’une parole divine. Cette étrange période a élu ses idoles du prêchi-prêcha. Puissent-elles retourner dans l’oubli en même temps que la pandémie!

    Ah oui ! Puisqu’on parle opportunisme et chiffres, mais d’une toute autre nature, ceux-là, il me faut encore mentionner ce fait: sans surprise, on déplore dans le canton de Vaud les premières arnaques aux crédits coronavirus accordés aux entreprises. J’avais déjà entendu un type affirmer qu’il empocherait les 200.000,- francs accordés en prêt sans intérêt à son entreprise, qu’il mènerait grand train pendant une année ou deux avant de se mettre en faillite… et de repartir le cas échéant sous une autre raison sociale. Ce scénario va se généraliser dans toute la Suisse, c'est écoeurant mais c'est une certitude. A ce niveau, j’ai toujours trouvé nos autorités d’une consternante naïveté, malgré l’urgence. La garantie d’Etat, en l’occurrence, ce sera le contribuable…

     

     

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  • Paradoxe... ou les Compagnies d'assurance maladie au temps du coronavirus

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    Par Pierre Béguin

    «Le paradoxe est le moyen le plus tranchant et le plus efficace de transmettre une vérité aux endormis et aux distraits», affirmait un écrivain espagnol du siècle dernier (Miguel de Unamuno).

    Supposons qu’il ait raison. Et développons ce billet sur la base d’un paradoxe qu’il nous est facile d’observer: jamais au paroxysme de cette pandémie qui nous occupe à plein temps depuis deux mois les cabinets médicaux et les hôpitaux n’auront fonctionné si loin de leur capacité maximale; et, donc, jamais au pire temps de la maladie et du confinement que nous venons de traverser les assurances maladies n’auront fait autant d’économies.

    Quand ils ne furent pas simplement fermés, les cabinets médicaux fonctionnèrent entre 10 et 30% de leur capacité, les cliniques, et même les hôpitaux, à guère plus de 50%. Depuis deux semaines que les médecins ont reçu l’autorisation de pratiquer à temps plein, tous celles et ceux que j’ai interrogés – et cela fait un certain nombre – me disent la même chose: les patients potentiels sont encore frileux et les cabinets tournent à environ 50%. Et il faudra du temps pour qu’ils fonctionnent à 100%.

    D’autres constats sont encore plus surprenants. Ainsi a-t-on remarqué que les décès dus à des causes cardiaques ont diminué de moitié durant cette période (aurait-on, en partie du moins, imputé au virus la différence?). Et on pourrait allonger la liste de nos exemples. Le fait est que jamais la santé du citoyen suisse, en apparence et si l’on s’en tient aux seuls chiffres des consultations, n’a été aussi bonne qu’au temps du coronavirus.

    Ce paradoxe amène à nous questionner sur deux problématiques essentielles qu’il nous faudra bien empoigner avec l’énergie de la révolte, si nos politiques ne le font pas:

    1. Les économies vertigineuses effectuées par les compagnies d’assurance maladie, économies qui se prolongeront encore quelques mois, devraient logiquement aboutir, en fin d’année, à une baisse tout aussi vertigineuse de nos primes d’assurance, pour le moins à une ristourne significative. Dans le cas contraire, il y aurait à l’évidence escroquerie, qui plus est escroquerie couverte par la sphère politique.
    2. Les sommes hallucinantes qui constituent les fameux fonds de réserve plus ou moins occultes des assurances – et dont j’ai toujours prétendu qu’ils finiront par exploser dans un énorme scandale – devraient être, cette fois, sérieusement remises en question. On pouvait jusqu’alors justifier de leur importance par l’avènement de temps difficiles comme ceux que nous traversons en ce début d’année. Mais si l’expérience nous montre clairement l’inutilité de ces milliards de réserve face au problème même par lequel on justifie leur existence – car, j’en fais le pari, on ne prélèvera pas un rouge liard sur ces fonds de réserve, même pour éponger des primes que beaucoup de citoyens ne peuvent plus payer – lesdits citoyens devront logiquement se questionner sur la légitimité de ces fonds de réserve. Et sur le rôle joué par bon nombre d’élus dans ce qui menace de plus en plus de tourner un jour au scandale national.

    Et puisque j’ai commencé ce billet par une citation sur le paradoxe, je conclurai de même en citant cette fois Diderot: «Ce qui est aujourd’hui un paradoxe pour nous sera pour la postérité une vérité démontrée». A cette nuance près qu’il ne s’agira pas ici de «postérité». C’est aux citoyens suisses actuels, dans leur ensemble, y compris «les endormis et les distraits», qu’il faudra donner rendez-vous en fin d’année. Et cette fois, ce ne sera pas pour applaudir le corps médical, mais pour s’accorder un très sérieux droit d’inventaire…

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  • L'information volatile

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    par Jean-Michel Olivier

    Comment survivre dans l'océan d'informations qui nous submergent, chaque jour davantage, depuis le début de ce confinement qui tient tout à la fois de la prise d'otage (par l'État), de la séquestration et de la réclusion (en famille) ? Nous voilà assignés à résidence, pour une durée indéterminée, pour des motifs obscurs et contradictoires. Quel crime avons-nous donc commis ?

    images.jpegJ'aurais tant aimé croire à la fable chinoise du pangolin et de la chauve-souris, digne de La Fontaine, dont les amours coupables seraient à l'origine du satané virus qui nous oblige à restés confinés ! Hélas, en même temps que la fable  chinoise, une contre-fable a surgi, dans les états majors des grandes puissances (USA, France, Angleterre), pour  couper court à la première affabulation : selon le Pr Luc Montagnier, Prix Nobel de médecine en 2008 pour sa participation à la découverte du virus du Sida (quand même!), au départ de la pandémie il y aurait eu « une manipulation sur ce virus initialement présent chez la chauve-souris, mais auquel on a ajouté par dessus des séquences du VIH. Ce n’est pas naturel, images-1.jpegc’est un travail de professionnel, de biologiste moléculaire, d’horloger des séquences. Dans quel but ? Je ne sais pas (…). Une de mes hypothèses est qu’ils ont voulu faire un vaccin contre le Sida. » 

    Mince alors ! L'histoire du marché aux poissons de Wuhan est une belle légende, mais elle est fausse…

    Rassurez-vous, l'histoire n'est pas finie (avec le déluge d'informations qui est notre quotidien aujourd'hui, elle n'est jamais finie!).

    À peine le professeur Montagnier avait-il quitté son estrade qu'une multitude de contradicteurs, armés de scuds surpuissants, l'ont abattu en plein vol !

    Exemple : « La conclusion de ces recherches n’a pas de sens » déclare à l’AFP le virologue Etienne Simon-Lorière de l’Institut Pasteur à Paris. Pour lui, ces séquences « sont de tout petits éléments que l’on retrouve dans d’autres virus de la même famille, d’autres coronavirus dans la nature. Ce sont des morceaux du génome qui ressemblent en fait à plein de séquences dans le matériel génétique de bactéries, de virus et de plantes. »

    Et il ajoute, pour les poètes et les littérateurs, cette phrase qui donne à réfléchir : « Si on prend un mot dans un livre et que ce mot ressemble à celui d’un autre livre, peut-on dire que l’un a copié sur l’autre ? »

    Pour ma part, je n'ai jamais douté que les écrivains — sans distinction de genre, d'âge, de couleur ou d'origine — se soient toujours copiés les uns les autres, ne serait-ce qu'en se servant de la langue commune !

    Une pluie de scuds a déferlé sur le pauvre Luc Montagnier, accusé de tous les maux (incompétence, sottise, démence sénile, etc.).

    Quelle est la conclusion de cette plaisante et triste affaire ?

    1) Que la « communauté scientifique », si elle existe, ne parle jamais d'une seule et même voix. En sciences comme ailleurs, la vérité est fragile, complexe, contradictoire. Et donne toujours matière à polémique. Ce qui permet de mettre en doute, ne serait-ce qu'un instant, le discours des « experts » que l'on voit défiler sur les plateaux de télévision et qui n'expriment, en définitive, qu'une voix parmi d'autres. 

    2) L'information — la vraie comme le fausse, car dans cette nouvelle dynamique, pour le meilleur comme pour le pire, l'une ne vaut pas mieux que l'autre — est devenue volatile : elle ne dure qu'un instant. C'est une fleur éphémère qui ne fleurit qu'un jour. Il est donc difficile, sinon impossible, de bâtir quelque chose sur cette vérité volatile, puisqu'elle est aussitôt contredite et annulée par la vérité qui vient de sortir.

    Une fois encore, c'est au lecteur de faire son choix — ou son marché. Et, comme disait Lautréamont, on espère que le lecteur est sagace et bien réveillé ! 

    Ce sera tout pour aujourd'hui. Pour vivre cachés, vivons heureux ! Je retourne aux lilas et aux genêts de mon jardin dont je ne veux pas manquer l'extraordinaire floraison.

  • Le virus malin de l'information

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    par Jean-Michel Olivier

    S'il met à mal l'économie mondiale, ce maudit #coronavirus est une bénédiction pour les chaînes d'information publique, qui n'ont jamais connu une telle audience. La radio, comme la télévision, peuvent donner le maximum de leurs forces (qui sont immenses) dans la journaux télévisés et les émissions spéciales. À ce propos, on ne remerciera jamais assez les journalistes qui vont sur le terrain prennent des risques et surmontent des montagnes d'obstacles pour remplir leur devoir d'informer. 

    En revanche, on le sait, la presse écrite vit des jours difficiles. Certains journaux — surtout régionaux et associatifs — sont près de déposer leur bilan (les salaires ne seront plus assurés en avril). Pourtant, comme les radios et télévisions de Service public, ils font de l'excellent travail. Alors pourquoi ?

    images.jpegCe satané virus a mis à mal des pans entiers de l'économie. Certains s'en réjouissent : cela marque une pause dans notre désir de croissance effrénée et permet à la nature (et à l'homme) de reprendre ses droits. D'autres s'en inquiètent, car ils en voient les conséquences.

    Le problème, c'est que dans une société de plus en plus interconnectée, sans règle, ni frontières, tout le monde est aussi interdépendant.

    rendez-vous-majeur-qui.jpgPrenons un exemple simple : l'annulation du Salon de l'auto. Les écolos ont applaudi des deux mains, comme les ennemis jurés de la voiture. Or, ce Salon génère, bon an, mal an, près de 250 millions de retombées économiques. Le Salon de l'auto apporte une manne publicitaire indispensable aux journaux de la place (le mois de mars est habituellement le meilleur mois de l'année pour la publicité). Or, cette année, rien, pas un placard, pas une annonce. Perte sèche abyssale. Les cafetiers, hôteliers, taxis, etc. connaissent la même pénurie, comme beaucoup d'indépendants.

    Dans le domaine culturel aussi, l'arrêt brutal de toute activité (théâtre, opéra, danse, concerts, expositions) entraîne logiquement l'annulation de toute publicité. Et donc, à moyen ou long terme, la mort des journaux papiers.

    Une fois passée l'angoisse virale, nous pourrons réfléchir aux moyens d'aider cette presse qui se bat pour nous informer et qui est devenue aussi précieuse que notre pain quotidien. Voulons-nous encore des journaux de qualité ? En avons-nous vraiment besoin ? Les questions sont nombreuses. Mais il ne faudra pas attendre trop longtemps pour se les poser.

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  • Josette Bauer, femme fatale en cavale (Pierre Béguin)

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown-2.jpegPierre Béguin aime les affaires au carrefour du droit, du fait divers et de la littérature. Il s'était déjà penché sur l'affaire Jaccoud, qui défraya la chronique judiciaire dans les années 50, et en avait tiré un très bon roman, Condamné au bénéfice du doute*, couronné par le Prix Édouard-Rod en 2016. Ensuite, il s'était inspiré d'un fait divers colombien, mêlant trafic d'organes et guerre des gangs, pour nous donner un roman baroque, Et le mort se mit à parler**. Aujourd'hui, il réinvente, à la suite d'une enquête minutieuse, la fameuse « affaire Josette Bauer », dont certains Genevois se souviennent encore.

    Le résultat ? La Scandaleuse Madame B.***, un roman sulfureux et détonant, très au-dessus de ce qui se publie d'ordinaire en Suisse romande.

    detective-n-740-du-02-09-1960-josette-bauer-rehabilitation-de-pierrre-jaccoud-1007653656_ML.jpgRappelons les faits : en 1957, Josette Bauer, une jeune femme genevoise qui aime les fêtes et la belle vie, se voit accuser de complicité dans le meurtre, assez atroce, de son père. Ce n'est pas elle qui l'a tué, mais son mari, Richard Bauer, un homme très faible, mais amoureux, pris à la gorge par ses soucis financiers. A l'heure du meurtre, Josette se trouve dans une boite de nuit de Rolle en train de faire la bamboula avec son amant. Josette n'a pas tué, mais très vite elle va devenir, aux yeux des jurés et des journalistes, l'instigatrice du meurtre, celle qui a incité son mari à tuer son père. Après une longue enquête, dont Béguin reconstitue minutieusement chaque détail, le couple est arrêté. Le mari passe aux aveux. Déjà condamnée par la vox populi, Josette écope de plusieurs années de prison. Elle sera emprisonnée en Suisse alémanique et purgera, en détenue modèle, la presque totalité de sa peine. Pourquoi « presque » ? Eh bien, à quelques mois de sa libération, Josette s'évade !

    La plus grande erreur de sa vie, avoue-t-elle. Mais aussi le début d'une fantastique épopée…

    Pendant plusieurs années, on perd la trace de la « scandaleuse Madame B. ». Josette vit en cavale, se fait refaire le visage (l'opération de chirurgie esthétique, réalisée clandestinement à Paris, tourne à la boucherie), vit d'expédients. Béguin suit cette femme ordinaire au destin extraordinaire à la trace, comme s'il vivait dans son ombre. L'Algérie, puis l'Espagne : autant d'étapes d'une cavale douloureuse. A chaque fois, dirait-on, l'histoire se répète : alors qu'elle tâche de refaire sa vie dans le milieu de l'équitation (elle a toujours eu la passion des chevaux), Josette est obligée de fuir, en perdant tout à chaque fois, comme si un destin funeste s'acharnait sur elle.

    On retrouve sa trace aux États-Unis, en Floride plus précisément, dans les années 60, où l'audacieuse Genevoise est arrêtée, avec son complice, alors qu'elle transporte, cachés dans son corset, deux kilos d'héroïne. Nouveau procès (expéditif). Nouvelle condamnation. Unknown-3.jpegJosette — qui entretemps a changé d'identité et s'appelle maintenant Jean Baker ! — conclut un marché avec la police américaine à qui elle livre les noms de plusieurs trafiquants de drogue européens — des gros bonnets qui forment le fameux réseau de la French Connection (rien que ça!). Une fois encore, Josette s'évade pour recommencer sa vie ailleurs, dans l'anonymat et la clandestinité. L'histoire n'est pas finie. Elle connaîtra encore bien des rebondissements. Mais j'en ai déjà trop dit…

    Le roman de Béguin est écrit à deux voix. Deux styles. Deux rythmes différents. La voix du narrateur, factuelle et sûre d'elle-même. Et la voix suraiguë, un peu flûtée,  très vite reconnaissable, de l'écrivain américain Truman Capote qui se passionne pour cette affaire. Deux styles, donc, deux voix et deux rythmes. Tandis que le narrateur fonce et enchaîne les faits sur un rythme soutenu, la voix de Truman Capote marque une pause, un temps de réflexion, une méditation sur le destin de Josette et l'œuvre à venir (car Capote rêve d'écrire LE grand livre sur l'affaire Bauer, un livre qui établira définitivement son génie d'écrivain). images.jpegC'est le tour de force de ce livre que de faire alterner ces deux voix si différentes, chacune allant sa propre allure. Le narrateur décrit les faits, comme un policier ou un historien, et Capote les éclaire, les interroge, les passe au scanner de son propre regard. Réussite absolue. Pour nous faire entendre la voix de Capote, Béguin nous livre une partie (inventée) de sa correspondance. Capote écrit à ses amis, nous fait part de ses soucis de santé et tient au vitriol la chronique de ses sorties mondaines. C'est un délice que de le suivre à travers le monde (Capote voyage beaucoup) et de croiser au fil des pages Jackie Kennedy, les Rolling Stones, la famille Agnelli et quelques autres people

    __multimedia__Article__Image__2020__9782226444974-j.jpgAvec La scandaleuse Madame B., Pierre Béguin nous donne sans doute son meilleur livre, le plus abouti, le plus inventif et le plus ambitieux. Il place la barre très haut et relève brillamment le défi de raconter le destin extraordinaire d'une « petite » Genevoise, insouciante et délurée, dont la vie est une perpétuelle fuite en avant — une tentative désespérée de se sauver. Car au cœur du roman de Béguin, il y a la question du crime et de la rédemption. Peut-on se racheter d'un crime que l'on n'a pas commis ? (Josette a toujours nié est coupable du meurtre de son père) ? Comment refaire sa vie ? A-t-on droit à une seconde chance ? Et au droit à l'oubli ?

    Pierre Béguin brasse toutes ces questions et laisse le lecteur décider par lui-même du verdict de cette scandaleuse affaire.

    * Pierre Béguin, Condamné au bénéfice du doute, roman, Bernard Campiche éditeur, 2016.

    ** Pierre Béguin Et le mort se mit à parler, roman, Bernard Campiche 2017.

    *** Pierre Béguin, La scandaleuse Madame B., roman, Albin Michel 2020.

    Lien permanent Catégories : Lettres, Lettres romandes 0 commentaire
  • Manifeste pour l'égalité

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    Par Pierre Béguin

    En ce dimanche 8 mars, jour de la femme, il nous semble judicieux d’apporter notre contribution au combat pour l’égalité par une modeste proposition à Sandrine Salerno, comme le fit en son temps Jonathan Swift à la Cour d’Angleterre.

    Comment pourrions-nous oublier la merveilleuse initiative de notre militante visant, par une féminisation des panneaux de signalisation, à une meilleure appropriation par les femmes du domaine public? Si cette initiative a rapidement bouleversé notre perception du problème et fait littéralement bondir la cause des femmes au point que nous pouvons d’ores et déjà parler d’un avant et d’un après Salerno, il appert que notre élue a oublié le remplacement d'un panneau essentiel au louable objectif qu'elle s'est fixé d’atteindre enfin une réelle égalité homme femme dans l’espace public. Omission que nous nous proposons de réparer par ce modèle - vous en conviendrez - d'une sobriété exemplaire:

    panneau5.jpg

    Ce panneau - tel est notre voeu - doit rappeler à tout le monde cette scandaleuse injustice qui voit les hommes occuper sans partage les travaux de terrassement. Oui, car derrière chaque pioche, chaque pelle, chaque marteau-piqueur ou bétonneuse, dans chaque chantier, chaque percement de tunnel, que des hommes! Aucune femme. Cette appropriation honteuse de l’espace public par le mâle, cet immonde acte d’ostracisme d’une moitié de la population aux dépens de l’autre, n’aura échappé à personne, comme nous espérons qu’elle n’a pas échappé à Sandrine Salerno. Puisse ce panneau réparer une injustice qui ne saurait se prolonger, en incitant toutes les femmes animées d’un idéal égalitaire à embrasser une profession pour l’instant entièrement phagocytée par une caste virile de toute évidence cisgenre, venue avec enthousiasme et parfois de très loin goûter égoïstement aux privilèges et à la fierté de construire la Genève de demain!

    Oui! La véritable égalité se mesure à l’aune de toutes les professions, ne l’oublions pas! Ne serait-il pas temps, à l’aube du XXIe siècle, que les femmes aient enfin le droit de participer à la construction et à l’entretien des routes, des tunnels, des chemins de fer qu’elles empruntent, ou des maisons – parfois luxueuses – qu’elles habitent, voire, pour certaines, des fitness ou des piscines où elles vont parfaire leur(s) forme(s)! 

    Il serait tout de même regrettable, dans la mouvance progressiste qui nous traverse, que des femmes ne sussent saisir une telle opportunité d'exercer un travail aussi primordial au bien-être de la cité et de ses citoyens, et ne pussent participer à une mission aussi essentielle au développement futur de notre pays en se voyant interdire d'investir massivement ces beaux métiers du terrassement qui nous font toutes et tous rêver, mais que seuls des hommes ont l’outrecuidance d’occuper.

    Oui! Comme le titre judicieusement Le Courrier sur ses manchettes, «L’heure du féminisme a sonné!». En ce sens, nous formulons le souhait que notre apport sémiologique contribuera à l’avènement de ce Grand Soir qui verra enfin l’égalité de tous les êtres dans l’espace public, sexes, genres ou nationalités confondues, et nous sommes convaincus que Sandrine Salerno, en tant qu’élue de gauche particulièrement sensible à tout forme d’inégalité, pour le moins donnera une suite concrète à notre modeste proposition, pour le mieux imposera rapidement des quotas dans ces intolérables bastions machistes que sont les métiers du terrassement– peu importe ce qu’il en coûtera aux contribuables. Sur ce plan, nous lui faisons entièrement confiance. Qu’elle en soit d'avance remerciée!

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  • L'affaire Polanski nous rend fous (et folles) !

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    par Jean-Michel Olivier

    images.jpegL'affaire Polanski rend fou : elle concentre en elle bien des passions incandescentes. Le néoféminisme, d'abord, teinté de misandrie et de politique, mais aussi la pédophilie, les violences sexuelles, sans oublier un élément déterminant, l'antisémitisme. Cela fait beaucoup pour un seul homme ! Mais cela explique aussi les vagues de haine, d'incompréhension et de bêtise que suscite cette « affaire » sur les réseaux sociaux. 

    On l'oublie bien sûr, car notre époque est amnésique, mais l'« affaire » a déjà fait un mort — au moins. Rappelez-vous, en octobre 2009, l'écrivain Jacques Chesseximages.jpeg (©photo de Patrick Gilliéron Lopreno), pris à partie, au sujet de Roman Polanski par un médecin du nord-vaudois (qui a courageusement pris la fuite), s'écroulait dans la bibliothèque du gymnase d'Yverdon, victime d'une crise cardiaque…

    À cette époque, j'avais consacré une chronique à cette « affaire » (lire ici), puis encore deux autres. Jamais je n'ai eu autant de commentaires (au total une centaine), mélangeant tous les aspects du scandale présumé, mais portant avant tout sur la question des violences pédophiles (d'innombrables témoignages de victimes abusées). Bien avant la vague #MeToo. Preuve que la parole des victimes ne demandait qu'à être entendue.

    Pendant dix ans, l'« affaire Polanski » s'est faite oublier. Or le feu couvait sous la braise. Le réalisateur a beaucoup travaillé. Mais il a fallu attendre J'accuse, un-poster-du-film-j-accuse-de-roman-polanski-photo-prise-le-13-novembre-2019_6251358.jpgun film magnifique qui tout à la fois dénonce l'antisémitisme et célèbre le courage de l'homme qui a osé défendre Dreyfus, pour qu'un nouveau scandale éclate. Je ne reviendrai pas sur ce nouveau lynchage qui a permis à certaines féministes excitées de réclamer qu'« on gaze » Polanski…IMG_3898-2.JPG

    Aujourd'hui, lors d'une misérable cérémonie des Césars, on se moque de sa taille (« un nain»), on écorche son nom (Jean-Pierre Daroussin), on oblige un comédien à faire le salut nazi sur scène (!). Pour rire, bien sûr. Une écrivaine néo-punk à la dérive, amoureuse des frères Kouachi, crache son venin dans Libération sur un réalisateur de films dont le talent la dépasse. On en revient aux bonnes vieilles méthodes en vigueur en Allemagne ou en URSS il n'y a pas si longtemps. Et cela ne scandalise personne…

    Vite ! Passons à une autre « affaire » !

    Par exemple l'affaire Josette Bauer, bien plus intéressante !

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  • Le souvenir est un poète

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    Par Pierre Béguin

    Ce mois de février très chaud a ravivé les mémoires. Et chacun de se souvenir avec nostalgie de ces périodes de février aux paysages blancs jusqu'en plaine, et d'agiter l'inévitable spectre de l'urgence climatique...

    Petit rappel donc: une connaissance m'envoie ces photos, toutes prises au même moment - en février - et au même lieu - Les Crosets, en dessus de Champéry, à 1675 mètres d'altitude, sur la piste de la pointe de l'Au pour être précis. Jugez-en!                                                                                

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    La dernière photo a été prise le 24 février 2020, au pic de chaleur. Imaginez qu'elle l'ait été le 26 février, après les fortes chutes de neige!

    Photos, mémoire... Le souvenir est un poète, comme l'écrivait Paul Géraldy. Dommage que le catastrophisme ambiant en fasse un mauvais historien!

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  • Quand Josette Bauer fascine Truman Capote...

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    par Corine Renevey

    download.jpgAprès deux récits autobiographiques, bouleversants d’humanité, Jonathan 2002⁠1 et Vous ne connaîtrez ni le jour ni l’heure⁠2, Pierre Béguin se tourne vers les grandes affaires criminelles qui ont secoué les tribunaux à la fin des années 50 : « l’affaire Pierre Jaccoud » avec Condamné au bénéfice du doute⁠3 (prix Édouard Rod 2016) et « l’affaire Josette Bauer » avec la Scandaleuse Madame B.⁠4 Il y a des points communs dans ces deux dossiers : Genève la calviniste où sont jugées ces affaires, le sentiment d’une justice défaillante et des histoires de mœurs qui ne pardonnent pas. Ironie du sort, les deux détenus se retrouvent dans le même quartier pénitentiaire de l’Hôpital cantonal en 1961 où ils commencent une idylle. Il n’en faut pas moins à l’auteur pour mener l’enquête et nous embarquer dans une aventure passionnante.

    gettyimages-162760844-612x612.jpgAvec l’affaire Bauer, Pierre Béguin ne manque pas d'audace. S’il fait la chronique détaillée d’une enquête aux multiples rebondissements qui nous entraîne sur les pas d’une femme en cavale après son évasion de prison, de la France où elle a des contacts avec la French Connection, en Algérie où elle se retrouve en pleine révolution, jusqu’aux États-Unis où elle sera arrêtée pour trafic d’héroïne, puis protégée par la justice américaine après avoir livré quelques têtes du réseau jusqu’à la demande d’extradition, l’auteur ajoute à son récit une perspective imaginée de toutes pièces bien qu’elle soit absolument vraisemblable.
    Il s’agit d’une abondante correspondance de l’auteur américain, Truman Capote, qui aurait lui aussi succombé aux charmes de la Genevoise. C’est là qu’on touche au sublime. Pierre Béguin se met dans la peau de celui qui, avec De sang-froid, a inventé le roman-vérité et nous livre par le biais de lettres adressées à quelques destinataires privilégiés, une bluffante démonstration du genre. 

    En effet, lors d’un séjour dans son chalet de Verbier où il s’ennuie à fendre l’âme : tout n’est que neige, montagnes et solitude, Capote tombe sur l’affaire Bauer au moment où une certaine Paulette Fallai se fait pincer le 31 août 1967, à la descente d’un paquebot à Fort Everglades en Floride avec 30 livres de drogue. Du jamais vu! Le fait divers le détourne provisoirement de son chef d’œuvre proustien, Prières exaucées, une critique de la haute société new-yorkaise, qu’il est en train d’écrire. Screen-Shot-2019-11-19-at-11.57.24-AM.pngCapote pense tenir sa « sorcière des Délices » : « plus j’apprends à connaître cette femme, plus elle ne cesse de m’étonner, de me fasciner. Cette absence de culpabilité, ce sans-gêne : elle ne se reproche rien parce qu’elle ne s’interdit rien (p. 160) ». Quel romancier pourrait résister à une telle héroïne d’autant plus qu’il a une illumination : Bauer est lesbienne. « Les hommes, elle les manipule, elle les tient par la queue, mais sa véritable sexualité la porte ailleurs… Josette avec sa réputation de mangeuse d’hommes, ne pouvait pas, dans leur logique de mâles, appartenir à un autre bord. Mais à moi, on ne me la fait pas ! (p. 170-171) » Josette Bauer le fascine tant par son caractère déterminé : « avec une telle énergie, elle serait capable de faire voler un fer à repasser ! » que par une blessure commune : l’indifférence d’une mère dont ni l'une ni l'autre ne se remettra.

    gettyimages-1174323159-612x612.jpgSeul un auteur américain de cette trempe, homosexuel et amateur de crimes, c'est du moins ce dont il est convaincu, peut transposer ce faits divers en roman-vérité. C'est grâce à Katherine Graham, directrice du Washington Post, surnommée affectueusement Kay-Kay dans sa correspondance, qu'il obtient tous les renseignements et documents possibles car il se refuse à inventer le moindre détail. « Pour moi, le mot « vérité » est comme un dé lancé sur la table d’un casino : j’y joue tout, mon œuvre et ma vie ! (p. 177) ». Il ébauche ainsi sa Madame B(ovary), le salut qu’il attendait pour le sortir de la torpeur dans laquelle le succès planétaire de De sang-froid l’avait laissé.  

    Avec une maîtrise sans relâche, Pierre Béguin alterne récit abondamment documenté et correspondance fictive, truculente de trouvailles linguistiques, de drôleries et d’images insolites. La vérité prend ainsi une forme baroque, multipliant les points de vue comme autant d’effets de réel qui donnent à ce roman, une liberté de ton étourdissante et jubilatoire. À lire absolument.

     

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    1 Jonathan 2002, Vevey (CH), Éd. de l’Aire, collection l'Aire bleue, 2013 [© 2007].

    2 Vous ne connaîtrez ni le jour ni l’heure, Paris, Philippe Rey, 2013.

    3 Condamné au bénéfice du doute, Orbe (CH), Bernard Campiche, 2016.

    4 La Scandaleuse Madame B., Paris, Albin Michel 2020.

     

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  • George Steiner, professeur et tyran

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    par Jean-Michel Olivier

    Unknown-1.jpegPour tous les étudiants (et surtout les étudiantes) George Steiner, qui vient de disparaître, aura laissé des souvenirs ambivalents, pour ne pas dire mitigés. C'était un professeur exceptionnel, d'une large érudition, charismatique, mais également injuste, excessif, familier des débordements de toute sorte. 

    J'ai eu la chance de suivre ses cours où il faisait régner une terreur souvent palpable — surtout sur la gent féminine (sa misogynie n'était un secret pour personne). C'était un lecteur incomparable de Shakespeare, de John Donne, des poètes romantiques anglais. Par rapport à la modernité (Barthes, Foucault, Derrida) c'était un résistant farouche et pas un cours ne se passait sans qu'il décoche de nouvelles flèches contre ces « penseurs français » qui n'avaient rien compris à la littérature et qui, d'ailleurs, par leur style abscons, restaient incompréhensibles.

    Unknown-2.jpegGeorge Steiner, professeur singulier et brillant, était l'électron libre du Département d'Anglais. Lors des examens, ses dérapages étaient célèbres : mauvaise humeur, crise de colère, insultes. Au point qu'un jour, assaillis par les plaintes des étudiants (et surtout des étudiantes), on décida d'encadrer George Steiner par tout le staff du Département pendant les examens qu'il faisait passer ! 

    Aujourd'hui, bien sûr, cela ne passerait plus. Mais à l'époque, à la fin des années 70, c'était monnaie courante. La terreur qu'il faisait régner pendant ses cours, George Steiner n'a plus pu l'imposer aux étudiants qui passaient devant lui lors des examens. Car les autres professeurs (Taylor, Blair et Poletta, entre autres) le remettaient à l'ordre dès que le grand érudit dérapait! L'effet était assez comique ! Et pour l'étudiant que j'étais, qui s'était préparé à être interrogé par un ou deux professeurs, la surprise était totale en voyant tous ces grands esprits se déchirer entre eux…

    Unknown.pngDe cet intellectuel controversé, médiatisé par Bernard Pivot dans Apostrophes, il faut lire et relire certains livres qui offrent le meilleur de sa pensée.
    C'est là, dans l'érudition et la réflexion critique, que George Steiner est le plus stimulant — malgré sa résistance à toute la modernité philosophique et littéraire. Il reste donc ses livres, et c'est beaucoup !

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