• Catastrophisme, désinformation et manipulation

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    Par Pierre Béguin

    Je viens d’entendre à la radio qu’Emmanuel Macron rencontrait la Chancelière Angela Merkel pour (selon le journaliste) «parler de la deuxième vague de Covid qui se répand en Europe et dont la réalité ne fait maintenant plus aucun doute».
    Ah, bon !
    Il faudra bien un jour que la presse dite «officielle» rende des comptes. Ses choix éditorialistes qui donnent systématiquement, et sans aucun recul ni aucune analyse, un écho démesuré à toute forme de catastrophisme, non seulement la placent à des années lumières de sa fonction essentielle d’information, mais la rendent responsable de nouvelles maladies psychiques qui se répandent parmi la population plus certainement que le virus dont elle fait ses gros titres et ses choux gras.
    Tout journaliste suisse qui voudrait faire correctement son travail d’information devrait pour le moins préciser ceci (tous les chiffres qui suivent sont tirés des statistiques de l’OFS) :
    «Sur les 100 derniers jours, soit depuis le 10 mai 2020, nous avons enregistré officiellement 74 morts du (ou avec le?) coronavirus, soit 1641 au 10 mai contre 1715 au 20 août (précisons que le 70 % de ces décès correspond au taux moyen de mortalité, soit plus de 80 ans). Ce qui fait, selon le pire des scénarios, 0,74 décès par jour. Sachant que la moyenne quotidienne du taux de mortalité en Suisse en 2019 était de 185 morts (chiffre arrondi), par comparaison avec l’année précédente, le taux de mortalité dû au Covid, au pire, est de 0,4 % sur ces 100 derniers jours.»
    Ce travail évident étant fait (j’y ai consacré une quinzaine de minutes), quel journaliste honnête pourrait encore annoncer une deuxième vague de pandémie sans que son nez ne s’allongeât ? Une deuxième vague qui nécessiterait le retour de mesures strictes proches du confinement mais qui n’excède pas 0,4 % du taux de mortalité ? Allons donc ! Les journalistes font-ils encore leur travail on se contentent-ils de recopier les dépêches ? Optent-ils systématiquement pour le catastrophisme dans le but de booster des ventes ou des audiences, et, donc, des revenus publicitaires qui ont fondu comme peau de chagrin ? Sont-ils à la solde de… ? Un peu de tout ça et d’autres ingrédients encore. Peu importe. La presse dite «officielle» est en train de perdre toute crédibilité et je crois qu’elle ne s’en remettra pas.
    Un épisode édifiant de ce parti pris «catastrophiste» peut être vu sur le lien suivant :


    https://www.youtube.com/watch?v=EFa9JHMFO9s&feature=youtu.be

    Une telenoticias espagnole fait sa une du titre «A Madrid, les cas de Covid se sont mulitpliés en 24 h». Pour accréditer l’affirmation que beaucoup de personnes ont été admises aux soins intensifs, la journaliste, en liaison directe avec l’hôpital d’El Escorial à Madrid, questionne le Dr Luis de Benito dont elle souligne d’entrée les compétences. Sauf que ledit docteur commence par réfuter les allégations alarmistes de la journaliste (dont toutes les questions, bien entendu, ont été formulées dans le sens du catastrophisme). L’hôpital en totale saturation ? Non, répond le médecin, «la semaine dernière nous n’avions personne ; depuis seuls trois cas ont été admis». Avant d’anticiper les questions et d’affirmer : «on provoque la confusion en annonçant que les cas de Covid augmentent, mais ce n’est pas vrai ; il y a simplement beaucoup plus de tests, et être testé positif ne veut pas dire qu’on est malade. Nous sommes en état d’alerte mais pas en état d’urgence». Et sur la question du vaccin : «Il est toujours très rentable de parler du vaccin, surtout après avoir inoculé la peur pour faire croire qu’il est nécessaire parce qu’il faudra bien le vendre. La question est de savoir, non seulement s’il est sans danger, s’il est efficace, mais aussi s’il est vraiment nécessaire».
    A ce stade de l’interview, le malaise devient évident. La journaliste, désarçonnée, commence à bafouiller ses questions. Le médecin en remet une couche : «La première chose à faire est de se vacciner contre la peur, parce que toute la panique sociale que l’on provoque nous laisse, nous médecins, perplexes». Et Luis de Benito, qu’on ne reverra plus de sitôt sur les écrans espagnols, de s’emballer : «Les quelques trois cents médecins avec lesquels je suis en contact dans le territoire espagnol l’ont bien compris : il s’est mis en place une manœuvre pour confiner tout le monde en septembre en faisant croire aux gens qu’ils se sont comportés comme des irresponsables pendant l’été. C’est une stratégie intéressante parce que c’est plus rentable que personne ne soit reçu par des médecins dans les centres de soins primaires qu’on ferme...»
    La journaliste est comme crucifiée. Son collègue, s’avisant qu’ils ont perdu le contrôle de la situation, prend le relai. Le ton va monter jusqu’à ce que l’interview soit pratiquement interrompu…
    Visionnez cette interview. Elle dit tout, mieux que des mots ne sauraient le faire.
    Le fait demeure, entêté malgré ce qu’en disent les médias: aucun des événements qui annonçait une deuxième vague ne s’est vérifié jusqu’à maintenant; la courbe des décès reste plate depuis juin dans tous les pays européens, même en Suède (ce qui n’est évidemment pas le cas en Amérique du Sud, par exemple); mieux : en Angleterre, les scientifiques viennent de retirer des statistiques 5000 décès, estimant que ces derniers ont été comptabilisés indûment (sur 45000 décès, cela fait tout de même plus de 10%). Il ne serait pas étonnant que d’autres pays européens lui emboîtent le pas, tant on ne voit pas pourquoi l’Angleterre devrait faire exception en la matière.
    Il demeure donc évident que la presse confond sciemment – à l'image de notre téléjournal madrilène – l’augmentation des cas positifs (en relation logique avec l’augmentation des tests) et l’augmentation de patients malades, voire hospitalisés, alors qu’il s’agit pour l’essentiel de forme de sujets jeunes, asymptomatiques, tout cela dans le but d’instrumentaliser ou de politiser les statistiques, de formater des comportements déterminés en imposant d’autres schémas de pensée.
    Avec la soi-disant deuxième vague de Covid, nous sommes, bien loin de la prévention, en pleine manipulation. Avec la complicité de la presse qui croit y trouver son compte...

     

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  • La Vie suprême

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    Par Pierre Béguin

    C’est un récit aux fortes intonations ramuziennes auquel nous invite Alain Bagnoud dans son dernier livre La Vie suprême. Même ancrage dans la chronique locale, en l’occurrence valaisanne, dans les coutumes claniques, dans le rejet de la différence ; même impossibilité de communiquer dans un cadre qui ne valorise que le poids des traditions et des habitudes ancestrales ; même univers fermé, comme une sorte de clôture naturelle que la montagne sépare de l’extérieur ; même jeu dialectique dans les comparaisons dont la fonction essentielle est de souligner cette hantise de l’abstrait chez des personnages qui s’efforcent de conjurer l’angoisse de l’inconnu, de tout ce qui les dépasse, à grands renforts de comparés familiers, concrets, accessibles à l’entendement ; même ressort narratif, enfin, qui consiste à faire basculer un microcosme pris dans la gangue d’un immobilisme séculaire par l’intrusion d’un élément extérieur susceptible de bouleverser son équilibre, pour le moins de le menacer.

    Dans l’excellent roman d’Alain Bagnoud, cet élément extérieur est un personnage mythique du Valais auquel l’auteur avait déjà consacré un livre: le célèbre Joseph-Samuel Farinet, dont Bagnoud (une fois de plus) va égratigner la légende, au grand dam (une fois de plus) des thuriféraires du fameux faux-monnayeur qui ne manqueront pas de s’en indigner. Pourtant, Farinet n’est pas le personnage principal de ce roman, quand bien même, par son opportunisme, son égoïsme, sa vanité, son art de la manipulation, il tisse le drame qui se déroule sous nos yeux.
    En réalité, il y a deux personnages principaux: tout d’abord Besse, amputé de son prénom comme un signe de rejet par une société qui méprise l’enfant «né tout en bas», presque sans terre, avec une seule vache et un potager. Et Laurence («la fille Puenzier»), réduite, elle, à son seule prénom pour avoir «été avec un garçon»; Laurence, honte de la famille, méprisée par le village, contrainte de se cacher, de raser les murs ou de marcher tête baissée quelques mètres derrière ses parents pour aller s’agenouiller à l’église sur la marche qui mène à l’abside.
    La Vie suprême, c’est l’histoire de ces deux jeunes rejetés, destinés à se rencontrer et à s’unir pour se frayer, parmi les ostracismes et les humiliations dont ils sont victimes, un chemin vers une existence susceptible d’accueillir un avenir animé de rêves légitimes.
    L’intonation très ramuzienne de ce petit roman n'est pas, et de loin, son unique qualité.A découvrir.

    Une réussite.


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