2024 (25/03/2019)

Par Pierre Béguin

1.jpgAu secours! Ils sont devenus fous!

Mais qu’est-ce donc que cet incessant et hystérique défilé de prédicateurs qui font retentir dans tous les médias les trompettes de l’Apocalypse?

Pour 2080 prédisent les uns, dans un élan d’optimisme; pour 2050 affirment les autres. Et pendant que ces Cassandre observent anxieusement chaque variation du thermomètre en levant le petit doigt pour savoir d’où viendra le vent de l’Apocalypse, leurs copains collapsologues en sont déjà à l’étape suivante: «Trop tard! CO2 ou pas, changement des politiques énergétiques ou pas, bouleversement des habitudes consuméristes ou pas, il est déjà trop tard: risque systémique global, conflits géopolitiques, crash économique et boursier, le climat n’aura même pas le temps de se dérégler; avant 2030, et peut-être même 2024 (soyons précis!) on est tous foutus. Effondrement total de notre civilisation industrielle».

Dans des Universités, en Suisse romande comme ailleurs, des professeurs l’annoncent à leurs étudiants, quand ce n’est pas chez Darius en personne. Il n’est pas jusqu’au Cycle d’Orientation où ma fille de 14 ans, en cours, se voit proposer des articles affirmant «scientifiquement» une possible augmentation de la température moyenne jusqu’à 9 degrés d’ici 2080. «Ce sera beaucoup plus!» surenchérit sentencieusement sa prof. De quoi motiver ses élèves à étudier pour un avenir que, dans le même temps, on leur prédit qu’ils n’auront pas…

Attention! Nos amis collapsologues sont des optimistes. Cet effondrement est une réelle opportunité d’envisager un nouvel avenir, affirment-ils (cf. Une autre fin du monde est possible, de Pablo Servigne). On croirait entendre les promesses d’une certaine secte vers un monde meilleur par un transit sur Sirius… moyennant une épreuve fatale par le feu à Salvan ou à Cheiry.  Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, la perspective de rôtir dans le chaos me semble difficilement compatible avec un avenir radieux. Et ce ne sont pas mes filles, un brin démoralisées par ces prophéties qui doivent être sérieuses puisqu’elles retentissent jusque dans leur cadre scolaire, qui me vont me contredire. Ou quand l’école apprend aux élèves, non plus comment penser, mais ce qu’ils doivent penser…

Pourtant, entre tenants du réchauffement climatique et collapsologues, il y a pire. Si! Si!

Ainsi d’un certain Antoine Bueno, chargé de mission au Sénat, qui se fend d’un essai hallucinant Permis de procréer, publié chez Albin-Michel. L’argumentation repose sur le postulat «réchauffiste»: toute nouvelle naissance, à plus forte raison dans notre société consumériste, est par définition un pollueur supplémentaire, un dangereux émetteur de CO2, un affreux mangeur de viande, un irresponsable producteur de déchets, qu’il convient si possible d’éliminer: «La naissance d’un enfant américain est une très mauvaise nouvelle, bien plus que la naissance de dix enfants nigériens» affirme notre essayiste.

Tuer l’homme pour sauver la planète? Oui et non. Notre chargé de mission reste un humaniste – du moins le prétend-il – qui se défend de prôner l’eugénisme ou le retour à certaines politiques totalitaires. Pour lui, il s’agit «de mettre en synergie les droits de la planète avec le droit des enfants et des femmes» (les mâles, réduits semble-t-il à des usines de sperme qu’il faudrait anéantir, sont-ils exclus de ces droits?) Certes, mais comment?

Par un contrat de parentalité – qui n’a strictement rien à voir avec un certain contrat social –, c’est-à-dire «un accompagnement des projets parentaux» dans le cadre «d’une individualisation de la politique parentale».

Notre auteur a bien besoin de recourir systématiquement aux formules euphémiques. Car en réalité, au nom de la sauvegarde de la planète, c’est un contrôle total d’une internationale des Etats sur les naissances qu’il prône: «Avoir un enfant, c’est d’abord un contrat qu’on passe avec la société et avec la planète». Bigre! Et si les parents venaient à refuser ce contrat, si le femme mettait au monde un enfant sans permis de procréer qui lui aurait été délivré – à condition que le cadre familial ait rempli les conditions d’obtention – par une armée de psychologues, nouveaux commissaires du peuple de la dictature écologiste, Antoine Bueno recommande ni plus ni moins la déchéance immédiate de l’autorité parentale, le bébé étant alors confié à une famille agréée.

«Je souhaite mettre fin à cette sacralisation absurde du lien biologique» explique notre grand penseur de gauche qui, après son deuxième enfant librement venu au monde, entend donc interdire aux autres de procréer autrement que dans le cadre d’un planning familial rigoureusement édicté par les Etats et contrôlés par ses commissaires du peuple, eux-mêmes contrôlés, j’imagine, par une sorte de suprastructure à l’échelon mondial (on se demandera toujours qui contrôle le contrôleur). Bueno le mal nommé préconise entre autres pour toute naissance envisagée la création «d’une redevance de procréation» selon le principe du «pollueur-payeur», l’imposition de thérapies aux parents susceptibles (je souligne) de maltraiter leurs enfants, le cas échéant une invitation ferme à avorter jusqu’à la 24e semaine.

Ce n’est pas tout !

Au niveau de notre planète terre, il recommande la création d’un «marché mondial des permis de procréer»: les pays riches du Nord pourraient (devraient?) dans cette optique acheter des droits de procréation aux pays en voie de développement pour compenser, le cas échéant, le surplus de leur propre procréation nationale, alors que les pays du sud pourraient vendre des droits de procréation pour autant qu’ils mettent en place de rigoureuses politiques de dénatalisation. Ou comment rétablir le colonialisme par le contrôle des naissances…

Voilà donc où peuvent mener les idéologies écologico-réchauffistes des marchands de la peur: à cautionner très sérieusement le totalitarisme le plus sordide, un totalitarisme qui n’a rien à envier aux heures les plus noires du nazisme.

Sauf que ce totalitarisme-là est justifié par la bonne cause, voyons! Sauver la planète! Et dire que l’Instruction publique genevoise s’y laisse prendre, Mme Torracinta en tête! Ou quand les pires dérives entraînent même nos autorités!

2.jpgOn nous a répété comme une litanie qu’il ne fallait pas céder à la peur devant les attaques terroristes. Pourquoi, tout à coup, devrions-nous céder à la peur insidieusement insufflée par des marchands d’Apocalypse? Pourquoi ne leur oppose-t-on pas le même démenti? Et pourquoi ne voyons-nous pas dans leur action la même stratégie terroriste visant à éradiquer les régimes démocratiques?

Pollution, il y a! Et de profonds changements dans nos habitudes consuméristes s’imposent. Mais de grâce! Que cessent ces trompettes de l’Apocalypse, que se taisent celles ou ceux qui en jouent plus ou moins sincèrement dans des médias trop complaisants, qu’on en finisse avec cette prise en otage ignoble de la jeunesse! Ce n’est pas en créant la panique qu’on peut prétendre résoudre les problèmes que l’on dénonce.

 

 

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