La Vie suprême

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Par Pierre Béguin

C’est un récit aux fortes intonations ramuziennes auquel nous invite Alain Bagnoud dans son dernier livre La Vie suprême. Même ancrage dans la chronique locale, en l’occurrence valaisanne, dans les coutumes claniques, dans le rejet de la différence ; même impossibilité de communiquer dans un cadre qui ne valorise que le poids des traditions et des habitudes ancestrales ; même univers fermé, comme une sorte de clôture naturelle que la montagne sépare de l’extérieur ; même jeu dialectique dans les comparaisons dont la fonction essentielle est de souligner cette hantise de l’abstrait chez des personnages qui s’efforcent de conjurer l’angoisse de l’inconnu, de tout ce qui les dépasse, à grands renforts de comparés familiers, concrets, accessibles à l’entendement ; même ressort narratif, enfin, qui consiste à faire basculer un microcosme pris dans la gangue d’un immobilisme séculaire par l’intrusion d’un élément extérieur susceptible de bouleverser son équilibre, pour le moins de le menacer.

Dans l’excellent roman d’Alain Bagnoud, cet élément extérieur est un personnage mythique du Valais auquel l’auteur avait déjà consacré un livre: le célèbre Joseph-Samuel Farinet, dont Bagnoud (une fois de plus) va égratigner la légende, au grand dam (une fois de plus) des thuriféraires du fameux faux-monnayeur qui ne manqueront pas de s’en indigner. Pourtant, Farinet n’est pas le personnage principal de ce roman, quand bien même, par son opportunisme, son égoïsme, sa vanité, son art de la manipulation, il tisse le drame qui se déroule sous nos yeux.
En réalité, il y a deux personnages principaux: tout d’abord Besse, amputé de son prénom comme un signe de rejet par une société qui méprise l’enfant «né tout en bas», presque sans terre, avec une seule vache et un potager. Et Laurence («la fille Puenzier»), réduite, elle, à son seule prénom pour avoir «été avec un garçon»; Laurence, honte de la famille, méprisée par le village, contrainte de se cacher, de raser les murs ou de marcher tête baissée quelques mètres derrière ses parents pour aller s’agenouiller à l’église sur la marche qui mène à l’abside.
La Vie suprême, c’est l’histoire de ces deux jeunes rejetés, destinés à se rencontrer et à s’unir pour se frayer, parmi les ostracismes et les humiliations dont ils sont victimes, un chemin vers une existence susceptible d’accueillir un avenir animé de rêves légitimes.
L’intonation très ramuzienne de ce petit roman n'est pas, et de loin, son unique qualité.A découvrir.

Une réussite.


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