Paradoxe... ou les Compagnies d'assurance maladie au temps du coronavirus

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Par Pierre Béguin

«Le paradoxe est le moyen le plus tranchant et le plus efficace de transmettre une vérité aux endormis et aux distraits», affirmait un écrivain espagnol du siècle dernier (Miguel de Unamuno).

Supposons qu’il ait raison. Et développons ce billet sur la base d’un paradoxe qu’il nous est facile d’observer: jamais au paroxysme de cette pandémie qui nous occupe à plein temps depuis deux mois les cabinets médicaux et les hôpitaux n’auront fonctionné si loin de leur capacité maximale; et, donc, jamais au pire temps de la maladie et du confinement que nous venons de traverser les assurances maladies n’auront fait autant d’économies.

Quand ils ne furent pas simplement fermés, les cabinets médicaux fonctionnèrent entre 10 et 30% de leur capacité, les cliniques, et même les hôpitaux, à guère plus de 50%. Depuis deux semaines que les médecins ont reçu l’autorisation de pratiquer à temps plein, tous celles et ceux que j’ai interrogés – et cela fait un certain nombre – me disent la même chose: les patients potentiels sont encore frileux et les cabinets tournent à environ 50%. Et il faudra du temps pour qu’ils fonctionnent à 100%.

D’autres constats sont encore plus surprenants. Ainsi a-t-on remarqué que les décès dus à des causes cardiaques ont diminué de moitié durant cette période (aurait-on, en partie du moins, imputé au virus la différence?). Et on pourrait allonger la liste de nos exemples. Le fait est que jamais la santé du citoyen suisse, en apparence et si l’on s’en tient aux seuls chiffres des consultations, n’a été aussi bonne qu’au temps du coronavirus.

Ce paradoxe amène à nous questionner sur deux problématiques essentielles qu’il nous faudra bien empoigner avec l’énergie de la révolte, si nos politiques ne le font pas:

  1. Les économies vertigineuses effectuées par les compagnies d’assurance maladie, économies qui se prolongeront encore quelques mois, devraient logiquement aboutir, en fin d’année, à une baisse tout aussi vertigineuse de nos primes d’assurance, pour le moins à une ristourne significative. Dans le cas contraire, il y aurait à l’évidence escroquerie, qui plus est escroquerie couverte par la sphère politique.
  2. Les sommes hallucinantes qui constituent les fameux fonds de réserve plus ou moins occultes des assurances – et dont j’ai toujours prétendu qu’ils finiront par exploser dans un énorme scandale – devraient être, cette fois, sérieusement remises en question. On pouvait jusqu’alors justifier de leur importance par l’avènement de temps difficiles comme ceux que nous traversons en ce début d’année. Mais si l’expérience nous montre clairement l’inutilité de ces milliards de réserve face au problème même par lequel on justifie leur existence – car, j’en fais le pari, on ne prélèvera pas un rouge liard sur ces fonds de réserve, même pour éponger des primes que beaucoup de citoyens ne peuvent plus payer – lesdits citoyens devront logiquement se questionner sur la légitimité de ces fonds de réserve. Et sur le rôle joué par bon nombre d’élus dans ce qui menace de plus en plus de tourner un jour au scandale national.

Et puisque j’ai commencé ce billet par une citation sur le paradoxe, je conclurai de même en citant cette fois Diderot: «Ce qui est aujourd’hui un paradoxe pour nous sera pour la postérité une vérité démontrée». A cette nuance près qu’il ne s’agira pas ici de «postérité». C’est aux citoyens suisses actuels, dans leur ensemble, y compris «les endormis et les distraits», qu’il faudra donner rendez-vous en fin d’année. Et cette fois, ce ne sera pas pour applaudir le corps médical, mais pour s’accorder un très sérieux droit d’inventaire…

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Commentaires

  • Tiens, mon dernier blog "Des hôpitaux pleins de malades imaginaires?" porte sur la même thématique. Reste à savoir si le Conseil fédéral dispose d'un Monsieur Koch capable de dépatouiller les comptes et les arcanes de la santé suisse.

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