Les petits arrangements, de Claude-Inga Barbey (28/01/2008)

Par Alain Bagnoud

 

 Gilda, l’héroïne du livre, s’est fait quitter par
 son prince. Ça semble un peu mièvre,
 dit ainsi, mais c’est bien ce qui s’est passé.
 Il l’a séduite, voulue, désirée, prise. Un
 homme beau, plus jeune qu’elle, une statue
 vivante qu’elle couvait, qu’elle admirait,
 qu’elle cajolait, qu’elle entretenait. Elle a largué
 un premier mari pour cet Ulysse, l’a épousé, lui
 a fait un enfant.

 Mais emprisonné dans cet amour, contrôlé, chargé de famille, dévirilisé, le bel homme doit sauver sa peau et s’en va.

C’est le chagrin de Gilda qu’on suit dans ce livre, ses tentatives pour regagner son homme, ou l’oublier, ou le remplacer par un prétendant, jusqu’à sa résolution finale de ne plus juger mais d’accepter que chacun suive sa route. Dans l’intervalle, elle a rencontré des prétendants divers, des êtres un peu à part, un SDF, un réfugié…

Ulysse ? Les prétendants ? Oui. Claude-Inga Barbey établit un parallèle régulier entre son héroïne, qu’elle renomme Pénélope, et l’Odyssée. Histoire de donner à son histoire de la profondeur, du sens, de la généraliser. Le livre se termine d’ailleurs en Grèce, par une conclusion paradoxale, mais logique puisqu’Ulysse finalement ne revient pas : « C’est décidé. Pénélope part en voyage. »

Pourquoi pas ? Le parallèle est parfois éclairant, parfois juste anecdotique, mais ce n’est pas la première fois qu’on utilise les mythes grecs à toutes les sauces. Plus gênantes sont les quelques incohérences du récit. Comment expliquer par exemple que cette Gilda riche, qui a des propriétés et entretient son mari, travaille comme serveuse dans un bar ?

L’essentiel, quand même, est ailleurs. Dans la petite musique de Claude-Inga Barbey, ce chagrin et ce charme. Dans son don d’observation du quotidien qui lui fait épingler en quelques notes un être, une situation.

Toutes choses qui font que ce livre se lit d’une traite et instaure une ambiance de tristesse, mais aussi de vitalité. Il suggère que même si tout peut s’expliquer a posteriori, si les schémas sont probables et les événements prévisibles, une grande liberté guide les destins, que la vie réserve des surprises, préserve le mystère des êtres, et est finalement intéressante même dans les plus téléphonés de ses dénouements.

 

Claude-Inga Barbey, Les petits arrangements, Editions d’autre part

(Publié aussi dans Le blog d’Alain Bagnoud.)

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