Requiem pour une révolution... (29/05/2008)

Par Serge Bimpage916782172.jpg

Pas plus tard qu’hier j’ai rencontré Paul, un de mes vieux potes de 68. Je veux dire un type de ma génération, un mec bien : cadre, créatif et fumeur. Justement, il en grillait une sur le trottoir mais il avait vraiment pas l’air cool. Ca va pas, brother ? je lui ai lancé jovial, ayant abaissé ma vitre. Plaisante pas, il a dit, tu ne sais pas ce qui m’arrive : comme directeur j’ai été contraint de voter une directive pour interdire aux employés de fumer ! J’ai compati en souriant. Alors, il a ajouté : On est cernés, mon vieux. Et ça n’est encore rien. Ah bon, quoi d’autre, Paul ? Il s’est penché vers moi, et en aparté : J’ai été dénoncé à la police par un cinglé qui estimait que je roulais mal ; il a noté mon numéro de plaques et envoyé un sms au 939 pour se procurer mon identité… Là, je suis resté muet. Dans ses yeux humides j’ai lu le requiem pour une révolution perdue, le deuil d’une époque où l’on jouissait sans entraves – toute la douleur de la commémoration. Non parce qu’elle balise le temps qui passe. Parce qu’elle signe l’irrépressible montée mac’cartiste qui sévit. T’en fais pas, on va bientôt redescendre dans la rue, j’ai dit sans conviction. Une vague lueur dans ses yeux, comme il écrasait sa clope. Et hop, on est retourné dans nos bureaux.  

 

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