UNIGE: un programme de rééducation des citoyens (30/01/2020)

 Par Pierre Béguin

 Un article paru dans la Tribune de Genève de mercredi dernier pourrait faire froid dans le dos si on le soumettait à une petite analyse critique. De quoi s’agit-il? Ni plus ni moins qu’un programme de rééducation des citoyens:

Le professeur Tobias Brosch, de la FPSE, a confectionné un catéchisme redéfinissant tout à la fois ce que nous devons apprendre à reconnaître, nos devoirs moraux ou religieux, nos comportements appropriés et les modèles à suivre dans nos actions.

Dans quel contexte? Le Geneva Science-Policy Interface (GSPI) «met en place des policy briefs, dont le but est de synthétiser la littérature scientifique publiée sur un domaine particulier, la vulgariser et la transmettre aux bonnes personnes au bon moment». C’est dans ce cadre que le professeur Tobias Brosch, de la Section de psychologie de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) de l’UNIGE, a empoigné la question du comportement face au changement climatique.

Son étude «fait ressortir cinq catégories de barrières qui empêchent l’individu de modifier son comportement en vue de contrer le changement climatique.» Pour chacun de ces types d’obstacles, «le chercheur genevois émet ensuite des recommandations pour les faire tomber

Des «recommandations», soutient-on. Sauf qu’elles forment un véritable programme de rééducation des citoyens, en cinq points.

  1. Rééduquer la perception

La première «recommandation» vise la rééducation de notre perception. Le phénomène du changement climatique est «abstrait»: il n’est pas directement perceptible. Ce pourquoi il faut le «traduire» en «expériences concrètes». Lui substituer une «réalité virtuelle» mettant son impact à portée de nos sens. Traduction: le changement réel n’étant pas frappant, il faut le remplacer par une simulation de changement qui marque les esprits. On évacue donc le réel, impropre à matérialiser une certaine idée, au profit d’un ersatz de réalité qui lui correspond. Par le truchement d’un artefact, on nous inculque ce qu’on doit, sinon percevoir, du moins s’efforcer d’entrevoir. Quitte à labeliser "réchauffement climatique" toute inondation, incendie ou événement météorologique?

  1. Apprendre l’intérêt bien compris

La deuxième «recommandation» vise à apprendre l’intérêt bien compris, soit l’intérêt personnel comme moteur des conduites humaines. Puisque les gens «ne voient pas» pourquoi changer de comportement, on va le leur apprendre! Comment? En leur faisant comprendre combien les attitudes écoresponsables leur sont personnellement «bénéfiques» et profitables: rouler à vélo est bon pour leur santé, partager accroît leur cercle d’amis, acheter une voiture électrique leur confère un nouveau statut socio-économique. A l’instar de l’animal dont on a conditionné les réflexes par l’octroi de récompenses, le citoyen va finir par réaliser qu’il a personnellement intérêt à changer ses habitudes. A fortiori quand il verra qu’on décerne des «prix qui récompensent un comportement».

  1. Rénover la morale et invoquer la religion

La troisième «recommandation» vise la rénovation de la morale. «(…) agir pour le climat ne fait pas encore partie des devoirs pour être une bonne personne» (nous soulignons). Il va donc falloir insérer la défense du climat dans le Décalogue. Mais comment faire admettre l’idée d’un devoir moral envers le climat? En faisant appel à la religion: aux «déclarations du Pape François qui fait de la protection de la planète un devoir religieux».

  1. Fabriquer des modèles sociaux

La quatrième «recommandation» vise la fabrication de modèles sociaux. «Si l’on constate que les autres ne font rien pour protéger le climat, il est difficile de consentir soi-même à des sacrifices.» Autrement dit: pourquoi ferais-je ce que les autres ne font pas? Erreur d’appréciation! De plus en plus de gens se mobilisent et agissent. C’est du moins ce que devra inculquer dans les esprits un battage médiatique bien orchestré: «communiquer un maximum sur le fait que de nombreuses personnes agissent pour le climat», faire des «manifestants» et de «l’effet Greta» un «moteur» d’action. Si l’on n’était pas certains d’œuvrer pour le Bien, on appellerait évidemment cela de la propagande. Une propagande dont un bel exemple nous a été fourni par l’émission Mise au point du 26 janvier 2020, sur le TSR1, qui «tournait en bourriques» les Suisses obtus opposés aux éoliennes en leur montrant leurs voisins autrichiens déployant des géantes à hélices à n’en plus finir pour leur plus grand bien-être !

  1. Enseigner les bons comportements

La cinquième «recommandation» vise à enseigner les bons comportements. «Souvent, les individus ne savent simplement pas quoi faire pour contrer le changement climatique à leur échelle», ou bien ils ont appris des gestes dérisoires: par exemple «éteindre la lumière» en quittant une pièce. On va donc leur enseigner les bons gestes, ceux qui produisent des effets visibles: réduire les déplacements en avion, rouler à vélo, isoler sa maison et diminuer sa consommation de viande.

Les cinq obstacles à la défense active du climat seront tantôt levés par le programme de mesures pensé par Tobias Brosch. Car il sera remis à nos édiles: «il convient de transmettre ces recommandations aux autorités politiques qui, elles, peuvent inciter les citoyens à modifier leur comportement.» En d’autres termes, Conseil d’Etat et Grand Conseil vont nous dire sous peu comment nous devons vivre. L’Académie s’y mettra aussi: «les autorités politiques, tout comme les autorités académiques dont l’UNIGE, doivent (…) œuvrer à la recherche et à la communication des actions possibles pour tout un chacun.» Science et politique seront rapidement rejoints par le pouvoir judiciaire, puisqu’un tribunal vaudois a déjà légitimé l’infraction aux lois et la désobéissance civile au nom de l’urgence climatique. Quand tous les pouvoirs ne font plus qu’un, ne parle-t-on pas de régime autoritaire ?

A l’heure où la Russie et la Chine s’ouvrent à l’économie de marché et se libéralisent peu ou prou, améliorant le niveau de vie de leurs citoyens, l’Occident s’enferre dans la voie totalitaire d’un communisme écologique. Ironie de l’histoire, lors de la chute du Mur de Berlin, on pensait le capitalisme victorieux sur un communisme à l’agonie. Et voilà que ceux mêmes qui fêtaient le triomphe de l’économie de marché adhèrent aujourd’hui à un néo-marxisme. Rien n’y manque: le rêve de gouvernance mondiale, l’idéologie totalitaire, le dogme intangible, le pouvoir central, la censure inquisitrice, l’instrumentalisation de la jeunesse, la propagande et ses cohortes de commissaires du peuple. Le tout dans le silence assourdissant, ou avec la complicité intéressée, de maints défenseurs traditionnels du capital et de la liberté de commercer, sous le prétexte d’une apocalypse proche, ou du moins de terribles catastrophes qu’on nous annonce aussi imminentes que certifiées scientifiquement. Au point de justifier tout et n’importe quoi, même des programmes de rééducation des citoyens officialisés dans l’une des plus vieilles démocraties du monde?

Et cela ne vous interpelle pas? Moi si!

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