Bagnoud, vices privés vertus publiques (09/05/2008)

Par Alain Bagnoud

Cocaine ImageIl faut rappeler, pour ceux qui vivraient sur une autre planète, ce qui agite la presse suisse ces jours-ci. Une vidéo qui montre un député valaisan nu et sniffant de la coke, filmé par une de ses maîtresses. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vue, elle est ici.

 

Bon, je vous ai bien eu, n’est-ce pas ? Ne comptez pas sur moi pour participer à ce voyeurisme qui… que… dont… Vertueuses protestations. Etc.

 

L’existence de cette vidéo a donc provoqué une curée médiatique contre l’élu PDC. On expose ses maîtresses, on parle de l’argent qu’il leur donnait, on interroge les maris de celles-ci, on fait le compte du patrimoine étendu de ce notable…

 

Les journaux justifient  ce déballage en affirmant que l’affaire est publique. Elle concerne un élu dont les actes contredisent complètement le programme électoral. En Valais en effet, le PDC est un parti de droite, chrétien, moralisateur, conservateur.

 

Ils ont raison sur ce point. Les électeurs doivent être informés. Ensuite à eux de décider. Veulent-ils que leurs délégués mettent en concordance leurs principes et leur conduite ? Se contentent-ils de savoir qu’ils font leur travail de politicien et défendent efficacement des préceptes même sans les appliquer ? Ça les regarde.

 

Seulement, les électeurs concernés sont en Valais. C’est au journal local d’exposer les faits. (Journal local, qui reste d’ailleurs très discret sur l’affaire. Un seul article à ce jour. Il est vrai qu’il a toujours été lié au PDC majoritaire, mais c’est une autre question...)

 

Or il ne se passe pas un jour sans que la presse de boulevard suisse ne sorte deux ou trois pages sur notre homme. Pour informer les électeurs valaisans ? Allons donc. C’est déjà fait depuis longtemps.

 

Il s’agit d’autre chose. De voyeurisme et de moralisation.

 

Vous avez observé comment, depuis quelque temps, le retour aux normes les plus étroites fleurit. Comment la presse populaire étale les scandales et jette en pâture les vies privées dans le but de définir des modèles de comportement, de mettre au pilori les comportements déviants.

 

Dans le monde nouveau qui s’installe, chacun doit être impeccable socialement mais aussi personnellement. Si les vices sont désormais publics, les vertus doivent régner jusque dans le privé, dont la sphère se restreint jusqu’à ne plus exister.

 

Et si vous n’êtes pas exemplaire et transparent, la presse de caniveau se chargera de vous dénoncer, de vous condamner et de vous châtier.

(Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud.)

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