Dissertations inclusives

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Par Pierre Béguin

Dans trois semaines commencent les examens de maturité. Par tradition – et pour des raisons évidentes de temps de correction – la dissertation française ouvre le bal. C’est un exercice difficile et redouté…

J’ai entendu un jour une jeune militante en colère – une jeune militante est, par définition et par nature, toujours en colère – clamer haut et fort qu’il faudrait imposer le langage épicène à la littérature. Diable!

Que deviendraient les sujets de dissertation? Imaginons quelques exemples (je vous fais grâce des énoncés et autres recommandations d’usage):

1. Chaque lecteur.trice est quand il.elle lit le.la propre lecteur.trice de lui.elle-même.      (Marcel Proust)

2. Le.la fou.folle, l’amoureux.se et le.la poète.sse sont tous.tes fait.es d’imagination.      (William Shakespeare)

3. Borné.e dans sa nature, infini.e dans ses vœux, l’homme.la femme est un Dieu.une Déesse tombé.e qui se souvient des cieux.    (Alphonse de Lamartine)

4. Le.la poète.sse doit être un.e professeur.e d’espérance.             (Jean Giono)

5. Celui.celle qui se connaît est seul.e maître.sse de soi.                (Pierre de Ronsard)

Arrêtons-là le massacre! De difficile et redouté, l’exercice de dissertation, dont la rédaction devrait alors satisfaire aux règles absconses du langage inclusif, deviendrait tout simplement impossible. De quoi questionner sous un autre angle cette célèbre citation d’Antonin Arthaud: «Tout vrai langage est incompréhensible».

C’est en lisant le dernier – et excellent – livre de Christophe Gaillard, La glorieuse imposture, qui raconte le séjour du poète André Chénier à Saint-Lazare avant son exécution à la guillotine, le 25 juillet 1794, que m’est revenu en mémoire, par antithèse, la déclaration de cette jeune militante. Et plus spécialement ce passage, que je ne résiste pas à citer intégralement, où le personnage de Chénier parle d’un texte de Malherbe (Les larmes de Saint-Pierre) qu’il avait abondamment annoté:

«Mon idée était moins de montrer le mystère humain et religieux qui s’y jouait, et m’intéressait alors peu, que de dévoiler le drame spirituel qui nous crucifiait tous lorsque la foi dans notre langue était abjurée comme une vieille croyance. Mal parler nous souillait. Une faute de langue restait une faute et il n’y avait pas de combat plus âpre pour un poète que de supprimer toute parole fautive. Malherbe montrait combien il connaissait notre langue et était né à notre poésie. Son oreille, pure et délicate dans le choix des syllabes, voulait qu’elles pussent s’enchaîner sans le moindre heurt et couler dans la voix. Il les voulait sonores, musicales, harmonieuses. S’il renie ses rêves de perfection, un poète trahit sa muse, sa vocation, ses lecteurs, son pays. Dante n’avait-il pas voué aux enfers un écrivain coupable d’impiété envers sa langue natale

Pauvre Malherbe, lui qui fut à l’origine de la mode du classicisme, s’il savait ce qu’est devenu l'objet de son adoration! Je reste toujours stupéfait de constater que la majorité des lecteurs va directement au sens sans passer par la forme. La plupart ne verraient pas de différence entre le style de Rousseau et celui d’un jeune auteur à la mode, et de toute façon ils s’en moquent. Et quand on sait que 90 % des gens ne lisent pas, ou très peu!

Chacun admettra, à commencer par celles et ceux qui exigent, pour le moins, l’application du langage inclusif dans la sphère administrative, que la bonne maîtrise de la langue est essentielle dans le développement individuel comme dans les rapports à autrui, dans la bonne marche de la démocratie comme dans celle de l’instruction, et j’en passe. Personne ne va me démentir sur ce point. Et pourtant, il est des personnes instruites, des universitaires, des politiciens – surtout des politiciennes – qui se font les porte-drapeaux, par opportunisme ou conviction, de cet immonde baragouin susceptible de contaminer la langue plus sûrement que n’importe quel virus. Décidément, notre époque a l’art d’exercer ses urgences sur des points qui ne le sont pas forcément, et ses délires sur des points vitaux à son bon fonctionnement. Et quand on perd de vue l’essentiel...

Allez! Après bien des blessures, ne reste plus au français que de recevoir le coup de grâce: l’obligation du langage inclusif. A quand des directives du DIP pour des dissertations en écriture épicène?

 

Christophe Gaillard, La glorieuse imposture, Editions de l’Aire, 2021.

 

 

 

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Commentaires

  • Comme toujours, cher Monsieur, un très grand merci de rester, sur ces blogs, avec Homme Libre et quelques autres, l'un des gardiens de la flamme du combat contre la progression de l'inculture et contre les déconstructions en tout genre de notre culture, de notre société et de nos racines occidentales voulue par la gauche mais aussi une certaine droite (Klaus Schwab, Biden, Obama. Clinton, Macron, Maudet [tous deux sont des Young Global Leaders du WEF] etc.), toutes deux mondialistes. Cette minorité manipule, culpabilise et même terrorise et détruit socialement les individus qui osent s'opposer à ses projets. Tout cela au profit du très grand capital. Les médias sont de leur côté, mais la vérité et le bon sens sont du nôtre.

    Voici une bonne nouvelle (surprenante de la part de Blanquer) pour la journée dont on devrait s'inspirer en Suisse et surtout à Genève:

    https://etudiant.lefigaro.fr/article/jean-michel-blanquer-interdit-officiellement-l-ecriture-inclusive-a-l-ecole_3bb267a4-ae88-11eb-96fa-78334c940b20/

  • Si cela arrivait il faudrait sortir les kalachnikov virtuelles et culturelles et tirer à coup de mots tranchants, d'idées décalées et renversantes, par rafales, par paquets, jusqu'à faire tomber ces factieux.

    Ou faire la grève de toute activité civique: impôts, taxes, vote, etc. Ce monde prétendu inclusif n'est pas le monde "normal" ou souhaitable. Ne le soutenons pas. Ce n'est qu'un résidu moisi du grand soir.

  • Et voici, à l'occasion de la fête des mères, le dernier délire de la gauche mondialiste bienpensante. Il faut bannir les mots “mère” et “maman”, car il n’y a pas que les femmes cis-genre qui peuvent être enceintes et mettre des enfants aux monde. Désormais, pour être inclusifs et ne blesser personne, il faut dire “birthing people” ou "birthing person" et donc on doit souhaiter “Happy birthing person day” au lieu de “Happy mothers day”. C'est la suite logique des termes parent 1 et parent 2 déjà utilisés en France dans l'administration au lieu de père et mère. L'article est ici:

    https://www.foxnews.com/politics/mothers-day-birthing-people-democrats-pelosi-cori-bush

    Il faut vraiment lutter de toutes nos forces contre ce cancer!

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