Un jardin en Australie

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Par Anne Brécart

Un jardin peut être une œuvre d’art, l’œuvre d’une vie ou encore un paradis retrouvé. Le jardin dont il est question dans le roman de Sylvie Tanette est un endroit très particulier : c’est le lieu mythique que les morts ne quittent pas. 
Deux femmes de deux générations différentes se succèdent dans ce jardin situé dans les territoires du nord, face à l’immensité sèche et poudreuse du désert australien. L’une est morte et observe la vivante qui, venue de France, s’approprie peu à peu ce domaine recouvert de poussière rouge. Depuis le porche de sa maison, Anne, l’ancienne propriétaire, suit du regard la jeune femme, Valérie, qui vient d’acheter sa maison. Valérie est tombée amoureuse de cet endroit improbable à la lisière du désert. Cette terre ingrate, sèche en été et boueuse à la saison des pluies est celle des aborigènes mais aussi celle des colons venus d’Irlande ou d’Angleterre. 
Dans les années 1930, Ann la morte a rêvé de transformer ce pays aride en jardin d’Eden où pousseraient des orangers mais le lieu et le climat ont été plus forts qu’elle et ont eu raison de ses aspirations qu’elle qualifie elle-même d’absurdes. Elle payera chèrement son obstination et sa vision utopique. 
Valérie la vivante a une petite fille qui ne parle pas alors qu’elle a largement dépassé l’âge des premiers balbutiements. Les visites au psy sont l’occasion, pour le lecteur, de découvrir l’histoire familiale de Valérie qui, bien qu’elle vienne de France, semble mieux comprendre ce pays que ne l’a fait sa prédécesseuse. Au lieu de lui imposer un rêve venu d’un autre continent elle essaie, au contraire, de valoriser l’esprit des lieux notamment à travers son travail qui consiste à organiser un festival d’art dans la petite ville provinciale de Salinasburg. 
Ces deux femmes que le temps sépare sont néanmoins engagées dans une relation salvatrice où chacune de manière paradoxale aide l’autre. C’est ce dialogue silencieux et improbable qui fait la poésie de ce roman. Ainsi la morte observe les allées et venues de Valérie la vivante autour de la maison. Elle apprécie les efforts déployés pour retrouver le jardin enfoui sous la terre rouge. Et ce sera grâce à Ann et à son journal caché dans la petite maison en bois que l’enfant mutique retrouvera la parole. 
La question de la transmission, du passage de témoin entre les deux femmes qui ont toutes deux fui leur famille traverse le récit. Comment peut-on transmettre la révolte, la soif de nouveauté puisque justement ces aspirations se développent loin de tout héritage ? Ce n’est pas par hasard qu’Ann la morte adopte Valérie et la laisse s’installer dans son ancien domaine. Elles sont de la même trempe, ayant fui leur milieu d’origine en quête d’un monde nouveau elles sont prêtes à se construire loin de tout déterminisme. 

Sylvie Tanette, Un jardin en Australie, Editions Grasset 2019

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