Abominable agression à Rouen (19/06/2021)

Par Pierre Béguin

Attention! Ce billet raconte un acte d’agression d’une extrême violence à ne pas mettre sous les yeux des âmes sensibles. Si vous allez plus loin dans votre lecture, c’est sous votre entière responsabilité.

La victime? Une certaine Alice Coffin, dont on sait qu’elle est journaliste, militante féministe et LGBT française, cofondatrice de la Conférence européenne lesbienne et de l’Association des journalistes LGBT. Depuis 2020, elle est aussi élue écologiste au Conseil de Paris.

Or donc, Alice Coffin tient conférence à la Friche Lucien (oui, oui, c’est le nom du lieu), à Rouen, le mercredi 16 juin 2021 pour parler de ses deux livres, Le Génie lesbien et Sororité. Les faits insoutenables se sont produits dix minutes à peine après le début de la conférence, peu avant 19 heures. Je préfère laisser la parole aux journalistes qui rapportent la terrible agression dont la conférencière fut victime et qui devait la laisser pétrifiée, comme marquée à vie: «Un homme est alors monté sur l’estrade où Alice Coffin était assise face à un public de 150 à 200 personnes, selon les organisateurs. Il portait une cravate et une veste de costume. L’agresseur s’est arrêté à quelques centimètres de la militante et élue écologiste (je souligne). Il s’est agenouillé et lui a tendu un bouquet de fleurs (de roses selon les versions), tout en lui tenant ces propos lesbophobes d’une rare violence: « Je sais que vous n’êtes pas de ce bord-là, mais pourquoi n’aimez-vous pas les hommes?» Selon les journalistes, les propos diffèrent. On peut, par exemple, trouver cette version: «Je sais que vous ne mangez pas de ce pain-là, mais je me permets de vous offrir ces fleurs.»

Mais le pire est à venir. Accrochez-vous, âmes sensibles! «Le temps qu’un vigile vienne pour intercepter l’agresseur, raconte un témoin de la scène, un certain Simon Ugolin (eh oui!), responsable de la Friche Lucien, nous nous sommes rendus compte qu’il s’agissait d’une diversion. Cinq ou six individus étaient en train de dérouler une banderole avec l’inscription: Vous n’aimez pas les hommes, Alice Coffin?»

Citoyens, l’heure est grave! Entendez-vous le bruit des bottes? Le rugissement de la bête immonde? Un tel comportement, de tels propos tenus à l’encontre d’une femme relèvent d’une violence inouïe, digne des plus noires années du nazisme.

Et c’est bien ainsi que la presse, qui s’est empressée de relater l’événement, a décrit cette scène. «Agression», «racisme» et «extrême droite» se succédaient en caractères gras et en titres énormes. C’est également dans ce registre que des personnalités politiques ont réagi sur les réseaux sociaux.

Ainsi de Karima Belli, candidate de gauche: «Tout mon soutien à Alice Coffin agressée par des militants identitaires et masculinistes. L’idéologie de l’extrême droite n’a pas changé, elle reste raciste, masculiniste, et adepte de violence. Elle doit être combattue dans la plus grande fermeté».

Ainsi d’Aurélien Tachi, député de la République en Marche: «De l’extrême droite qui ne supporte pas les femmes prennent la parole (sic). Tout mon soutien à Alice Coffin, agressée par des identitaires lors d’une conférence à Rouen. Combien de victimes encore? Combien encore de passages à l’acte? Il faut réagir vite!»

Ainsi d’Eric Piolle, Maire de Grenoble: «Tout mon soutien à Alice Coffin. L’Extrême droite cherche a imposé (sic) son idéologie raciste et masculiniste par la violence. Rien n’est jamais acquis. Réaffirmons sans cesse notre attachement aux valeurs humanistes. Ne laissons personne faire face seul.e à l’extrême droite!»

Ainsi de Laura Slimani, militante et membre du parti socialiste: «Toute mon amitié à Alice Coffin agressée à Rouen par une bande d’identitaires lors de son intervention à La Friche Lucien. Condamnation et indignation, mais surtout amplifions nos efforts pour que ces idées rétrogrades soient définitivement vaincues, à Rouen comme ailleurs.»

Ainsi de Clémentine Autain, femme politique socialiste et journaliste française, conseillère de Paris chargée de la jeunesse: «Solidarité avec Alice Coffin, agressée par des masculinistes. Le mouvement féministe a une tradition profondément pacifiste. Par les temps qui courent, j’invite tout le monde à en prendre de la graine...»

Même Jean-Luc Mélenchon, qu’on ne présente plus, s’est mis au diapason des réseaux sociaux: «Samedi: manifestants pour les libertés agressés à Tarbes; mercredi: Alice Coffin agressée à Rouen. (…) Partout, l’extrême droite passe à la violence. Ça suffit, le déni!»

Je vous vois, lecteur.trice, mort.e d’inquiétude. Je vous rassure immédiatement. Les organisateurs ont donné des nouvelles de la victime de cette abominable agression: «Alice Coffin va bien. Mais l’épisode a été violent.» On suppose qu’une cellule psychologique a été immédiatement mise en place.

Quant au soi-disant groupe d’extrême droite proche des mouvances nazies, il s’appelle en réalité Les Normaux. Il possède une page sur internet où il se définit clairement comme opposé au discours LGBT. On n’en sait pas davantage.

En ce qui concerne la victime, Alice Coffin, je rappelle qu’elle était à Rouen pour parler de ses deux livres. Dans le plus connu, Le Génie lesbien, on peut lire ces propos: «Les hommes, je ne regarde pas leurs films, je n’écoute pas leur musique». Ou encore ceci. «Il ne suffit pas de nous entraider, il faut à leur tour les éliminer (les hommes, donc)». A cette lecture, j'ai été pris d'un doute. J'ai relu attentivement sa biographie sur Wikipedia. Alice Coffin est effectivement une militante LGBT, appartenant à ce mouvement féministe dont la tradition, comme le souligne Clémentine Autain dans son tweet, est profondément pacifiste. Ouf! Un instant, j'ai craint qu'elle fût une identitaire d’extrême droite!

Dans tous les cas, je demande tout de même, en tant qu’homme, qu’une cellule psychologique soit immédiatement mise à ma disposition...

 

 

 

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